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Géopolitique de l'Afrique

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Sujet / Message Géopolitique de l'Afrique

Message par Sphinx le Sam 13 Mar - 1:23

Le retour de Washington sur le continent africain

andis que les médias se focalisent sur la politique américaine menée en Irak et, d’une façon plus générale, au Moyen-Orient, très peu ont évoqué le retour des Etats-Unis sur le continent africain, de la Méditerranée à l’Afrique du Sud.


L'espace méditerranéen représente un enjeu d'importance pour Washington qui a fait sienne les doctrines des géopoliticiens de la mer. Voie incontournable, la Méditerranée constitue un ensemble des plus vaste, s’étalant du Maroc à la Turquie. Certains l’étendent, d’ailleurs, à l’Asie centrale. Bref, un ensemble qui ne peut que concerner directement les préoccupations géopolitiques et géostratégiques américaines. Depuis de nombreuses années, la force militaire se décline déjà dans la région par la présence de la sixième flotte, le prépositionnement en mer d’une brigade de Marines, la multiplication d’exercices conjoints, l’aménagement consécutif de bases et de ports nord-africains en vue de leur éventuelle utilisation en cas de conflit, et la formation de militaires aux Etats-Unis dans le cadre du programme Imet (International Military Education and Training Program).


Bien qu’elle dispose déjà de facilités au Maroc, en Tunisie et en Mauritanie, Washington souhaiterait encore renforcer sa position en installant des bases militaires en d’autres pays. Les Etats-Unis aimeraient ainsi construire une base dans le Sud de l’Algérie ; laquelle serait sous la responsabilité directe et exclusive des autorités algériennes, et n’abriterait pas en permanence des forces américaines. Elle devrait être utilisée pour lutter contre Al Qaeda. L’ancienne route des caravanes allant de la Libye à la Mauritanie est en effet une zone susceptible d’intéresser Al Qaeda et consort. Des pays comme la Mauritanie, le Mali, le Niger le Tchad sont quelques exemples de pays qui intéressent Al Qaeda. Aussi, les Etats-Unis ont-ils lancé l’initiative pan-Sahel. Il s’agit d’un partenariat entre les Etats-Unis, le Mali, le Niger, le Tchad et la Mauritanie portant sur la formation de militaires et encourageant la coopération sahélo-maghrébine en matière de lutte contre le terrorisme. Ce programme qui s’achèvera fin 2004 est financé à hauteur de 7,5 millions de dollars et comprend une formation de base sur le maniement d'armes, la planification, les communications, la navigation terrestre, la conduite de patrouilles et l'apport de soins médicaux.[i] La formation est assurée par des militaires américains et par des sociétés de sécurité privées. Le modèle qui a servi de base à l’’initiative pan-sahel s’est, entre-temps, essaimé vers d’autres espaces géopolitiques puisque les Etats-Unis ont conclu des accords de coopération similaires avec, entre autres, le Gabon, le Nigeria et le Rwanda. La présence américaine ne s’arrête cependant pas là.

Afin de mieux contrôler la Corne de l’Afrique, ses voies maritimes et de faciliter la lutte contre le terrorisme, les Etats-Unis sont aujourd’hui présents à Djibouti, chasse gardée traditionnelle de la France. En octobre 2002, Washington a créé à Djibouti, le Combined Joint Task Force-Horn of Africa afin de lutter contre le terrorisme et d’améliorer la sécurité en Ethiopie, en Erythrée, au Soudan, au Kenya, en Somalie, au Yémen, et en Mer Rouge, dans le Golfe d'Aden et dans l'Océan Indien. Les Etats-Unis ont également des vues sur l’île de Socotra, propriété du Yémen, située à quelques 400 Km des côtes yéménites. Stratégiquement bien située, celle-ci est faiblement habitée et peut être ainsi facilement sécurisée. L’île pourrait, en outre, se présenter comme une heureuse alternative à la présence américaine – sans cesse contestée - dans le Golfe.[ii] Un autre pays qui a renforcé ses rapports avec Washington est l'Erythrée. Ce dernier a, notamment, offert aux Américains l'utilisation de ses installations le long de ses 1.200 km de côtes, le long de la Mer Rouge, et permis la mise à disposition de deux ports profonds à Assab et à Massawa, et du nouvel aéroport près du port de Massawa, lequel peut accueillir des avions de n'importe quelle taille. L’Erythrée a enfin offert un droit illimité de survol de son territoire et le partage d'informations obtenues par ses services de renseignement.[iii]

Cela étant, et depuis l’échec en Somalie, les Américains demeurent réticents à l’envoi de forces militaires dans des guerres civiles et ethniques. Favorisant les initiatives régionales, ils ont créé l’African Crisis Response Initiative (ACRI) et l’Africa Center for Strategic Studies (ACSS). Ils apportent également des ressources et un support logistique aux forces de maintien de la paix de l'Union africaine et de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). Ils sont, enfin, parvenus à convaincre les chefs d'Etat et de gouvernement du groupe des Huit (G8) de soutenir leur proposition du Global Peace Operations Initiative. Cette dernière propose d’organiser et de financer la formation de quelques 75.000 soldats du monde entier (principalement issus du continent africain) d'ici à 2010. Ils visent également à équiper certains d'entre eux pour accélérer l'exécution d'opérations de maintien de la paix dans les pays qui en auront besoin, notamment des opérations effectuées sous la direction de l'ONU dans des pays d'Afrique.

Si les Etats-Unis se replacent stratégiquement sur le continent africain, leurs visées politiques se révèlent, toutefois, plus ambitieuses encore et concernent le libre échange et les matières premières. Revenons d’abord sur la question du libre-échange. Bien que n’étant pas présents dans le processus de Barcelone, les Etats-Unis tentent tout de même de pénétrer une zone économique jusqu’ici réservée à l’Union européenne et en particulier à la France. Washington tente ainsi de promouvoir l’Initiative de Partenariat politique et économique avec l’ensemble de ces pays (Algérie, Maroc, Mauritanie, Tunisie et Libye). Européens et Américains se disputent ainsi un marché de 60 millions de consommateurs potentiels. Si cette politique américaine n’est pas nouvelle et remonte à la fin des années 90 avec, à titre d’illustration, le projet Eizenstat, les événements de ces dernières années en ont, cependant, accéléré le processus. Nous avons d’ailleurs pu observer un ballet diplomatique en 2003 entre les officiels américains se rendant au Maghreb et vice-versa. L’accord de libre-échange[iv] conclu entre le Maroc et les Etats-Unis en juin 2004 en est un bel exemple. Cet accord forme également le premier pas du projet du gouvernement Bush visant à créer une zone de libre-échange avec le Moyen-Orient d'ici à 2013. La création d'une multitude d'accords de libre-échange entre les Etats-Unis et des pays du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord devrait donc se poursuivre dans les années à venir.

Les Etats-Unis mettent également en avant leur projet de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) adopté en 2000. Cette loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique, a accordé aux produits africains un accès accru au marché américain. Cette loi a dernièrement été renouvelée en juillet 2004 (AGOA III) prorogeant l'AGOA jusqu'en 2015 et élargissant, au demeurant, sa portée. La principale disposition de la loi permet aux Africains d'exporter des vêtements en franchise de droits de douane vers les Etats-Unis. Depuis que la première AGOA a été adoptée en 2000, les investissements en Afrique ont augmenté et le commerce avec l'Afrique s'est accentué. La valeur des vêtements africains envoyés aux Etats-Unis est passée d'environ 600 millions de dollars en 1999 à environ 1,5 milliard de dollars en 2003. Sur les 48 pays que comporte l'Afrique subsaharienne, 37 peuvent bénéficier des avantages conférés par l'AGOA. Selon un rapport publié par la Maison-Blanche, les importations couvertes par cette loi ont augmenté de 55 % entre 2002 et 2003 et atteignaient 14 milliards de dollars.[v] D’autres initiatives américaines afin d’améliorer la condition des Africains sont le « Compte du millénaire » (Millennium Challenge Account) et l’initiative de lutte contre le SIDA. Le premier est un programme qui accroîtra fortement l'aide des Etats-Unis à l'étranger et qui bénéficiera aux pays qui gouvernent de façon équitable, qui investissent dans leur société et qui encouragent la liberté économique. Le gouvernement Bush a proposé un financement initial du MCA s'élevant à 1,3 milliard de dollars. Ce financement devrait atteindre 5 milliards de dollars d'ici 2006. L’initiative de lutte contre le Sida, quant à elle, réside dans un plan quinquennal d’aide de 15 milliards de dollars répartis sur 5 ans.

Le second volet de l’offensive économique américaine est la question des matières premières. Outre les réserves de gaz naturel (quelque 8 % des réserves mondiales prouvées de gaz naturel, sa production représentant un peu plus de 5 % de la production mondiale de gaz), le chrome, le platine et le coltan, les réserves pétrolières ne sont pas à sous-estimer. A l'heure actuelle, 15 % des importations de pétrole des Etats-Unis proviennent de pays africains, et ce pourcentage devrait passer à 25 % au cours des 10 années à venir au fur et à mesure de l'exploitation de nouveaux gisements (vu la baisse de la production pétrolière américaine et de la Mer du Nord). Au cours des dix prochaines années, l'Afrique deviendra donc un fournisseur de pétrole et de gaz naturel de plus en plus important pour les Etats-Unis. Le Nigeria et l'Angola figurent déjà parmi les 10 principaux fournisseurs de pétrole des Etats-Unis. Les estimations de réserves prouvées de pétrole en Afrique varient considérablement d'une source à une autre, mais la plupart indiquent que les réserves prouvées de l'Afrique représenteraient environ 7 à 9 % des réserves mondiales, soit 80 à 100 milliards de barils. Nombre de ces pays ont, en outre, un avantage non-négligeable par rapport au Golfe persique : la plupart des gisements sont off-shore, facilitant non seulement le transport maritime, mais permettant aussi la continuité de la production en cas d’instabilité dans les pays concernés. L’exploitation s’opère, en outre, par l’entremise de joint-venture ou au travers de contrats de partage de production associant les sociétés pétrolières nationales aux compagnies internationales.[vi] De là, découle également l’intérêt que portent les Etats-Unis à São Tomé pour y installer une base avancée en plein golfe de Guinée. Dans ce contexte, les Etats-Unis (avec l’aide du Portugal) attachent également une attention particulière au Cap Vert, archipel au sud des Canaries, afin de faire usage des ports et aéroports pour surveiller le Golfe de Guinée.

Enfin, par rapport aux succès stratégiques et économiques, le bilan diplomatique est plus nuancé. Si la Maison-Blanche n’a pas hésité à s’engager diplomatiquement sur le continent afin de résoudre une série de crises pendantes, les résultats restent toutefois mitigés. Parmi les succès figurent les négociations avec la Libye (d’autant plus que les concessions des sociétés anglo-saxonnes, gelées depuis plus de 15 ans s’expiraient en 2005) et celles concernant le Soudan (accords de mai 2004 entre le gouvernement de Khartoum et le Mouvement populaire de libération du Soudan). Parmi les déceptions, on retrouve les questions du Sahara occidental, du Darfour et des Grands Lacs.

En conclusion, l’agenda régional des Etats-Unis peut être synthétisé en cinq points : éradiquer les cellules terroristes, exploiter les gisements pétroliers, garantir la sécurité des routes maritimes (Golfe d’Aden, Mer Rouge), tenter de projeter la puissance américaine à partir de l’île de Socotra, de Djibouti, etc. Et, enfin encourager la démocratisation et le libre échange. En définitive, nous observons que les Etats-Unis ont ces dernières années fait un retour remarqué sur le continent africain.

Tanguy Struye de Swielande, Docteur en Sciences Politiques, chercheur au CECRI et membre du RMES.

Notes de l'article



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[i] Andrew Koch, « US is now set to turn the focus on African security », Jane’s Defense Weekly, 21 Arpil 2004.
[ii] M. Bounajem, « Conjectures sur de nouvelles relations », Arabies, décembre 2000, pp. 30-31.
[iii] « L'Erythrée s'associe pleinement à la lutte contre le terrorisme », l'ambassadeur d'Erythrée auprès des Etats-Unis, M. Girma Asmerom, déclarations devant le Club national de la Presse, 26 mai 2004. WF-ACTUALITES Digest - 27 May 2004 to 28 May 2004 (#2004-103).
[iv] L’accord porte sur les droits de propriété intellectuelle, les produits industriels et agricoles, les services, les douanes, l’emploi, l’environnement et les télécommunications. Il sera accompagné d’une assistance technique et d’une aide au développement.
[v] « Le vote au Sénat en faveur de l'AGOA III envoie un signal positif à l'Afrique », WF-ACTUALITES Digest - 25 June 2004 to 28 June 2004 (#2004-122).
[vi] J. Bonnifat, « Grandes manœuvres aux pas de l’or noir », Journal de l’Afrique en Expansion, n° 353, février 2004, p. 52


www.diploweb.com/forum/usaafrica.htm


Dernière édition par sphinx le Dim 6 Fév - 1:47, édité 1 fois

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Sujet / Message Re: Géopolitique de l'Afrique

Message par Sphinx le Dim 16 Mai - 3:10

L’Oncle Sam en treillis en Afrique

Si le relooking la Françafrique, la nouvelle explosive Chinafrique et l’éternel partage des restes entre d’autres puissances concentrent l’attention des observateurs, les États-Unis essayent eux aussi de se faire une place sous le soleil africain. Comparativement à d’autres zones d’influence, cela se fait plus discrètement, en particulier à travers les actions préventives plus que curatives menées par le encore très récent US Africa Command ou Africom.



1. Du dédain à la psychose anti-terroriste

Du fait de la présence de ressources naturelles, en particulier énergétiques, de territoires en guerre et/ou non contrôlés, offrant des sanctuaires à des groupes terroristes ou criminelles, et de la compétition économique qui s’y joue, l’intérêt des États-Unis pour l’Afrique est grandissant. Il est d’ailleurs défini comme « une priorité haute » depuis le document stratégique officiel intitulé The National Security Strategy of the United States de 2006. Mais, les États-Unis partent de loin.

Pour ne remonter qu’à l’après Seconde Guerre mondiale, c’est seulement en 1958 qu’est créé le poste de secrétaire d’État adjoint aux Affaires africaines. Il se fera aussitôt le défenseur du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes » lors des vagues d’indépendances. Ayant plus de poids dans les années suivantes, il mettra en œuvre la politique antisoviétique appliquée à l’Afrique qui conduit Washington à aider les opposants aux régimes soutenus par Cuba ou Moscou (comme en Angola).

S’élabore ensuite une première politique proprement africaine dont l’interventionnisme militaire et humanitaire tourne au fiasco en Somalie en 1993. Des attentats en 1998 contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie jusqu’à aujourd’hui, en passant par la « Global War on Terror » bushienne, l’Afrique est au cœur des préoccupations stratégiques américaines. C’est particulièrement vrai en termes de sécurisation des voies maritimes, de lutte contre les groupes terroristes et de réponse aux crises humanitaires majeures (en particulier contre l’épidémie du VIH).

2. Africom, un petit nouveau

Longuement débattue depuis les années 1990, la création d’un sixième commandement unifié (ou Unified Combattant Command) ayant des responsabilités géographiques est annoncée le 6 février 2007 par le président Bush fils. Africom couvre l’ensemble du continent africain, zone auparavant partagée entre CENTCOM (qui conserve néanmoins l’Égypte), PACOM et EUCOM. Il est déclaré opérationnel le 1er octobre 2008 et est confié au général William E. “Kip” Ward, tout un symbole.

Son objectif est de :

« Promouvoir les objectifs stratégiques américains en travaillant avec les états et les organisations régionales africaines pour aider au renforcement de la sécurité et de la stabilité régionale à travers l’amélioration des capacités locales de sécurité et la professionnalisation militaire ».

Attendant toujours un état africain d’accueil, Africom est stationné jusqu’à l’année 2012 à Stuttgart en Allemagne. Obligeant les personnels à d’incessants allers-retours. En effet, les pays d’accueil ne se bousculent pas, peu pressés d’accueillir sur leur sol un allié envahissant car pouvant attirer des groupes terroristes luttant contre la présence américaine.

3. Essayer une autre manière de procéder

Africom fonctionne de manière différente des autres commandements régionaux, par nécessité et par contrainte.

La Combined Joint Task Force – Horn of Africa (ou CJTF-HOA) forte d’environ 1.800 hommes est l’unique force permanente d’Africom. Située à Djibouti, non loin de la base française, son installation a d’ailleurs eu pour conséquence de faire augmenter le prix de location du m², obligeant la France à mettre la main au portefeuille… Des contingents de circonstance sont placés sous le commandement d’Africom selon les missions. De plus, des accords donnant des facilités de transit et de stationnement ont été signés avec différents états africains garantissant finalement une empreinte au sol particulièrement légère. Une gestion à distance donc.

En plus, Africom joue un rôle pilote en travaillant à une coordination poussée entre différents départements et agences américaines. Pour surtout prévenir (phase 0 des opérations dans la doctrine américaine) mais aussi répondre aux crises (phases 1, 2 et 3 selon l’intensité), Africom développe une approche civilo-militaire intégrée (Dod, DoS et USAid). Ainsi, la part des civils n’appartenant pas à la Défense doit être supérieure au quart des effectifs totaux. Mais aujourd’hui dans les faits, c’est loin d’être atteint. Entre autres raisons, la montée en puissance de ce commandement est en cours et les difficultés administratives pour placer des civils hors-défense sous commandement militaire ne sont pas toutes levées. Éternel problème rencontré aussi en Irak ou en Afghanistan…

Très actif dans la prévention des crises par le renforcement des capacités locales, Africom pilote de nombreux programmes, certains se recoupant avec d’autres initiatives françaises ou européennes. Des formations et des exercices bilatéraux ou multinationaux fréquents (comme l’exercice Flintlock) sont organisés. Des US Marines de la CJTF – HOA ont formé des contingents ougandais en charge du maintien de la paix au Soudan sous le mandat de l’Union africaine (mission AMISOM). Peu éloigné du concept français RECAMP, l’African Contingency Operations Training and Assistance Program (ACOTA) vise à doter l’Afrique de forces de maintien de paix crédibles.

D’autres programmes d’entraînement sont à la charge des Forces spéciales de l’US Army, en particulier les 3rd et 10th Special Forces Groups qui opèrent au Mali (cf. cet article très documenté), au Tchad et en Mauritanie depuis les années 90. Ces entraînements s’intègrent dans la Pan-Sahel Initiative, permettant une lutte contre-terroriste (en particulier contre Al Qaida au Maghreb Islamique ou AQMI) par une meilleure sécurité des frontières en Afrique de l’Ouest. Il est couplé au Trans Sahara Counter-Terrorism Partnership. C’est l’un des deux volets africains de l’opération Enduring Freedom, en plus des opérations conduites dans la Corne de l’Afrique. Ce sont les missions les plus coercitives de l’Africom et elles se traduisent par des bombardements de camps de terroristes ainsi que des raids d’élimination de chefs menés par les forces spéciales.

Conclusion

Bien conscient que le maniement délicat de la carotte et du bâton auquel s’adonne Africom est souvent complexe à comprendre par les populations locales, le commandement développe un réseau de supports pour des opérations d’information. En plus de coupler cela à une diplomatie de terrain active par d’incessantes visites chez les partenaires (en particulier les organisations régionales africaines : UA mais aussi CEDEAO ou SADC). Ainsi, le site d’informations Magharebia est employé, entre autres, pour contrer la propagande de certains mouvements terroristes. C’est seulement à la lecture de l’onglet “Qui sommes nous” que l’auteur du site, l’Africom, se dévoile.

Plus que jamais, un ensemble de moyens est donc mis en œuvre pour tenter d’atténuer la perception des populations envers ce qui pourrait être perçu comme des ingérence à la sauce américaine. Le patron d’Africom ne manque pas une occasion de s’en défendre (cf. cet article lors de sa visite à Paris). Un comble pour cet acteur international qui a dédaigné l’Afrique pendant si longtemps, a soutenu les processus d’indépendance avant d’aujourd’hui trouver des intérêts à se trouver sur ce continent.


www.alliancegeostrategique.org

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Sujet / Message Re: Géopolitique de l'Afrique

Message par Syfou le Lun 11 Oct - 23:50

L'Afrique engagée à coopérer avec l'Arabie

Syrte, Libye - Le président de la Commission de l'Union africaine (UA), Jean Ping, a affirmé dimanche à Syrte, dans le centre de la Libye, que la promotion de la coopération avec le monde arabe constitue une priorité pour l'Afrique. Intervenant au cours s de la cérémonie d'ouverture du deuxième sommet arabo- africain, il a souligné que pour des raisons aussi bien géopolitique, historique et culturelle qu'économique et stratégique, leurs relations sont caractérisées par une forte interpénétration et une complémentarité incontestable qui rendent cette coopération impérative.

M. Ping a déploré le fait que cette coopération ne soit pas encore à la hauteur des attentes «légitimes» des peuples des deux régions ni des engagements et des ambitions nourris.

Il a appelé à une coopération africaine-arabe de moyens lui permettant de s'arrimer à la mondialisation et de lui accorder l'attention et la place qui lui reviennent.

Il a qualifié ce sommet de rencontre 'des grands espoirs' étant donné qu'il propose d'imprimer un nouvel élan, une nouvelle dynamique à un partenariat fort pour consolider les canaux de dialogue, de rapprochement et de solidarité tout en garantissant au mieux des intérêts communs et respectifs.

Selon lui, ce sommet doit se pencher sur des documents portant sur une stratégie de partenariat afro-arabe et sur un Plan d'action conjoint pour les six années à venir destiné à remplacer le Programme d'action de la coopération africaine-arabe de mars 1977 et définit les principes, les objectifs et les domaines de coopération et prévoit un solide mécanisme de mise en oeuvre et de suivi.

Evoquant les créneaux sur lesquels doivent porter la coopération arabo- africaine pour dynamiser ce partenariat, notamment les investissements et le commerce, M. Ping a mis en exergue les atouts du continent africain qui compte 53 des 192 pays membres de l'ONU.

Il a précisé que l'Afrique est l'un des continents qui présente de bonnes perspectives de croissance avec un taux de 4,7 pour cent projeté pour cette année alors que 13 pays africains connaîtront l'année prochaine des taux de croissance de six à et 11 pour cent.

Le président de la Commission de l'UA a appelé les Arabes, qui disposent entre autres, de vastes réserves d'épargne, de considérables ressources financières et d'immenses capacités d'investissements, à orienter leurs investissements vers l'Afrique pour réaliser la complémentarité entre les deux régions.

Il a formulé l'espoir que le l'Afrique et l'Arabie parviennent, au cours de leur sommet, à renforcer leurs engagements et à créer l'environnement propice pour permettre leurs secteurs privés et publics de jouer un rôle prépondérant dans le futur partenariat.

Syrte - Pana

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Sujet / Message Re: Géopolitique de l'Afrique

Message par Sphinx le Dim 16 Jan - 22:51

La nouvelle géopolitique africaine

Le journaliste écrivain Pierre Péan explique les mouvements tectoniques de la géopolitique africaine.

Après la publication de «Noires fureurs, blancs menteurs» sur le génocide au Rwanda, Pierre Péan a fait l'objet d'un procès en sorcellerie de SOS Racisme, qui le qualifiait de révisionniste et n'était pas loin de le comparer au sinistre docteur Faurisson. En endossant l'enquête du juge Bruguière qui attribuait l'attentat contre l'avion du président hutu, Habyarimana, au nouveau maître de Kigali, le tutsi Kagamé, Péan, enquêteur hors pair, dérangeait. Il expliquait que le FPR (Front Patriotique du Rwanda) avait assis sa reconquête du pouvoir et sa légitimité sur le génocide, auquel l'armée française était injustement accusée d'avoir participé. Mais que les massacres de hutus par les tutsis avaient été tout aussi nombreux, notamment au Kivu, comme vient de le reconnaître l'ONU. Avec ce nouvel essai qui porte en sous-titre «Les guerres secrètes des grandes puissances en Afrique», Péan élargit la focale pour expliquer les mouvements tectoniques de la géopolitique africaine. Tout d'abord, le journaliste écrivain précise que la Françafrique n'est plus qu'un rideau de fumée, un paravent habilement mis en avant par les adversaires de Paris pour masquer leurs propres avancées sur le continent noir. Et du même coup, culpabiliser la France.

Israël un peu partout

On parle beaucoup des Chinois, nouveaux prédateurs de l'Afrique, mais on oublie l'État hébreu présent depuis un demi-siècle au gré de ses alliances. Au départ, Israël est proche de la France puis s'en éloignera en raison de la politique arabe du général de Gaulle pour se rapprocher de l'Afrique du Sud. De Gaulle dira même à Ben Gourion, qui le presse de ne pas lâcher le pouvoir à Alger : «Vous voulez recréer un nouvel Israël en Algérie ?». À l'évidence, les juifs ne comprennent pas pourquoi la France, qui a défait le FLN, lâche le morceau aussi facilement. Israël est présent un peu partout organisant les services de sécurité des régimes africains, agissant en sous main pour favoriser la partition du Soudan dont le sud vient d'être soumis à référendum. Sans parler du fameux raid sur Entebbe ou le rapatriement des juifs falashas d'Éthiopie. Affaiblir Khartoum, jugé aussi dangereux que l'Iran est un objectif israélien partagé par Washington. Les Africains ayant souvent été les esclaves des Arabes, l'État hébreu tente de faire vibrer cette corde sensible pour favoriser les convergences.

La fin du pré-carré français

Mais l'auteur souligne également l'action des services secrets et des forces spéciales américaines en liaison avec le régime ougandais pour remodeler l'Afrique des Grands Lacs et s'approprier les richesses minières. En organisant d'abord la chute de Mobutu, puis en installant au pouvoir Laurent Désiré Kabila, qui ne fera pas l'affaire et sera remplacé par son fils. Tout en favorisant l'ascension de Paul Kagamé, formé par l'armée américaine. Les États-Unis ont décrété la fin du pré-carré français et du rôle de Paris comme gendarme de l'Afrique, qui lui était concédé durant la guerre froide. Du coup, le «choc des civilisations» marqué par le 11-Septembre s'est déplacé sur le continent noir. N'oublions pas que les premiers attentats qui annonçaient l'opération des terroristes islamistes à New York avaient été organisés contre les ambassades américaines sur les côtes d'Afrique de l'Est, notamment au Kenya.

Carnages par Pierre Péan Editions Fayard

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Sujet / Message Re: Géopolitique de l'Afrique

Message par Sphinx le Jeu 14 Avr - 0:41

La Chine en Côte d’Ivoire : le double jeu

Crise ivoirienne. Politiquement, la Chine est censée être "pro-Ouattara". Géopolitiquement comme économiquement, la Chine serait plutôt "pro-Gbagbo". L’auteur éclaire ce double jeu. (1 graphique et 2 cartes)
DEPUIS les résultats promulgués par la Commission électorale indépendante (CEI) d’une part, et le Conseil constitutionnel d’autre part, la crise post-électorale ivoirienne permet également d’analyser les « jeux » et prises de positions diplomatiques des principales puissances. En cela, la Chine, deuxième économie mondiale, est devenue un acteur incontournable à Abidjan.


Au-delà de la crise endogène (géo)politique ivoirienne, où le militaire à remplacé la négociation politique depuis les mois de février-mars 2011, peu d’articles proposent une analyse des acteurs internationaux impliqués directement ou indirectement dans ce conflit a priori ivoiro-ivoirien. Début avril 2011, il aurait déjà fait entre 500 et 900 morts, selon les sources. Si les arguments des principales puissances et des organisations internationales sont largement repris par les médias occidentaux, les positions des Etats dits « pro-Gbagbo » semblent plus confuses, complexes et finalement moins médiatisées. Cette dichotomie peut sembler facile, réductrice, mais permet toutefois une simplification nécessaire. De fait, le « monde occidental » représenté par les Etats-Unis, la France ou le Royaume-Uni s’oppose au « monde oriental », en développement, et personnifié par la Russie et la République populaire de Chine (RPC). Ces Etats, membres permanents du Conseil de Sécurité, se veulent les porte-paroles de puissances régionales et autres Etats soucieux de prendre position dans ce conflit. C’est le cas du Nigéria et du Sénégal par exemple et en faveur du candidat validé par la CEI, Alassane Dramane Ouattara, ou du Brésil, du Mexique, du Liban et de l’Angola d’autre part.

La Russie s’oppose fréquemment et parfois avec violence aux tentatives de résolutions onusiennes. La menace du véto est toutefois plus fréquente que son application, notamment depuis la chute de l’Union soviétique (1991). L’Histoire et les rivalités de pouvoirs inhérentes y jouent un rôle substantiel. Moscou invoque également des principes qu’elle considère comme fondamentaux. Qu’ils soient considérés comme hypocrites ou politiques, diplomatiques ou humanistes, ces principes « moraux » et au nom desquels l’on retrouve celui de non-ingérence, permettent d’imposer un contrepoids à la politique internationale des Etats-Unis, en partie présentée à l’Organisation des Nations Unies (ONU). Ils participent également à améliorer l’image d’une Russie qui souhaite, elle, imposer ses arguments et sa vision internationale des relations interétatiques. Une représentation également recherchée par la Chine, qui, à peu de choses près, use des mêmes artifices pour asseoir sa légitimité.

Politiquement, une Chine censée être « pro-Ouattara »

Si Beijing n’a pas opposé son véto aux résolutions 1951, 1962, 1967, 1968 et 1975 des 24 novembre et 20 décembre 2010, 19 janvier, 16 février et 30 mars 2011, nombreuses ont été les réticences chinoises à accepter l’ensemble des documents. D’ailleurs, ces résolutions onusiennes ne furent votées qu’après de nombreux débats. A New York, les deux membres permanents précédemment cités, soit, la Russie et la Chine, fustigèrent la partialité des deux principaux Etats initiateurs, la France et les Etats-Unis. Ne souhaitant pas condamner ostensiblement et de manière irréversible Laurent Gbagbo, Beijing et Moscou ménagent encore une fois le président reconnu par le Conseil constitutionnel ivoirien lors des négociations inhérentes au dépôt de projet de résolution déposé par Paris et Abuja, fin mars 2011 (n° 1975). La Chine soutient officiellement « les efforts de médiation de l’UA [Union africaine] et des pays africains concernés et espère que les différentes parties travailleront ensemble pour continuer à promouvoir le processus de paix et réaliser la stabilité et le développement de la Côte d’Ivoire » .

Li Baodong déclare lors de la 6508e séance, le 30 mars 2011 : « les forces de maintien de la paix des Nations Unies doivent appliquer le principe de neutralité […] L’ONUCI [Opération des Nations Unies en Côte d’Ivoire] doit par conséquence éviter de devenir partie au conflit ivoirien ou de donner l’impression de soutenir l’un des camps en présence ». En filigrane, si la Chine respecte les efforts onusiens, de l’UA et de la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest), toute ingérence directe et indirecte des acteurs internationaux comme de la représentation locale onusienne, l’ONUCI, ne saurait être acceptée. Les Etats que l’on pourrait considérer comme neutres (Chine, Russie, Brésil, Inde, Afrique du Sud notamment) sont les seuls, avec le Gabon et la Colombie, à ne pas citer – volontairement – Laurent Gbagbo dans ce document .

La célérité des Etats membres de l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord) à coordonner l’opération Aube de l’Odyssée ou Harmattan et auxquels s’est jointe la Ligue arabe – non sans réserves – pose l’intérêt économique et géopolitique de ces derniers au cœur des relations internationales. Pourquoi une telle intervention en Lybie et non sur le territoire ivoirien ? Des éléments de réponse peuvent être apportés. Premièrement, une opération est en cours en Côte d’Ivoire, l’ONUCI, ce qui n’est pas le cas à Tripoli. Deuxièmement, les exactions perpétrées par le « Guide » libyen à l’encontre des populations civiles sont le fait d’une seule et unique partie, contrairement en Côte d’Ivoire où les « forces républicaines » de A. Ouattara sont – quasiment autant – dénoncées que celles des FDS (Forces de défense et de sécurité de L. Gbagbo). Troisièmement, malgré les bonnes volontés affichées, les enjeux économiques et énergétiques n’ont-ils pas supplanté, aux yeux franco-étasuniens, ceux du territoire subsaharien ? Enfin, la présence de l’organisation panarabe et notamment du Qatar aux côtés des forces alliées a persuadé la Russie et dans une moindre mesure, la Chine, d’accepter l’opération ardemment souhaitée par Paris et Londres. Les deux capitales y voient une stratégie de reconquête d’une opinion nationale désappointée par le manque de réactivité et l’implication contestable et contestée de leurs dirigeants dans ce qu’il est convenu de nommer « le printemps arabe ».

Quoiqu’il en soit, la realpolitik – en vogue ces dernières décennies – est remise en question. La politique extérieure chinoise, également pragmatique, ne souffre pas d’un passé colonial européen. Les représentations africaines ne dénoncent jamais – ou rarement – l’impérialisme chinois en Afrique, ce qui n’est pas le cas pour Paris et Washington, qui n’en sont plus à une aporie près. Les deux Etats onusiens du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) aiment à faire véhiculer l’idée selon laquelle ils défendraient les Etats faibles (Afrique, Asie sauf Japon et Amérique du Sud) contre les puissances « otaniennes ».

Ces puissances émergentes qui défendent essentiellement leurs intérêts ont de fait bloqué et/ou ralenti les résolutions portant sur le cas ivoirien. Au mieux, elles ont modifié leur caractère restrictif, trop contraignant envers le gouvernement Aké N’Gbo, Premier ministre de Laurent Gbagbo. Fait essentiel à mentionner, quelles auraient été les positions chinoises et russes si la Cour de Justice de la CEDEAO avait entériné l’intervention militaire (usage de la force légitime) de l’ECOMOG (Economic Community of West African states cease-fire monitoring Group) envers Laurent Gbagbo ? Nous n’en saurons rien, puisque la réunion tenue à Abuja, Nigéria, les 23 et 24 mars 2011 a justement interdit cette initiative… Se défaussant de leurs responsabilités, les organisations africaines entretiennent les paradoxes. Elles apportent par la même occasion de l’eau aux moulins des Etats précédemment mentionnés, dont la Chine. Selon un communiqué, elle souhaite « une Côte d’Ivoire pacifique, unifiée, stable et prospère, ce qui est dans l’intérêt fondamental du peuple ivoirien » . Une prospérité et un développement économique et social vital pour les autochtones, mais pas seulement : la Chine y possède des intérêts substantiels.

Géopolitiquement et économiquement, une Chine « pro-Gbagbo », et vice-versa

La Côte d’Ivoire représente en 2010, et malgré tout, près de 40 % du Produit intérieur brut de l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine). La vitrine ouest-africaine francophone, nonobstant la crise politico-économique, attire de nombreux investissements. C’est d’ailleurs la volonté affichée de l’Etat, qui depuis 2000 – et l’élection de Laurent Gbagbo le 22 octobre 2010 – diversifie ses partenaires. Au relatif détriment des sociétés françaises, des investissements brésiliens, arabes et asiatiques ont ainsi quelque peu remodelé le paysage économico-financier abidjanais. Et parmi ces investisseurs, les plus courtisés et de fait les plus présents sont les Chinois.

Devenu le principal partenaire du continent, devant les Etats-Unis et la France, la Chine et ses quatre forums de coopération (de 2000, 2003, 2006 et 2009) ont pour ainsi dire bouleversé la donne après 1997 et le lancement de sa nouvelle politique extérieure, et donc africaine. Rares sont les Etats n’ayant pas profité des réserves chinoises, de ses prêts et dons, de ses financements souvent surmédiatisés. La Côte d’Ivoire n’y fait pas exception.

Neuvième (exportations ivoiriennes) et troisième (importations) partenaire de la Côte d’Ivoire en 2009, la Chine présente une balance commerciale excédentaire. Seuls 20 % des échanges représentent des exportations ivoiriennes. Mais plus que ces données relativement courantes dans cette Afrique peu ou non-exportatrice de matières premières, c’est l’augmentation de ces échanges qui interpelle : de 2002 (« début » de la crise) à 2003, ceux-ci ont été multipliés par 2,5 et par 7,5 de 2002 à 2009 (cf. graphique Echanges ivoiro-chinois entre 2000 et 2009).


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Sujet / Message Re: Géopolitique de l'Afrique

Message par Sphinx le Jeu 14 Avr - 0:49

Suite:La Chine en Côte d’Ivoire : le double jeu



Plus de cinquante visites bilatérales ont été effectuées depuis le 2 mars 1983, date de l’établissement des relations. Une trentaine se sont déroulées après 2000. Autres facteurs attestant de cette proximité politique et économique, les étroites relations entre les deux partis respectifs : le PCC (Parti communiste chinois) et le FPI (Front populaire ivoirien). Ils se sont notamment rencontrés en 2002 et le 23 avril 2009 lors de la visite d’une délégation chinoise dans le quartier de Treichville. Le domaine de la Défense n’est pas en reste : trois visites officielles en 2001 et la vente d’armes et munitions, dans un Etat censé être sous embargo, pour près de 2,4 millions de dollars en 2007. Certes, ces déplacements diplomatiques et échanges économiques ne sont en aucun cas le seul fait de la Côte d’Ivoire. Cependant, les dates auxquelles ils se réfèrent sont explicites. Anecdotiques pourraient également être les investissements, prêts et dons chinois, privés comme publics, réalisés sur le territoire ivoirien. Seulement, dans un Etat fragilisé par une guerre civile, où une zone de confiance fut instaurée et où les antagonismes latents sont perceptibles jusqu’à la veille d’une élection annoncée comme démocratique et certifiée par l’ONU, les faits et gestes d’une des principales puissances africaines prennent un caractère géopolitique. Les « rivalités de pouvoirs sur du territoire » (Lacoste, 2008, p.18) observées par le prisme de la présence chinoise permettent l’analyse de l’implication de cette dernière dans l’espace politique et économique qu’est la Côte d’Ivoire (cartes suivantes).




Si les informations présentées sur ce document ne sont pas exhaustives, elles représentent néanmoins la majorité des dons et prêts réalisés par l’Etat chinois depuis 1983. Une coopération économique développée pour l’essentiel et à partir de la fin des années 1990. Ces financements et réalisations se trouvent – logiquement – au Sud et dans les principales agglomérations. Ils sont également présents dans la zone dite boucle du cacao et en particulier dans ou a proximité de la région Fromager, région natale de L. Gbagbo. Le Sud de la Côte d’Ivoire, où l’on retrouve les plantations (agriculture destinée à l’exportation) et les infrastructures étatiques (plus développées qu’au Nord), est également la destination privilégiée du personnel de l’ambassade chinoise. Ces déplacements représentent également les dons et inaugurations d’infrastructures financées par le partenaire chinois, mais strictement post-2002. Leur localisation fournit certaines informations. Si la sécurité aléatoire du Nord du territoire peut expliquer la faible présence de l’ambassadeur Wei Wenhua, sa rencontre à Bouaké le 30 mars 2010 avec une délégation des Forces Nouvelles (ex-rebelles et Commandants de zones issus des FAFN, Forces armées des Forces Nouvelles) se révèle donc importante. D’autant que l’objet de cette entrevue fut la sécurisation des commerçants et marchandises chinoises transitant entre Abidjan et les Etats enclavés limitrophes (le Mali et le Niger via Ouagadougou).


Une lecture plus fine de ce document peut apporter quelques précisions supplémentaires. Les partis politiques bénéficiant principalement de la coopération sont le PDCI-RDA et le FPI (Parti démocratique de Côte d’Ivoire-Rassemblement démocratique africain, Front populaire ivoirien). En effet, le RDR d’Alassane Ouattara (Rassemblement des Républicains) dirige six communes, dont Bouaké, San Pedro et Gagnoa ; le FPI, six également, est présent à Divo, Lakota, Sassandra et surtout Abidjan ; le PDCI-RDA est quant à lui majoritaire dans huit communes récipiendaires des fruits de la coopération sino-ivoirienne (Abengourou et Yamoussoukro par exemple). Seulement, lors des élections municipales de 2001, les deux partis d’opposition recueillirent 117 communes contre 33 pour le FPI, soit, près de 60 % contre 16 %. Le FPI a donc obtenu, un rapport (municipalités administrées et municipalités ayant reçu un financement chinois) de 1,8. Les deux partis réunis en 2010 sous l’appellation du Rassemblement des Houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) possèdent eux un rapport de 1,1.


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Sujet / Message Re: Géopolitique de l'Afrique

Message par Sphinx le Jeu 14 Avr - 0:56

Suite et fin:La Chine en Côte d’Ivoire : le double jeu



Le don agricole du 8 mars 2011 à Abidjan et effectué par l’ambassadeur Wei Wenhua au ministre de l’Agriculture du gouvernement non-reconnu par l’ONU, le Dr Issa Malick Coulibaly (ancien opposant de L. Gbagbo), en devient pour l’une des deux parties, un symbole : « A ce moment précis où notre pays traverse l’une des plus grandes crises de son histoire, ce don de produits agricoles et de matériels mécaniques pour la relance de la riziculture, est un signe fort qui témoigne du soutien indéfectible de la Chine, grand producteur de riz au peuple souverain de Côte d’Ivoire » [7]. La RTI (Radio télévision ivoirienne), organe officiel de la propagande du « Boulanger » qui a – fort logiquement – médiatisé ce don, évoque de fait la reconnaissance tacite par la Chine de l’élection du président sortant. Certes, cette aide « désintéressée » peut simplement être interprétée comme la réponse du gouvernement chinois à la demande effectuée par son homologue fin 2008. Le moment est en revanche inopportun…

Dans le domaine agricole, l’ambigüité de la position chinoise est également perceptible dans la filière cacaoyère. Le trader hongkongais Noble Group a ainsi décidé, fin mars 2011, l’écoulement de son stock et le paiement des taxes et impôts inhérents et souhaités par L. Gbagbo. L’ordonnance prise par ce dernier, le 8 mars 2011, indiquait en effet la saisie et la vente des stocks entreposés. Estimés à 400 000 tonnes, ils représentent la dernière rentrée économique possible de ce dernier.

Enfin, la mission en Chine du port autonome d’Abidjan, afin de contourner l’embargo décrété le 15 janvier 2011 fut l’occasion pour Marcel Gossio, Directeur Général de la seconde infrastructure portuaire subsaharienne, après Durban, de développer une stratégie (de contournement des entreprises européennes) et de rencontrer une dizaine de sociétés. Débutée en 2009, le port abidjanais accueille depuis l’armement GMT.

*Malgré une présence de plus en plus prégnante sur le continent, et notamment politique depuis les années 1950, la Chine commet certaines erreurs de débutant. La faute au gouvernement, au PCC, et aux think thank pourtant de plus en plus nombreux et spécialisés (Kellner et Bondiguel, 2010). Progressivement, le glissement d’une diplomatie idéologique à l’économique ne se fait pas sans heurts. L’Etat chinois, plus fragmenté qu’il n’y paraît, a certes participé au paradigme des relations interétatiques du début du XXIe siècle, mais créé également, ou du moins ne contrôle plus en totalité, son image et sa politique extérieure. Ses hésitations, sa « neutralité » à Abidjan pourraient provoquer des contre-représentations et mettre à mal l’imprégnation politique et culturelle chinoise. Le gouvernement de Guillaume Kigbafori Soro n’y sera pas indifférent. Entre principe de non-ingérence et réalité économique, il est parfois difficile de choisir, et par ailleurs d’y voir clair. Entre ces deux antagonismes, les points d’achoppement sont nombreux. Cette Chine, dans l’expectative, a-t-elle tenté, comme Laurent Gbagbo de jouer la montre et de ce fait attendre le 9 mai 2011, date à laquelle la CEDEAO rejuge la requête sur le fond – relative aux éventuelles « tricheries » effectuées lors du second tour de l’élection présidentielle du 28 novembre 2010 ? L’histoire d’amour économique et pragmatique entre le président sortant et la République populaire de Chine semble, par la force des choses, terminée. L’évolution de la situation politique ivoirienne, et au-delà, régionale, apportera certainement un certain nombre d’éléments de réponse. En particulier, sur la faculté chinoise à dépassionner une relation sino-africaine.

Par Xavier AUREGAN

Source:*http://diploweb.com
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