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Révolution russe

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Sujet / Message Révolution russe

Message par Sphinx le Jeu 15 Avr - 22:56

Révolution bolchévique

Révolution d'Octobre

La révolution d’Octobre en Russie, aussi connue sous le nom de révolution bolchevique, fait référence à la révolution qui a commencé par le coup d'État mené par Lénine et les bolcheviks le 25 octobre 1917 (dans le calendrier julien, ce qui correspond à la date du 7 novembre du calendrier grégorien).
C'est la seconde phase de la Révolution russe dans son ensemble, après la révolution de Février de la même année. La révolution d'Octobre a renversé le gouvernement provisoire et a donné le pouvoir aux bolcheviks. Elle a été suivie par la guerre civile russe, puis par la création de l'URSS en 1922.


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L'insurrection

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La préparation de l'insurrection

En octobre, Lénine et Léon Trotski considèrent que le moment est venu d'en finir avec la situation de double pouvoir. Lénine bénéficie pour appuyer ses volontés de l'afflux d'un grand nombre de nouveaux adhérents au Parti bolchevique, impatients d'en découdre, et peu soucieux des débats théoriques du sommet ou de la nécessité de respecter « l'étape bourgeoise » prévue par le schéma marxiste. Les débats au sein du comité central du Parti bolchevique afin que celui-ci organise une insurrection armée et prenne le pouvoir sont cependant vifs.

Certains considérant qu'il faut attendre et agir en accord avec d'autres formations révolutionnaires. Ils estiment l'insurrection inutile, puisque les bolcheviks sont déjà majoritaires dans les soviets et assurés de l'emporter au IIe congrès panrusse des soviets qui doit s'ouvrir le 25 octobre / 7 novembre. Ils redoutent de se retrouver isolés au pouvoir face à toutes les autres forces, contre-révolutionnaires ou non. Ils prédisent aussi que même si le Parti parvient à garder le pouvoir en Russie, au prix d'énormes difficultés, la révolution n'est pas mûre pour éclater dans le reste de l'Europe. Lev Kamenev et Grigori Zinoviev vont jusqu'à informer ouvertement la presse des préparatifs du coup de force afin de le rendre impossible.
Mais Lénine et Trotsky l'emportent le 10 octobre par dix voix contre deux (celles de Kamenev et Zinoviev), et après avoir résisté, le Comité central approuve et organise l’insurrection. Une commission secrète de cinq membres est désignée, qui comprend Iakov Sverdlov, Staline, Dzerjinski, Bubnov et Uritsky.

Pour que le pouvoir soit pris au nom du soviet de Petrograd, son président, Trotski, suscite en son sein, le 9 octobre, la création du Comité militaire révolutionnaire. Ce dernier existera 58 jours et émettra 6000 ordres. Officiellement, il doit protéger la ville contre un coup de force de généraux proches de Kornilov. Dans les faits, il prépare la prise du pouvoir. Trotsky est le chef réel et l'âme du CMR, bien qu'il ait habilement laissé le secrétariat général à un SR fantôche. Quant à Lénine, il s'autoproclame président du CMR par un décret confidentiel qu'il se signe à lui-même.

Les bolcheviks peuvent compter sur l'appui des marins de la flotte de Kronstadt, qui les a ralliés. Le 23, Trotski s'assure le concours de la forteresse Pierre-et-Paul. De même, la garnison de Petrograd bascule ou reste neutre. Les Cosaques ont abandonné Kerensky auquel ils ne pardonnent pas l'échec de la Kornilovschina. Les partis mencheviques et SR, qui participent au gouvernement, ne lui ménagent plus leurs critiques, bien qu'ils se refusent aussi au coup de force bolchevique.

Une rumeur selon laquelle Kerensky voudrait abandonner Petrograd aux Allemands et partir à Moscou préparer la répression a fourni à Lénine l'argument décisif pour emporter la décision au sommet du Parti, et aux bolcheviks le prétexte pour déclencher l'insurrection au nom de la défense de la ville.

L'insurrection se prépare pratiquement au grand jour. Partis, journaux et orateurs en discutent au vu et au su de tous. Quant à Kerensky, il attend l'épreuve de force en espérant qu'elle lui permettra d'en finir avec les bolcheviks.

Trotsky aurait été prêt à ne déclencher l'insurrection qu'en cas de provocation du gouvernement provisoire, et à attendre l'ouverture du 2e Congrès panrusse des Soviets, pour que le nouveau gouvernement révolutionnaire procède de celui-ci. Mais Lénine, qui veut que le Parti prenne le pouvoir tout seul, tient à ce qu'elle précède le congrès et le place devant le fait accompli. Le 24 octobre / 6 novembre, la fermeture d'un journal bolchevique par Kerensky tranche la question, l'insurrection est lancée.

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Sujet / Message Re: Révolution russe

Message par Sphinx le Jeu 15 Avr - 23:01

L'insurrection de Petrograd

L'insurrection éclate dans la nuit du 24 au 25 octobre. Le Comité militaire révolutionnaire dirigé par Trotsky et composé d’ouvriers armés, de soldats et de marins, la dirige depuis l'Institut Smolny, quartier général de Lénine et des bolcheviks. Ses objectifs sont l'occupation des points stratégiques de la ville, ponts, gares, poste centrale, central téléphonique et télégraphique, et en dernier lieu le Palais d'Hiver, siège du gouvernement provisoire.

Les évènements se déroulent presque sans effusion de sang. Le Central télégraphique est occupé vers 2 h du matin, suivi de l'Hôtel des Postes et de l'Hôtel militaire. Le Central téléphonique est occupé par Felix Dzerjinski vers 7 h. Le gouvernement a ordonné de lever les ponts sur la Neva pour couper le centre-ville des quartiers ouvriers : peine perdue, ils sont occupés sans un tir par les gardes rouges, et rabaissés. Dans la matinée du 25, Kerensky quitte Petrograd pour chercher des renforts, tandis qu'à 10 h, une proclamation de Lénine annonce la déposition du gouvernement provisoire.
Le Palais d'Hiver, siège du gouvernement, défendu par un millier de soldats (dont un bataillon féminin), cède dans la nuit du 25 au 26 après un « assaut » confus (en fait une infiltration progressive, tandis que de nombreux défenseurs se sont progressivement retirés) pendant lequel soldats et gardes rouges tirent en l'air, au prix limité de six morts.

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Quant au croiseur Aurore, conservé ultérieurement comme une relique de cette nuit décisive, il n'a tiré qu'un seul coup de canon contre le Palais - à blanc. Les films officiels tournés plus tard montrèrent ces évènements sous un angle héroïque, bien que dans la réalité les insurgés conduits par Antonov-Ovseenko n'eurent à faire face qu'à une faible résistance. En effet, parmi les troupes cantonnées dans la capitale, seuls quelques bataillons d'élèves officiers (« junkers ») soutiennent le gouvernement provisoire, l'immense majorité des régiments se prononçant pour le soulèvement ou se déclarant neutres dans le conflit entre les soviets et le gouvernement provisoire.

Seule fut vraiment prise d'assaut la cave du Palais, par la foule, après la fin des opérations ; les bolcheviks doivent rétablir l'ordre et mettre fin non sans mal à une vaste saoûlerie collective Pendant que se déroulaient les évènements, les magasins restaient ouverts, les tramways continuaient à circuler et les théâtres à jouer. Un des évènements les plus décisifs du XXe siècle avait lieu sans que grand monde ne s'en rende compte.

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Sujet / Message Re: Révolution russe

Message par Sphinx le Jeu 15 Avr - 23:12

L'insurrection de Moscou

La tentative de prendre Moscou rencontre en revanche de violentes résistances. Les combats durent 6 jours, du 28 octobre au 2 novembre. Selon Victor Serge, la spontanéité des masses l’emporte sur l’organisation ; les ouvriers sont mal armés, mal préparés et mal organisés. Mouralov estime à 50 000 le nombre de ses propres combattants (dont 3 000 ouvriers armés et 40 000 soldats), contre une dizaine de milliers d'adversaires (élèves des écoles d'officiers, sections militaires des SR et des mencheviks...). La prise du Kremlin par les Blancs se solde par le massacre à la mitrailleuse d'environ 300 ouvriers et gardes rouges de l’arsenal. Une cour martiale blanche fusille les gardes rouges à l’école militaire Alexandrovské.

L'assaut du Kremlin est conduit par le jeune Nikolaï Boukharine. Les Blancs capitulent le 2 novembre. L’accord prévoit que les insurgés rendent les armes, sauf les officiers, et garantit de la « liberté et l’inviolabilité de tous ». Une partie importante d'entre eux rejoindront les armées blanches dans les semaines suivantes. Les conséquences de cette clémence initiale seront beaucoup critiquées ensuite par une partie des bolcheviks, et joueront un rôle dans la création de la Tcheka et l'établissement de la « terreur rouge ».

Le Congrès des Soviets

Alors que les bolcheviks étaient encore pourchassés la veille, leurs journaux interdits et certains de leurs dirigeants en prison, ils sont désormais maîtres de la capitale.

Si une poignée de partisans a pu se rendre maître de la capitale face à un gouvernement provisoire que plus personne ne soutient, le soulèvement doit maintenant être ratifié. Le lendemain, 25 octobre, Trotsky annonce officiellement la dissolution du gouvernement provisoire lors de l'ouverture du Congrès pan-russe des soviets des députés ouvriers et paysans (649 délégués y furent élus, dont 390 bolcheviks). Lénine déclare : « Nous passons maintenant à l'édification de l'ordre socialiste ».

Certains délégués socialistes se déclarent outrés de cette « conjuration ourdie dans le dos des soviets. » Environ 110 délégués mencheviques et SR quittent la salle, 150 délégués SR choisissant d'approuver l'insurrection (ils formeront les SR de gauche). Ces défections furent accompagnées de ce commentaire de Léon Trotsky : « Partez, allez-y, partez, vous rejoignez les tas de poussière de la société, dans les poubelles de l'Histoire. »

Les 540 délégués restant approuvent la création d'un nouveau gouvernement de 15 « commissaires du peuples », tous bolcheviks et dirigé par Lénine (Trotsky a décliné la présidence, pour que sa judéité ne donne pas un argument aux adversaires antisémites de la révolution, mais se voit confier les affaires étrangères), et d'un comité exécutif composé de 71 bolcheviks et 29 SR. Ce « conseil des commissaires » détient alors le pouvoir, en théorie de façon provisoire en attendant la convocation d'une assemblée constituante, réclamée par tous les partis socialistes, mais que le gouvernement provisoire n'a convoquée que tardivement, début octobre.

Les opinions sur cette ratification par le congrès des soviets sont contrastées. Pour certains, comme l'historien Nicolas Werth, les bolcheviks prétendront abusivement avoir reçu un mandat des soviets, prétention qui va « abuser des générations de crédules ». Le journaliste communiste américain John Reed, sympathisant de la révolution d'Octobre, a lui-même retranscrit dans son témoignage de première main les nombreuses protestations verbales et écrites de révolutionnaires non-bolcheviks, qui s'expriment dès le 26 contre le coup de force unilatéral des bolcheviks. Est également très présente ces jours-là la peur que cette insurrection n'ouvre la voie à un déchaînement de la contre-révolution.

Le très puissant syndicat des cheminots, acteur décisif de l'échec de Kornilov, refuse ainsi le fait accompli, et bloque les chemins de fer autour de Petrograd. Le conseil municipal de Petrograd exprime la même condamnation. Les fonctionnaires désertent les ministères, la banque d'État refuse d'avancer au nouveau pouvoir les moyens financiers indispensables au fonctionnement de Petrograd. Des intellectuels proches jusque là du bolchevisme, tels Maxime Gorki, ne leur épargne plus des critiques virulentes.

Mais aussi, selon Victor Serge :

« [Les bolcheviks] se montrèrent les plus aptes à exprimer de façon cohérente, clairvoyante et volontaire, les aspirations des masses actives. Ils gardèrent le pouvoir, ils vainquirent dans la guerre civile parce que les masses populaires les soutinrent finalement. (...) On affirme encore que l'insurrection du 7 novembre 1917 fut l'œuvre d'une minorité de conspirateurs, le Parti bolchevik. Rien n'est plus contraire aux faits véritables. 1917 fut une année d'action de masses étonnante par la multiplicité, la variété, la puissance, la persévérance des initiatives populaires dont la poussée soulevait le bolchevisme. »
Le congrès, désormais présidé par Kamenev, proclame l'abolition de la peine de mort - à l'irritation de Lénine, qui la jugeait indispensable. Surtout, il adopte les décrets transférant « tout le pouvoir aux soviets », ainsi que les décrets sur la terre, la paix, et le contrôle ouvrier sur la production. Lorsque Lénine fit sa première apparition publique, il fut véritablement ovationné et sa première déclaration fut : « Nous allons maintenant procéder à la construction de l’ordre socialiste. »

Dans tout le pays, des assemblées d’ouvriers, de soldats, de paysans, se réunissent, discutent pour savoir s’ils doivent combattre ou soutenir le nouveau pouvoir. John Reed décrit le meeting qui se tient au moment même de l’insurrection dans un régiment d’automitrailleuses basé à Petrograd. Les orateurs bolcheviques, SR et mencheviques se suivent à la tribune. Une cinquantaine de soldats condamnent l’insurrection, plusieurs centaines l’approuvent. J. Reed écrit :


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Sujet / Message Re: Révolution russe

Message par Sphinx le Jeu 15 Avr - 23:16

Les premiers décrets

Dans les quelques heures qui suivirent, une poignée de décrets allait jeter les bases de la révolution.

Décret sur la paix. Tout d'abord, Lénine annonce l'abolition de la diplomatie secrète et la proposition à tous les pays belligérants d'entamer des pourparlers « en vue d'une paix équitable et démocratique, immédiate, sans annexions et sans indemnités ». Seule l'Allemagne accepte. Trotsky, nommé commissaire du peuple aux Affaires étrangères, fait alors publier les traités secrets entre grandes puissances, tel le pacte d'alliance franco-russe de 1894 ou les accords Sykes-Picot de 1916 partageant d'avance le Proche-Orient entre les Alliés. Le 15 décembre, un armistice russo-allemand est signé à Brest-Litovsk et des négociations de paix s'engagent.
Ensuite, un décret sur la terre : « la grande propriété foncière est abolie immédiatement sans aucune indemnité », et laisse aux soviets de paysans la liberté d'en faire ce qu'ils désirent, socialisation de la terre ou partage entre les paysans pauvres. Dans les faits, ce décret entérine la réalité, puisque les paysans ont spontanément procédé depuis l'été à des occupations massives de grands domaines. Du moins s'assure-t-on ainsi de la neutralité bienveillante des campagnes, qui durera jusqu'au printemps 1918.
D'autres mesures suivront, comme la nationalisation des banques (14 décembre), le contrôle ouvrier sur la production, la création d'une milice ouvrière, la souveraineté et l'égalité de tous les peuples de Russie, leur droit à disposer d’eux-mêmes « y compris par la séparation totale et la constitution d'un État indépendant », la suppression de tout privilège à caractère national ou religieux, la séparation de l'Église orthodoxe et de l'État, le passage du calendrier julien au calendrier grégorien, etc.
Conscients qu'ils ne pourraient gouverner sans l'appui du monde rural, constituant l'immense majorité du pays, les bolcheviks convoquèrent du 10 au 16 novembre un congrès paysan, qui malgré une majorité SR hostile aux bolcheviks, adopta le décret sur la terre et apporta son soutien au nouveau gouvernement révolutionnaire, consacrant très provisoirement l'union entre le prolétariat et la paysannerie.

Le problème de la coalition

Le 2e Congrès des Soviets avait approuvé la nomination du gouvernement composé uniquement de bolcheviks. Or pour de nombreux militants bolcheviques, cette solution n'est pas acceptable. Victor Serge écrit : « On affirme que les bolcheviks voulurent tout de suite le monopole du pouvoir. Autre légende ! Ils redoutaient l'isolement du pouvoir. Nombre d'entre eux furent, au début, partisans d'un gouvernement de coalition socialiste ». De fait dès le lendemain de l'insurrection victorieuse, la quasi-totalité des délégués au congrès des soviets votent une résolution du menchevik Julius Martov, soutenue par le bolchevik Lounatcharski, demandant que le Conseil des commissaires du peuple soit élargi à des représentants d'autres partis socialistes. Le syndicat des cheminots, le Vikhjel, reprend cette revendication.

L’opportunité de créer une coalition socialiste entraîne de vifs débats au sein du parti bolchevique, les dirigeants étant divisés sur le fait de partager le pouvoir ou sur les concessions possibles, et mène le parti bolchevique au bord de la scission (plusieurs dirigeants démissionnent de leurs postes pour dénoncer le refus d'une coalition par Lénine : « Ce groupe (Zinoviev, Kamenev, Rykov et Noguine) s’indigna et des tentatives de Lénine pour faire échouer les négociations, et de son comportement à l’égard des autres partis socialistes à la veille des élections, notamment dans la question fondamentale de la liberté de la presse. »). Le commissaire du peuple au travail Chliapnikov, ainsi que Riazanov, se joignent aux protestations contre le refus de Lénine. Finalement une délégation, conduite par Kamenev, rencontre les représentants mencheviks et SR, qui exigent le désarmement des gardes rouges et un gouvernement sans Lénine ni Trotsky.

Mis en difficulté au cours d’un comité central du parti bolchevique, Lénine est contraint de transiger : il refuse la poursuite des négociations en vue d’une coalition unissant tous les socialistes, mais accepte que des négociations se poursuivent uniquement avec les SR de gauche. Certains SR de gauche entrent ainsi au gouvernement en décembre 1917.

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Sujet / Message Re: Révolution russe

Message par Sphinx le Jeu 15 Avr - 23:18

Vers la guerre civile

Lorsque les bolcheviks prennent le pouvoir à Petrograd, l'État russe est en déliquescence, l'armée n'existe pratiquement plus, l'empire est en voie de dislocation sous l'action de forces centrifuges, et la population en proie à d'énormes convulsions sociales révolutionnaires. Alors qu'en plus, la Grande Guerre continue.

Dans ces conditions, beaucoup ne voyaient la révolution d'Octobre que comme une péripétie supplémentaire, et peu osaient croire à la survie durable du nouveau régime bolchevique. C'est au point qu'en janvier 1918, Lénine esquissera quelques pas de danse dans la neige le jour où son gouvernement dépassera d'une journée la durée de la Commune de Paris de 1871.

Dès le 12 novembre, le nouveau pouvoir doit faire échec à une tentative de reconquête de Petrograd menée par Kerensky et les Cosaques du général Krasnov. Ces derniers sont appuyés à Petrograd même par une mutinerie des élèves officiers (junkers), dont les SR ont pris la tête. Les junkers sont rapidement défaits par les gardes rouges. Arrivés à 20 kilomètres de la capitale, les cosaques rencontrèrent la résistance de ces derniers, et subissent des pertes importantes.

De son côté, le grand Quartier général (la « stravka ») de l’armée russe annonce le 31 octobre sa volonté de marcher sur Petrograd « afin d’y rétablir l’ordre ». Rejoint par les chefs du parti SR, Tchernov et Gots, il propose la création d’un « gouvernement de l’ordre ». Cependant, la masse des soldats passe peu à peu aux bolcheviks, arrêtant les officiers. Le 9 novembre, Lénine appelle les soldats à s’opposer à la tentative contre-révolutionnaire des officiers, à élire des représentant et engager directement des négociations d’armistice. Le 18 novembre, l’état-major doit fuir dans le sud, le généralissime Doukhonine étant massacré par ses propres soldats.

L'armistice avec les Empires centraux est signé le 15 décembre. Au cours des négociations qui s'engagent à Brest-Litovsk, les bolcheviks cherchent surtout à gagner du temps en attendant que la contagion révolutionnaire gagne les lignes allemandes. Mais ce n'est qu'en mars 1918, une fois ces espoirs déçus, qu'est signé le très dur traité de Brest-Litovsk.

A partir du printemps 1918, dans les villes comme les campagnes, les oppositions enflent contre le nouveau régime, qu'elles soient populaires, libérales, socialistes ou monarchistes - tandis que les puissances étrangères commencent à intervenir sur le territoire russe. Les bolcheviks ont eux-mêmes pris les devants en fondant une police politique, la Tcheka, dès décembre 1917, et en dissolvant la Constituante russe dès sa première séance en janvier 1918. Au printemps 1918, après avoir mis hors-la-loi les partis bourgeois et libéraux, ils ont engagé la répression des anarchistes, puis rompu avec les SR de gauche.

Après quelques combats sporadiques dès l'automne 1917, le printemps 1918 est marqué par la constitution d'une première armée blanche dans la région du Don, par des milliers d’officiers et de junkers, ainsi que par le général Kornilov, arrêté suite à sa tentative de putsch en septembre et qui a pu quitter le monastère où il était interné. L'Armée des volontaires est montée par le général tsariste Alexéïev. Cette armée réprime dans le sang les soulèvements ouvriers à Rostov-sur-le-Don et Taganrog, les 26 novembre et 2 janvier. Les gardes rouges ouvrières de Moscou et Petrograd, sous le commandement d’Antonov-Ovseenko convergent vers le sud et mènent une guerre de partisans, qui finissent par chasser Kornilov. C'est au point qu'apprenant la déroute des Blancs, Lénine croit pouvoir s'exclamer, le 1er avril 1918, que la guerre civile est terminée.

En réalité, c'est véritablement à partir de l'été 1918 que s'engage la guerre civile russe, dont l'issue permettra la survie du nouveau régime, mais à un prix très lourd.

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Sujet / Message Re: Révolution russe

Message par Syfou le Jeu 10 Fév - 1:33

La révolution russe de 1905

Le citoyen Vaillant disait hier : " Qui aurait dit que l’escadre russe serait la première escadre de la Révolution, et que c’est sur la mer Noire que flotterait d’abord le drapeau rouge ? " Il a fallu en effet que le régime tsariste poussât étrangement à bout ce peuple couché depuis des siècles dans une docilité muette pour que celui-ci se dressât en un geste de révolution. Ce n’est pas dans des combinaisons moyennes, ce n’est pas dans l’équivoque d’un libéralisme de juste milieu qu’il peut chercher son salut.

Contre les puissances formidables d’oppression, il ne peut pas invoquer seulement le secours des classes moyennes trop débiles encore. Il faut qu’il fasse appel à l’énergie indomptée du prolétariat des usines, et à l’immense réserve des forces des paysans dépouillés et exaspérés. C’est pourquoi, quand les marins de la flotte russe, révoltés dans leur fierté nationale et leur instinct vital par les catastrophes imbéciles où des chefs ignorants avaient abîmé leurs frères, excédés des privations ignominieuses et sordides que leur infligeait l’impudeur d’une bureaucratie voleuse, se sont soulevés, c’est le drapeau de la révolution sociale, c’est le drapeau des prolétaires de Juin et de 1871, des héros de Lodz et de Moscou, qu’ils ont déployé sur le navire. Et par là éclate le caractère de la Révolution russe ; elle sera tout ensemble une révolution de liberté et de justice où le souffle républicain sera mêlé d’un souffle socialiste.

Il n’y avait pas un député à la Chambre, de quelque parti que ce fût, qui n’avouât l’extrême gravité des événements d’Odessa. C’est la dislocation de la force militaire du tsarisme ; c’est la Révolution enfonçant son coin dans l’armée. Seuls les Débats essaient d’atténuer un peu le sens du drame. Ils rappellent que de multiples incidents, sanglants et terribles, se sont déjà perdus dans l’immense vie diffuse de la nation russe, comme le sang d’une querelle ignorée dans la steppe solitaire. Oui, mais jusqu’ici contre les paysans révoltés, contre les ouvriers révolutionnaires, le tsarisme disposait encore de la force armée. Et maintenant celle-ci lui échappe et se retourne contre lui.

Ce n’est point la mutinerie vulgaire de soldats mécontents de la mauvaise qualité de leur soupe. Ces hommes engagent héroïquement la lutte contre tout le système gouvernemental. C’est avec un sens magnifique et presque religieux de la mise en scène de révolution qu’ils exposent sur le quai d’Odessa le corps de leur camarade tué par le revolver d’un officier, avec défense aux administrateurs de la ville d’y porter la main. Symptôme grave. Des officiers sont avec eux. Parmi ceux-là mêmes qui commandent, il en est qui sont saturés d’humiliations nationales ; il en est dont la conscience ne soutient plus le métier de bourreau auquel le tsarisme condamne l’armée. Symptôme plus grave encore.

Ce n’est pas une révolte locale et isolée. Odessa est un champ d’opération révolutionnaire merveilleusement choisi, puisque la population du port est formée pour une large part de juifs et d’Arméniens, c’est-à-dire des deux catégories de populations sur lesquelles le tsarisme a le mieux exercé sa puissance de meurtre. Les massacres des juifs de Kitchineff, les massacres des Arméniens du Caucase se payent maintenant sur les bords de la mer Noire. Mais à la révolte d’Odessa répond, des bords lointains de la Baltique, la révolte de Libau ; d’un pont de navire à l’autre, par-dessus toute la Russie du tsar, se croise le double reflet du drapeau rouge. L’armée de terre, nous le savons, va se disloquer comme l’armée de mer. Qui sait ce que ferait l’armée de Manchourie si la paix la ramenait vers le centre de l’empire ? Elle demanderait compte sans doute, à ce régime d’imprévoyance et de concussion, de toutes les hontes savourées, de toutes les fortunes subies.

Oui ce sont des événements décisifs qui s’accomplissent. On dit que la flotte de Sébastopol marche contre les cuirassés révoltés d’Odessa. Mais le tsarisme est-il sûr de sa fidélité ? Si la flotte de " l’ordre " se rallie à une flotte de la Révolution, c’est le dernier coup porté au tsarisme. Si la flotte du tsar, entraînée encore à une suprême folie d’obéissance, a raison des révoltés, quel drame ! Coulera-t-elle les cuirassés que domina le drapeau rouge ? Ou leur livrera-t-elle l’assaut et prendra-t-elle les insurgés vaincus ? Ce sera pour tous les marins et pour tous les soldats une meurtrissure de plus, une exaspération de plus, et le drapeau rouge de la Révolution sera comme élargi en un frisson de colère.

Le tsarisme est à bout. Après tous ces drames, il n’est plus permis de rêver une combinaison de monarchie et de liberté, de tradition et de Révolution. C’est un gouvernement populaire et national, c’est un gouvernement républicain qui se substituera au gouvernement du tsar. En vain dira-t-on que le peuple russe n’y est point préparé. La préparation décisive à un changement de régime, c’est qu’il n’y en ait plus d’autre possible. En vain opposera-t-on que la Russie de 1905 ne dispose pas des mêmes éléments de gestion révolutionnaire que la France de 1789. Peut-être, mais les forces de contre-révolution aussi y sont moins exercées et moins avisées.

Le gouvernement provisoire de la Russie libérée aura d’emblée, sans devancer par une anticipation utopique le mouvement des esprits et des choses, un admirable programme à réaliser, capable de grouper autour de lui des forces immenses. Il pourra concilier avec la centralité nécessaire, un fédéralisme varié, reconnaître à la Pologne une large autonomie, restituer à la Finlande les libertés traditionnelles dont le souvenir est tout vif encore et qui renaîtront agrandies dans les libertés nouvelles, assurer aux juifs l’égalité civile et politique, protéger les Arméniens contre les massacreurs soldés.

Et si en même temps il donne à toute la nation russe le bienfait de la paix retrouvée, si, par une législation hardie, il appelle les paysans à la propriété de la terre, s’il protège le travail ouvrier par des lois sociales, comment n’aurait-il pas la force de gouverner, c’est-à-dire de coordonner les libres énergies de la nation ? Le gouvernement central, appuyé sur l’Assemblée nationale, aura pour organes des institutions fédératives qui permettront à l’énorme masse de se mouvoir sans contrainte comme sans anarchie. Et pourquoi refuser d’avance à la nation et au prolétariat russes le génie politique collectif qui mettra en ouvre tous les éléments d’un monde nouveau ? Déjà des zemstvos de Saint-Pétersbourg et de Moscou ont signifié que si la Constitution n’était pas promulguée à bref délai, ils institueraient chacun dans sa région des administrations de liberté.

Au-dessus de ces institutions régionales un gouvernement provisoire central, déjà formé par l’entente des libéraux démocrates et des socialistes, organisera la Russie nouvelle. La Russie révolutionnaire aura donc des organes de gouvernement et d’administration comme elle a des forces admirables de dévouement et d’héroïsme. Quel surcroît de force pour l’humanité ! Quelle puissance d’équilibre et de paix pour l’Europe ! Quelle garantie pour la France républicaine !


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Sujet / Message Re: Révolution russe

Message par Syfou le Jeu 10 Fév - 1:39

Parti et programme dans la révolution russe de 1905

Tout le monde connaît la révolution d’octobre de 1917. Les travailleurs et les paysans, dirigés par le Parti bolchevik, s’emparérent du pouvoir en Russie, inaugurant une nouvelle époque, celle du renversement du capitalisme.

Pourtant, en 1905, tous les marxistes étaient convaincus que la révolution qui surgirait en Russie serait, avant tout, une révolution bourgeoise, et que, comme Lénine l’expliquait, il n’était pas encore question "de la conquête du pouvoir pour la révolution socialiste."

Comment expliquer que 12 ans plus tard, ce schéma se révélerait totalement dépassé et que la révolution se transformerait en révolution prolétarienne ?

Une partie de la réponse se trouve dans les événements de la révolution de 1905, et dans les débats qui surgirent pendant et après cette révolution.

Les débuts de la révolution

Les événements de 1905 mirent en jeu quatre forces sociales :
• une aristocratie tsariste, faible et arriérée, pour qui il devenait de plus en plus difficile de gouverner et sans aucune volonté de réforme ;
• une bourgeoisie nationale ascendante mais encore peu enracinée, largement dépendante du tsarisme et terrifiée par la classe ouvrière dont la taille ne cessait de croître ;
• une paysannerie énorme, qui manifestait de plus en plus sa volonté de se libérer des propriétaires terriens ;
• enfin, une classe ouvrière petite par le nombre, mais très concentrée et militante, et qui en l’espace de neuf mois allait passer de syndicats dirigés par des policiers à une tentative réelle de prendre le pouvoir.

En 1904, l’autocratie tsariste et la bourgeoisie libérale furent ébranlées par la défaite de la Russie devant le Japon. En août 1904, le Tsar annonça qu’il permettrait à la bourgeoisie de tenir un congrès privé et officieux des "zemstvos", instances régionales impuissantes et purement consultatives.
Le congrès des zemstvos, qui se tint en novembre 1904, demanda de façon timide la mise en place de réformes, évitant soigneusement de parler des questions essentielles comme la Constitution ou la convocation d’une Assemblée constituante pour l’élaborer. Néanmoins, le Tsar craignait le pire et menaça de répression tous ceux qui "rêvaient inutilement d’une Constitution".

Côté travailleurs, le parti ouvrier, le Parti Ouvrier Social-Démocrate Russe (POSDR - "social démocratie" était le nom que s’étaient donnés à l’époque les marxistes), avait connu une scission en 1903. Les bolcheviks ("ceux de la majorité") étaient dirigés par Lénine, et les mencheviks ("ceux de la minorité") avaient pour dirigeants Martov et Trotsky.

Cette scission, que personne n’avait prévue, avait pour origine la question des statuts et les tâches du militant. Les bolcheviks avaient une vision plus rigoureuse et disciplinée du militantisme que les mencheviks.

Au début, les différences politiques étaient peu importantes entre les deux tendances. Mais au fur et à mesure des événements, des différences apparurent et se creusèrent.
Le premier événement de la révolution proprement dite se produisit le 22 janvier, lors de la manifestation pacifique et populaire organisée par le Père Gapone pour demander des réformes au Tsar. Les militants du POSDR - la scission entre bolcheviks et mencheviks avait du mal à se réaliser sur le terrain - y participèrent. Ils avaient leur propre cortège, leur propre banderole, et étaient... 18 ! Ils organisèrent des réunions dans la rue pour expliquer le programme minimum... et ils se firent huer par la foule.

Mais malgré ce début peu reluisant, les choses allaient changer. Le Tsar, en ordonnant à la troupe de tirer sur la foule (elle tua des centaines de manifestants), allait renforcer l’emprise des marxistes sur le mouvement.

Le développement du mouvement

Durant le printemps, il y eut des grèves et des occupations de terres qui culminèrent avec la mutinerie des marins du Cuirassé Potemkine. Devant cette situation, disait Lénine, la question principale n’était pas de "préparer" les travailleurs à l’insurrection, comme le voulaient les mencheviks, mais de l’organiser.

Dans ce but, les bolcheviks préconisaient de faire de l’agitation pour une grève politique de masse et de "s’acheminer sans plus attendre vers l’armement du prolétariat tout en élaborant un plan pour l’insurrection et pour la direction de celle-ci, pour laquelle des groupes spéciaux de militants devraient être créés, quand ce serait nécessaire."

De cette façon, le travail effectué par Lénine contribuait à l’élaboration de bon nombre des tactiques essentielles du socialisme révolutionnaire moderne : la grève générale, le combat pour des milices ouvrières et l’insurrection armée.

Jusque là, le programme bolchévique était divisé en un "programme minimum" qui comprenait des réformes telles la république démocratique, la nationalisation de la terre et l’abolition de l’armée permanente, qui pouvaient être acquises sous le capitalisme, et un "programme maximum" qui concernait la politique d’un gouvernement ouvrier parvenu au pouvoir.

Un nouveau programme

En effet, Lénine était en train d’avancer un nouveau type de programme. Nouveau dans sa forme et dans son contenu : un programme d’action, dont l’objectif était d’amener la classe ouvrière de ses luttes immédiates à la question de la prise du pouvoir.

Malgré cet énorme pas en avant, il restait une faiblesse profonde dans la politique de Lénine. Cette faiblesse était contenue dans le mot d’ordre "pour une dictature démocratique du prolétariat et de la paysannerie".

Le mot d’ordre central de Lénine laissait sans réponses deux questions de classe, dont les solutions étaient "algébriques" :
• Quelle classe dominerait le gouvernement provisoire : le prolétariat ou la paysannerie ?
• Selon quel rythme le prolétariat pourrait-il passer des tâches purement démocratiques aux mesures spécifiquement socialistes ?

Trotsky avançait une réponse. En soi, la paysannerie n’était pas capable d’avancer ses intérêts révolutionnaires indépendamment du prolétariat. De fait, l’alliance populaire dont tout le monde admettait qu’elle était indispensable pour le renversement du tsarisme, serait nécessairement dirigée et dominée par la classe ouvrière.

Etant donné que le prolétariat allait diriger le gouvernement provisoire, le caractère de classe d’un tel gouvernement ne saurait être "une dictature démocratique". Il serait, en fait, "un gouvernement ouvrier soutenu par la paysannerie."

Malgré leurs différences de slogans, Trotsky était d’accord avec Lénine sur le fait qu’un gouvernement provisoire ne mettrait pas en œuvre plus que le programme minimum, en attendant la révolution socialiste en Europe.

Mais l’expérience de la deuxième moitié de 1905, marquée par la création des conseils ouvriers, le lancement des grèves de masse et l’interaction des luttes politiques et des revendications économiques spontanées, allait creuser les différences entre Lénine et Trotsky et obliger ce dernier à pousser plus loin la théorie de la révolution permanente.

De la grève générale aux conseils ouvriers

En octobre 1905, la révolution qui s’était fait sentir pendant toute l’année explosa. Le nouvel élément de cette vague révolutionnaire fut la création à St Pétersbourg d’un "soviet", un conseil des députés ouvriers. Chaque délégué, entièrement révocable et responsable, représentait 500 travailleurs d’usine.

Pour Trotsky, le soviet "a surgi en réponse à un besoin objectif : un besoin né des événements. Il était une organisation qui faisait autorité mais qui n’avait pas de tradition ; une organisation qui pouvait immédiatement impliquer une masse éparpillée de centaines de milliers de gens, sans avoir une machinerie organisationnelle réelle ; qui réunissait les courants révolutionnaires du prolétariat ; qui était capable d’initiative et d’une autodiscipline spontanée..."

A la différence de Trotsky, les bolcheviks ont répondu dans un premier temps au développement du soviet par une position assez unilatérale.

Ils craignaient que le soviet ne cache une tentative menchévique visant à créer un parti vague et large à la place d’une organisation d’avant-garde combative. Ils en tirèrent des conclusions dangereusement sectaires sur le caractère des soviets.

Selon Lunacharsky, un dirigeant bolchevique, le soviet n’était qu’une "provocation menchevique du style Zubatov", c’est-à-dire pareille à un syndicat jaune !

Plus tard, les bolcheviks ont présenté au soviet l’ultimatum suivant : adoptez le programme du POSDR ou nous partirons ! Le soviet a refusé le piège et est passé à la question suivante. Totalement confus, les délégués bolcheviques sont restés. Lénine critiqua très sévèrement ces tactiques. Pour lui, le soviet, loin d’être un obstacle au parti, constituait l’embryon d’une forme nouvelle de gouvernement ouvrier.

Certes, l’autorité du soviet grandissait. Mais quelle position prendrait-il face aux développements politiques ?

La tentative du Tsar pour adoucir la bourgeoisie - la promesse d’une "Douma (parlement) consultative", qui serait convoquée en janvier 1906 - ne calma en rien le colère des travailleurs. En réponse, ils promirent d’organiser une grève générale quand la Douma serait convoquée !

Entretemps, une grève des compositeurs du livre reçut le soutien des cheminots. Rapidement, d’autres travailleurs débrayèrent. Le 12 octobre, 750 000 travailleurs étaient en grève.

Au début, la grève fut purement économique. Rapidement, elle se transforma en grève générale politique, mais sans objectif clair : contre la Douma, mais pour quoi ?

Le 17 octobre, cherchant à désamorcer le mouvement, le Tsar publia un Manifeste constitutionnel qui réussit à convaincre une partie de la bourgeoisie de soutenir le régime et de s’opposer aux travailleurs en grève. Lorsque des travailleurs cherchèrent à tourner le mouvement vers des objectifs économiques, dont la revendication de la journée de 8 heures, imposée "d’en bas", les patrons répondirent par le lock-out. La situation devenait de plus en plus tendue.

La crise permettait aux tendances marxistes de s’exprimer publiquement, à travers des journaux de masse. Nachalo ("Début"), le journal menchévique était sous le contrôle effectif de Trotsky et de Helphand, à tel point que Martov se plaignait de ne pas y trouver la politique menchévique.

Trotsky utilisait ce nouveau forum pour expliquer l’impossibilité de maintenir une séparation rigide entre les programmes minimum et maximum :

"La victoire totale de la révolution implique la victoire du prolétariat. A son tour, cela signifie une révolution de plus, une révolution continue. Le prolétariat remplit les tâches fondamentale de la démocratie - et à un certain point la logique de son combat direct pour la consolidation de sa suprématie politique fait en sorte qu’il rencontre des problèmes purement socialistes. Une continuité révolutionnaire est établie entre les programmes minimum et maximum."

Tandis que Lénine soulignait que la phase démocratique de la révolution ne serait dépassée qu’après son achèvement, pour Trotsky les conquêtes démocratiques elles-mêmes ne pouvaient être garanties que par un gouvernement ouvrier :

"Dès que ce pouvoir est transféré aux mains d’un gouvernement révolutionnaire avec une majorité socialiste, la division de notre programme entre un programme minimum et un programme maximum perd toute signification, à la fois en principe et en pratique. Un gouvernement prolétarien ne peut en aucune circonstance se confiner dans de telles limites."

Contre Lénine, qui soulignait que la nécessité d’une alliance forte avec la paysannerie allait limiter les travailleurs à mettre en œuvre une révolution démocratique et agraire totale, Trotsky disait :
"Quel que soit le drapeau politique sous lequel le prolétariat a pris le pouvoir, il est obligé de prendre la voie de la politique socialiste."

La force de la position de Trotsky était qu’elle dévoilait les contradictions du slogan de la "dictature démocratique" avancé par les bolcheviks.

La faiblesse de Trotsky était qu’à cette étape, il formulait la révolution permanente non pas en forme de programme et de tactiques, mais comme une loi objective qui, inévitablement, se ferait sentir.

A ce moment-là Trotsky, comme les mencheviks, sous-estimait le rôle de l’avant-garde révolutionnaire organisée pour la victoire de la révolution.

Pour cette raison, la meilleure compréhension de Trotsky des dynamiques de classe de la révolution s’est avérée être un guide pour l’action moins utile que la théorie imparfaite de Lénine.

Le début de la fin

En octobre 1905, quand la classe ouvrière était à l’offensive, la position de Trotsky et Parvus était plus ou moins adéquate. Mais lorsque le mouvement spontané a commencé à s’essoufler, la faiblesse de la position de Trotsky est devenue évidente. Il n’avait pas d’organisation capable d’aller contre l’état d’esprit qui prédominait chez les travailleurs et de guider ces derniers vers une nouvelle offensive.

Cette faiblesse fut à l’origine de la défaite de la révolution à St Petersbourg, en décembre 1905.

Au mois de novembre, après que les libéraux avaient renoncé à soutenir le mouvement ouvrier, et après la défaite du combat pour la journée de 8 heures, le Tsar devint assez confiant pour imposer la loi martiale en Pologne, à l’époque sous domination russe, et pour exécuter des marins mutinés.

En réponse, le soviet de St Pétersbourg, dont Trotsky était devenu le dirigeant de facto, appela à une grève générale qui obligea le Tsar à reculer. Mais les travailleurs ne pouvaient pas aller plus loin.

Il n’y avait que peu d’organisation parmi les paysans de l’armée et aucune préparation à une insurrection armée. Après quelques jours, le soviet fut obligé de battre en retraite et d’arrêter le mouvement.

Sentant son moment venu, le régime reprit l’offensive. Le pouvoir utilisa toutes les armes à sa disposition : arrestations, fermeture des journaux, rafles policières ; sans direction claire et sans parti discipliné, le Soviet de St Pétersbourg ne pouvait rien faire pour empêcher sa victoire. Même ses appels à la grève générale ne rencontrèrent pas d’écho parmi une classe ouvrière de plus en plus demoralisée. L’armée prit le contrôle de la ville sans trop de difficulté.

Les choses en allèrent tout autrement à Moscou où les bolcheviks constituaient la majorité. Leurs craintes sectaires avaient retardé la création d’un soviet jusqu’au 22 novembre, mais une fois créé, le soviet, s’appuyant sur la force de l’organisation bolchévique, put résister à l’offensive du tsarisme.

Appelant d’abord à une grève générale, puis à une insurrection armée, les bolcheviks organisèrent une milice ouvrière armée forte de 1000 travailleurs, qui tint tête à la troupe tsariste.

Néanmoins, sans l’appui d’autres secteurs du pays, l’insurrection héroïque de Moscou était vouée à l’échec. Le 18 décembre, la révolution s’acheva de façon sanglante. Plus de 1000 personnes furent tuées à Moscou, 14 000 dans l’ensemble du pays. 70 000 autres allaient connaître l’exil après une série de procès iniques montés contre les rebelles.
La révolution était terminée... pour 12 ans seulement.

En guise de conclusion

Que faut il retenir, et que faut-il rejeter dans les conceptions différentes de Lénine, de Trotsky et des mencheviks en 1905 ?

Le menchévisme tel qu’il s’est manifesté à cette époque peut être caractérisé comme une espèce de centrisme : une vacillation opportuniste en réponse à chaque mouvement spontané des masses.

Comme les mencheviks, les bolcheviks maintenaient une division du programme "minimum" et une partie "maximum", une division qui remontait à toute une période de préparation au combat révolutionnaire en l’absence de crises et de combats révolutionnaires aigues.

Mais quand ces combats ont éclaté, les mencheviks ont choisi de garder la coquille vide de l’ancien programme, alors que Lénine s’est approprié son contenu vivant. Il croyait que seule une lutte révolutionnaire pouvait réaliser le programme minimum. A côté de ce programme, Lénine a dû élaborer une nouvelle tactique, un plan d’action qui allait constituer le modèle des futurs programmes d’action de 1917 et de l’Internationale Communiste jusqu’à nos jours.

Néanmoins, Lénine ne voyait pas l’ambiguïté de son mot d’ordre "dictature démocratique", en partie parce que les contradictions d’un tel mot d’ordre n’ont jamais été mises à l’épreuve, et n’ont donc pas éclaté, dans la pratique.

Ce n’est qu’en 1917 que Lénine a, face à la dualité de pouvoir entre le gouvernement provisoire "démocratique" et la dictature des soviets, abandonné ce mot d’ordre, proposant de le reléguer "au musée des antiquités pré-bolcheviques".

La faiblesse de Trotsky concernait surtout les questions clés du parti, du programme et de la tactique. A cette époque, il était obnubilé par la spontanéité des masses et avait un certain dédain pour les "organisations conspirationnelles". Ceci s’est révélé de trois façons :

• Trotsky s’appuyait sur la spontanéité de la révolution elle-même. Malgré la supériorité de sa vision historique, ses réponses programmatiques ne différaient point de celles des bolcheviks. La conclusion logique de l’analyse de Trotsky - "tout le pouvoir aux soviets" - ne fut pas avancée lors de la révolution de 1905. Ce n’est qu’en 1917 que Trotsky - et Lénine - ont compris qu’un gouvernement révolutionnaire provisoire prendrait la forme d’un gouvernement soviétique et non celle d’une Assemblée Constituante. L’objectivisme de Trotsky - ce que Lénine appelait "la tactique comme processus" - faisait qu’il ne se sentait pas obligé de tirer des conclusions programmatiques précises à partir de sa théorie de la révolution permanente.

• L’activité révolutionnaire de Trotsky lors de la révolution, même si elle fut spectaculaire, fut conduite à la manière d’une tribune révolutionnaire, comme Lassalle ou Jaurès. C’est en grande partie à cause de sa direction - dont Trotsky faisait partie - que le soviet de St Petersbourg connut le même destin que la Commune de Paris : une défaite sanglante malgré l’existence des milices ouvrières et l’embryon d’un gouvernement ouvrier.

• Trotsky n’avait pas entièrement rompu avec le menchevisme. Avant et après 1905, jusqu’à la veille de la révolution de 1917, Trotsky a cherché à réunifier les deux ailes du POSDR. En tant que "conciliateur menchevique" il cherchait l’unité sans se préoccuper des questions programmatiques. Il est vrai qu’en 1906, Lénine aussi estimait qu’une réunification était encore possible. Mais, à la différence de Trotsky, il voyait bien la profondeur des différences politiques, et ne croyait pas à la possibilité de réformer les mencheviks. Il espérait, néanmoins, que, comme en 1905, la pression des événements révolutionnaires obligerait les mencheviks à poursuivre une politique plus à gauche. Il n’en fut rien, comme allait le montrer la révolution de 1917.

Il va sans dire que tout cela est beaucoup plus clair aujourd’hui que ça ne l’était il y a 90 ans.

L’importance fondamentale d’un parti léniniste, même si elle est montrée de façon "négative" par les événements de 1905, n’a été définitivement démontrée que par la victoire d’octobre 1917.

Certes, Trotsky avait tort de s’opposer à Lénine. Mais, le moment venu, il a su se rallier à une conception organisationnelle et politique bien supérieure à la sienne.

La nature de la nouvelle époque impérialiste, celle des guerres et des révolutions, comprise de façon différente par Trotsky et Lénine, n’était traitée de façon scientifique que 11 ans plus tard, par Lénine dans sa brochure "L’impérialisme, stade suprême du capitalisme".

La question d’un nouveau type de programme correspondant aux nouvelles tâches, encore abordée de façon différente par les deux hommes, ne sera traitée consciemment que 30 ans plus tard, lors du combat pour la création de la Quatrième Internationale et son "Programme de Transition".

Les leçons de cette période sont toujours valables aujourd’hui, pas seulement pour les pays dominés par l’impérialisme, où la révolution permanente, c’est-à-dire la combinaison des tâches bourgeoises et d’une révolution ouvrière, se fait toujours sentir. La leçon fondamentale, de la nature du programme révolutionnaire et du besoin d’un parti pour le mettre en œuvre, sont peut-être même d’une actualité plus brûlante aujourd’hui qu’à l’époque.

Résoudre ces questions , en France et dans le monde, est notre tâche principale.


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Sujet / Message Re: Révolution russe

Message par Syfou le Jeu 10 Fév - 1:44

suite de la révolution russe de 1905

Trois conceptions de la révolution russe
Martov et les mencheviks

Pour les mencheviks, parce que la révolution était "bourgeoise" elle devrait être dirigée par les bourgeois :
"Dans les limites du combat contre l’absolutisme, et notamment lors de la phase actuelle, notre attitude à l’égard de la bourgeoisie libérale est définie par la tâche qui est la nôtre, c’est-à-dire de l’encourager à se joindre aux revendications que le prolétariat, dirigé par la social-démocratie, met en avant."

Selon cette conception, la victoire de la révolution bourgeoise russe n’était concevable que sous la direction de la bourgeoisie libérale et devait mettre le pouvoir entre les mains de cette dernière.

C’était ainsi que les mencheviks comprenaient la déclaration de Plekhanov, fondateur du marxisme russe, selon laquelle "la révolution russe triomphera en tant que révolution ouvrière, ou elle ne triomphera pas." Notons bien l’adjectif : ouvrière, pas socialiste. Pour les dirigeants mencheviques tel Martov, la nature bourgeoise de la révolution impliquait que la bourgeoisie aurait une place "réservée" au sein d’un futur gouvernement révolutionnaire. Par contre, la classe ouvrière, elle, ne devrait pas y participer.

Après tout, pendant la révolution allemande, Marx lui-même avait conseillé aux communistes de devenir "le parti d’extrême opposition" au futur gouvernement révolutionnaire bourgeois.

Mais cet argument reflétait d’abord la conception du 19e siècle, selon laquelle la classe ouvrière ne pouvait que se préparer à la prise du pouvoir, et non le prendre.

L’erreur du menchevisme en 1905 fut donc de répéter les slogans d’une période - voire d’une époque - révolue, celle du développement du capitalisme. Or les événements du début du siècle allaient mettre la révolution ouvrière à l’ordre du jour.

Lénine et les bolcheviks

Lénine avait compris que la bourgeoisie arriérée de Russie était incapable de mener une révolution démocratique jusqu’à son terme parce que la destruction du tsarisme nécessitait aussi la destruction des grandes propriétés terriennes et l’introduction des rapports de propriété capitalistes dans l’agriculture.

Or le lien organique entre la bourgeoisie et l’aristocratie foncière empêcherait la bourgeoisie de mener le combat contre les propriétaires terriens jusqu’à une conclusion décisive.

Seule une insurrection armée permettrait d’instaurer une assemblée constituante et une république démocratique dont l’organe serait le "gouvernement révolutionnaire provisoire" auquel le POSDR devrait participer.

Non pas pour devenir l’otage de la bourgeoisie mais pour assurer que les tâches démocratiques soient pleinement éffectuées et de la façon la plus progressiste.

Le seul gouvernement capable d’assurer la "victoire décisive" de la révolution sur le tsarisme était "la dictature démocratique révolutionnaire du prolétariat et de la paysannerie".

Le gouvernement révolutionnaire provisoire serait donc une dictature, comme celle des Jacobins, qui supprimerait impitoyablement la réaction interne et externe. Mais en même temps il serait "démocratique" en ce sens que ses tâches immédiates seraient limitées à la réalisation du programme bourgeois démocratique minimum.

Donc pour lui comme pour les mencheviks, il n’était pas question d’une révolution socialiste. Mais comme Lénine disait :

"Le marxisme apprend au prolétaire non pas à s’écarter de la révolution bourgeoise, à se montrer indifférent à son égard, à en abandonner la direction à la bourgeoisie, mais au contraire à y participer de la façon la plus énergique, à mener la lutte la plus résolue pour la démocratie prolétarienne conséquente, pour l’achèvement de la révolution. Nous ne pouvons pas nous écarter du cadre démocratique bourgeois de la révolution russe, mais nous pouvons l’élargir dans des proportions énormes ; nous pouvons et nous devons, dans ce cadre, combattre pour les intérêts du prolétariat, pour ses besoins immédiats et pour assurer les conditions dans lesquelles il pourra se préparer à la victoire totale."

De cette façon, Lénine avançait une stratégie révolutionnaire et préconisait la participation des bolcheviks dans la lutte réelle.

Parvus et Trotsky

En 1904, Trotsky et Alexander Helphand ("Parvus") avaient été à l’origine d’une scission de gauche dans le menchevisme. Leur perspective de la révolution, que Trotsky élabora plus tard sous le nom de la théorie de la révolution permanente, allait s’avérer beaucoup plus clairvoyante que celle de Lénine.

La prémisse fondamentale de la théorie de la révolution permanente était "la loi du développement inégal et combiné". En Russie, disait Parvus, "les exploits les plus développés de la technique et de la structure capitalistes sont intégrés au sein des rapports sociaux de la féodalité et du barbarisme, les transformant, les dominant et produisant un rapport de classes qui est unique."

Selon Trotsky, à cause de la force du tsarisme et la faiblesse de la bourgeoisie, seuls les travailleurs et les paysans pouvaient mener à bien la révolution démocratique bourgeoise. Mais un gouvernement ouvrier ne saurait être neutre face aux grèves. Il serait en faveur des augmentations de salaires, contre les licenciements ou pour le contrôle ouvrier. Dès le début, les travailleurs demanderaient des réponses socialistes à leur gouvernement. Si ce dernier refusait de les leur fournir, il serait immédiatement compromis aux yeux des masses.

Pour Trotsky, ce gouvernement ne pourrait pas se limiter aux seules tâches démocratiques et serait obligé de mettre le collectivisme à l’ordre du jour, d’entamer une révolution socialiste. Ensuite, parce qu’il ne pourrait pas non plus achever la révolution socialiste dans une Russie arriérée, il devrait mener une offensive révolutionnaire partout en Europe.

Un tel gouvernement, parce qu’il deviendrait le gouvernement d’une démocratie ouvrière, serait obligé d’effectuer une "révolution permanente".

Comment s’est déroulée la révolution de 1905



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Sujet / Message Re: Révolution russe

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