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Message par Syfou le Mar 8 Fév - 23:10

Suicide

Le suicide (du latin sui, « soi » et cidium, « acte de tuer ») est l’acte délibéré de mettre fin à sa propre vie. Dans le domaine médical, on parle parfois d’autolyse (du grec αὐτο- / auto- « soi-même » et λύσις / lúsis « destruction »).

Selon une définition moderne qui ne préjuge pas des intentions de la personne et ne juge pas son acte, le suicide est « l’acte qui a pour effet la mort d’une personne et dont l’intention est soit d’en finir avec la vie, soit de produire un nouvel état de choses (comme le soulagement de la douleur), dont le sujet pense qu’il ne peut être atteint qu’au moyen de la mort ou qu’il conduira à la mort ».

Le suicide est un acte complexe, que l'on ne peut prétendre approcher à l'aide d'une seule et unique discipline. C'est pourquoi, lorsque l'on parle de suicide, il est nécessaire de faire appel à plusieurs domaines, tels que la médecine, la psychopathologie, la sociologie, l'anthropologie, la philosophie, la théologie, l'histoire...

Quelques définitions

Suicide : acte de mettre fin à sa propre vie.
Suicidé : personne décédée par suicide.
Suicidant : personne qui s'est manifestée par un comportement auto-agressif à finalité plus ou moins autolytique.
Tentative de suicide : acte auto-agressif destiné à mettre fin à sa vie auquel le sujet survit souvent, abrégé en TS.
Idéation suicidaire : idée que se fait un individu selon laquelle le suicide pourrait constituer une solution à la situation dans laquelle il se trouve et qu'il juge insupportable ou bien à la douleur morale et à la détresse qu'il éprouve.
Crise suicidaire : état au cours duquel l'idéation suicidaire devient envahissante.
Suicidaire : « celui qui, sans réaliser un geste directement auto-agressif, multiplie par ses comportements (refus de soins), les situations de risque où parfois sa vie, en tout cas sa santé, peut être mise en jeu ».
Équivalent suicidaire : ce terme recouvre différentes situations : certains refus de soins au cours de maladies graves, certains accidents, ou prises de risques extrêmes, etc.

Statistiques

Les statistiques sont jugées plus ou moins fiables selon les pays. Certains suicides peuvent passer pour des morts naturelles ou accidentelles ou des crimes (et inversement). La précision de ces statistiques dépend aussi de la manière dont la médecine légale et la police travaillent.


Taux de suicide par pays

En France en 2008, selon les sources, le taux de suicide est de 16,2 pour 100 000 habitants ou bien exprimé de la façon suivante par l'OMS : 26,4 pour les hommes et 7,2 pour les femmes[8]. Selon l'InVS, le taux de mortalité par suicide est 3 fois plus élevé chez les employés et les ouvriers que chez les cadres. Ce taux varie également selon les domaines d’activité. Les chiffres les plus élevés concernent le secteur de la santé et de l’action sociale(34,3/100 000) puis viennent ensuite les secteurs de l’administration publique (en dehors de la fonction publique d’État) (29,8/100 000), de la construction (27,3/100 000) et de l’immobilier (26,7/100 000).

Selon le Figaro,le taux de suicide des agriculteurs exploitants s'élèvent à 32 pour 100 000, contre 28 pour 100 000 chez les ouvriers et 8 pour 100 000 pour les professions intellectuelles supérieures»

En Suisse, le taux de suicide en 2008 est de 14,4 pour 100 000 habitants .

Parmi les pays de l'OCDE, les taux de suicide sont les plus forts au Japon et en France (de 15 à 20 pour 100 000) et les plus faibles en Italie, Grande-Bretagne et aux États-Unis.

Curieusement, la Suède garde en France la réputation d'un pays où l'on se suicide beaucoup, alors que la pratique y est par million d'habitants 30% inférieure à celle de la France.
Les taux de suicide sont en revanche encore supérieurs en Autriche et Hongrie (même source).

Le Japon est le pays où le taux de suicide est le plus élevé chez les adolescents. Mais la moyenne d'âge des suicidés y reste élevée en raison de la proportion élevée de personnes âgées parmi les suicidés. En 2009, on a relevé 32 845 cas de suicide selon la police japonaise, 32 000 en 2008, 33 100 cas en 2007). C'est la douzième année consécutive qu'il y a plus de 30 000 suicidés/an au Japon.

Le Japon a commencé en 2009 à publier des statistiques mensuelles (ex. : 2 650 cas en janvier 2009 ; à comparer aux 2 300 cas recensés par le Ministère de la Santé, du Travail et du Bien-être pour janvier 2007) .

Épidémiologie contemporaine du suicide

L'épidémiologie du suicide est une discipline de l'épidémiologie qui vise à connaître l'étude de la répartition, et des déterminants du suicide dans les populations. Dans le monde, 815 000 personnes se sont suicidées en 2000, soit 14,5 morts pour 100 000 habitants (un mort toutes les 40 secondes). L'épidémiologie du suicide reste cependant très variable selon les pays, et parfois même entre communautés différentes dans un même pays.

Les tentatives de suicide sont beaucoup plus fréquentes, mais leur nombre est très difficile à évaluer.

La surveillance de l'évolution de l'incidence des suicides en France est effectuée par le réseau Sentinelles de l'Inserm.


Psychiatrie et suicide

Dans un grand nombre de cas, le suicide s'intègre à l'évolution d'une pathologie psychiatrique, le plus souvent état dépressif, schizophrénie, trouble de la personnalité, troubles du sommeil etc.

Suicide assisté ou euthanasie

L'euthanasie (mort douce) et l'aide au suicide (exécuter la décision d'un suicidant ou ne pas intervenir sur la situation dans laquelle il s'est mise s'il a clairement exprimé sa volonté) font aujourd'hui (2005) l'objet de débats et de polémiques dans la plupart des pays d'Europe ou d'Amérique du nord.

En France, il est actuellement condamné comme homicide. La Loi entérine la réprobation sociale dont le suicide est entaché : l'aide au suicide est prohibée pour « abstention volontaire de porter assistance à personne en péril » (article 223-6 du Code pénal, concept plus connu sous le nom de « non-assistance à personne en danger »). En 2007, l'Affaire Vincent Humbert a souligné cette particularité du droit français.

La Cour européenne des droits de l'homme, dans son arrêt Pretty c. Royaume-Uni du 29 avril 2002, a déclaré à l'unanimité que le suicide n'entrait pour l'instant dans le champ d'aucun droit de l'homme, ni de l'article 2 de la Convention protégeant le droit à la vie :

« En conséquence, la Cour estime qu’il n’est pas possible de déduire de l’article 2 de la Convention un "droit à mourir", que ce soit de la main d’un tiers (ou par l'abstention de l'intervention de ce tiers), ou avec l’assistance d’une autorité publique. »

Il est autorisé dans des pays comme les Pays-Bas, la Belgique, l'Oregon (aux États-Unis). En Suisse, le code pénal la tolère puisque l'article 115 prévoit de punir l'assistance au suicide si elle est causée par des « motifs égoïstes ». Deux associations suisses, Exit et Dignitas ont été créées dans le but d'aider des malades en phase terminale à mettre fin à leurs jours ou d'empêcher des interventions médicales non souhaitées visant à les ranimer.

Les religions face au suicide

Point de vue monothéiste

Le suicide est traditionnellement un acte condamné dans le cadre des religions monothéistes. En effet, si le fait de se suicider est d'abord un acte qui va contre soi-même, l'« appartenance » de la destinée de l'homme à Dieu fait que cet acte devient une rupture de la relation spécifique entre l'homme et Dieu et un acte allant contre la souveraineté de Dieu.

Le point de vue catholique a été précisé dès le premier concile de Braga qui s'est tenu vers 561 : il déclare que le suicide est criminel dans la chrétienté, sauf chez les « fous ».

Le premier concile de Braga entendait lutter contre les modes de pensée païens à une époque encore profondément marquée par la mentalité romaine où le suicide était présenté comme une voie noble, une mort honorable, recommandable pour racheter un crime alors que le christianisme voulait marquer que pour lui seul le pardon, l'acceptation de se livrer à la justice pour un criminel, était la seule voie acceptable.

L'islam interdit le suicide et le considère comme un péché (voire un crime). D'après un hadith, Mahomet aurait refusé de prier sur un suicidé qui lui fut présenté, cependant il avait ordonné à ses compagnons de tout de même le faire.

Point de vue bouddhiste

Commettre un suicide est loin d'être considéré comme une bonne chose, au sens où le fait de prendre la vie de quelqu'un est considéré comme négatif. Cependant, d'un point de vue bouddhiste, ce que nous faisons ou ne faisons pas n'est pas le seul critère qui détermine si un acte est "bon", "mauvais" ou "très mauvais". Le critère essentiel est la motivation qui sous-tend l'acte.

Selon la théorie du karma, quoi que nous fassions, nos actes auront des conséquences. Rien ni personne ne prend la décision de nous récompenser ou de nous punir. C'est la force de l'action elle-même qui détermine le résultat. D'après les principes d'interdépendance et du karma, notre mort est suivie d'une renaissance dans la vie suivante.

Point de vue anthropologique : les différences culturelles

Le suicide est perçu assez différemment selon les cultures ; si dans les sociétés occidentales, il a longtemps été considéré comme immoral et déshonorant, il est dans d'autres sociétés justement le moyen de recouvrer un honneur perdu.

En Asie, il existe des formes de suicide ritualisé comme les jauhâr et satî indiens. Le seppuku japonais quant à lui est un suicide vu comme une issue honorable face à certaines situations perçues comme trop honteuses ou sans espoir.

On observe une association négative entre la religiosité et les taux de suicide chez les femmes et les personnes âgées : les taux de suicide seraient plus bas là où le suicide est moins acceptable.

Typologie du suicide, selon Émile Durkheim

Émile Durkheim, un des fondateurs de la sociologie, publie en 1897, son fameux livre Le Suicide où il analyse ce phénomène sous un angle social. Il distingue quatre sortes de suicide : le suicide égoïste, le suicide altruiste, le suicide anomique et le suicide fataliste. Dans chaque cas, la désintégration sociale est la cause première véritable.

Le suicide « altruiste »[

Il est particulièrement développé dans les sociétés où l'intégration est suffisamment forte pour nier l'individualité de ses membres. L'individu est tellement absorbé dans son groupe que sa vie ne peut exister en dehors des limites de ce groupe.

Exemples de suicides « altruistes » :

Suicide des prêtres de certaines religions ;
Suicide traditionnel des personnes âgées, devenues un poids pour la famille ;
Suicide des militaires jeunes retraités ;
Suicide de soldats après une défaite, pour préserver leur honneur (ex: Les Japonais se suicidant à l'aide de grenades pendant leur défaite d'Iwo Jima, lors de la Seconde Guerre mondiale).
Dans le cas de groupes isolés aux ressources alimentaires quasiment épuisées, certains suicides sont des sacrifices pour la survie du groupe ou au moins d'une partie.

Le suicide apparaît bénéfique collectivement quand les ressources suffiraient pour la survie du groupe si celui-ci se réduit, alors que partagées entre tous, c'est tout le groupe qui disparaîtra probablement ; les volontaires ayant en contrepartie l'avantage de ne pas - ou de ne plus - connaître les affres de la faim. Racontant des épisodes dramatiques d'une double famine hivernale subie par les Inuits (les Ammassalimiout), en 1882 et 1883 sur la côte est du Groënland, Paul-Émile Victor décrit des suicides, notamment celui de deux femmes et de leurs quatre jeunes enfants se jetant à l'eau pour se retrouver dans le Domaine des morts ; d'autres suicides sont au contraire en partie motivés par le désir de ne pas subir l'anthropophagie possible de la part de leurs proches réduits à cette extrémité, même si cela devait les sauver Dans ces histoires et ces circonstances, la mort d'un homme est généralement suivi du suicide de sa femme, éventuellement avec ses enfants.

Le suicide « égoïste »[

Présence ici, à l'inverse du suicide « altruiste » (voir ci-dessus), d'une intégration faible, d'une individualisation démesurée et qui s'affirme au détriment du moi social, ainsi que d'une désagrégation de la société, au cours d'un vieillissement qui n'offre aucune perspective positive. Il est parfois, mais pas toujours, le symptôme d'une société trop déstructurée pour fournir un motif valable d'existence de qualité à certains de ses individus.

C'est, par exemple, le suicide de l'adolescent solitaire. La famille et la religion protègent « en principe » contre ce type de suicide. C'est aussi le cas du vieillard isolé affectivement ou intellectuellement.

Le suicide « anomique »[

Le suicide anomique est dû à des changements sociaux trop rapides pour que les individus puissent adapter leurs repères moraux. Le mot « anomie » vient du grec ἀνομία / anomía et signifie « absence de règle, violation de la règle ». Il a été emprunté, dans un premier temps, en philosophie par Jean-Marie Guyau (1854-1888) qui, à la différence des Grecs, l'utilisait de façon positive : l'anomie représente l'affranchissement des limites virtuelles fixées par l'homme. Cependant, le sociologue français Émile Durkheim (1858-1917), en étudiant le comportement suicidaire, l'utilise mais revient sur une vision plus sombre et négative du mot, où la rupture des règles peut être très néfaste au psychisme et conduire au suicide.

Il a été montré par des études que le suicide croît de façon proportionnelle aux dérèglements d'ordre social et d'ordre économique : qu'il s'agisse de crises boursières ou d’embellie économique, le taux de suicide augmente car l'individu perd ses repères et ses régulateurs. Ce suicide est donc fréquent dans les groupes sociaux où la régulation est faible.



Dernière édition par Syfou le Mer 9 Fév - 0:16, édité 4 fois

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Annonce Re: Quelques définitions

Message par Syfou le Mar 8 Fév - 23:25

Autres formes de suicide

Le XXe siècle a connu des suicides de protestation, en particulier par le feu (bonze Thich Quang Duc protestant ainsi contre la guerre du Vietnam en 1963, étudiant tchèque Jan Palach contre l'occupation de son pays). Le suicide en France d'un jeune ouvrier auquel sa direction voulait interdire de porter les cheveux longs à la fin des années 1960 a été très médiatisé. Enfin, le professeur Alfred Métraux a explicitement indiqué que son suicide avait pour but de signaler les conditions de vie pénibles des personnes âgées dans la société de son époque.

Méthodes

Les méthodes employées par les personnes s'étant suicidées sont compilées par l'OMS afin de concevoir des stratégies efficaces de prévention du suicide. L'empoisonnement par pesticide est courant dans de nombreux pays d'Asie et en Amérique latine; l'empoisonnement médicamenteux est fréquent dans les pays nordiques et le Royaume-Uni. La pendaison est la méthode la plus usitée dans l'est de l'Europe, tandis que l'on observe plus souvent le recours à l'arme à feu aux Etats-Unis et le saut d'un endroit élevé dans les grandes villes telles que Hong Kong.

Philosophie et suicide

Le suicide est vu bien différemment selon le courant philosophique l'évoquant. Il peut être considéré comme un acte suprême de liberté ou une option de faiblesse et de renoncement, voire de sacrifice.

Du point de vue contraire, le suicide est mis en opposition avec l'humanité. En effet, la mort fait partie de la nature. Se donner la mort, c'est donc renier la nature et s'opposer à elle. C'est s'éloigner de son humanité.

Pour Platon, la mort était la propriété des Dieux, et des Parques qui coupaient le fil de la vie. Pour Platon, se suicider, c'est donc aller contre la volonté des Dieux…

Paul Valéry mentionne dans Tel Quel que le suicide est en général dû à l'impossibilité pour sa victime de supprimer chez elle une idée lui causant souffrance, et à laquelle elle pense donc ne pouvoir mettre fin qu'avec sa propre vie.

Pour Jean-Jacques Delfour, le suicidant ne peut pas vouloir mourir, puisqu'il ignore ce qu'est la mort, dans le sens où il n'en a pas l'expérience. Le suicide, pour lui, est uniquement une manière de mettre fin à une souffrance. Cependant, s'ils mettent fin à leur souffrance, ils mettent aussi fin à la suppression de cette souffrance et donc n'en bénéficient pas ; et la liberté que l'on a sur sa vie, le pouvoir de se tuer, disparaît avec la vie elle-même, on n'a donc pas l'occasion d'en jouir. Pour lui, il n'y a donc pas à proprement parler de suicide, mais une agression du corps pour laquelle rien n'est venu interrompre le processus mortel.

Politique et suicide

Le suicide a été utilisé dans l’histoire comme un acte politique d’opposition et de contestations. Nous ne traiterons pas de l’attentat-suicide.

Le suicide peut être un acte politique, proche du martyre. Dans le Japon médiéval, toute critique du Shogun s'accompagnait d'un seppuku de l'accusateur. A l'époque contemporaine, le suicide est utilisé pour protester de façon spectaculaire, notamment par autocrémation, contre une situation jugée insupportable :

Le 11 juin 1963, à Saïgon, le bonze Thích Quảng Đức s'est suicidé pour protester contre le régime dictatorial du président vietnamien Ngô Đình Diệm. Ce geste a été imité par la suite ;
Jan Palach et Jan Zajíc en 1969 pour protester contre la répression soviétique du printemps de Prague ;
Trois membres de l'Organisation des moudjahiddines du peuple iranien, en 2003, pour dénoncer l'arrestation de Maryam Radjavi par la police française.
Josiane Nardi en France le 18 octobre 2008 pour protester contre la politique d'expulsion de son compagnon arménien sans-papiers.

Les déterminants du passage à l'acte suicidaire

La psychiatrie, la psychologie, la sociologie, la philosophie, la théologie et le droit s'intéressent dans leurs domaines respectifs à la question du suicide. À côté de ces études théoriques, il existe des mesures pratiques pour la prévention du suicide et l'accompagnement de ceux qui commettent une tentative de suicide.

Malgré les efforts pour prévenir et traiter ces pathologies, le suicide demeure un problème majeur de santé publique. Le défi à propos du suicide est de mettre au point un modèle explicatif et prédictif, c'est-à-dire qui repose sur une physiopathologie en grande partie à découvrir et qui intègre les facteurs de risque actuellement connus. Un suicide réussi est fréquemment précédé par un processus suicidaire qui devient manifeste à travers les propos du sujet et/ou ses tentatives de suicide. La capacité à répondre à l’adversité psychosociale et à la pathologie mentale par un comportement suicidaire traduit une prédisposition sous-jacente. La prévention du suicide pour être efficace doit prendre en compte cette prédisposition.

Le suicide peut être dû à des difficultés psychologiques, notamment une grave dépression. Les autres cas (suicide à la suite d'un déshonneur par exemple) sont plus rares dans les cultures occidentales. On a observé des cas où un suicide s'accompagnait du meurtre d'autres personnes (souvent le compagnon, les enfants), on parle dans ces cas de suicide étendu ou élargi.

Il peut arriver que la cause du suicide soit une réflexion sur l'existence même, influencée par la philosophie nihiliste.

Facteurs de risque du suicide

Le suicide a en général des causes multiples. On peut classer les facteurs menant au suicide en trois catégories :

Les facteurs primaires

Les facteurs primaires sont des facteurs sur lesquels on peut agir, ils ont une valeur d'« alerte ».

Ce sont les antécédents personnels (tentatives de suicide précédentes, troubles de l'humeur), les antécédents familiaux (si des proches se sont suicidés, cela peut prendre une valeur d'« exemple ») et les troubles psychiatriques avérés (schizophrénie, toxicomanie, alcoolisme, etc.).

Conseiller à un dépressif de se débarrasser des armes à feu qu'il possède chez lui fait statistiquement baisser ses réussites de suicide, car l'usage d'une arme à feu est simple et rapide, ce qui peut conduire au geste fatal pendant un court moment d'égarement.

Les facteurs secondaires

Les facteurs secondaires sont des facteurs sur lesquels on peut faiblement agir[Contradiction !], et qui n'ont en soi qu'une faible valeur prédictive, sauf associés à des facteurs primaires. Il s'agit essentiellement de la situation sociale (isolement, solitude[Contradiction !], chômage, dévalorisation sociale chez les personnes âgées, harcèlement scolaire (bullying) chez les jeunes) et d'événements passés traumatisants (deuil, agressions sexuelles, séparation, maltraitance).

Les maladies chroniques sont peu suicidogènes, mis à part pour les personnes âgées.

Les facteurs tertiaires

Ce sont des facteurs sur lesquels on ne peut que difficilement agir, et qui n'ont de valeur prédictive qu'en présence de facteurs primaires ou secondaires. C'est par exemple l'âge (la probabilité la plus forte est entre 35 et 54 ans, et au-delà de 70 ans) ou l'appartenance au sexe masculin (cf. la section Statistiques).

La difficulté d'accepter sa vieillesse (faible estime de soi -- voir âgisme) et sa déchéance physique et intellectuelle.
La difficulté d'accepter son orientation sexuelle et affective (faible estime de soi -- voir homophobie).
L'époque de l'année a également une influence. On remarque un creux à la fin de l'année, durant les fêtes, peut-être en raison d'un rapprochement entre les gens.
Certaines études tentent d'établir une corrélation entre le nombre de suicides et la longueur des jours pendant la période hivernale. En effet, la lumière aurait un effet antidépresseur.

Facteurs de protection

On note plusieurs facteurs de protection qui permettent de contrebalancer certains effets négatifs des facteurs de risque associés au suicide. Voici quelques exemples :

1.Stratégies de gestion du stress adéquates
2.Réseau social disponible et significatif
3.Ouverture à recevoir de l'aide
4.Estime de soi et confiance en soi élevées
5.Support des enseignants et d'autres adultes en milieu scolaire
6.Vision de l'école comme un lieu d'investissement
7.Confiance en ses capacités à faire face aux obstacles de la vie

Modélisation du comportement suicidaire

« Il est très important de pouvoir modéliser le comportement suicidaire car sa prédictibilité est actuellement très faible. Bien que la majorité des sujets qui font une tentative de suicide ou se suicident ne sont pas connus comme souffrant d'un trouble psychiatrique, les enquêtes dites « d'autopsie psychologique » réalisées dans l'entourage de sujets suicidés nous montrent que 90 à 95 % des sujets décédés par suicide présentaient un trouble psychiatrique. »

— Conférence de consensus, La Crise suicidaire, ANAES p. 77

Deux modèles principaux ont été développés pour expliquer et prévoir le comportement suicidaire. Ces deux modèles se complètent plus qu’ils ne s’excluent.

Le modèle stress-prédisposition

Les auteurs partent des constatations suivantes : 90 % des victimes de suicide souffraient d’une pathologie psychiatrique au moment de leur mort mais beaucoup de patients psychiatriques ne font pas de tentatives de suicide. Un diagnostic psychiatrique est une condition nécessaire mais non suffisante pour se suicider. Il est donc nécessaire d’identifier des facteurs de risque suicidaire en dehors du diagnostic psychiatrique.

Une tentative de suicide antérieure est le meilleur prédicateur d’une tentative de suicide future mais seulement 20 à 30 % des patients qui se suicident ont fait avant une tentative de suicide. Un premier résultat important est que les patients qui font une tentative de suicide ne diffèrent pas significativement de ceux qui n’en font pas en termes de sévérité de la psychopathologie aiguë. Ceci va à l’encontre d’une idée reçue selon laquelle la gravité des symptômes prédispose au suicide.

Par contre, l’intensité de l’idéation suicidaire est un facteur de risque de passage à l’acte. Dans le risque suicidaire, la pathologie intervient par certains paramètres longitudinaux :

Le nombre d’épisodes psychopathologiques avant la tentative de suicide est un facteur pronostique,
L’âge de début de la pathologie : la précocité de l’âge de début est un facteur de risque.
Des éléments stables du comportement sont retrouvés comme des marqueurs de prédisposition :

La dimension d’impulsivité/agressivité ;
Un trouble de la personnalité associé ;
Des antécédents d’alcoolisme ou d’abus/ dépendance à une substance ;
Le fait de fumer ;
Un antécédent de traumatisme crânien ;
Des antécédents familiaux de tentative de suicide ;
Des abus et/ou violences dans l’enfance.

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Annonce Re: Quelques définitions

Message par Syfou le Mar 8 Fév - 23:31

Le modèle dit du processus suicidaire

C'est le modèle qui a été retenu par l’INSERM dans ses travaux sur le suicide. Il est possible d’observer un processus suicidaire chez l’individu avant le passage à l’acte. Les personnes suicidaires présentent une fragilité (facteurs de risque accumulés) qui les prédisposerait à réagir de façon inadaptée lors de situations stressantes. Une perte quelconque (exemple : perte d’un(e) ami(e) ou deuil d'un proche) enclenche le processus. Une période dépressive suit la perte ; puis l’étape de la crise s’installe.

L’état de crise peut être accompagné d’idéations passagères qui se transformeront en rumination, puis en cristallisation (formation d’un plan précis pour passer à l'acte : où ? quand ? comment ?) pour aboutir à la tentative planifiée. Dans la majorité des cas, le suicide n’est donc pas un acte impulsif, mais plutôt un acte prémédité qui résulte d'un processus bien défini. Ceci permet de réaliser qu'une intervention spécifique est possible à chacune des étapes. La personne intervenant auprès d'un individu suicidaire doit être attentive aux signes associés à chaque phase du processus.

Le processus suicidaire est un processus qui se déroule sur quelques heures ou quelques jours. On y distingue trois étapes :

1.Les pensées ou idées suicidaires (idéation suicidaire) ;
2.La crise suicidaire : les pensées de suicide deviennent omniprésentes (ruminations) et le patient élabore des scénarios de passage à l’acte ;
3.Le passage à l’acte suicidaire.

Les études faites sur la cognition du suicide ont trouvé les caractéristiques suivantes qui prédisposent au passage à l’acte suicidaire en situation de stress :

Tendance à se considérer comme perdant lorsqu’il est confronté aux risques psychosociaux ;
Incapacité à percevoir une possibilité de fuite, ce qui est à mettre en rapport avec une mémoire autobiographique remplie d’échecs et d’incapacités à résoudre les problèmes ;
Sentiment que personne ne peut rien pour lui (sentiment de désespoir).

Cette cognition particulière semble devoir être mise en relation avec un déficit des fonctions exécutives avec en particulier des difficultés dans l’élaboration des stratégies de prise de décisions comme cela a été montré dans une étude récente. Enfin, nous dirons quelques mots de la neurobiologie du suicide.

Le trait très régulièrement retrouvé est le dysfonctionnement du système sérotoninergique que celui-ci soit attesté par une diminution des métabolites urinaires de la sérotonine, ou des métabolites au niveau du liquide céphalorachidien, ou encore par une baisse de la fixation de la sérotonine au niveau préfrontal. Pour une revue détaillée, on pourra consulter The neurobiology of suicide and suicidality.

Prévention du suicide

Le suicide est généralement annoncé ; beaucoup de suicidés essaient de prévenir leurs proches et laissent une lettre d'adieu afin d'expliquer leur geste. Ces pensées sont à prendre au sérieux ; s'il y a un risque de tentative de suicide, il faut en parler avec la personne ouvertement afin de pouvoir l'éviter. L'évocation de la mort avec une personne, poser la question « avez-vous pensé à la mort ? » n'est pas suicidogène, mais permet au contraire de montrer que l'on comprend la souffrance. Lorsque l'on discute, il ne faut pas porter de jugement ; on peut tenter de lui faire se remémorer d'anciens problèmes et les stratégies qu'elle avait mises en œuvre pour les résoudre.

Selon le professeur Michel Debout:

« Lorsqu’on pense qu’une personne va mal, il ne faut pas hésiter à lui dire ce que l’on ressent. Et la manière dont on lui dit est importante. Si vous lui demandez : « ça ne va pas ? », elle risque de se renfermer dans une réponse de type : « Mais si ça va très bien. » Alors que si vous dites « je te sens mal », vous vous impliquez personnellement, et vous montrez que non seulement vous offrez une écoute, mais même un véritable dialogue. À partir de là, tout dépend de la situation et de votre lien avec elle. Mais vous pouvez essayer de l’orienter vers un soutien, un spécialiste ou une association qui pourront l’aider. »

Les personnes qui ont fait une tentative de suicide sont en général prises en charge en service de soins aigus à l'hôpital (à la suite d'un empoisonnement ou à des blessures nécessitant souvent une réanimation). Une fois l'épisode critique surmonté et l'éloignement de tout danger vital, le patient est orienté vers un service de psychiatrie. L'hospitalisation est volontaire dans la grande majorité des cas, mais certaines dépressions sévères (mélancolie, dépression délirante) peuvent entraîner une hospitalisation à la demande d'un tiers, voire une hospitalisation d'office. Dans tous les cas, les sujets ayant fait une tentative de suicide doivent être évalués par un psychiatre, et souvent orientés vers une structure adaptée à la prise en charge d'une cause curable de suicide (dépression très souvent, mais aussi psychose, alcoolisme, etc.). Dans le cas d'un séjour en psychiatrie, il est proposé un suivi ultérieur en consultation psychiatrique (hospitalière ou avec un psychiatre libéral). Malgré ces efforts de prise en charge et la possibilité d'hospitalisation contre le gré du suicidant, en France, un quart des adolescents mineurs suicidants sortent de l'hôpital sans avoir eu de consultation psychiatrique.

Cette prise en charge des personnes qui tentent de se suicider est importante car les risques d'une nouvelle tentative sont grands (75 % dans les deux ans). Il est cependant aussi nécessaire de faire une prévention du suicide en amont. Cela passe par l'explication de ce qu'est la dépression. Il serait souhaitable que médecins (60 à 70 % des suicidants consultent un médecin dans le mois qui précède le passage à l'acte, dont 36 % dans la semaine qui précède), enseignants et de manière générale toute personne en contact avec des adolescents ou des personnes en détresse sociale soient formés, des campagnes publicitaires soient menées afin de sensibiliser l'ensemble de la population à ce problème et d'aider les personnes susceptibles de se suicider à abandonner cette idée en leur ouvrant la voie à d'autres alternatives.

L'idéal serait de convaincre la personne de consulter un médecin ou de contacter une association spécialisée. Si l'on sent que le passage à l'acte est imminent, il faut prévenir les secours (en priorité la régulation médicale, le « 15 » en France, le «112» en Europe pour les urgences diverses) et le 911 au Canada.

Cependant, l'écoute dans le but de faire exprimer à la personne ses difficultés ne constitue qu'un premier stade de la prévention.

Wikipedia

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Annonce Re: Quelques définitions

Message par Syfou le Mer 9 Fév - 0:22

Individu et société

Introduction :

La question des rapports entre individu et société fait souvent l’objet de commentaires médiatiques. On attribue à la montée de l’individualisme des phénomènes aussi divers que la crise de la famille, la délinquance juvénile, la montée de l’abstention etc. A l’inverse on s’inquiète d’une société de plus en plus technique, rationnelle, bureaucratique qui prive l’individu de son autonomie et le manipule à son insu.

Entre nostalgiques de la tradition et pessimistes de la modernité ou de la post-modernité, les commentaires vont bon train et ne sont pas toujours un modèle de rigueur dans l’argumentation. Mais cette question des rapports entre individu et société peut et doit être traitée sérieusement, elle est de fait la question fondatrice de la sociologie : comment la société est-elle possible ? Comment « tiennent » les sociétés alors que les individus sont de moins en moins contraints, que la liberté et les droits individuels sont les valeurs centrales ? L’individu, en effet, c’est étymologiquement ce qui ne peut pas être divisé, c’est l’unité élémentaire d’un ensemble.

On peut parler d’un individu dans un troupeau de bétail voire dans un ensemble d’objets (une collection par exemple), mais le terme est le plus souvent utilisé aujourd’hui à propos de l’individu humain. L’idée d’individu est alors liée à celle de « sujet » ou de « personne », elle renvoie à la capacité de faire des choix, de mener une réflexion autonome. Au sens le plus général, la « société » est un ensemble d’individus. Là encore, le terme n’est pas réservé à l’espèce humaine puisqu’on parle de sociétés animales.

Pour les sociologues, l’existence d’une société est liée aux interactions entre les individus qui la composent et aux institutions qui l’organisent. Il faut garder à l’esprit que le terme « société » désigne un type-idéal, en réalité, il n’existe que DES sociétés qui ont chacune leurs spécificités. Le terme « société » est très polysémique : on parle de « société commerciale », de « société française », de « société démocratique », de « société secrète » etc Dans chacune de ces expressions le mot « société » a un sens différent.

La tentation est grande d’opposer l’individu (la partie) à la société (le tout). Pourtant, comme nous le verrons, d’un point de vue historique, l’individu est un produit de la société et ce dernier terme renvoie à une étape particulière de l’histoire de l’Humanité. La société, pas plus que l’individu, ne sont des réalités éternelles et immuables.

Mais les rapports entre « individu » et « société » doivent être aussi envisagés d’un point de vue méthodologique. Dans le cadre de leurs recherches, les sociologues doivent-ils partir de l’individu (de l’acteur social) ou de la société (de la structure, du système) ? Ce débat est constitutif de la sociologie et il conserve une grande importance même s’il est souvent présenté de façon trop convenue. Cependant, la sociologie contemporaine s’efforce de dépasser cette opposition entre individu et société.

Bien évidemment, les deux débats sont liés : la montée de l’individu comme réalité sociale, l’affaiblissement des contraintes et des traditions, oblige à modifier le « regard sociologique ». Pour autant, doit-on considérer que l’individu contemporain est « sans appartenance », qu’il peut être pensé indépendamment de toute contrainte sociale ? Assistons-nous vraiment, comme le pensent certains sociologues, à la fin de l’idée de société ?

- L’individu comme produit de la société

L’idée même d’individu est liée à la modernité et elle est le produit d’une longue histoire qui commence avec la Renaissance, passe par la Réforme et le Siècle des Lumières. Cette histoire est très largement une histoire occidentale, même si les valeurs individualistes sont universalistes et marquent progressivement l’histoire de l’ensemble de l’espèce humaine. La sociologie est née, dans une grande mesure, pour rendre compte de ce processus d’individualisation et pour en apprécier les conséquences.

- Communauté et société : la montée de l’individualisme sociologique

C’est le sociologue allemand Ferdinand Tönnies qui, le premier sans doute, a proposé une conceptualisation de cette évolution historique. Il propose de distinguer « communauté » et « société ». La communauté correspond à ce que nous nommons parfois les « sociétés traditionnelles » (on parlait jadis de « sociétés primitives » mais le terme a été abandonné) aussi bien qu’aux sociétés pré-modernes en Occident.

Il s’agit de groupes humains dans lesquels l’idée d’individu autonome n’existe pas. Les contraintes collectives sont très fortes, la place de chacun en fonction de son âge, de son sexe, de son statut est strictement déterminée (on peut penser au système des castes en Inde par exemple). Les relations au sein des communautés sont contraignantes, mais elles correspondent aussi à des liens sociaux intenses, à des formes diverses de solidarité. Les logiques collectives l’emportent qu’il s’agisse de la répartition des biens, des mariages, de l’éducation des enfants etc.

Ce qui prévaut, selon Tönnies, c’est la « volonté organique » : les comportements sociaux sont liés d’abord à la nécessité d’assurer la survie du groupe, les exigences du clan, de la lignée sont premières, de même que la fidélité à la corporation ou à l’Eglise. Pour parler des communautés, Tönnies utilise l’image de la chaleur du foyer, l’idée d’affectivité. Au contraire, l’idée de « société » correspond à la période moderne.

Les sociétés sont des groupes humains fondés sur le primat de l’individu et les rapports entre ces individus reposent sur des compromis entre leurs intérêts. Ces relations sont impersonnelles et elles reposent sur une « volonté réfléchie ». On ne peut donc en toute rigueur parler de société que pour une période déterminée de l’histoire et, au sein de cette période, la situation évolue : la place des contraintes et l’autonomie individuelle ne sont pas les mêmes au XVIIIe siècle et dans la deuxième moitié du XXe siècle par exemple.

C’est pour éviter cette coupure tranchée entre l’état de communauté et l’état de société que Max Weber a introduit les concepts de « communalisation » et de « sociation ». Pour lui les relations sociales à un moment donné sont plus ou moins marquées par une dimension communautaire ou par une dimension sociétaire. Mais Max Weber est lui aussi un penseur de la modernité. Il souligne l’importance du processus de rationalisation des activités sociales, la dissolution progressive de la tradition, le « désenchantement du monde ».

En fait tous les sociologues classiques ont apporté leur contribution à l’interprétation de ce mouvement historique par lequel le passage de la « communauté » à la « société » correspond en même temps à l’émergence de l’individu. La relation est, au demeurant, dialectique : l’individualisation est un facteur de passage de la communauté à la société et les transformations sociales globales produisent la naissance et le développement de l’individu. Alexis de Tocqueville, l’un des premiers, attire l’attention sur la montée de l’individualisme qu’il met en relation avec la démocratie et le mouvement historique d’extension de la liberté. Marx, même si sa philosophie de l’histoire le pousse à souligner le caractère progressiste du développement du capitalisme, déplore que cela conduise à plonger l’individu dans les « eaux glacées du calcul égoïste ».

Il exprime parfois une nostalgie pour l’ordre des sociétés pré-capitalistes où régnait la solidarité corporative, la loyauté par rapport au suzerain, la fidélité aux croyances etc. Durkheim, quant à lui, cherche à rendre compte de cette évolution historique à travers sa théorie de la division sociale du travail. Le passage de la « solidarité mécanique » à la « solidarité organique » correspond bien à un processus d’individualisation où les choix collectifs des individus, l’organisation consciente de la société, l’emportent progressivement sur les formes contraignantes et traditionnelles de la coopération.

Cette réflexion convergente des fondateurs de la sociologie est symptomatique. Le XIXe siècle, avec la Révolution industrielle et le renforcement des formes démocratiques d’organisation politique, marque l’achèvement d’une longue transformation qui a conduit, à partir de la Renaissance, à mettre l’accent sur la Raison, sur la liberté de conscience, sur l’affranchissement par rapport aux traditions. Qu’il s’agisse de l’importance du doute chez Descartes, de l’accent mis sur la pluralité des formes d’organisation sociale chez Montesquieu, de la remise en cause des conceptions du monde par Copernic, Galilée ou Giordano Bruno, l’individu affirme son droit au libre examen, à la réflexivité, à la remise en cause des idées admises et des arguments d’autorité.

Comme l’ont souligné de nombreux sociologues (et pas seulement Max Weber) la Réforme protestante a joué un rôle important dans ce processus de modernisation. Luther en effet oppose la foi individuelle à l’autorité du magistère romain. Plus généralement, le protestantisme relativise le rôle des clercs et insiste sur la relation personnelle de chaque individu avec Dieu. Certes, le protestantisme prend parfois à l’origine des formes communautaires très contraignantes (dans certaines sectes puritaines notamment), mais l’importance qu’il accorde au libre arbitre, à la lecture personnelle de la Bible (et donc à l’alphabétisation), la relativisation du rite et de l’émotion au profit d’une approche plus rationnelle du religieux, contribuent indiscutablement à la montée de l’individualisme.

Enfin, le siècle des Lumières, à partir notamment d’une réflexion sur la tolérance (chez Locke par exemple), à partir de l’accent mis sur le lien politique, à partir de la diffusion du savoir (avec les encyclopédistes) etc., contribue à affirmer les droits de l’individu contre la contrainte étatique. Progressivement, l’idée que l’ordre social doit reposer sur le consentement des individus et non sur la contrainte va s’imposer. La « Glorieuse révolution » anglaise (1688) débouche sur une « déclaration des droits » qui renforce les droits civils des individus, mais qui institue aussi une monarchie parlementaire où les droits du Parlement sont garantis. La Révolution américaine, outre qu’elle remet en cause le rapport colonial avec l’Angleterre, affirme le « droit au bonheur ».

La Révolution française enfin proclame les droits de l’Homme et du Citoyen. La Révolution industrielle est donc une troisième étape de transformations qui ont d’abord été culturelles (scientifiques, philosophiques, religieuses), puis politiques et qui prennent une dimension économique et sociale. Le capitalisme industriel remet en cause l’organisation de l’espace (exode agricole puis rural, urbanisation) et la structure sociale (l’aristocratie décline au profit de la bourgeoisie, le prolétariat industriel se constitue).

L’organisation du travail se transforme, les échanges se développent et ces bouleversements sont pensés bien souvent à travers le libéralisme économique qui, à la suite des physiocrates et d’Adam Smith, théorise l’idée que la poursuite par l’individu de ses fins privées coïncide avec l’intérêt général. Il n’y a donc plus de contradiction entre individu et société puisque la démocratie d’une part, l’économie de marché d’autre part, assurent la cohérence entre choix individuels et nécessité de l’organisation collective. Et, loin de penser « société » et individu » en opposition, on doit comprendre que c’est la naissance et le développement de la société (contre l’ordre traditionnel fondé sur une justification surnaturelle) qui émancipe l’individu, en même temps que les aspirations individuelles développent et institutionnalisent l’organisation sociétaire de la vie collective.


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Message par Syfou le Mer 9 Fév - 0:28

Suite...Individu et société

B. La modernité en péril ? Individualisme et crise du lien social

Si l’idée d’un individu comme produit de la société est largement admise, de nombreuses controverses se sont déroulées quant au jugement que l’on pouvait porter sur cette transformation sociale et sur le devenir de cette dynamique.

Il y eu d’abord les penseurs conservateurs critiquant la Révolution Française, l’Eglise catholique condamnant le « modernisme » et la séparation de l’Eglise et de l’Etat. En pleine Affaire Dreyfus, alors que certains attribuent à la montée de l’individualisme la responsabilité d’une affaire dans laquelle ils voient d’abord la remise en cause de l’autorité de l’Etat, Durkheim répond à ces critiques en montrant qu’il y a deux individualismes : un individualisme égoïste et utilitariste qui risque certes de saper les fondements du lien social, mais aussi un individualisme reposant sur la solidarité et la coopération qui est, pour Durkheim, le seul fondement possible de la cohésion sociale dans les sociétés modernes.

A l’inverse, certains sociologues ont vu dans le déclin de la tradition et des communautés la cause de l’émergence d’un individu désocialisé, victime potentielle de toutes les manipulations. A la suite de Gustave Le Bon, les théoriciens des foules ou des phénomènes de masse, considèrent que la modernité, au lieu d’accoucher d’une société d’individus libres et autonomes, de citoyens délibérant des affaires publiques et cherchant le bien commun a, au contraire, débouché sur l’emportement des foules, le totalitarisme, la « loi d’airain de l’oligarchie », le pouvoir plus ou mains camouflé des élites etc. Si le XXe siècle est indiscutablement celui des totalitarismes, on a aussi assisté à la victoire des démocraties, au renforcement de l’Etat-providence, à la diffusion des savoirs, a une plus grande informalité de la vie sociale, au respect croissant du pluralisme des valeurs, à la reconnaissance de droits nouveaux (droits des femmes, des homosexuels etc.).

Les régimes totalitaires de l’Europe de l’Est se sont effondrés, l’apartheid a disparu en Afrique du sud etc. Une autre critique de l’individualisme inspirée, à la fois de Marx et de Weber et représentée par l’Ecole de Francfort, met l’accent sur le fait que cette montée des droits et des libertés individuelles est dans une large mesure une illusion puisque l’emprise de la société sur l’individu ne cesse de se renforcer à travers la rationalité instrumentale qui s’exprime aussi bien par les logiques marchandes et capitalistes que par les logiques étatiques et bureaucratiques.

Dans cette perspective, la Raison aurait servi à justifier les pires dictatures et le développement scientifique produirait des effets pervers tant sur la nature que sur le fonctionnement de la société (développement d’une technocratie qui monopolise le pouvoir).

Le projet émancipateur de la modernité serait épuisé, l’idée d’une harmonie possible entre individus libres et coopération sociale aurait fait long feu dans sa version libérale comme dans sa version socialiste.

Cette perspective pessimiste, dont s’est éloigné un auteur comme Jurgen Habermas, n’est guère corroborée par les travaux sociologiques. On constate en effet que la démocratie n’a pas épuisé ses vertus subversives et que les mouvements sociaux en revendiquent l’approfondissement à travers le concept de démocratie participative ou délibérative.

Les enquêtes (celle de Anne Muxel en France par exemple) montrent qu’il n’y a pas un refus de la politique et de l’engagement, mais la recherche d’un autre rapport au politique. De même, la sociologie des religions montre que l’on assiste à une individualisation ou à une « privatisation du religieux » : on parle de « religion à la carte » ou de « bricolage religieux ». La plupart des travaux sociologiques infirment aussi l’idée d’une crise de la famille ou d’une anomie familiale.

Certes, là encore, l’individu (enfant, conjoint etc.) voit ses droits et ses libertés se renforcer et, dans une certaine mesure on assiste à un phénomène de désinstitutionalisation de la famille.

Mais d’un autre côté, l’importance sociale des relations de parenté reste grande, les solidarités familiales se renforcent et on assiste à des formes de ré-institutionnalisation de la famille (création du PACS en France, reconnaissance des droits des enfants naturels et adultérins etc.).

On ne peut pas non plus conclure à un déclin de l’action collective, comme le montre la persistance des mouvements sociaux, ni à une massification culturelle (mais au contraire à une diversification des pratiques culturelles et à des formes diverses d’appropriation individuelle de la culture de masse). Loin de voir le projet de la modernité remis en cause, nous sommes plutôt entrés (selon Anthony Giddens) dans une seconde modernité ou une « modernité réflexive ».

S’il est vrai que l’individualisation fait surgir un certain nombre de problèmes (par exemple en matière de rapport à l’autorité), il s’agit moins de renoncer au projet de la modernité que de l’approfondir. Certains spécialistes (comme Olivier Roy par exemple) font observer que les fondamentalistes religieux, bien qu’ils se réclament de la tradition, jouent en fait un rôle modernisateur puisqu’ils mettent en avant leurs choix individuels pour le radicalisme religieux contre les autorités constituées des diverses religions. Nous sommes indiscutablement entrés, selon la formule de Norbert Elias dans « la société des individus ».

Assistons-nous pour autant, comme le soutiennent François Dubet et Danilo Martuccelli, au « déclin de l’idée de société ». Pour ces auteurs, l’idée de société est au cœur de la sociologie classique. Dans cette perspective l’idée de société a quatre dimensions principales : la société est moderne (c'est-à-dire qu’elle est liée à un récit de la modernité), la société est un système (c’est-à-dire une totalité organisée qui ne repose pas sur un fondement méta-social), la société est travail (c’est-à-dire que l’idée de société est fortement liée à l’industrialisation et à la place du travail dans l’intégration sociale), la société est l’Etat-nation (c’est-à-dire que ce dernier est le lieu où s’organise la vie collective).

Pour la sociologie classique, les individus sont donc intégrés par les normes et les valeurs, par les contraintes sociales, par les institutions. Or, pour Dubet et Martuccelli on assiste à l’épuisement des récits de la modernité, à une remise en cause de l’idée de système (avec la montée en puissance de l’individualisme méthodologique), à l’entrée dans une société post-industrielle où la place du travail est relativisée, à une mutation de l’Etat-nation pris en tenaille entre décentralisation et particularismes locaux d’une part, et mondialisation d’autre part. S’ils remettent en cause l’idée de société au sens de la sociologie classique, les auteurs cités ne renoncent pas pour autant à toute idée de société, ils proposent de conserver cette idée de totalité sociale tout en mettant d’avantage l’accent sur les théories de l’action sociale, sur l’expérience des acteurs sociaux (plutôt que sur les rôles sociaux sur lesquels insistaient les sociologies fonctionnalistes et culturalistes).

Ainsi, quelle que soit la perspective retenue, la sociologie contemporaine place au coeur de sa réflexion le processus d’individualisation et les rapports entre individu et société, au prix, éventuellement, d’évolution conceptuelle dans la définition de ces deux termes. La convergence des analyses sociologique quant à la place croissante de l’individu dans la vie sociale pose inévitablement la question de la connaissance sociologique et des méthodes mises en œuvre pour construire cette connaissance.

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