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Élections législatives au Venezuela.

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Sujet / Message Élections législatives au Venezuela.

Message par Syfou le Ven 1 Oct - 22:36

Elections législatives au Venezuela

l’art du qui gagne perd !

Dimanche dernier le Venezuela a tenu des élections législatives. Comme prévu le gouvernement a retenu sa majorité. Et pourtant ceux qui célébraient étaient les candidats perdants de l’opposition. Et pourtant celui qui devait passer deux heures à s’expliquer aux journalistes étrangers pour les convaincre d’avoir gagné était le président Chavez. Comment cela est-il possible ?

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Pour commencer il faut comprendre que les enjeux et la nature de la victoire avaient été fixés par le président Chavez lui-même, à quatre mois de célébrer ses douze années de régime populiste et autoritaire. A un moment donné il a décidé de transformer la campagne des élections législatives encore une fois, comme toutes les élections précédentes, en un plébiscite autour de sa figure politique. Ecartés ses candidats, le nouveau candidat unique pour les 165 circonscriptions en jeu devenait Hugo Chavez.

Mais cela ne suffit pas, bientôt il parlât de « démolir l’opposition », de commencer sa campagne pour sa réélection en 2012, et surtout, il annonçât qu’il lui fallait une majorité législative des 2/3 sinon l’élection serait perdue et la patrie en danger. Non seulement il a raté sa majorité des 2/3, mais de justesse il a raté celle de 3/5. Pourquoi cela lui est il si important ?

Un démocrate quelconque serait jubilant après 12 ans de règne de retrouver encore une fois une majorité parlementaire. Mais Chavez est devenu un président très autoritaire, gâté par une assemblée qui lui était acquise a 100% en 2005 et qui même après 5 ans de législature retenait encore un 80% de fidèles prêts à voter n’importe quoi, n’importe quand, du moment que le pli venait du palais de Miraflores. L’idée de se retrouver devant un parlement qui le force a débattre ses lois, un parlement qui ne lui vote pas tout automatiquement (majorité des 2/3), qui ne lui vote pas automatiquement certaines lois (majorité des 3/5) lui est simplement insupportable ces jours ci où il peut dire n’importe quelle ânerie à la télé pendant une cadena devant un parterre d’adulateurs qui se disputent le titre de celui qui applaudira le premier et le plus fort .

En bref, le message apocalyptique de Chavez fut que sans majorité des 2/3 la révolution bolivarienne était en danger. Mais Chavez cette fois ci a mal calculé et le risque qu’il a pris ne valait pas la peine. Passons sur les détails amusants tels que Castro disant que le socialisme du XXI siècle n’était qu’un communisme réchauffé, allant au point de dire que le modèle ne sert plus, même pas à Cuba. Le fait est que le régime vit son moment politique le plus difficile. Avec les scandales de 120.000 tonnes de nourriture pourrie à cause de la corruption et l’incompétence de ses serviteurs, en passant par la crise électrique qui ne s’est pas résolue avec la fin de la sécheresse, en continuant à travers un taux de criminalité qui a fait de Caracas la capitale la plus dangereuse de l’Amérique, avec un détour sur une des plus hautes inflations, en s’arrêtant sur une récession unique en Amérique latine alors que tous les autres pays sont sortis de la crise, on peut comprendre qu’il a fallu de toutes la dévotion quasi religieuse que Chavez a insufflé en 12 ans a ses loyaux pour que malgré tout son parti arrive à peine a 46% des suffrages exprimés.

Pour mesurer la dégradation de l’électorat chaviste il suffit de regarder les résultats de l’élection conjointe au parlement latino-américain, circonscription unique pour tout le Venezuela qui se décide à la proportionnelle pure. La coalition qui appuie Chavez a obtenu 46,71% des voix. Celle qui représente l’opposition unie obtient 45,01%. Le PPT, parti encore allié de Chavez il ya quelques mois obtient 2,81% et deux groupes d’opposition qui n’ont pas voulu faire liste unique obtiennent respectivement 2,56% et 0,76%. C’est-à-dire que la coalition chaviste obtient 46,71% et une potentielle coalition d’opposition pour les présidentielles de 2012 a déjà un potentiel de 51,14% de voix. C’est cette possibilité maintenant bien réelle qui a suscité les grises mines de bien des élus chaviste le lundi soir malgré leur victoire législative.

Lorsque l’on regarde les résultats législatifs proprement dits, mais si nous ne pouvons pas encore savoir les chiffres officiels exacts il est assez certain que les chiffres des trois listes d’opposition s’y retrouvent dans leur unité et que l’opposition devrait battre le régime. Mais admettons que la thèse du parti de Chavez, PSUV, soit vérifiée et que l’opposition a été effectivement battue par 100.000 voix environ (le CNE ne publie pas ce résultat officiel, du moins pas encore, il faut le déduire). Cela voudrait dire que ces 100.000 voix d’avance du chavisme représenteraient un avantage de 1,8% sur les 5.300.000 voix environ obtenues (je propose cet avantage délibérément plus large que celui des résultats du parlement Latino-Américain, pour abonder sur la thèse chaviste).

Hors que s’est il passé ? Le chavisme remporterait 98 sièges et l’opposition 65, avec le PPT 2 (résultats non définitifs encore mais qui ne devraient pas changer à un siège près). C’est-à-dire, lisez bien, avec 1.8% des voix en plus le chavisme remporte 33,7% des sièges EN PLUS ! Et si l’on considère le PPT comme opposition toute, le chavisme ferait égalité en voix mais remporterait 31,6% des sièges en plus. Evidement dans n’importe quel pays démocratique normal un tel écart n’est pas possible. Je suggère aux lecteurs d’essayer de chercher dans le passé électoral de la France depuis 1870, ou du Royaume Uni depuis la reforme de Disraeli, un désaccord aussi flagrant entre les voix obtenues par les deux partis principaux et les sièges qu’ils gagnèrent. Même les USA, qui pourtant ont admis plus d’une fois qu’un président pouvait être élu sans la majorité des suffrages exprimés, n’ont jamais connu de telles injustices électorales pour le Congrès, au moins depuis que les noirs ont été affranchis il ya 50 ans.

L’explication est très simple. Depuis le referendum de 2007 le régime de Chavez sait qu’il n’est plus invincible électoralement. En accord avec sa nature autoritaire, et les défaites locales remarquées en 2008, avec la complicité du CNE, le pouvoir électoral indépendant devenu depuis un vulgaire ministère aux élections, le régime a changé la loi électorale du Venezuela et a procédé à un nouveau découpage électoral du pays qui, fait curieux, affecte les états dont les gouverneurs sont dans l’opposition : Lara, Zulia, Carabobo, Miranda, Tachira, avec la ville de Caracas et l’état natal de Chavez, Barinas, où l’opposition progressait trop dans la capitale de Barinas.

Il serait trop long de rentrer dans tous les détails de cette fraude électorale annoncée . Il suffit de reprendre un tableau déjà publié en anglais et en espagnol pour illustrer la redoutable efficacité du découpage électoral auquel le CNE a procédé froidement début 2010. Ce tableau qui est joint à ce texte montre les voix obtenues par la coalition chaviste menée par le PSUV et la coalition de l’opposition, MUD, ainsi que le nombre de députés élus pour chaque ‘coalition’. Les trois régions dans ce cas sont les états de Carabobo, et Miranda, avec la ville de Caracas pour compléter le grand Caracas. C’est un peu comme si nous considérions la région parisienne et Normandie avec la lyonnaise, pour vous donner un point de repère.

C’est clair : dans ces trois régions nous pouvons constater que le chavisme a TOUJOURS perdu aux voix mais a toujours égalé ou gagné en sièges. Si nous calculons la somme, Chavez et ses suiveurs reçoivent seulement 45,3% des voix mais raflent néanmoins 59,4% des sièges.

Si nous rajoutons cette fraude flagrante avec d’autres qui le sont moins on peu donc comprendre cette ‘victoire’ du chavisme faites en violant la constitution qui dans son article 63 exige la présentation proportionnelle. C’est-à-dire que si l’on suivait la constitution comme il se doit le système électoral devrait garantir que tout parti politique qui remporte un 40% des voix devrait avoir, disons, au moins 35% des sièges à pourvoir et pas plus de 45%. Nous en sommes loin.

Ce résultat pose de nombreux problèmes pour le président Chavez. Il est maintenant exposé comme tricheur à la maison, mais aussi à l’étranger, ce qui ne plait guère aux autres chefs d’état de pays démocratique (il est certain que ses amis Poutine et Ahmadinejad ne le lui reprocheront guère). Non seulement ceci, mais la révolution bolivarienne qui se vantait de démocratiser la société s’avère en fait entrain de faire le contraire, du moins au vu des résultats de cette élection.

Les embarras de Chavez sont au vu et su de tous. Tout d’abord, pour la première fois depuis qu’il ‘gagne’ des élections il n’a pas fait acte de présence au ‘balcon del pueblo’ de Miraflores, laissant les quelques peu de supporters qui avaient attendu jusqu’a trois heures du matin les résultats. Chavez cachant sa très mauvaise humeur essaya de réparer la mise avec une conférence de presse le lundi soir. Mais lorsque la journaliste de Radio France International posât la question pour savoir pourquoi la prime de victoire était hors de proportion avec cette victoire, Chavez ne put pas répondre et se perdit dans un monologue vague qui dura plus de 10 minutes, accusant la pauvre journaliste de compromission, RFI de media menteur, ne répondant jamais la question, finalement disant que les voix obtenues dans une élection législative n’avaient rien à voir avec l’élection des députés. Si votre espagnol vous le permet vous pouvez voir la vidéo chez Youtube, et même si vous ne comprenez pas, l’embarras de Chavez est visible . Inutile de vous dire que RFI n’a pas apprécié et le lendemain émettait un communiqué d’appui a sa correspondante.

Quoiqu’il en soit dimanche dernier a marqué un tournant pour le régime de Chavez. N’ayant plus la majorité populaire le régime se trouve devant le choix de poursuivre sa marche vers un plus grand autoritarisme, répression et rapprochement du modèle cubain, ou apprendre à vivre en démocratie en respectant les droits de la moitié de la population. Au vu de l’écroulement économique qui garanti la baisse continue de la popularité de Chavez on peut craindre le pire, comme nous en avons déjà eu un aperçu hier soir avec l’agression à Andreina Flores de RFI.

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