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Sujet / Message Techniques de manipulation de l’opinion publique

le Dim 13 Mar - 13:49
Techniques de manipulation des masses

INTRODUCTION

Des premières traces de civilisation jusqu'à aujourd’hui, toute entité politique (état, tribu, groupe) a cherché à obtenir ou à maintenir le pouvoir. Puisqu’il y a plusieurs entités avec des valeurs différentes, inévitablement, certains vont entrer en conflit entre eux cherchant à étendre la grandeur de leur territoire ou à imposer leur politique. De plus, les dirigeants de l’état doivent garder leur emprise sur la population qu’ils contrôlent et éviter de se faire ravir le pouvoir par d’autres groupes qui pourraient chercher à le prendre.

Une façon de gérer son pouvoir et de chercher à en acquérir plus consiste à utiliser la force militaire. Une autre approche consiste en l’emploi intentionnel d'action psychologique (McLaurin, 1982). L’action psychologique (psychological operations ou PSYOPS) comprends toute forme d’action planifiée prise pour affecter la perception ou le comportement d’une cible politique choisie sans l’usage de force militaire (Bloom, 1991 ; McLaurin, 1982). L’action psychologique s’inscrit dans le cadre des relations internationales dans la mesure où un état tente d’imposer sa volonté sur un autre état (McLaurin, 1982).

Sun Tzu était un général chinois qui vécut 3 siècles avant J-C. Il écrivit un texte nommé l’art de la guerre. Son texte traitait à la fois de tactique de combat et de technique d’influence. Pour lui, " Ceux qui sont experts dans l’art de la guerre soumettent l’armée ennemie sans combat. Ils prennent les villes sans donner l’assaut et renversent un état sans opération prolongées. " (p.27 ; voir Volkoff, 1986). Les préceptes de son texte touchant les techniques d’influence sont nombreux, en voici quelques une : discréditer les chefs, désorganiser l’autorité, ridiculiser les traditions, semer la discorde entre les citoyens, perturber l’économie, répandre l’immoralité et la débauche, utiliser les hommes vils et dresser les jeunes contre les vieux.

Le but de ce texte est de décrire les différentes techniques d’influence ainsi que les méthodes utilisées pour les planifier. La première partie consistera en la description des trois grandes catégories d’actions psychologiques (propagande, désinformation et mesure active) ainsi que certaines de leurs applications. Ensuite, la deuxième partie consistera en une description des moyens utilisés pour planifier une propagande ou une désinformation ainsi que pour mesurer les effets de diverses actions psychologiques.

ACTION PSYCHOLOGIQUE

Comme mentionné précédemment, l'action psychologique (psychological operations) est définis comme l'utilisation planifiée ou programmée de toutes formes d'actions humaines non coercitives désignées pour influencer les attitudes ou les actions des groupes ennemis, neutres ou alliés de manière à servir les intérêts nationaux (McLaurin, 1982). Il s'agit donc d'affecter les comportements d'une cible par l'intermédiaire des cognitions ou des émotions. Les actions psychologiques ont pour but soit de changer les perceptions des dirigeants ennemis sur nos intentions, soit de modifier les attitudes de la population et des soldats ou soit de supporter des mouvements qui suivent les intérêts de l'acteur. La cible des actions détermine si celles-ci ont un caractère offensif ou défensif (McLaurin, 1982). Lorsque les destinataires sont étrangers l'action est dite offensive alors que lorsque l'action est dirigée vers sa propre population elle est dite défensive (Durandin, 1993). Son utilisation n'est pas seulement en temps de guerre, ce qui tend à nuancer les définitions classiques de guerres et de paix (McLaurin, 1982).

Bloom (1991) donne 7 raisons rendant les actions psychologiques plus avantageuse que l'usage de la force pour atteindre des objectifs :

elles sont moins dispendieuses,

elles permettent d'atteindre un plus grand nombre d'objectifs,

toutes actions ou situations ont des significations psychologiques qui peuvent être utilisées par les actions psychologiques,

la population est peu favorable à l'usage de la force et les actions psychologiques deviennent un moyen populaire d'imposer ses politiques,

les dilemmes de sécurité sont des phénomènes psychologiques qui peuvent avoir plus d'effet sur les actions de l'antagoniste qu'une démonstration de force,

les actions psychologiques permettent d'atteindre des objectifs sans perte de vie et

les actions psychologiques peuvent être implantées sans que la cible s'en aperçoive.

Bloom (1991) distingue deux types d'actions psychologiques : la propagande et les mesures actives. Pour ce travail la désinformation a été considérée comme un troisième type d'action psychologique car elle peut servir à la fois à appuyer la propagande et les mesures actives, mais aussi être une opération en elle même. En temps de guerre, ces trois actions peuvent venir à se confondre et la délimitation entre les trois devient nébuleuse.


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Sujet / Message Re: Techniques de manipulation de l’opinion publique

le Dim 13 Mar - 13:59
LA PROPAGANDE

La propagande est définie par Linebarger (1972) comme n'importe quelle sorte de communication sans moyen violent utilisé pour modifier l'opinion, l'attitude, les émotions ou les comportements de n'importe quel groupe dans le but de favoriser l'utilisateur (militaire ou non) directement ou indirectement. Pour Bloom (1991), il s'agit de stimuli (signe et symbole) qui transportent un message via un média de communication. La plupart des techniques de propagandes actuelle se sont développé aux cours des deux guerres mondiales (Jowett, 1987)

Bien que les méthodes de propagandes et de publicité tendent de plus en plus à se ressembler (études de marché, population cible, etc..), Durandin (1993) la distingue de la publicité par le seul fait qu'elle porte un message politique, idéologique ou d'intérêts publics plutôt que commercial et qu'elle laisse moins de place aux " free will " pour se manifester.

Selon Durandin (1993), la propagande utilise des informations pour exercer une influence sur les attitudes. Ces informations visent à amener une modification du traitement de l'information chez l'individu afin de lui faire percevoir la réalité autrement (Durandin, 1993). Le propagandiste espère modifier la conduite à partir de ce changement de perceptions ou d'opinion. (Durandin, 1993) La propagande a pour but d'exercer une influence sur l'individu ou sur un groupe soit pour le faire agir dans un sens donné ou soit pour le rendre passif et le dissuader de s'opposer à certaines actions (Durandin, 1993). Par sa dépendance envers des informations, la différence entre la désinformation et la propagande est mince.

Bien que pour Bloom (1991) le message véhiculé doit être véridique en majeure partie, le propagandiste peut ajouter de la désinformation à sa propagande soit en ajoutant/inventant des informations confirmant sa thèse ou soit en cachant des informations qui infirme sa thèse. Par contre la propagande se distingue de la désinformation par le fait qu'elle n'est pas toujours mensongère. En effet, dire la vérité est souvent plus simple que de mentir. De plus, selon McLaurin (1982), cela permet de garder la confiance de sa population et de réduire la méfiance de l'antagoniste. D'autre part, la désinformation a l'inconvénient de faire perdre toute crédibilité à l'émetteur si le mensonge est exposé au grand jour.

Suite à l'usage qu'en ont fait Hitler et Staline, la propagande possède maintenant une connotation négative. Certains auteurs (par exemple Fuller, 1920 ; voir McLaurin 1982) la décrivent comme étant une corruption de la raison humaine, un minage de l'intellect, une désintégration du moral et de la vie spirituelle d'une nation par la volonté d'une autre. Il n'empêche néanmoins que l'utilisation de propagande est encore très contemporaine ( message d'intérêts publics sur les paquets de cigarettes, message de Patrimoine Canada, etc.).

MODELES

Modele de Tchakhotine


Tchakhotine (1952, voir Volkoff, 1986) en s'appuyant sur la théorie des réflexes conditionnés de Pavlov, ainsi que sur une classification des pulsions humaines a analysé les mécanismes de la manipulation propagandiste. Selon lui, d'une manière générale, le succès de la propagande dépend de l'habileté du propagandiste à associer un des thèmes qu'elle développe à une des quatre pulsions majeures de l'être humain (agressivité, satisfaction matérielle, désir sexuel, amour parental ). L'individu soumis à ces pulsions agirait de façon inconsciente conformément à ce qui lui a été dicté. En étudiant les différentes entreprises de propagande, Tchakhotine fut amené à remarquer l'importance de l'utilisation judicieuse des symboles psychologiques (hymnes, logo, etc.) qu'il considère comme la clef de la propagande. Les symboles fonctionnent non seulement comme un signe de reconnaissance entre individus se réclamant d'une même communauté de pensée, mais aussi comme stimulus conditionnel . Les exemples de propagande ayant recours à un symbole sont extrêmement nombreux . Le symbole frappe et suggère sans informer, il fait appel à l'émotivité. De plus, selon cet auteur, environ 10% de la population (les " actifs ") ne serait pas susceptible a être influencé par la propagande. Pour convaincre ces " actifs " le propagandiste devrait développer des arguments très forts. Par contre, il note que 90 % de la population sont susceptibles à la propagande (les passifs) et que cela est amplement suffisant pour atteindre une majorité.

Propagande fasciste

Clyde Miller (voir Vorkoff, 1986) a établit des lois concernant le bon déroulement de la propagande fasciste:

1- suggérer la peur et faire ensuite entrevoir la possibilité d'atteindre la sécurité par les actions suggérées,

2- mettre les nouvelles idées en relation avec des idées qui leur sont coutumière pour les faire accepter par les masses,

3- avoir un nombre relativement restreint de formules tranchantes et concises afin qu'ils deviennent des symboles,

4- sans cesse exposer la population à la propagande,

5- appuyer la force à la propagande pour empêcher les autres idées de s'exprimer,

6- employer l'exagération et

7- adapter la propagande en fonction de l'auditoire auquel ont s'adresse.

Bien que ce type de propagande soit de moins en moins influent à cause des nouveaux moyens de télécommunication, il est intéressant de noter qu'en Italie, présentement, Silvio Berlusconi du parti Forza Italia (voir Almeida, 1995) emploie une bonne majorité de ces techniques pour faire valoir sont parti politique.

Les propagandes varient en fonction de leurs cible. Les propagandes stratégiques sont celles qui visent les populations civiles (McLaurin, 1982). C'est la vision traditionnelle de la propagande. Les propagandes tactiques sont celles qui s'adressent à un auditoire militaire (McLaurin, 1982).

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Sujet / Message Re: Techniques de manipulation de l’opinion publique

le Dim 13 Mar - 14:17
PROPAGANDE STRATEGIQUE

La propagande stratégique (ou guerre politique) concerne les stratégies de communication et de politique nationale ayant pour but de faire la promotion à la population adverse ou alliée que leurs intérêts sont mieux servis avec le pays (McLaurin, 1982). Les objectifs de cette forme de propagande visent à influencer les individus des populations qui ont des attitudes moins extrémistes (les passifs de Tchakhotine) et dont leurs actions peuvent faire une différence (McLaurin, 1982). Les objectifs de la propagande stratégique sont généralement à long terme (changer les attitudes des individus). Elle peut s'allier à la désinformation quand elle tente d'exposer au maximum ses forces, de cacher ses faiblesses et de faire croire que les intérêts du pays vont en fonction du bien-être de l'humanité (Lerner, 1972).

Pour modifier les attitudes à un niveau défensif, le propagandiste expose les avantages de sa politique étrangère tout en cachant ses inconvénients (Lerner, 1972). Les messages transmis visent à influencer l'opinion publique de son pays soit pour justifier les actions du gouvernement, soit pour augmenter le moral de la population ou soit pour favoriser l'appui de la population envers le gouvernement (Lerner, 1972). Afin d'acquérir la vertu et donc le support de sa population, il est important de faire percevoir à celle-ci que les ennemis sont soit des sous-humains, soit le mal incarné ou soit normal, mais mal dirigé (Linebarger, 1972). Le gouvernement peut désinformer la population avec l'aide de la propagande pour :

1- éviter de renseigner l'ennemi ou de désinformer l'ennemi par le biais des renseignements donnés à notre population,

2- ne pas démoraliser la population en leur donnant de mauvaises nouvelles,

3- ne pas réduire la production en leur donnant de trop bonnes nouvelles (" ça ne sert plus à rien de se forcer, on gagne ") et

4- pour cacher les crimes de guerres ou les actions moins honorables (Durandin, 1993).

Dans sa version offensive, ce type de propagande permet d'améliorer le succès d'une campagne militaire en brisant la volonté de résister d'une population sans tout détruire dans le pays (Lerner, 1972). Les messages visent à délégitimer les actions de leur gouvernement, baisser le morale et réduire les appuies de la population envers le gouvernement antagoniste (Lerner, 1972). La population ennemie est une cible intéressante car

1- elle influence l'élite aux pouvoirs,

2- elle est le moteur principal de production,

3- elle peut supporter des groupes subversifs au pouvoir établi et

4- elle soutient le moral des soldats en permission (Lerner, 1972).

En aucun cas une propagande ne sera efficace si on attaque l'idéologie d'un système car c'est ce qui donne un sens à la réalité de la masse (Linebarger,1972). Plus un régime est dictatorial, plus il contrôle les communications et moins il tolère que d'autre idéologie soit discutée (Volkoff,1986). Il est important que la propagande ne soit pas trop loin de la construction que la population s'est faite de la réalité (McLaurin, 1982). De plus, pour éviter que les actions coercitives fassent mauvaise publicité, le propagandiste peut affirmer que le conflit n'est pas contre la population mais contre ses dirigeants (Lerner, 1972). Ce processus amène une dissociation population/élite qui divise la société en plus de provoquer des doutes sur leur dirigeant.

Les propagandes stratégique se classifient aussi selon le degré auquel leur source est cachée (Volkoff,1986 ; Durandin, 1993). La propagande blanche est celle qui ne cache pas son origine, tandis que la propagande noire cache son origine et ment quant à la provenance des informations. La propagande blanche est généralement plus efficace en temps de paix, mais en temps de guerre les populations adverses sont plus méfiantes des " propagandes " provenant de d'autres pays. En temps de guerre la propagande noire est beaucoup plus vraisemblable car la population croit que les messages proviennent de source sure et amie (Durandin, 1993). Par contre, Volkoff (1986) affirme que la propagande noire n'est pas sans désavantage :

1- elle prend du temps à devenir efficace car le propagandiste doit établir sa crédibilité,

2- elle risque de désinformer son propre coté et

3- si découvert, ce type de propagande perds toute crédibilité.

Il est important pour se rendre crédible, dans ce type de propagande, d'affirmer plus de vrai que de faux (Durandin, 1993). La propagande noire sert souvent à propager de fausses informations et se rapproche donc énormément de la désinformation.

PROPAGANDE TACTIQUE

Bien que toute action militaire provoque des réponses psychologiques ( affect de peur, baisse de morale, stress, etc.) intentionnellement ou non , il ne s'agit pas de propagande tactique (McLaurin, 1982). La propagande tactique ou guerre psychologique implique toute forme de communication utilisée pour faire support aux combats et pour modifier le rapport de force par son influence sur les esprits (McLaurin, 1982). Elle supporte soit en:

1- informant l'adversaire sur les procédures à suivre pour se rendre ,

2- augmentant l'impact des armes puissantes,

3- baissant le morale des troupes en faisant croire la défaite inévitable,

4- supportant les partisans alliés,

5- instiguant du stress ,

6- contrôlant les civils (n'allez pas sur la plage, il y a des combats) et

7- en contre-attaquant la propagande ennemie en affirmant que s'ils se rendent, les soldats seront bien traités (McLaurin, 1982).

Les objectifs ciblés par une telle pratique sont à court terme, ils ne visent pas un changement d'attitude et, de plus, ils peuvent dans certains cas être en contradiction avec les objectifs politiques (McLaurin, 1982).

Ce type de propagande s'adresse obligatoirement à un auditoire hostile, donc Katz ( voir McLaurin,1982) affirme que la propagande doit être véridique afin d'éviter de perdre toute crédibilité suite a de fausses affirmations. De plus, elle doit être employée conjointement avec l'usage de la force car seul, elle est inutile (Katz, voir McLaurin, 1982). Son usage est limité aux moments victorieux car le message n'a aucune crédibilité si les soldats croient qu'ils ont l'avantage au combat. Katz ( voir MacLaurin, 1982) suggère d'éviter le ridicule car il n'y a pas de place à l'humour au front. Il propose aussi de ne pas teinter le message de saveur idéologique car l'idéologie a peu d'impact dans une situation de survie. Il affirme aussi que les messages essayant d'instiguer la peur sont inefficaces envers des militaires car ceux-ci sont entraînés à contrôler leur peur. Par contre, ils seraient très utiles face à des civils.



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Sujet / Message Re: Techniques de manipulation de l’opinion publique

le Dim 13 Mar - 14:53
LA DESINFORMATION

La désinformation est la technique la plus complexe, mais aussi la plus difficile à classifier. Elle peut être utilisée comme action en soi ou comme support à une autre action que ce soit de manière offensive ou défensive. Ce concept provient du mot russe dezinformatzia qui signifiait dans l'encyclopédie russe de 1947 (voir Durandin, 1993) " l'utilisation de la liberté de presse pour manipuler les masses " (p.17). Montifroi (1994) la définit comme l'usage délibéré de l'information dans le but de fausser la perception de la réalité pour la cible. Elle vise soit à tromper l'antagoniste ou à influencer l'opinion publique soit en amenant la cible à comprendre certaines croyances qu'ils auraient autrement en aversion ou soit pour revendiquer un mensonge comme véridique(Montifroy, 1994). Pour Durandin (1993) il s'agit d'un mensonge organisé dans l'intention de tromper la cible en faveur de la politique étrangère de l'émetteur à une époque ou les moyens de diffusion de l'information sont omni-puissant.

Vorkoff (1986) pousse plus loin en affirmant que toute information a une teneur en désinformation par ce que l'individu est incapable d'atteindre l'exactitude dans ses perceptions et que chaque individu possède une appréciation relative de l'importance des choses. Une information possède deux éléments : le contenu de l'information et sa source. Il y a mensonge, et donc désinformation, quand un de ces deux éléments manque d'intégrité (Durandin, 1993).

La désinformation comme action vise principalement l'opinion mondiale et/ou l'opinion d'une population par l'utilisation de média de masse, mais pas les dirigeants (Volkoff , 1986). La manipulation des dirigeants se fait par l'entremise de l'opinion publique (Durandin, 1993). La désinformation comme support vise à renforcer l'effet des autres actions psychologiques soit en augmentant leur impact ou soit en favorisant leur caractère clandestin. Il est important à noter que la désinformation peut aussi être utilisée pour un bien commun .

LES SIGNES

Les désinformations peuvent se classer (Durandin, 1993) par des procédés différents constitués des trois catégories suivantes : le signe, l'opération et les canaux : Les signes

Il peut y avoir plusieurs signes que l'on montre à la cible pour faire une désinformation : les paroles orales ou écrites, les images (photographies et films), les faux phénomènes, les fausses actions (manifestations prétendues spontanées) et les faux documents (contrefaçon). Si plusieurs signes différents qui s'accordent pour décrire le même mensonge l'effet de la désinformation augmente. Durandin (1993) note deux sortes de mensonges : tactique (mensonge visant modifier directement la conduite d'une cible) et médiatique (mensonge visant à modifier la conduite par l'intermédiaire de son image publique).

En plus de pouvoir présenter les mensonges en information factuelle, l'existence de mots fait croire à l'existence de chose, donc par le langage on peut instiguer un jugement d'existence et de valeur (Durandin,1993) . Trouver des mots qui portent est plus important que de transmettre des données objectives.

Le double langage est une sorte de désinformation qui utilise le langage comme signe. Il consiste à dire deux choses différentes à deux groupes différents à propos d'un même problème soit en isolant les deux destinataires ou soit en gardant la vérité qu'aux cadres de haut niveau (Durandin, 1993).

Le trucage des photos a été pendant longtemps très complexe et la photo devint un moyen très fidèle pour représenter la réalité. Par conséquent, elles sont devenues des instruments très vraisemblables pour faire croire une fausse réalité (Durandin, 1993). Aujourd'hui, avec les moyens d'infographie actuelle, toutes photos ou tous films peuvent être manipulés de n'importe quelle façon.

L'utilisation de faux document se fait soit en cachant/détruisant/substituant des documents ou en créant des faux documents ou en falsifiant les documents existants (Durandin, 1993). Les " faux faux " consistent à créer un faux document, le " découvrir " et ensuite en attribuer la provenance chez l'adversaire (Durandin, 1993). Un autre " faux faux " consiste à déformer sa signature de façon à se laisser une porte de sortie ( " Ceci n'est pas ma signature ") si la situation devient désavantageuse (Durandin, 1993). L'utilisateur peut en faire soit un usage tactique (influencer le comportement de l'antagoniste) ou médiatique (nuire à la réputation de la cible) (Durandin, 1993).

LES OPERATIONS

Les opérations constituent les diverses façons d'altérer la représentation de la réalité. Elle sont fonction du choix que le désinformateur fait des éléments à montrer ou non et fonction de sa thèse (Durandin, 1993). Ce dernier peut soit réduire des éléments (omission de faits, négation, minimisation ou suppression de trace), soit mettre en valeur des éléments (exagération, exhibition) ou soit faire une combinaison des deux (exagérer l'importance de certains faits et en omettre d'autres). S'il manque des éléments pour soutenir une thèse, le désinformateur peut en inventer. L'omission est l'opération la plus facile car il ne soulève pas de contradiction (Durandin, 1993).

La surprésentation est une technique donnant l'illusion de participer à l'activité et pouvoir faire quelque chose à la situation. Il suffit de présenter un maximum d'informations (souvent en direct) superflues afin de masquer les informations importantes (Durandin, 1993). Cette technique est abondamment utilisée sur CNN, et fut l'une des désinformations principales de la guerre du Golfe (Durandin, 1993) avec le contrôle des journalistes (McCormack, 1995) et des informations diffusées (Rakos, 1993)



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Sujet / Message Re: Techniques de manipulation de l’opinion publique

le Dim 13 Mar - 14:55
LES CANAUX

Les canaux sont les moyens utilisés pour transmettre la désinformation. Certains canaux visent la population dans son ensemble, tandis que d'autres ciblent des groupes spécifiques (Durandin, 1993). Les canaux qui touchent la population dans son ensemble sont : les médias de masses (presse, radio, films, télévisions, etc.), les communications informelles (rumeur, conversation), les organisations de masses (ONG, groupes communautaires), manifestation culturelle (fête, sports) ou des mouvements de masse ( mouvement écologique, pacifique, etc.). Les canaux qui ciblent des groupes spécifiques sont des périodiques spécialisés, des organisations professionnelles (congrès, etc.), des signes prétendus confidentiels, personnes influentes ou des agents d'influence (membre des services de renseignement). Les destinataires peuvent être atteint par plusieurs canaux ce qui augmente la crédibilité de la désinformation (Durandin, 1993).

En plaçant les actions psychologiques sur un continuum partant d'un extrême communication (propagande) et de l'autre un extrême opération directe (mesure active). L'usage des médias de masses à des fins de désinformation transpose celle-ci aux limites de la propagande tandis que l'usage d'agent d'influences aux limites des mesures actives. Les médias sont considérés par tous les auteurs comme une cible de premier choix pour la désinformation à des fins offensives ou défensives (Durandin, 1993 ; Volkoff, 1986 ; Montifroy, 1994). L'utilisation de journalistes est utile car :

ils n'ont pas toujours le temps de vérifier leurs sources à cause du milieu extrêmement compétitif de leur emploi,
ils sont facilement influençables (chantage, corruption),
ils sont crédibles et
ils ont accès à de vastes moyens de diffusion (Durandin, 1993).
Cette situation est le propre des sociétés permettant la liberté d'expression. Les sociétés ne laissant pas cette liberté sont à toute fin pratique immunisées contre la désinformation offensive (Volkoff, 1986).
Les journaux peuvent être un moyen de désinformation en temps de paix soit :

en imitant un journal existant contenant de fausses nouvelles,
en créant ou achetant un journal afin de présenter sa vision des choses,
en subventionnant secrètement un journal,
en utilisant des agents d'influence sur un journaliste ou
par l'entremise de publi-propagande payée dans un journal à grand tirage (Durandin, 1993).
Les ondes radios ne sont pas soumises aux frontières entre les états. La désinformation peut se faire :

en émettant à partir d'un poste radio d'un autre pays,
en utilisant une onde très proche d'une station existante ou
en achetant une radio existante en temps de paix (Durandin, 1993).
En temps de guerre la radio peut servir à démoraliser l'adversaire

en lui donnant de fausses mauvaise nouvelle,
en excitant les ennemis de nos ennemis ou
en donnant de vraies informations militairement tactiques pour ensuite donner de fausses informations afin de tendre une embuscade (Durandin, 1993).
Ce type de diffusion est associé à la propagande noire. Aucun poste de télévision n'a été jusqu'à ce jour considérer noir, par contre le contenu de certaines émissions aurait put être influencé par certains agents occultes (Durandin, 1993).
L'acteur désinforme dans un journal ou une radio soit:

en ne présentant que des nouvelles fausses pour lesquelles l'auditeur ne peut vérifier,
en sélectionnant que des nouvelles allant dans le sens de ses intentions,
en mélangeant des informations véritables et des informations fausses,
en " commentant " des informations vraies,
en exposant des nouvelles vraies avec des preuves concrètes dans un contexte qui en changent le sens,
en grossissant et défigurant les informations vraies afin de susciter des sentiments forts chez les auditeurs,
en donnant une répartition inégale de la longueur et de la qualité des informations,
en habillant une information fausse avec un fait réel et
en donnant l'information sans conclusion de façon à ce que l'auditeur fasse lui-même la conclusion qui s'impose (Durandin, 1993). Remarquez que certains journalistes utilisent ces techniques pour présenter leurs points de vue sans que cela paraisse.

OBJETS DE LA DESINFORMATION

La désinformation peut porter sur les faits, les intentions, les opinions, les valeurs ou sur les croyances/idéologies : Les faits touchent ce qui peut être observé par plusieurs personnes, que ce soit des comportements ou des situations. Plus les faits sont difficiles à connaître, plus il est facile de les déformer et moins il y a de témoins, plus le fait est propice à la désinformation (Durandin, 1993). Les événements passés et historiques sont donc facilement manipulés. Voici quelques moyens simples de tromper une cible avec des faits (Durandin, 1993):

Imaginer le futur à la place de la cible : le désinformateur peut présenter une possibilité du futur comme un fait afin d'aviver l'espoir ou pour créer de l'angoisse.

Présenter des faits dans un format scientifique sans avoir de contenu scientifique est un moyen d'augmenter sa crédibilité en désinformant.

Utiliser des estimations pour démoraliser l'ennemi à propos de ses performances

Affirmer des bases idéologiques comme des faits pour donner raison à nos actes
Volkoff (1986) note que la vérité n'est pas toujours vraisemblable et que le mensonge a souvent une apparence plus véridique que la vérité. Une intention est un objet qui peut être facilement dissimulé particulièrement si elle est un projet d'agression (Durandin, 1993). Les moyens de cacher ses intentions sont simples : 1- ne pas en parler, 2- utiliser des termes vagues de façon à provoquer plusieurs analyses possibles, 3- faire semblant de respecter les valeurs d'autrui et 4- faire de faux plans pour ensuite les laisser " découvrir " par son antagoniste (Durandin, 1993).
Le désinformateur peut mentir sur une croyance, une valeur ou une idéologie en faisant semblant d'y adhérer ou de la respecter afin de s'en servir comme couverture pour parvenir à ses fins . De plus, les croyances ésotériques peuvent servir à faire des prédictions qui seront perçues comme des faits et qui renforceront le discours.



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Sujet / Message Re: Techniques de manipulation de l’opinion publique

le Dim 13 Mar - 15:07
LES MESURES ACTIVES

Les mesures actives comprennent toutes opérations directes visant à influencer les récepteurs (Bloom, 1991). Elles sont habituellement clandestines et exécutées par des services de renseignements (Bloom, 1991). Ces mesures peuvent être des assassinats, de la diplomatie coercitive , du chantage sexuel sur l'élite étrangère, du terrorisme, du soutien financier de partis politiques en dehors du pays, d'infiltration d'organisation de masses , de formation de spécialistes (guérilla/antiguérrilla), de sabotage ou d'aide international (Bloom, 1991).

Plusieurs de ces actions sont très coercitives par nature (par exemple un assassinat) et se trouvent à la limite de l'usage de la force militaire et de l'action psychologique. Ces mesures sont incluses comme actions psychologiques car elles visent une modification de comportements de la part de la cible (individu ou groupe) et non pas sa destruction pure et dure. L'assassinat d'un journaliste dans un pays se fait pour empêcher que les journalistes parlent d'un événement sous peine de mort et non pas dans le but qu'il arrête d'écrire. L'assassinat ne s'adresse pas à la victime mais à tous ceux qui sont similaires à elle. Il est bon de noter que ces mesures plus coercitives sont le fruits d'états n'étant pas démocratiques.

Plusieurs de ces actions sont supportées par la désinformation (cacher la source des actions ou les traces), par contre, les mesures actives n'utilisent pas obligatoirement le mensonge. L'assassinat d'un journaliste pour ne pas que les autres parlent ne contient pas de désinformation dans la mesure où l'état ne cache pas la source de ses actions. Un assassinat sur un journaliste dans un autre pays, que les instigateurs déclarent provenant d'un autre groupe contient de la désinformation.

ASSASSINAT ET INTOXICATION
Assassinat

Un assassinat comme mesure active peut servir à :
renforcer la perception des capacités militaires et de la volonté politique d'un groupe paramilitaire ou rebelle,
tuer clandestinement certains de ses alliés pour ensuite condamner publiquement les " massacres " de son adversaire et ainsi prendre du capital politique,
induire la peur à une élite scientifique ou corporative pour les empêcher de collaborer avec l'adversaire,
assassiner un média afin de forcer les autres journalistes à ne pas aborder une question du problème et
dans une dictature, utiliser l'assassinat pour instiguer la peur et maintenir le pouvoir (Bloom, 1991).

L'intoxication

L'intoxication (ou désinformation tactique) est une autre forme de mesure active qui consiste à implanter de fausses informations dans les services de renseignements ennemis par l'entremise d'un intoxicateur (généralement un agent double) (Volkoff, 1986). Cette mesure consiste à faire croire aux dirigeants ennemis ce qu'il faudrait qu'il croit pour courir à sa perte soit sur le plan politique ou sur le plan militaire (Durandin, 1993). L'intoxication la plus efficace fut faite par les nazis envers Staline (Durandin, 1993) avant la deuxième grande guerre, en lui laissant croire que la majorité de l'état-major russe conspirait contre lui. Plus de 80 % des hauts gradés russes furent fusillés avant la guerre.

LA SUBVERSION

La subversion est une action qui regroupe l'ensemble des moyens psychologiques ayant pour but le discrédit et la chute du pouvoir établi sur des territoires politiquement ou militairement convoités (Volkoff, 1986 ; Durandin, 1993). Elle vise à susciter un processus de dégénération de l'autorité pendant qu'un groupe désireux de prendre le pouvoir s'engagera dans une guerre " révolutionnaire " (Mucchieli, voir Volkoff, 1986). Un état peut utiliser la subversion afin de créer le chaos dans un pays étranger soit pour des raisons politiques ou militaires . Elle est la base du terrorisme et de la guérilla.

Les objectifs de la subversion sont :

1-démoraliser la population et désintégrer les groupes qui la composent,

2- discrédité l'autorité et

3- neutraliser les masses pour empêcher toute intervention générale en faveur de l'ordre établi (Mucchieli, voir Volkoff, 1986).

La subversion utilise les médias de masses pour manipuler l'opinion publique par l'entremise de la " publicité " que les nouvelles lui accordent après des actions spectaculaires (Mucchieli, voir Volkoff, 1986). Cette publicité survient car elle provoque chez l'auditeur un changement perceptuel envers les antagonistes comme une forme d'identification à l'agresseur (Mucchieli, voir Volkoff, 1986). Les autorités sont perçues de plus en plus faibles et irresponsables, tandis que les agents de subversion paraissent plus puissants et plus convaincus de leur cause (Mucchieli, voir Volkoff, 1986). L'opinion publique vacillera un jour du côté des agents subversifs . Sans oublier que les groupes subversifs peuvent utiliser la désinformation et la propagande dans les journaux et les radios leur appartenant pour renforcer la manipulation de l'opinion publique.

De plus, pour atteindre des groupes clefs, les agents subversifs peuvent utiliser plusieurs techniques en plus de la manipulation des médias de masse:

1- intensifier les revendications légitimes, les besoins ou l'idéologie des groupes désignés,

2- forcer un sous groupes se présentant comme le champion des intérêts du groupe (modèle) à faire des actions directes,

3- mobilisation du groupe s'il y a attaque perpétrée contre un membre du groupe et finalement,

4- la technique provoquation-répression-appel à l'unité contre la répression (Mucchieli, voir Volkoff, 1986).

Cette dernière technique se fait en quatre temps :

1 acte de brigandage pour forcer l'autorité à être répressive,

2- répression de l'autorité que l'acteur doit faire percevoir comme une menace collective pour le groupe,

3- augmenté le niveau de violence des actions afin d'augmenter la répression de façon circulaire et

4- appel au front commun contre la répression en culpabilisant l'autorité et en justifiant les actes de brigandages du départ (Mucchieli, voir Volkoff, 1986).

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Sujet / Message Re: Techniques de manipulation de l’opinion publique

le Dim 13 Mar - 15:11
LA PLANIFICATION D'ACTION PSYCHOLOGIQUE

La planification est un aspect essentiel de toute action psychologique. Les actions doivent avoir des objectifs précis. La prochaine section aborde les méthodes de planification de propagande et de désinformation, les mesures d'efficacités des propagandes et les facteurs à considérer lors de l'élaboration de propagande et de désinformation. Aucune des sources consulté ne parlait de planification de mesures actives.

La première étape à toute action psychologique est la recherche de renseignement (McLaurin, 1982). Celle-ci peut se faire grâce à des techniques de recherche de marché (sondage d'opinion, etc.), entrevue, interrogatoire ou de l'analyse de contenus de documents. Ces techniques peuvent provenir de sources d'information variées : des renseignements humains (prisonnier de guerre, civil ennemi ou allié, réfugié), de renseignements électroniques (écoute électronique, interception de données informatiques), des documents capturés, des experts ou par une revue de littérature (rapport de renseignement, périodique/livres, propagande ennemie, média de masse, études spéciales) (McLaurin, 1982). La recherche de renseignement vise à :

1- définir les audiences clefs dans une population,

2- évaluer les attitudes et les motivations des gens,

3- analyser les vulnérabilités d'audience spécifiques et

4- déterminer le meilleur moyen d'atteindre ses objectifs (McLaurin, 1982).

La deuxième étape d'une propagande consiste à choisir le contenu du message, les moyens de communications et les techniques utilisées en fonction des objectifs, de la situation et de l'audience ciblée (McLaurin, 1982). Il est important que le contenu du message soit cohérent avec ce que les gens croient (Lerner, 1972). La troisième étape consiste à planifier la logistique nécessaire et à transmettre la propagande (McLaurin, 1982).

Le propagandiste doit tenir compte de plusieurs facteurs pour élaborer son message. Ce dernier doit :

1- attirer l'attention,

2- être compréhensible par la cible,

3- ne pas l'offenser,

4- activer des besoins individuels et fondamentaux et

5- proposer une réponse pour une collectivité car les comportements sont fortement influencés par son rôle et son groupe de pairs (McLaurin, 1982).

Les facteurs de persuasion sont les mêmes qu'en publicité :

1- la source doit être crédible, prestigieuse et/ou similaire à la cible ,

2- le contenu dépend des objectifs, mais il doit être semblable aux attitudes de la cible ,

3- de façon générale, les masses médias sont plus efficaces et

4- l'audience cible doit être celui ayant les attitudes les moins prononcées (Bloom, 1991 ; McLaurin, 1982).

Pour pouvoir faire une désinformation, il faut tout d'abord que les renseignements obtenus démontrent que les cibles sont susceptibles a être affectée par une désinformation. Cette susceptibilité provient de :

1- une cible apte à être déformée,

2- un état d'esprit dans la population ou chez les dirigeants tel qu'il acceptera la désinformation comme légitime,

3- une désinformation qui doit correspondre avec leur préconception de la réalité ou leur mode,

4- avoir des canaux de désinformation crédible et bien établis et 5- la cible doit être convaincue que le désinformateur ne peut pas l'atteindre (Montifroy, 1994).

Pour les services de désinformations Tchécoslovaques (Bittman ; voir Volkoff, 1986), après le recueil de renseignement, les agents faisaient des propositions de désinformations. Les meilleures propositions étaient choisies en fonction des objectifs à long terme et étaient transmises par : des agents de renseignement, des agents doubles, des collaborateurs idéologiques ayant des postes influents ou par du matériel délivré de façon anonyme.

La dernière étape consiste à mesurer les effets d'une action (McLaurin, 1982). Les mêmes sources d'informations sont nécessaires que pendant la première étape. En temps de paix, les études de marchés sont simples à effectuer car elles sont faites sans crainte de contrôle gouvernemental (Durandin, 1993). En temps de guerre, la situation devient plus complexe à évaluer et plusieurs questions se posent. Quel critère utiliser pour mesurer l'effet d'une action psychologique, comment le mesurer et comment accéder à l'audience ciblée (McLaurin, 1982)? Le problème devient encore plus obscur lorsqu'on touche à la propagande militaire. La nature même de la guerre empêche de dire si les effets observés sont dut à la propagande ou bien tout simplement à l'action militaire (McLaurin, 1982). Les prisonniers de guerre sont souvent hostiles et refusent de répondre à des enquêtes sur l'efficacité d'une propagande. McLaurin (1982) propose que le propagandiste intègre un " agent double " à l'intérieur des prisonniers pour avoir des informations plus valides. Deux autres méthodes sont aussi proposées : interviewer à fond un très petit groupe d'individus ressemblant le plus à la population cible ou encore, questionner un " juge " qualifié qui connaît bien la population et la culture cible. Il est à noter que ces deux dernières méthodes comportent des biais.

Les effets de propagandes en temps de guerre peuvent être évalués de façon quantitative ou qualitative (McLaurin, 1982). Des exemples de critère quantitatif sont : le nombre de prisonniers de guerre, le nombre de déserteurs, le temps pour effectuer un rappel de la propagande, un sondage distribué aux prisonniers et le nombre de pamphlets ou d'heures de diffusion effectuées. L'analyse de contenu des communications ennemies, des interviews, des interrogatoires ou l'analyse des lettres des prisonniers sont des exemples de critères qualitatifs.

CONCLUSION
Les façons d'influencer les adversaires sans utiliser de forces militaires n'ont pas si changé depuis Sun Tzu. L'action psychologique reste une alternative pour les états tentants de s'imposer en relation internationale que ce soit par l'utilisation de propagande, par la désinformation ou par des mesures actives. L'annexe 1 synthétise les principales techniques de chacune des trois catégories en fonction de leur nature soit offensive ou défensive et selon qu'elle s'adresse à une élite, à la population, aux militaires ou à des groupes/individus influents.

Bloom (1991) remarque que l'actions psychologiques est un sujet difficile à analyser parce qu'elle est difficile à identifier clairement à cause de sa nature clandestine. Selon lui, les auteur qui l'aborde présente plutôt leur jugement moral qu'un bagage de connaissance. De plus, les analyse rigoureuse de ce phénomène sont rarement publié dans des périodique civil. Si il y a des recherche systématique sur une forme d'action psychologique, les résultats sont gardés top-secret.

L'arrivée de l'informatique offre énormément de nouvelle possibilité aux actions psychologiques. En partant avec la prémisse que l'information est devenue une source de puissance et que nous sommes devenus tout à fait dépendant des systèmes informatiques, Schwartau (1993) décrit une nouvelle façon de faire la guerre, l'infoguerre. Il s'agit de toutes formes d'actions prises pour avoir une supériorité informationnelle soit en affectant les informations adverses, les processus basés sur l'information ou les systèmes informatiques (Schwartau, 1993). Toute son oeuvre présente de nouvelles techniques de désinformation et de mesures actives propre à la crise qu'engendre l'explosion des technologies de l'information. La mesure active primaire de son oeuvre est le piratage informatique qui peut être utilisé à des fins de sabotage, de criminalité ou de recherche d'informations confidentielles. De plus, parce que les gens croient qu'un ordinateur est un outil ne pouvant pas se tromper, l'autoroute de l'information devient un excellent lieu pour faire une désinformation afin de briser la réputation d'un individu en modifiant certains dossiers confidentiels peu protégés (crédit, dossier judiciaire, etc.).

" L'usage efficace des moyens de communication constitue d'une façon générale un élément central pour la propagande et la désinformation. Le développement de réseaux informatiques mondiaux amplifie par son échelle, par sa puissance ainsi que par l'absence actuelle de toute législation internationale, le pouvoir de diffusion de toute forme de propagande/désinformation mais il est aussi une ligne de défense contre ceux-ci en laissant à tous une possibilité de s'exprimer. " (propagande, article d'Encarta ; Microsoft, 1997) Ce travail a mis l'emphase sur les actions gouvernementales, mais une compagnie privée peut tout à fait utiliser certaines de ces techniques. Certaines formes de publicité se rapprochent de la propagande car elles ne visent pas à inciter un individu à acheter un produit mais à faire percevoir à la population que leurs actions sont pour le bien-être de tous. D'autre part, la désinformation scientifique peut empêcher un concurrent de faire des recherches sur certains terrains. Un spéculateur peut partir de fausses rumeurs ou faire sauter des bombes pour essayer faire baisser un titre à la bourse. De plus, les nouvelles armes de l'infoguerre offrent de bons moyens d'actions directe pour une compagnie (espionnage industriel, sabotage informatique, etc.).

Comme l'affirme Bloom (1991) " Influence techniques will be perceived as more important by all who seek power. With worldwide increases in interdependance, communications technology, and the lethality and sophistication of weapons, propaganda and active measure will become more cost-effective and even more morally appealing " (p.708).

Source:*deepsound.net

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Sujet / Message Re: Techniques de manipulation de l’opinion publique

le Dim 31 Juil - 17:18
Techniques de manipulation de l’opinion publique et de la société



P.S :

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Pour comprendre vraiment comment les manipulateurs les plus habiles s’y prennent afin d’instaurer une pensée unique et de faire respecter l’ordre, il convient de lire Le Prince de Machiavel

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Sujet / Message Re: Techniques de manipulation de l’opinion publique

le Dim 31 Juil - 17:36
Les techniques de manipulation de l’opinion à l’époque soviétique

KarlZero.tv propose une interview de Yuri Bezmenov, alias Thomas Schuman ex-agent du KGB passé à l’Ouest dans les années 1970, et qui raconte les techniques de déstabilisation et manipulation de l’opinion occidentale.

Cette interview est à mettre en perspective avec l’ouvrage de Cécile Vaissié : « Les ingénieurs des âmes en chef ». «Ingénieurs des âmes» : c’est ainsi que Staline désignait les écrivains, censés «rééduquer» l’être humain pour construire le communisme. «Ingénieurs des âmes en chef» étaient donc les responsables qui trônaient à la tête de l’Union des écrivains. Immensément connus en URSS et parmi les communistes européens, ils persécutèrent de grands écrivains comme Soljénitsyne, Pasternak, Akhmatova, Grossman ou Brodski et firent interdire leurs

livres.



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URSS : lâcheté et rares audaces des « Ingénieurs des âmes en chef »



Staline appelait « ingénieurs des âmes » les écrivains. Les « ingénieurs des âmes en chef » sont ceux qui, à la tête des unions d'écrivains (de l'URSS, de Russie, de Moscou) ou des revues prestigieuses (comme « Novy mir »), ont joué un rôle déterminant dans la vie des écrivains soviétiques.
Ce sont les destins croisés de quatorze d'entre eux qui servent de fils conducteurs à l'ouvrage-somme de Cécile Vaissié : « Les Ingénieurs des âmes en chef, littérature et politique en URSS 1944-1986 ».

Les dividendes du mensonge et de la calomnie

L'auteur qui a consacré un ouvrage aux combat des dissidents en Russie (« Pour la liberté et pour la nôtre » chez Laffont) et un autre relatant la vie de cette militante hors pair de la dissidence que fut Larissa Bogoraz (« une femme en dissidence », Plon) prend ici la littérature russe par l'autre bout de la lorgnette.

Non en se penchant, après d'autres, sur les destins et les œuvres de ceux qui, de Pasternak à Soljenitsyne, sont aujourd'hui reconnus comme les grands écrivains russes du XXe siècle après avoir été bafoués, humiliés et privés de publication, mais en racontant la vie, les basses œuvres, les rares audaces et les multiples lâchetés de ceux qui, ayant parfois été leurs amis ou les avoir un temps soutenus, ont brocardés ces vrais écrivains.

Et, du haut de leur fonction, agissant le plus souvent sur ordre, les ont exclus de l'union des écrivains et de tous les avantages que cela entraînait, les traînant dans la boue, jugeant leurs œuvres nulles ou nuisibles.

Une radiographie du système à travers la littérature

Moyennant quoi, à travers le miroir grossissant de la vie de ces êtres parfois pathétiques et talentueux et le prisme du fonctionnement des différentes instances littéraires, c'est une formidable traversée et une impitoyable radiographie du système soviétique que nous raconte et nous dévoile Cécile Vaissié.

D'autant que son champ d'études, qui va de 1944 au début de la Perestroïka, commence donc après les années 30 -celle des grandes purges où bon nombre d'écrivains partirent au Goulag ou furent exécutés. Elle embrasse une période contrastée, moins ouvertement dramatique, mais plus insidieuse.

Elle ne raconte pas un moment exceptionnel mais, somme toute, la vie normale de ces ingénieurs des âmes en chef dirigeant un système qui, en mettant de plus en plus les écrivains « au service du parti » sous couvert d'être au « service du peuple », éloignera de plus en plus les écrivains de la littérature.

Et cela jusqu'à l'absurde, c'est à dire jusqu'à considérer les dernières oeuvres de Brejnev (qu'il n'a pas écrites au demeurant) comme de la très haute littérature.

La pratique généralisée de la double pensée

Jamais on aura pénétré avec autant d'acuité dans la vie littéraire soviétique, la vivant quasi au jour le jour, de réunion en Congrès, de nominations en jubilé, de donneurs d'ordres (l'Agit prop, le KGB, ceux d » « en haut ») en exécutants, de montée en puissance en disgrâce, de silences en discours fleuves.

Un système ou le repentir est érigé en dogme ou en bénédiction, avec prime à la traîtrise, un monde de la mauvaise conscience vite noyée dans la vodka, une saga d'écrivains qui n'écrivent pas ou si peu alors que les vrais livres sont remisés dans les étagères de l'oubli, un univers de la « double pensée » ou l'on dit ce que l'on ne pense pas avec toutes les perversités que cela peut entraîner.

Un monde enfin qui se construit sur l'oubli du précédent : Khrouchtchev dans l'oubli de Staline, Brejnev dans l'oubli des années Khrouchtchev et ainsi de suite. Mais où les vieux réflexes restent les mêmes, où les clivages se retrouvent de génération en génération et jusqu'à aujourd'hui où, sous Poutine, l'opposition entre les écrivains nationalistes et anti-cosmopolites (antisémites) d'un côté et de l'autre et les écrivains « libéraux » demeure sous d'autres formes, où la notion d'artiste officiel a repris du galon.

Les présidents passent, Sergueï Mikhalkov s'adapte

Rien d'étonnant à ce que l'ex et futur président Poutine ait demandé au vieux Sergueï Mikhalkov (le père des cinéastes Nikita Mikalkov et Andréï Kontchalovski) de réécrire une fois de plus l'hymne russe. Sergueï Mikalkhov -l'un des quatorze « héros » de Cécile Vaissié« - avait servi avec zèle tous les régimes soviétiques.

Roi de la double vie, il envoyait les écrivains aux champs à la tribune ou leur demandait d'être plus près du peuple et menait une vie de nabab en rentrant chez lui.

Un homme veule et indigne comme beaucoup de ses collègues hauts placés dans la hiérarchie littéraire, qui avait brocardé les “critiques cosmopolites” en 1949, attaqué Pasternak en 1958, qualifié dix ans plus tard d » « hypocrites et de diffamateurs politiques » Siniavski et Daniel, mené la répression contres les pétitionnaires critiquant l'entrée des troupes russes à Prague en août 1968, traité Soljentisne de tous les noms, etc.

En s'en prenant de façon abjecte à Naoum Kleiman, le Langlois russe, Nikita Mikhalkov sera le digne fils de son père. Le livre de Cécile Vaissié nous aime aussi à comprendre la Russie d'aujourd'hui, où sous le vernis de l'économie de marché, bien des modes de pensée et d'agir soviétiques perdurent.

La haute figure d'Alexandre Tvardovski

Qui lit encore en Russie les oeuvres de Constantin Fédine, Guorgui Markov ou Félix Kouznétsov pour citer quelques « héros » du livre ? Personne. Leurs œuvres ont pourtant été tirées à des millions d'exemplaires, alors que sur ordre des ces fonctionnaires aux ordres on retirait des bibliothèques les oeuvres des écrivains récalcitrants.

Cécile Vaissié raconte par le menu le destin terrible d'un Alexandre Fadeïev qui finira par se suicider, celui de Constantin Simonov auteur d'un livre à succès « Je t'attends », suivi d'un film que tous les Russes connaissent par cœur.

Simonov accédera aux plus hautes fonctions, pliera l'échine, condamnera, mentira, sera tour à tour lâche et courageux, et puis, peu avant de mourir, écrira des confessions poignantes et enfin sincères.

Vaissié s'attarde longuement, et c'est justice, sur la vie d'Alexandre Tvardovski -celui qui fera publier « Une journée dans la vie d'Ivan Denissovitch », de Soljenitsyne dans la revue « Novy mir » qu'il dirigea avant d'en être chassé plus tard- une haute figure des années 60.

Elle dit aussi le destin d'écrivains moins renommés ou moins en vue mais qui sont comme des figures immaculées dans un monde vil où trône la médiocrité. Ainsi Félix Svétov. Dans les années 60, il fut l'un des critiques « libéraux » de la revue « Novy mir ».

Par la suite, il signa des lettres en faveur de Siniavski, Daniel, Soljenitsyne, Guinsbourg et bien d'autres. Loin de faire allégeance, il publie dans le samizdat et à l'étranger. On le convoque (à l'Union des écrivains de Moscou) comme on convoque tôt ou tard tous les écrivains dans son genre.

A la tribune, Félix Kouznétsov, le numéro un de l'union que Svétov avait connu dans sa jeunesse. On menace de le briser s'il continue. Il continue en soutenant Sakharov.

Chacun a des enfants c'est à dire une conscience

On le convoque à nouveau. Il vient avec une lettre, la donne à l'un des secrétaires de l'Union et s'en va. On lit sa lettre. « Pourquoi vous taisez-vous aujourd'hui quand on jette en prison des gens qui ont rendu à la nation son honneur et sa dignité ? », comment revendiquer « une appartenance à la culture russe » et exclure « Pasternak, Soljenitsyne, Voïnovitch, Vladimov, Kornilov, Kopélev et Tchoukovskaia » ?

Tout compte fait, Svétov préfère être exclu pour ne pas avoir à assumer « la lourde responsabilité des crimes » de ces secrétaires. Il ajoute : « Cela sera mieux pour moi, mais pour vous ? Chacun de vous a des enfants, c'est-à-dire une conscience ».

Le 8 janvier 1986, alors que Gorbatchev est au pouvoir et deux mois avant qu'il ne lance la perestroïka, Félix Svétov est condamné à cinq années de relégation.

Les Ingénieurs des âmes en chef, littérature et politique en URSS 1944-1986 de Cécile Vaissié - éd. Belin - 524p

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Sujet / Message Re: Techniques de manipulation de l’opinion publique

le Sam 26 Nov - 11:59
Michael Moran est directeur adjoint d'Interpol, en charge de la lutte contre la cybercriminalité. À l'occasion de la conférence Octopus du Conseil de l'Europe, il détaille pour Le Point.fr ses inquiétudes sur l'avenir de la lutte contre les cyberpédophiles et, de façon plus générale, contre les criminels en ligne. Bouillonnant, ce véritable personnage de film au charisme "tarantinien" ne mâche pas ses mots.

Le Point.fr : Y a-t-il moins d'affaires de cyberpédophilie depuis qu'Internet est plus régulé ?

Michael Moran : Absolument pas. La pédophilie sur Internet augmente aujourd'hui plus que jamais. L'exploitation des enfants est un véritable problème sociétal et celui-ci prend des proportions toujours croissantes avec la multiplication des accès à Internet dans le monde.

Comment agissent les cyberpédophiles ?

Ce sont des criminels atypiques. Ils n'agissent pas pour l'argent, mais pour les données. Dans leur monde, l'argent n'est pas une monnaie d'échange : ils n'acceptent que des photos et des vidéos. Plus elles sont récentes et inédites, et plus elles ont de la valeur. Si l'auteur ajoute quelques détails avec les documents qu'il envoie, cela leur donne encore plus de valeur. Certains précisent par exemple l'âge exact de l'enfant victime, son identité, ses coordonnées ou encore l'école qu'il fréquente. Par ailleurs, dans ces communautés d'agresseurs sexuels, celui qui agit sur la vidéo ou la photo, celui qui commet l'agression sur l'enfant... il est le roi.

Manquez-vous de moyens pour enquêter ?

Les gouvernements ont attribué de grandes quantités de fonds à la lutte contre la pédophilie. Mais l'évolution des technologies et le manque de cadre de travail juridique à l'échelle mondiale posent problème.

Certains pays sont-ils moins coopératifs que d'autres dans la lutte contre la cybercriminalité en général ?

Évidemment... mais ce n'est pas le seul problème. Certains gouvernements prennent beaucoup de temps pour répondre à nos requêtes, sans que ce soit forcément le résultat d'une décision politique. Par ailleurs, nous avons des difficultés en Allemagne, car les opérateurs ne gardent aucune trace de l'activité de leurs abonnés. Des centaines d'affaires criminelles sont restées au point mort à cause de cette pratique. En fait, chacun des pays avec lesquels nous travaillons pourrait faire mieux. Mais il est difficile de convaincre les gouvernements sans avoir de données précises. Il n'y a pas d'autorité indépendante sur la cybercriminalité, qui pourrait confirmer ou relativiser les statistiques fournies aujourd'hui par les seules entreprises de sécurité informatique telles que Symantec ou Kaspersky.

Plus généralement, les réseaux cryptés parallèles à Internet, créés par ou pour les cyberdissidents et peu connus du grand public, compliquent-ils vos investigations ?

Il est vrai que certains réseaux, dont Tor et Freenet, sont totalement détournés par les cyberpédophiles. Nous enquêtons aussi via ces réseaux, mais évidemment c'est plus difficile, car ils ont été créés pour protéger l'anonymat, notamment pour les cyberdissidents.

Justement, à propos d'anonymat, certains observateurs estiment que l'entrée en vigueur des lois antipiratage dans certains pays (dont la France avec l'Hadopi) a compliqué le travail des cyberpoliciers. Qu'en pensez-vous ?

Il est indéniable qu'aujourd'hui des internautes sans histoires se surprotègent avec la cryptographie, le changement d'adresse IP* ou d'autres moyens d'anonymisation. Cela nous complique le travail, mais on ne peut pas simplifier les choses à ce point. Il faut raisonner de façon plus vaste, et poser le problème de l'anonymat sur Internet. Il existe des outils créés pour défendre la liberté d'expression et les droits fondamentaux, et qui sont infestés par les pédophiles. Nous ne devons pas blâmer les outils, car ce serait comme blâmer la voiture utilisée par un braqueur. Mais nous devons garder en tête que ces outils sont idéaux pour les criminels. Quoi qu'il en soit, de façon générale, l'industrie fournit de plus en plus d'outils aux citoyens pour protéger leurs données. Dans Windows 7 par exemple, il est possible de crypter entièrement son disque dur. Cela nous complique la tâche mais nous approuvons, tant que les fabricants nous fournissent les outils pour traquer les criminels, pour faire notre travail.

Pensez-vous que la protection de la vie privée des internautes soit compatible avec la lutte contre la cybercriminalité ?

Oui, absolument. Nous sommes des policiers, nous sommes tout de même habitués à travailler dans le respect des lois ! C'est même quelque chose de normal pour nous ! Il faudrait toutefois définir clairement quel niveau de protection l'on assigne aux différents types de données personnelles. Je distingue pour ma part trois catégories d'informations personnelles : les informations de base sur l'abonné (identité, coordonnées, adresse IP), les contenus en ligne de l'abonné et enfin l'ordinateur en lui-même. Il faudrait donc distinguer à l'échelle internationale trois niveaux de protection juridique, de basique à renforcée, pour ces trois types de données. Il y a forcément un juste milieu entre vie privée en ligne et lutte contre la cybercriminalité. Il faut le trouver.

Concrètement, qu'espérez-vous ?

Pour commencer une enquête, nous n'avons besoin que d'une adresse IP ou d'un e-mail, et même ces informations basiques sont parfois impossibles à obtenir assez rapidement de la part des opérateurs. Souvent, le temps que le FAI nous réponde, d'autres données ont été automatiquement effacées par un autre acteur-clé. Nous sommes ainsi confrontés à des blocages en chaîne, qui nous rendent inefficaces. Alors qu'il serait logique d'avoir un moyen de faire transiter rapidement l'information jusqu'à nous.

Vous devez donc développer les relations avec le secteur privé ?

Oui, et pas seulement pour les enquêtes en cours. Aussi pour le développement de nos capacités. Inutile de réinventer ce qui existe déjà : nous devons nous appuyer aussi sur les entreprises privées pour renforcer notre savoir-faire. Vous savez, dans le passé, c'étaient des humains qui commettaient des crimes. Aujourd'hui nous sommes face à des machines qui parlent à des machines, et même s'il faut toujours un être humain à l'origine du mal, le processus est beaucoup plus complexe et difficile à stopper. Mais nous gardons notre ligne de conduite : identifier et arrêter. Et nous allons installer à Singapour en 2014 un centre pour l'innovation, qui nous permettra d'être plus opérationnels sur les dernières évolutions technologiques.

Quels sont vos principaux défis aujourd'hui ?

Le développement de l'informatique dans les nuages, ou Cloud Computing, nous pose d'énormes défis. Interpol fonctionne en coopération avec les États, qui ont des frontières. Avec le cloud, les données sont stockées dans de nombreux pays différents et il est souvent très difficile de savoir où est stocké quoi. Si l'on arrive à identifier les données que l'on souhaite consulter, il faut parfois passer par plusieurs juridictions et plusieurs gouvernements pour y avoir accès.

* L'adresse IP est un identifiant unique distribué à chaque équipement connecté à un réseau informatique.
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Sujet / Message Re: Techniques de manipulation de l’opinion publique

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