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fennec dz
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Sujet / Message Re: La guerre secrète aux Pays-Bas

le Mer 13 Juil - 15:11

Les armées secrètes de l’OTAN (XI)
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La guerre secrète aux Pays-Bas
par
Daniele Ganser



On
ignore quelles actions furent entreprises par le Gladio aux Pays-Bas.
Mais parce que ce réseau a une origine nationale et était jaloux de son
indépendance, le gouvernement néerlandais reconnu sans trop de
difficultés son existence lors du scandale italien de 1990, en croyant
pouvoir nier sa subordination à l’OTAN. Cette erreur de communication a
permis d’établir officiellement aux Pays-Bas ce que les autres
gouvernements européens ont refusé de confirmer : les armées secrètes de
l’Alliance atlantique ont bel et bien subverti la démocratie en Europe
occidentale. Et leur dissolution officielle en 1992 n’est qu’un écran de
fumée.
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fennec dz
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Sujet / Message Re: La guerre secrète aux Pays-Bas

le Mer 13 Juil - 15:13
[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]La villa Maarheeze, siège des services secrets extérieurs (Inlichtingen Buitenland) et du stay behind néerlandais
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fennec dz
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Sujet / Message Re: La guerre secrète aux Pays-Bas

le Mer 13 Juil - 15:16
Comme dans la Belgique voisine, l’armée secrète stay-behind
des Pays-Bas trouve son origine dans l’occupation subie par le pays
pendant la seconde guerre mondiale. Les Pays-Bas, comme eurent plus tard
à le déplorer les stratèges néerlandais, n’avaient pas bâti de réseau stay-behind
avant la guerre par manque de financements, de clairvoyance et
d’intérêt étant donné la relative neutralité du pays. Mais en mai 1940,
le pays fut envahi par l’armée allemande, ce qui contraignit le
gouvernement et la famille royale néerlandaise ainsi que des
personnalités privilégiées des sphères politique, militaire et
économique à une fuite précipitée et désordonnée vers la
Grande-Bretagne. Le GS III, la section renseignement de l’état-major
néerlandais, avait trop tardé à donner l’alerte au moment de l’invasion
allemande, échouant ainsi pitoyablement dans ce qui était pourtant sa
principale mission. La débâcle tardive provoqua de nombreux
dysfonctionnements logistiques et les ministres qui arrivèrent à Londres
en mai 1940 purent à peine se mettre à l’œuvre, ne disposant pas de
nombreux documents capitaux. Pour beaucoup au sein de l’armée et des
services secrets, il était clair qu’il fallait tout faire pour qu’une
déroute aussi chaotique ne se reproduise à l’avenir et qu’il serait
nécessaire d’entamer dès la fin de la guerre des préparatifs en vue
d’une éventuelle future invasion.

Après le départ précipité du gouvernement pour Londres en mai 1940,
le territoire national fut occupé par les Allemands pendant près de cinq
ans, un véritable traumatisme dans l’histoire du pays. Le gouvernement
réfugié en Grande-Bretagne, qui ne disposait quasiment d’aucune source
de renseignement fiable sur la situation dans le pays, envoya des agents
aux Pays-Bas avec pour mission de collecter des informations,
d’organiser la résistance et d’engager des opérations clandestines de
faible ampleur. Comme en Belgique, ces missions étaient menées en
étroite collaboration avec les Britanniques, et notamment avec le Special Operations Executive
(SOE) récemment créé. Toutefois, les Allemands parvinrent rapidement à
infiltrer ces unités mal préparées et à y provoquer des pertes
désastreuses. Dans ce qui restera comme l’un des plus grands échecs du
SOE, le fameux Englandspiel, la section néerlandaise du service
fut infiltrée par des agents allemands qui eurent dès lors accès aux
transmetteurs radio et donc aux communications. Des dizaines d’agents
furent ainsi capturés et éliminés.

Pendant la guerre, Néerlandais et Britanniques établirent des liens
étroits et Londres porta assistance à son allié pour la réorganisation
de son appareil de renseignement détruit. Sur les conseils des
Britanniques, deux nouveaux services furent créés au début des années
1940. Le Bureau Inlichtingen (BI) fut établi en novembre 1942 avec la mission de collecter des renseignements. Le Bureau Bijzondere Opdrachten
(BBO) devait, lui, se charger mener des opérations spéciales. Aux côtés
des unités spéciales du SOE britannique, les agents du BBO étaient
parachutés en territoire occupé. Quand l’armistice fut signé, les deux
services furent démantelés. Mais, au cours des années qui suivirent, la
plupart de leurs effectifs se retrouvèrent directement impliqués dans le
réseau stay-behind néerlandais.

Durant l’occupation, C. L. W. Fock, un membre du BI, avait insisté
sur le fait que les Pays-Bas devraient à l’avenir être mieux préparés et
qu’il faudrait impérativement bâtir un réseau stay-behind dans
le pays sans attendre qu’éclate un nouveau conflit. Son supérieur, J.
M. Somer, directeur du BI à Londres, était lui aussi convaincu de la
nécessité de constituer une telle organisation dès la fin de
l’occupation allemande. « Je me souviens que Somer, Charles van Houten (officier de liaison entre le BI et la Reine Wilhelmine) et moi-même convenions déjà en 1944 qu’une telle chose ne devrait plus jamais se reproduire »,
se souvint Fock dans un entretien qu’il accorda depuis son appartement
de La Haye à l’âge de 87 ans. Se replongeant dans cette histoire près de
50 ans après, Fock témoignait : « Au fil de cette conversation, il
devint évident qu’il serait préférable que les Pays-Bas soient préparés
en vue d’une nouvelle guerre. Il était nécessaire d’entreprendre dès que
possible des actions dans ce sens
. » [1]

Au moment de la libération des Pays-Bas en 1945, le chef du BI Somer
figurait parmi les hommes les plus expérimentés en matière d’opérations
secrètes. Avant la guerre, il avait travaillé pour le service de
renseignement GS III. Il s’était ensuite engagé dans des opérations de
résistance sur le sol néerlandais et, en mars 1942, il avait échappé de
peu au Sicherheitsdienst allemand [2]
et avait fini par atteindre Londres au terme d’un long périple. Là, il
avait été le premier à diriger le nouveau service secret néerlandais BI.
Après la guerre, Somer, promu au rang de colonel, coucha ses réflexions
sur les techniques stay-behind sur papier et les présenta au
général J. Kruls, qui commandait l’état-major néerlandais depuis
novembre 1945. La note de service qu’adressa Somer à Kruls était
intitulée : « Les leçons à tirer de la période 1940-1945 dans le domaine du Renseignement et des Services de Sécurité ». Un vétéran se souvient que « ce fut l’un des premiers dossiers que Kruls eut à traiter dans ses nouvelles fonctions de chef d’état-major ». Le général fut tout de suite séduit par l’idée. Dans le livre Vreede of Oorlog
[La Paix ou la Guerre], qu’il publia quelques années plus tard pendant
la guerre de Corée, le grand partisan des opérations spéciales Kruls
soulignait l’importance d’accorder « la plus grande attention possible aux préparatifs d’actions clandestines ». Selon sa conception, l’Europe de l’Ouest devait voir « la dure réalité en face », en d’autres termes, si une guerre devait éclater dans un futur proche, « les opérations secrètes pourraient y jouer un rôle décisif ». [3]

En septembre 1945, Somer présenta, avec le soutien de Kruls, son plan stay-behind
au ministre de la Défense des Pays-Bas J. Meynen. Il n’y insistait pas
sur le potentiel d’une armée secrète en matière d’opérations spéciales
et d’actes de sabotage, mais suggérait la création d’une unité de
collecte de renseignements « qui devrait être en mesure de réunir des
informations militaires, politiques et économiques et de les
transmettre par courrier ou par des réseaux de télécommunication
»
au commandement militaire basé hors des frontières du pays occupé. Somer
expliquait qu’il faudrait recruter des hommes et les former aux
techniques de communication radio et de cryptage et soulignait qu’ils ne
devraient pas faire partie des forces armées régulières car ce n’est
qu’à cette condition qu’ils pourraient prendre part à des opérations
clandestines en cas d’invasion. [4] Le ministre approuva ce plan et Somer fut nommé à la tête du premier réseau stay-behind
des Pays-Bas avec pour mission de lever une armée secrète. Dans le même
temps, il fut aussi chargé de dissoudre le BI dont il avait été le
directeur pendant la guerre. Ces attributions lui fournissaient la
meilleure couverture possible pour ses préparatifs clandestins. Il
rattacha le nouveau service stay-behind à l’ancien service secret militaire d’avant-guerre GS III et lui donna le nom de code « GIIIC ».

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]Jan
Marginus Somer (1899-1979). Directeur des services de renseignement du
gouvernement néerlandais en exil à Londres durant la Seconde Guerre
mondiale, il fonda à la Libération un réseau stay behind sous le nom de
GIIIC, puis de G7.

Au bout de quelques mois, Somer commença à remettre en cause la structure organisationnelle. Il regrettait que son réseau stay-behind
GIIIC soit placé sous le commandement de l’état-major. Peu enclin à
obéir aux ordres d’un chef de section, Somer fit valoir les risques que
faisait peser une telle structure sur la confidentialité du projet. « Somer était d’avis que son unité top secrète était indispensable mais qu’elle ne pouvait avoir d’existence officielle », analysa l’historien néerlandais Koedijk. [5] En janvier 1948, il fut donc décidé que le réseau stay-behind
n’apparaîtrait plus dans l’organigramme du ministère de la Défense et
serait dorénavant placé sous le commandement direct de Somer. Il insista
également pour que le quartier général de l’organisation quitte les
locaux du commandement des armées néerlandaises, lesquels étaient
abrités dans le complexe militaire de Prinses Juliana, à mi-chemin entre
La Haye et le village de Wassenaar. Somer fut autorisé à rechercher un
nouveau bâtiment adéquat dans les environs. Faisant fi des exigences de
discrétion, il opta pour la villa Maarheeze à Wassenaar, une
impressionnante bâtisse à l’architecture originale construite en 1916
par un homme d’affaires néerlandais qui avait fait fortune en Indonésie.
Alors encore officiellement employé par le BI, Somer s’installa en mai
1945 à la villa Maarheeze située à seulement cinq minutes en voiture des
bureaux du commandement militaire. L’année suivante, la demeure
accueillit le siège du réseau GIIIC, bientôt rebaptisé G7.

Somer insistait sur l’importance primordiale de la confidentialité
qui devait entourer l’armée secrète. Tant qu’il commanda le réseau, il
n’accepta aucun catholique romain parmi ses membres, jugeant
incompatible le devoir de confession et l’appartenance à un service
secret. Dans le même temps, Somer veillait à ce que l’exécutif
néerlandais soit informé de ses projets d’actions clandestines. Assisté
du chef d’état-major Kruls, il exposa la situation au Premier ministre
Louis Beel lorsque celui-ci prit en juillet 1946 ses nouvelles fonctions
qu’il occupa jusqu’en 1948. Beel ne fut pas difficile à convaincre de
l’intérêt d’un réseau stay-behind et donna donc son accord pour
les opérations spéciales quoiqu’il jugeât l’hypothèse d’une invasion
soviétique assez peu probable.

Après le démantèlement du BI par Somer, la villa Maarheeze qui n’abritait plus que le siège du réseau stay-behind
G7 offrait désormais assez d’espace pour d’autres branches de
l’appareil du renseignement néerlandais. Les services secrets BI et BBO
n’existaient alors plus. Deux nouveaux services furent créés pour les
remplacer : le service secret intérieur BVD, Binnenlandse Veiligheidsdienst, et le service de renseignement étranger IDB, Inlichtingen Buitenland. [6]
Le Premier ministre confia à C.L.W. Fock le soin de constituer l’IDB,
il faut rappeler que l’homme avait été le vice-directeur du BI à
Londres, sous les ordres de Somer. Quand Fock fut nommé à la tête de
l’IDB, Somer lui demanda s’il souhaitait établir le siège de son service
à la villa Maarheeze. La proposition fut acceptée et l’IDB emménagea en
prenant à sa charge 60% du loyer. Au cours des décennies qui suivirent,
la villa Maarheeze acquit une réputation de haut lieu des missions
clandestines et fut montrée du doigt quand on découvrit que l’IDB avait
mené des opérations illégales sur le territoire national et entretenu
des liens avec les milieux d’extrême droite pendant la guerre froide.
Quand il fut révélé en 1990 que l’armée secrète Gladio avait été
hébergée dans la même maison que l’IDB, la villa Maarheeze devint un
symbole d’intrigues et de manipulations. Le service de renseignement
extérieur néerlandais IDB fut dissout en 1994 par le Premier ministre
Lubbers et la plupart de ses fonctions furent dès lors confiées au
BVD. [7]

Le commandant stay-behind Somer quittait régulièrement son
quartier général de la villa Maarheeze à l’occasion des nombreux voyages
qu’il effectuait à travers tout le pays pour recruter les membres de
son armée secrète. La plupart de ces Gladiateurs de la première
génération avaient en commun une expérience de la seconde guerre
mondiale. Nombre d’entre eux avaient fait partie des unités du BBO qui
avaient été parachutées avec des agents du SOE britannique en territoire
occupé pour y mener des missions clandestines. D’autres recrues étaient
des anciens du réseau de résistance OD (Ordedienst) que Somer avait
commandé dans la province du Brabant Septentrional avant d’être
contraint de fuir pour Londres en 1942. « Somer parcourait le pays de long en large pour sa mission », se souvient un ancien agent. « Il
a par exemple contacté un ancien commandant de l’OD ainsi qu’un membre
de l’unité de renseignement clandestine Albrecht, ils se retrouvaient
dans des chambres d’hôtels où ils discutaient des grandes lignes du
projet
. » À première vue, ce n’est pas le genre d’activités que l’on
s’attend à voir effectuées par le chef d’une super-organisation secrète
en personne. Mais comme le contact personnel était la base du
fonctionnement de l’opération, Somer soutenait mordicus que sa manière
de procéder était la plus productive, même si d’autres agents admettent
qu’« avec le recul, on peut bien sûr contester les méthodes ». [8]

Somer entretenait des contacts secrets permanents avec le MI6 et la
CIA. Lorsqu’il demanda au ministre des Transports et de l’Énergie et au
directeur général des Télécommunications une autorisation spéciale pour
utiliser des récepteurs et des transmetteurs radio ainsi qu’une licence
pour émettre sur certaines fréquences définies, il insista sur la
nécessité de disposer d’une « connexion rapide, secrète et indépendante avec les représentants anglais et américains à l’étranger ». [9] Somer précisa clairement que « les avantages de tels moyens »
de communication avaient été invoqués par le Royaume-Uni et les USA,
sur quoi les équipements radio furent immédiatement installés à la villa
Maarheeze.

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]Prince
Bernhard zur Lippe Biesterfeld (1911-2004). Ex nazi, il fut recyclé par
le MI6. Il créa le second réseau stay-behind des Pays-Bas, « O », ainsi
que le Groupe de Bilderberg.

Pendant que Somer constituait son réseau G7, une seconde organisation stay-behind
indépendante de la première était également bâtie dans le plus grand
secret aux Pays-Bas. Dans l’immédiat après-guerre, le renseignement
néerlandais, sous l’impulsion du MI6 britannique, avait approché le
Prince Bernhard pour lui suggérer la création d’un réseau stay-behind
chargé des opérations de sabotage, d’assassinats et de résistance armé
en cas d’invasion ennemie. Plutôt favorable à cette proposition, le
Prince veilla à ce que Louis Einthoven, le premier directeur du BVD,
soit chargé du projet. Avec l’accord du Premier ministre W.
Schermerhorn, Einthoven constitua donc une organisation stay-behind au nom de code « O », recruta et forma des agents et aménagea des caches d’armes secrètes. [10]

Né en 1896, Louis Einthoven avait servi comme officier supérieur dans
la police de Rotterdam avant 1939 et avait lutté activement contre
l’occupant allemand pendant la guerre. Jusqu’à sa mort en 1973, il
demeura un farouche soldat de la guerre froide obsédé par la menace
communiste. Il instaura des « contrôles de sécurité » destinés à
vérifier la fiabilité idéologique des Gladiateurs et des agents de son
BVD. Sa position à la tête du service lui fournissait non seulement une
couverture idéale pour ses fonctions top secrètes de chef de l’armée
clandestine mais aussi et surtout la possibilité, pendant 16 ans,
d’utiliser ses Gladiateurs à l’intérieur du pays, sans même attendre une
invasion. Einthoven gardait à l’esprit que son armée secrète pouvait
être infiltrée par des agents de l’Union soviétique aussi accordait-il
beaucoup d’importance au contre-espionnage. « La double fonction d’Einthoven de directeur du BVD et du réseau O était, bien entendu, particulièrement intéressante pour nous », se souvient un ancien Gladiateur néerlandais. [11]
En effet, comme la plupart des services secrets internes, le BVD était
chargé de surveiller certains éléments de la société néerlandaise
susceptibles de représenter une menace pour l’État et le gouvernement,
de se renseigner et de surveiller les mouvements politiques notamment à
l’extrême droite et à l’extrême gauche. Aujourd’hui encore, on ne
dispose d’aucun document sur l’armée secrète d’Einthoven et ce qu’il a
accompli demeure totalement obscur.

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]Louis Einthoven (1896-1979). Chef du second réseau stay-behind.
En 1948, les deux armées secrètes néerlandaises, celle intégrée au
BVD et dirigée par Einthoven et celle commandée par Somer depuis la
villa Maarheeze, conclurent un accord de coopération avec le MI6. Un
pacte similaire fut élaboré en vue d’une collaboration stay-behind
clandestine avec la CIA suite à la création de celle-ci, en 1949. Il
resterait à déterminer si, à l’image de ce que l’on a pu observer dans
les autres pays concernés, ces accords ordonnaient aux armées secrètes
des Pays-Bas de combattre le communisme et les partis politiques de
gauche sans attendre une invasion soviétique. [12] Cependant, lorsque fut révélée en 1990 l’existence du réseau stay-behind,
ces ententes secrètes furent vivement dénoncées dans le pays où l’on se
demanda si le MI6 et la CIA avaient contrôlé l’armée secrète locale,
une hypothèse intolérable pour la plupart des hommes politiques
néerlandais soucieux de leur souveraineté nationale. En 1992, un ancien
membre du Gladio des Pays-Bas, qui préféra conserver l’anonymat, soutint
qu’en dépit de contacts réguliers avec Londres et Washington, les
armées secrètes néerlandaises étaient toujours restées souveraines : « Ni
les services secrets britanniques ni leurs homologues américains
n’étaient en mesure de localiser un agent de notre réseau stay-behind.
Et il devait en être ainsi. Si on avait permis aux Britanniques, par
exemple, d’utiliser le réseau, plus personne n’aurait voulu en faire
partie
. » [13] Un autre ex-agent néerlandais prétendit en 1990 que « La CIA n’avait qu’une vague idée des capacités du réseau stay-behind dans notre pays ». [14]
Mais malgré ces affirmations, une rumeur se répandit selon laquelle
l’identité top secrete des combattants de l’ombre de tous les pays
d’Europe de l’Ouest, et donc des Néerlandais, était connue de la CIA et
du MI6.

En 1948, des événements majeurs survenus à l’étranger contraignirent le commandant Somer à renoncer à ses activités stay-behind
aux Pays-Bas. L’Indonésie, la plus riche et plus ancienne colonie
néerlandaise, avait engagé une lutte sans merci pour l’indépendance, à
l’image de nombreuses autres colonies européennes. Sur ordre du général
Spoor, le spécialiste des opérations spéciales Somer partit donc pour
l’Extrême-Orient et, vers la fin du printemps, il fut nommé directeur du
très redouté NEFIS, les services secrets militaires néerlandais en
Indonésie. Le NEFIS recourut à des opérations clandestines d’une rare
violence, mais ne parvint pas à empêcher l’accession à l’indépendance de
l’Indonésie qui survint en 1949. Somer revint aux Pays-Bas où il
écrivit un livre sur « son » service, le BI ainsi que ses mémoires de guerre. Publié en 1950 sous le titre Zij sprongen buj nacht
[Ils sautaient de nuit], le livre contenait le nom de nombreux agents
et faisait le récit de plusieurs opérations clandestines. Le ministère
de la Défense néerlandais reprocha par la suite à Somer ses
indiscrétions.
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Sujet / Message Re: La guerre secrète aux Pays-Bas

le Mer 13 Juil - 15:17
« Le gouvernement n’en savait rien », prétendit un ancien Gladiateur insistant de la confidentialité des réseaux stay-behind néerlandais. Il ajouta que « seuls
quelques rares secrétaires généraux au sein de l’exécutif étaient dans
le secret étant donné que leurs supérieurs aux ministères étaient
appelés à changer régulièrement
». [15]
Les indices disponibles suggèrent que parmi les responsables informés
de l’existence de l’armée secrète ont figuré les Premiers ministres, les
ministres de la Défense et les secrétaires généraux jugés dignes de
confiance par les commandants stay-behind ainsi que les chefs d’état-major et les directeurs des services de renseignement intérieur et extérieur. « Les politiciens font parfois des choix étranges dans leurs nominations », observa un autre agent stay-behind anonyme. « Mais
il est parfaitement logique qu’un haut responsable prenant ses
fonctions soit informé de tout. Toutefois, quand il s’agit de questions
sensibles, les fonctionnaires font une exception et attendent de voir à
qui ils ont affaire
. » [16] Le Parlement et ses commissions spéciales étaient maintenus dans l’ignorance. Ni la « Commission permanente pour les services secrets et de sécurité », pourtant tenue au secret, ni la « Commission ministérielle chargée des services secrets et de sécurité » du Parlement néerlandais ne furent informées de l’existence des réseaux stay-behind avant les révélations de 1990. [17]

Après le départ de Somer, c’est le baron J. J. L. van Lynden, un
instructeur de cavalerie néerlandaise de 35 ans, qui fut désigné comme
nouveau commandant stay-behind. Trouver un successeur à Somer
n’avait pas été une mince affaire. La plupart des anciens membres du BI
avaient refusé car ils connaissaient trop les complications et les
situations embarrassantes entraînées par le fait de devoir mener une
double vie. Quand le baron van Lynden remplaça officiellement Somer en
tant que chef du réseau G7 le 1er juin 1948, l’événement créa la
surprise dans le monde du renseignement. En effet, contrairement à son
prédécesseur, van Lynden n’avait aucune expérience en la matière. Son
nom avait été proposé par le directeur de l’IDB Fock, lequel commenta 40
ans plus tard : « Je ne suis pas peu fier de cette découverte », en louant le caractère du commandant stay-behind. [18]
Le prestige de van Lynden reposait sur son passé de résistant. En 1940,
il avait fait partie de la cinquantaine d’officiers supérieurs
néerlandais qui avaient refusé de s’engager auprès des Allemands à ne
rien entreprendre contre l’occupant, ce qui lui avait valu d’être
déporté vers un camp de prisonniers de guerre. À la prison de Stanislau
en Pologne, il avait rencontré le héros de guerre britannique Airey
Neave avec lequel il était resté en contact même après la fin du
conflit. En effet, après 1945, Neave dirigea les SAS qui s’entraînèrent à
de nombreuses occasions avec les armées secrètes d’Europe jusqu’à ce
qu’il trouve la mort dans un attentat à la voiture piégée perpétré par
l’IRA sur le parking du Parlement britannique en mars 1979. Au moment de
sa nomination à la tête du réseau stay-behind, le baron van
Lynden travaillait pour le Prince Bernhard, l’époux de la Reine
Wilhelmine. Les relations qu’il continua d’entretenir avec la Reine et
la cavalerie lui offrirent une couverture utile pour sa fonction
clandestine de commandant de l’armée secrète des Pays-Bas. En 1951, il
fut nommé aide de camp de la Reine à qui il rendait visite plusieurs
fois par semaine au Palais de La Haye. Le baron était un cavalier
émérite, une passion qu’il partageait avec le Prince Bernhard. À La Haye
en 1951, il gagna même un titre de champion d’équitation des Pays-Bas
et, quatre ans plus tard, il faisait partie de l’équipe néerlandaise qui
remporta le concours international de saut d’obstacles à Rotterdam, un
titre dont il fut particulièrement fier.

Bien que l’arrivée de ce nouveau venu ait suscité un certain
scepticisme, van Lynden s’intégra rapidement dans le milieu du
renseignement. « Il avait un talent naturel pour les questions de sécurité »,
rappela l’un de ses admirateurs. Ceux qui le connurent dans le cadre de
son travail ou en dehors dressent le portrait d’une personnalité forte
mais amicale alliant « tempérament, connaissances et expertise ». Au cours de ses années de détention, van Lynden avait « étudié »
avec une femme qui devint plus tard professeur de philosophie et avait
ainsi développé des conceptions stoïciennes et flegmatiques assez peu
répandues dans l’armée et le monde des services secrets. [19]
Quand on commença à s’interroger sur les activités menées par le
mystérieux groupe G7 à la villa Maarheeze, près des bureaux de l’IDB de
Fock, le baron décida le 1er juillet 1949 de changer le nom de son
service pour SAZ (Sectie Algemene Zaken), en français Section des
affaires générales, une appellation qui lui semblait moins susceptible
d’éveiller les soupçons. Van Lynden pensait également qu’au lendemain
d’une invasion, il aurait été plus facile aux Soviétiques d’identifier
les membres d’anciens réseaux de résistance et services secrets, il mit
donc un point d’honneur à recruter de nouveaux visages aux noms
jusqu’alors inconnus, remplaçant la plupart des anciens collaborateurs
de Somer par de parfaits inconnus.

Durant les années où il occupa ses fonctions, van Lynden insista pour
obtenir plus d’argent afin d’acquérir des équipements techniques pour
son réseau stay-behind. Les systèmes de communication coûtaient
particulièrement cher. Le chef d’état-major Kruls avait déjà réclamé de
tels financements en 1946. L’argent fut finalement versé en 1948, après
que van Lynden eut remplacé Somer à la tête du SAZ, et de nouvelles
technologies purent être développées en collaboration avec le
département de recherche de la firme Phillips. En échange de cette
coopération, van Lynden veillait à ce que les techniciens de
l’entreprise néerlandaise impliqués dans le projet ne soient pas envoyés
sur les champs de bataille d’Indonésie. [20] Étonnamment, le baron qui dirigeait le réseau stay-behind
SAZ ignorait tout de la deuxième et plus secrète organisation que
dirigeait son compatriote Einthoven, le directeur du BVD. Ce sont
d’ailleurs les Britanniques qui informèrent van Lynden, au cours d’un
voyage que celui-ci effectua à Londres, qu’il existait aux Pays-Bas un
second réseau stay-behind parallèle placé sous les ordres d’Einthoven. [21]
Très surpris, le baron appela immédiatement à une coordination des deux
armées secrètes afin d’éviter d’éventuelles complications. Cette
recommandation fut suivie : le SAZ de van Lynden et le réseau stay-behind d’Einthoven fusionnèrent pour former l’armée secrète I&O (Intelligence & Operations
, en français Renseignement et Opérations), nom sous lequel fut révélée
son existence en 1990. Les deux branches continuèrent toutefois de
fonctionner séparément. Le réseau SAZ fut rapidement rebaptisé unité I
tandis que celui d’Einthoven devenait l’unité O. D’après certaines
sources internes, Einthoven qui suivait son propre plan secret
supportait mal de devoir travailler avec le SAZ de van Lynden et aussi
longtemps qu’il resta à la tête de l’unité O, il n’y eut qu’une
collaboration marginale entre la section Intelligence et la section
Operations. [22]

Comme convenu secrètement avec les Britanniques, I&O devait principalement jouer le rôle de stay-behind en cas d’occupation des Pays-Bas. « Le sentiment général, c’était que nous traversions tous [Britanniques et Néerlandais] des temps difficiles et que les Britanniques règleraient le problème grâce à leur expérience en la matière », se souvient un ancien agent néerlandais. [23] Au sein du réseau stay-behind
des Pays-Bas, les tâches étaient partagées. L’unité I de van Lynden
devait se charger de la collecte et de la transmission de renseignements
en provenance des zones occupées, de la préparation et de la gestion
des bases d’exil et des opérations d’évacuation de la famille royale, du
gouvernement et des agents de l’appareil sécuritaire, y compris le
personnel d’I&O. L’unité O d’Einthoven devait quant à elle effectuer
des missions de sabotage et de guérilla, renforcer les réseaux de
partisans locaux et créer un nouveau mouvement de résistance. Mais elle
avait aussi pour mission d’alerter la population en temps de paix sur la
menace représentée par les communistes. L’unité O s’entraînait donc à
mener des opérations spéciales, utilisant pour ce faire des armes et des
explosifs et disposait à ce titre de ses propres caches d’armes. [24] La plupart des coûts engendrés par le réseau stay-behind
néerlandais étaient couverts par un budget secret du ministère de la
Défense et les dépenses contrôlées personnellement par le président de
l’Algemene Rekenkamer (l’équivalent néerlandais de la Cour des comptes) .

Durant le temps qu’il passa en fonction, van Lynden rechercha
activement un lieu d’exil où, en cas d’invasion, son SAZ conduirait le
gouvernement néerlandais ainsi que d’autres personnalités sélectionnées.
L’Angleterre, qui avait été un lieu sûr pendant la seconde guerre
mondiale, ne promettait pas d’offrir les mêmes garanties de sécurité
dans une guerre future. Lynden poursuivit longtemps ses recherches. Il
décida finalement qu’en Europe, seuls le Royaume-Uni et la Péninsule
Ibérique présentaient des conditions acceptables. En Amérique, il retint
la colonie de Curaçao dans les Antilles Néerlandaises ainsi que les
États-Unis et le Canada. Au début des années 1950, il se rendit aux USA à
plusieurs reprises. L’endroit ne pouvait se trouver à proximité d’un
site stratégique, comme une zone industrielle ou une installation
militaire, qui auraient été visées en priorité par les Soviétiques. Si
l’on ignore où précisément, on sait toutefois que van Lynden trouva
finalement le lieu où installer sa base et que des documents importants
de l’exécutif néerlandais furent copiés et pour y être entreposés. Le
quartier général du réseau stay-behind des Pays-Bas aux
États-Unis avait été établi avec l’accord de la CIA. Un ancien
responsable néerlandais rappelle les réticences de l’Agence à ce
propos : « On en parlera le moment venu », cite-t-il en se souvenant des premiers contacts. « Mais
on a insisté pour en discuter tout de suite. Au bout de quelques mois,
la CIA a finalement accepté de nous donner ce que nous demandions
», sur quoi fut établi aux USA un centre de commandement du Gladio néerlandais. [25]

Van Lynden établit également un refuge en Espagne où régnait alors le dictateur Franco. « S’il avait accepté, nous aurions construit notre base dans la propre maison de Franco », témoigne un ancien combattant de l’ombre. [26] Le commandant stay-behind
van Lynden convainquit son homologue Einthoven de mener cette mission,
lequel se rendit en Espagne en 1959, déguisé en touriste, et établit une
base avec l’aide des contacts de l’ancien ambassadeur des Pays-Bas à
Madrid W. Cnoop Koopmans. Les éléments disponibles à ce sujet sont très
fragmentaires, mais il semble que des contacts similaires aient
également été établis avec le Canada et la Grande-Bretagne. Les
préparatifs en vue d’une évacuation dans le cas d’une invasion du pays
étaient pris très au sérieux, des navires et des avions étaient
spécialement mobilisés pour cette tâche. « Je me souviens que vers 1950, j’ai dû inspecter pas mal de yachts pour vérifier s’ils étaient en état de naviguer », témoigna un ancien de la Marine néerlandaise et ex-officier stay-behind après les révélations de 1990. [27]

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Symbole des relations étroites entretenues avec les Britanniques,
parmi les insignes du SAZ figurait la Rose des Tudor à côté de la devise
de Somer « Nous n’abandonnerons jamais ». « Nous n’avions aucune intention de livrer la prochaine guerre sous les ordres des Britanniques », souligna cependant un ancien Gladiateur hollandais, fier de son indépendance. « Van
Lynden était très fort. Ils n’auraient pas pu l’évincer. Pas plus que
ne purent le faire plus tard les Américains quand ils commencèrent à
jouer un rôle prépondérant vers la fin des années 1950. Toutefois, van
Lynden comprenait qu’un certain consensus était nécessaire entre les
parties, et pour lui, c’était le rôle des chefs de décider jusqu’à quel
point ils étaient prêts à coopérer tout en défendant leur souveraineté
. » [28] Au cours des réunions top secret de l’ACC et du CPC, les organes de coordination et de commandement stay-behind
de l’OTAN, le Gladio néerlandais I&O tenta toujours d’apparaître
comme une entité faite de deux branches parfaitement coordonnées. Les
Néerlandais avaient l’habitude de travailler sous la domination du MI6
et de la CIA. En effet, au lendemain de la guerre, le Royaume-Uni et les
USA avaient formalisé leur collaboration avec les Pays-Bas en créant un
forum tripartite baptisé TCH, dans lequel chaque pays disposait d’un
siège. Parallèlement à la création de ce comité de coordination secret,
le CCUO avait été fondé le 17 mars 1948 avec pour fonction de préparer
en temps de paix le Royaume-Uni, la Belgique, les Pays-Bas, le
Luxembourg et la France à une éventuelle invasion soviétique. En avril
1951, les fonctions du CCUO furent transférées au CPC qui était
profondément intégré à l’OTAN, et au sein duquel les services secrets
néerlandais disposaient également d’un siège. [29]

Durant le temps qu’il passa à la tête du Gladio néerlandais, van
Lynden promut activement les contacts entre les services secrets
européens et leurs armées secrètes et insista sur la nécessité d’une
coopération dans le cadre de l’établissement de routes internationales
d’exfiltration et d’évacuation. Dans cette optique, une fois nommé à la
tête de l’armée secrète des Pays-Bas, le baron voyagea inlassablement à
travers toute l’Europe pendant de nombreuses années. Sachant ses efforts
appréciés des différents services de sécurité, il fut volontaire pour
assumer le rôle de premier secrétaire du CPC. Cependant, les
Britanniques qui se méfiaient de cet homme aux idées jugées trop
libérales firent obstacle à sa nomination. [30]
En 1957, la Grande-Bretagne, les USA, la France, la Belgique, le
Luxembourg et les Pays-Bas représentés par van Lynden fondèrent le Six Powers Lines Committee,
qui exerçait les mêmes fonctions de coordination que le CPC mais pour
les voies de communication et d’évasion internationales. Le Six Powers
Lines Committee devint ensuite l’ACC, fondé à Paris en 1958. Ce nouveau
comité prit en charge la coordination des exercices Gladio
internationaux menés dans la plus grande clandestinité avec les
différents réseaux nationaux. Dans l’éventualité d’une invasion, l’ACC
disposait d’une base aux États-Unis et d’une autre en Grande-Bretagne à
partir desquelles les unités présentes dans les territoires occupés
pouvaient être activées et commandées. Des manuels imprimés par l’ACC
indiquaient aux soldats stay-behind les procédures communes pour
les opérations spéciales, le cryptage, les techniques de saut de
fréquences ainsi que les procédures de largage et de parachutage. La
présidence de l’ACC était renouvelée tous les deux ans. Par
l’intermédiaire du TCH, du CPC et de l’ACC, le réseau Gladio néerlandais
I&O était donc en contact permanent avec la CIA et le MI6. [31]

Au cours des années 1950, la CIA et le MI6 menèrent de nombreuses
opérations clandestines conjointes dont celle qui provoqua en 1953 la
chute du gouvernement iranien de Mossadegh qui avait entrepris de
redistribuer à la population une partie des revenus du pétrole. Dans le
même temps, les deux services redoutaient que les communistes européens
et les services secrets soviétiques n’aient recours aux mêmes procédés
en Europe de l’Ouest et accordaient donc une grande importance aux
armées secrètes levées sur le Vieux Continent. En 1953, la CIA ordonna à
van Lynden d’effectuer certains changements afin de rendre ses unités
plus professionnelles. « C’est une série de recommandations imprimées
sur d’épais volumes bleus » qui furent remis au baron, se souvient un
ex-agent. « Van Lynden a étudié les documents avec soin. Ils
contenaient des informations sur les stratégies de prise du pouvoir
mises en œuvre par les Soviétiques en Europe de l’Est. Les exemples
montraient quel genre de personnes intéressait particulièrement les
Soviétiques. Ces individus ne pouvaient évidemment pas être recrutés
comme agents secrets. Sur cette base, van Lynden se sépara donc d’un
certain nombre d’agents qui avaient été recrutés par Somer
» [32]

Mais van Lynden n’eut pas seulement à faire face aux pressions de la
CIA, d’autres émanèrent également des services de sécurité néerlandais.
En février 1951, le général Kruls, qui en tant que supérieur de Somer et
de van Lynden avait grandement contribué à la mise en place du Gladio
des Pays-Bas, fut remercié suite à une série de différends l’ayant
opposé au ministre de la Défense H. L. Jakob et portant sur l’action
future et l’organisation de l’armée néerlandaise. À la surprise et au
mécontentement de bon nombre de militaires, c’est le général BRPF
Hasselman qui lui succéda au poste de chef de l’état-major de l’armée
néerlandaise. Van Lynden en voulait personnellement à Hasselman. Avant
même la seconde guerre mondiale, celui-ci était connu pour ses opinions
pro-allemandes. Après 1945, des rumeurs s’étaient répandues selon
lesquelles il aurait trahi son propre état-major avant l’invasion de
1940. Suite à la capitulation des Pays-Bas, Hasselman avait collaboré
avec les nazis et enjoint d’autres officiers, dont van Lynden, d’en
faire autant. Mais le baron avait toujours refusé. Dans le cadre d’une
rude opération de consolidation de l’occupation allemande, un grand
nombre d’officiers de l’armée néerlandaise furent déportés vers des
camps de prisonniers. C’est au camp de Stanislau que van Lynden
rencontra Hasselman. Celui-ci accepta une nouvelle fois de coopérer avec
les Allemands, ce qui lui valut d’occuper une position dominante parmi
les prisonniers. Au lendemain de la guerre, Hasselman fut dégradé et
exclu de l’armée pour collaboration avec l’ennemi. Cependant il fit
appel de cette décision et parvint même, à la surprise générale, à
progresser au sein de la hiérarchie militaire, ce qui eut pour effet de
jeter un certain discrédit sur le ministère de la Défense néerlandais.

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]Benjamin
Richard Pieter Frans Hasselman (1898-1984). Il fut chef d’état-major
des armées et président du Comité militaire de l’OTAN.

En apprenant la nomination de Hasselman en 1951, la cavalerie
néerlandaise, à laquelle appartenait van Lynden, décida qu’aucun de ses
éléments n’accepterait de serrer la main du général compromis, bien que
celui-ci fût de fait leur supérieur. En sa qualité de chef de section,
van Lynden avait affaire à son nouveau commandant dans le cadre de
réunions protocolaires. Il en était tellement embarrassé qu’il songea
même à démissionner. Il résolut finalement de se rendre à ces réunions,
mais Hasselman eut l’intelligence de ne pas lui tendre la main. [33]
Au cours des années qui suivirent, celui-ci fit à plusieurs reprises
obstacle à la promotion de van Lynden. Des conflits internes s’en
suivirent et Fock dut intervenir en tant que secrétaire général au
ministère des Affaires générales. « J’ai alors parlé à Hasselman sur un ton assez direct et abrupt », raconta-t-il des années plus tard, suite à cela les deux hommes prirent leurs distances. [34] En dépit des luttes intestines qui se livraient au ministère de la Défense, van Lynden demeurait concentré sur sa mission. « J’ai toujours en mémoire l’invasion de la Hongrie en 1956 »,
témoigna un ex-agent de l’armée secrète des Pays-Bas à propos l’une des
plus célèbres opérations menées par les forces soviétiques. « Ce
jour-là, van Lynden est entré dans le bureau où régnait une atmosphère
confuse et fébrile. Il a dit d’un ton calme : “Cela fait maintenant des
années que nous nous efforçons de bâtir ça. Pourquoi donc êtes-vous tous
si nerveux ?” En fait, je pense que nous aurions pu être opérationnels
dès 1956.
» [35]

Mais van Lynden ne fit pas toujours preuve d’une telle maîtrise.
Lorsque l’on apprit en 1961 que l’agent britannique George Blake
travaillait en réalité pour le compte des Soviétiques depuis le début
des années 1950, la nouvelle ne sema pas uniquement l’effroi à Londres,
elle provoqua également la panique dans les rangs de l’armée secrète
néerlandaise. « Van Lynden fut terrifié de l’apprendre », se souvient un ancien soldat stay-behind.
En effet, peu après la fin de la seconde guerre mondiale, Blake avait
passé plusieurs mois à La Haye à participer à des opérations spéciales,
dans le cadre de la coopération renforcée établie entre services
britanniques et néerlandais. Durant cette période, Blake avait eu ses
entrées à la villa Maarheeze de Wassenaar, le quartier général des
services secrets intérieurs et de la branche « I » du réseau stay-behind néerlandais. Van Borssum Buisman, qui fut plus tard nommé à la tête du Gladio des Pays-Bas, s’était entretenu avec l’espion. « Blake connaissait l’emplacement des installations et l’identité des membres »
de l’armée secrète néerlandaise, témoigna un ex-agent sous couvert de
l’anonymat. Depuis son exil moscovite, Blake démentit personnellement
ces allégations au cours d’une conversation qu’il eut en 1992 avec
d’anciens membres du SAZ : « Je n’ai jamais été informé de ces activités [stay-behind]. Et les Soviétiques ne m’ont jamais posé de questions à ce sujet. Aussi n’ont-ils [les Gladiateurs néerlandais] aucune raison de s’inquiéter. Le nom de van Borssum Buisman ne me dit absolument rien. » [36]

Après avoir commandé le SAZ ou branche « I » de l’organisation
I&O pendant 14 ans, van Lynden donna sa démission en mars 1962. À la
demande de la Reine, il fut à nouveau affecté au Palais Royal. Le baron
mourut en 1989 à l’âge de 76 ans. Au plus fort de la crise des missiles
à Cuba en 1962, le commandement du réseau stay-behind
néerlandais I&O fut restructuré et chacune des branches reçut un
nouveau directeur. Après 14 ans à la tête de la branche « O », Louis
Einthoven, alors âgé de 66 ans, quitta le BVD et prit sa retraite. Il
mourut 12 ans plus tard. Le général de division De Boer lui succéda en
avril 1962. Ce dernier reçut spécifiquement du chef d’état-major van den
Wall Bake la mission d’harmoniser les relations entre I et O qui
s’étaient quelque peu détériorées sous la direction d’Einthoven. Deux
ans plus tard, une commission nommée par le ministère de la Défense et
présidée par le docteur Marius Ruppert fut chargée de découvrir si De
Boer avait réussi sa mission. Aux côtés de Ruppert siégeaient Fock et
l’amiral Propper.

Le parlementaire et conseiller de la couronne Ruppert présenta son
rapport sur l’état de la collaboration entre les deux armées secrètes en
1965. Ses découvertes étaient édifiantes. Compte tenu de la piètre
coopération existant entre les deux branches du réseau stay-behind
néerlandais, Ruppert suggérait que soit créé un poste de « Coordinateur
d’I&O » et proposait de tenir ce rôle Il recommandait par ailleurs
de remplacer De Boer à la tête de la section O et proposait une nouvelle
fois d’assumer cette fonction. Sur ordre du Premier ministre J.
Zijlstra, Ruppert fut donc nommé à la tête de la branche « O » du réseau
stay-behind néerlandais, poste qu’il occupa jusqu’en 1975. [37]
Lorsqu’il s’expliqua suite aux révélations de 1990, Fock reconnut avoir
fait partie de cette commission secrète mais prétendit ne pas se
souvenir des sujets abordés à l’époque. Il se rappelait uniquement de
rencontres régulières à la villa de Ruppert dans le village de Zeist.

Les manoeuvres de Ruppert provoquèrent un véritable séisme au sein du SAZ, la branche I du réseau stay-behind.
Profitant de sa double fonction de commandant de la branche O et de
coordinateur d’I&O, Ruppert favorisa ses propres services au
détriment de la section I, ce qui fit naître un profond ressentiment
entre les deux pôles de l’organisation. Ruppert veilla à ce que la
branche « O » ait un rôle dominant au sein de l’ACC et du CPC, les deux
comités de commandement stay-behind de l’OTAN. La collaboration
entre les deux sections du Gladio néerlandais laissa donc à désirer
pendant plusieurs années. Les tensions ne s’apaisèrent que lorsqu’un
nouveau coordinateur fut nommé à la place de Ruppert. Dès lors cette
position fut généralement occupée par d’anciens officiers de marine
auxquels une retraite à 55 ans laissait du temps pour une deuxième
carrière plus officieuse. En 1975, phénomène assez rare dans l’histoire
des réseaux stay-behind, c’est le socialiste Th. J. A. M. van
Lier qui succéda à Ruppert à la tête de la section O. Au lendemain de la
guerre, van Lier siégea comme député travailliste avant de commander le
service secret illégal Albrecht, fonction qui lui valut d’être arrêté
par la suite. On estime que sous la direction de van Lier, le budget
annuel d’I&O s’élevait à environ 3 millions de florins. Mais les
services se développèrent rapidement tandis que s’intensifiait la
coopération entre les deux sections. On ignore qui assuma le
commandement du Gladio néerlandais entre les années 1980 et 1990 ; en
effet, le secret n’a toujours pas été levé sur l’identité des
commandants étant donné que ces hommes sont probablement toujours en vie
et exercent encore des responsabilités.

À l’instar de la section O, la section I subit elle aussi de
profondes modifications en 1962. Succédant à Somer et van Lynden, van
Borssum Buisman prit ses fonctions à la tête du service en mars 1962.
Avec sa moustache et ses cheveux blonds, le grand officier de cavalerie
incarnait pour beaucoup le Hollandais typique. Pendant la seconde guerre
mondiale, il avait été officier de liaison entre les services secrets
néerlandais BI (Bureau Inlichtigen) et l’organisation de résistance OD
(Ordedienst) dirigée par P. J. Six. Au cours d’une mission en février
1944, il fut capturé par l’ennemi et incarcéré successivement dans
plusieurs prisons allemandes. Il endura plusieurs fois la torture sans
jamais révéler l’identité des membres de la résistance néerlandaise.
Condamné à mort par les nazis, il parvint à sauter du train en marche
qui le conduisait en Allemagne. Blessé, il regagna son pays et rétablit
le contact avec Six, ce qui lui valut d’être considéré par certains
Allemands comme le meilleur agent secret des Pays-Bas.

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]Garrelt van Borssum Buisman (1915-1991). Il commanda le Gladio néerlandais de 1962 à 1970.
Après l’armistice, van Borssum Buisman ne renonça pas pour autant aux
activités clandestines. Il fut affecté à Ceylan pendant quelques temps,
où il attendit en vain avec son unité d’élite d’être déployé en
Indonésie. De retour aux Pays-Bas, le premier commandant de la section
I, Somer, le recruta au sein du réseau stay-behind. Sous la
direction de van Lynden, Buisman occupa le poste de commandant en second
du SAZ. Parmi ses principales fonctions figurait l’élaboration de
routes d’évasion entre les Pays-Bas et l’Espagne franquiste via la
Belgique et la France. Le long de ces itinéraires, il recrutait et
formait des agents, souvent des Néerlandais vivant en France ou des
Français ayant séjourné aux Pays-Bas. Il assuma le commandement de la
section I jusqu’à ce qu’il prenne sa retraite en mai 1970. Il mourut en
février 1990 à l’âge de 77 ans. Suite à la découverte l’existence des
armées secrètes en 1990, il fut révélé que le successeur de Buisman
avait été un certain J. W. A. Bruins qui dirigea le service de mai 1970 à
décembre 1981. Les noms des derniers commandants d’I&O, qui sont
vraisemblablement toujours en vie, ne furent pas divulgués. [38]

Durant les exercices, les agents devaient s’appeler par leur nom de code. « L’entraînement devait se dérouler uniquement sur notre temps libre », expliqua un ex-membre de l’armée secrète. « Avec
notre instructeur, nous élaborions un programme spécifique. Il fallait
se rendre sur différents sites de formation, ce n’était pas le genre de
séances qu’on improvise comme ça dans le grenier. L’entraînement ne
pouvait avoir lieu à intervalles réguliers, ça aurait risqué d’éveiller
les soupçons
. » [39] La motivation des troupes posait parfois quelques difficultés : « Le problème c’est qu’il fallait se préparer en vue de quelque chose qui arriverait au plus tôt dans une dizaine d’années », se souvint un ancien Gladiateur. « La
motivation devait donc être préservée comme une sorte de foi. Surtout
dans les périodes de détente et de coexistence pacifique, là c’était
particulièrement difficile. L’autre camp
[les communistes] menait
lui aussi une guerre psychologique. Il fallait donc entretenir la
vigilance des instructeurs par une information factuelle
[sur les dangers du communisme], qu’ils transmettaient ensuite à leurs agents sur le terrain. » [40]

Des deux branches composant le réseau stay-behind I&O, la
mystérieuse section O était la plus confidentielle et, aujourd’hui
encore, on ne dispose que de peu d’informations sur elle. « La différence entre I et O c’est que O ne devait avoir aucune “existence”, c’était une toute autre affaire », expliqua un ancien responsable suite aux révélations de 1990 sur le Gladio. [41]
Au cours des entraînements de l’armée secrète néerlandaise, les agents
de la section O manifestaient un certain sentiment de supériorité
vis-à-vis de leurs collègues de la section I avec qui ils se refusaient à
fraterniser lors des soirées qui suivaient les séances de travail. « Ils se considéraient souvent comme la crème de la crème, ceux à qui l’on confierait le boulot sérieux en cas d’occupation. » [42]
Afin de dissimuler autant que possible l’existence de la section O,
tous les contacts avec des représentants de l’État néerlandais étaient
pris par l’intermédiaire d’agents de la section I, ce qui ne réjouissait
pas particulièrement ces derniers. La branche O était en partie
financée par des fonds privés, notamment par des firmes multinationales
et par la CIA. Cependant elle recevait aussi des fonds publics qui
figuraient au budget de la cellule I. Les très rares officiels du
ministère de la Défense qui avaient connaissance de la section I et de
son budget estimaient à tort, et au grand dam de van Lynden, que cette
armée secrète était plutôt onéreuse. « Ça [O] ressemblait un peu à un monastère du Moyen-Âge », commente un ancien agent de la section I. « Ils n’étaient pas autorisés à se fréquenter et tout le monde restait sagement assis dans sa cellule. » [43]

Si O avait besoin d’une presse, d’explosifs ou de tout autre
équipement, c’était par l’intermédiaire de I qu’elle se les procurait.
Dans ces cas-là, celle-ci était informée de l’endroit où avait été livré
le matériel qui arrivait généralement en provenance d’Angleterre. Un
camion militaire transportait alors le matériel jusqu’à un endroit
convenu où les agents de la section O en prenaient possession. En cas de
problème, les services secrets officiels néerlandais devaient porter le
chapeau étant donné que ni l’existence de I et ni celle de O ne
pouvaient être publiquement reconnues. Au cours des années 1980,
plusieurs des caches d’armes du réseau stay-behind furent
découvertes accidentellement à travers les Pays-Bas. En 1983, le
ministre de la Défense J. de Rujiter dut s’expliquer devant des caméras
de télévision suite à la mise au jour d’un mystérieux dépôt à Rozendaal.
Il demanda aux journalistes du temps afin de pouvoir mener une enquête
interne et fut informé en détail par ses services. C’est le service de
renseignement intérieur BVD qui assuma publiquement la responsabilité.
Par conséquent, tout le monde au BVD chercha à savoir quels collègues
disposaient de telles caches d’armes, la version réservée aux employés
du service fut donc que les vrais responsables étaient une unité secrète
baptisée I. Il s’agissait bien sûr d’un mensonge de plus car en réalité
tout cet armement appartenait à l’unité d’action clandestine et de
sabotage O.

« Alors que I était un service indépendant politiquement, O était connue pour être plus orientée idéologiquement »,
témoigna un ancien agent néerlandais, laissant entendre que la section O
était un groupe anticommuniste armé à l’image du SDRA 8 de la Belgique
voisine. Cela ne signifie pas pour autant que O était un groupe menant
des actions anticommunistes illégales, tint à préciser l’un de ses
anciens membres : « Nous fondions notre combat sur la défense des valeurs inscrites dans la Constitution ». [44] Le spécialiste néerlandais des opérations stay-behind
Paul Koedijk découvrit que les unités O s’étaient spécialisées en temps
de paix dans ce qu’ils appelaient des opérations d’“immunisation” de
citoyens néerlandais. « Contre quoi les citoyens devaient être immunisés était tout à fait clair : le communisme sous toutes ses formes. »
Dans le cadre de son combat idéologique la section O se livrait à de la
propagande calomnieuse et inventait de toutes pièces des histoires
destinées à discréditer les communistes, elle possédait donc son propre
réseau d’imprimeries. « L’opinion partagée par les membres de la
section O était qu’une occupation soviétique serait pire à bien des
égards que celle imposée par les nazis
», rappelle un ex-agent. « Et
ce, pour la bonne raison que même les quelques rares valeurs que
respectaient encore les Allemands, comme par exemple la famille et la
religion, auraient été menacées sous une occupation soviétique. Nous
nous attendions à des changements radicaux
. » [45]

Quand à la fin de l’année 1990, le Premier ministre italien Giulio
Andreotti révéla l’existence à travers toute l’Europe de l’Ouest
d’armées secrètes anticommunistes, le scandale n’épargna pas les
Pays-Bas. Un ancien membre du Gladio néerlandais plaisanta : « Nous aussi sommes surpris d’avoir pu travailler aussi longtemps sans être dérangés ». [46]
Dans une lettre adressée au Parlement le 13 novembre 1990, le Premier
ministre démocrate-chrétien Ruud Lubbers en poste depuis 1982 confirmait
que les Pays-Bas disposaient effectivement d’une armée secrète, un « groupe composé de civils et de militaires », et que cette armée était toujours active. Lubbers prétendait que « cette organisation n’avait jamais été placée sous le contrôle de l’OTAN » et en évoquant la fonction classique des réseaux stay-behind, il précisait que « les
contacts avec d’autres pays membres de l’OTAN, dont certains avaient
mis en place des structures semblables, se limitaient, en ce qui
concerne les Néerlandais, à étudier comment les objectifs fixés
pourraient être atteints
». [47]
Des parlementaires de la majorité et de l’opposition convinrent que
cette lettre ne constituait pas une explication valable. Certains
d’entre eux se souvenaient de la découverte dans les années 1980 de
mystérieuses caches d’armes contenant des grenades, des fusils
semi-automatiques, des armes automatiques, des munitions et des
explosifs et demandèrent un complément d’information sur d’éventuels
liens avec l’armée secrète. D’autres parlementaires reprochèrent au
gouvernement de n’avoir pas informé la Commission parlementaire sur le
Renseignement et la Sécurité pourtant tenue au secret, de l’existence
d’une telle organisation.

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]Relus ter Beek (1944-2008). Ministre travailliste de la Défense, il organisa la dissolution officielle du Gladio.
Peu de temps après, Lubbers et son ministre de la Défense Relus Ter
Beek briefèrent donc pour la première fois la Commission sur le réseau stay-behind
I&O et, quelques heures plus tard, le Premier ministre se présenta
devant le Parlement. Il confirma que les arsenaux clandestins découverts
dans les années 1980 appartenaient bien à l’armée secrète. Il souligna
que l’organisation stay-behind néerlandaise était responsable
devant le Premier ministre, par conséquent lui-même, et devant le
ministre de la Défense, Ter Beek. « Les Premiers ministres et
ministres de la Défense successifs ont toujours préféré ne pas mettre
les autres ministres ou le Parlement dans la confidence
. » [48]
Le Premier ministre s’enorgueillit du fait que près d’une trentaine de
ministres avaient su protéger le secret, tandis que certains membres du
Parlement y voyaient surtout une violation de la Constitution des
Pays-Bas. De nombreux députés ne rejetaient pas le principe de
préparatifs stay-behind en cas d’urgence, mais ils ne pouvaient
accepter d’avoir été ainsi abusés. Le travailliste Maaseik van Draa
déclara au nom de son groupe : « Il nous faut plus d’éclaircissements
sur le type de structures dont il s’agit et dans quelle mesure elles
ont collaboré ou collaborent toujours avec l’OTAN
». Ton Frinking de
la majorité démocrate-chrétienne demanda lui aussi plus d’informations
sur les liens entretenus par le réseau Gladio avec l’OTAN. Il précisa
avoir entendu récemment les Belges reconnaître publiquement qu’ils
avaient présidé la dernière conférence secrète stay-behind. « La question est : que signifie concrètement cette présidence belge ? », interrogea Frinking.

Lubbers dut admettre que l’armée secrète des Pays-Bas était toujours
membre de ce comité clandestin de l’OTAN chargé de la coordination des
réseaux stay-behind d’Europe occidentale. Hans Dijkstal de l’opposition libérale déclara : « Ce
qui m’inquiète ce n’est pas tant qu’une telle chose ait existé ou
existe encore aujourd’hui. Le vrai problème c’est que le Parlement n’en
ait rien su avant hier soir.
» [49]
Quand certains parlementaires voulurent connaître la liste des membres
de l’armée secrète, Lubbers leur répondit qu’il l’ignorait
personnellement. Certains virent dans cette réponse une contradiction à
ses précédentes déclarations dans lesquelles il venait de confirmer sa
responsabilité et celle du ministre de la Défense dans la supervision
des armées secrètes. Mais Lubbers souligna que la nécessité du secret
était telle qu’il serait « extrêmement dangereux si le Premier ministre (...) devait enquêter sur chacun d’entre eux personnellement ». [50]
Face aux questions insistantes des parlementaires, Lubbers fut forcé de
reconnaître que des membres de l’armée secrète néerlandaise avaient
récemment pris part à un entraînement en Sardaigne, au quartier général
du Gladio italien. [51]

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]I&O,
le stay behind néerlandais a officiellement été dissout en 1992.
Pourtant, ce document du Ministère des Affaires générale atteste le
financement de la branche O durant la période 1992-2002 via la Fondation
Quia Opportet (en latin « Au cas où »).

Il n’y eut ni enquête parlementaire ni rapport public et ce n’est
qu’en avril 1992 que l’armée secrète néerlandaise I&O fut finalement
démantelée. Le ministre de la Défense Relus Ter Beek adressa un
courrier aux soldats de l’ombre dans lequel il les remerciait des
services rendus à leur pays. [52]
Mais les fantômes du passé resurgirent en 1993 quand un tribunal de La
Haye condamna un homme de 38 ans à 3 ans de prison. À ses côtés
comparaissait un major de l’armée néerlandaise âgé de 44 ans qui fut lui
aussi reconnu coupable d’avoir fait chanter Nutricia, un fabricant
d’aliments pour bébés au printemps 1993 pour un montant de 5 millions de
florins. Les avocats de la défense soulignèrent que les prévenus
étaient membres de l’organisation stay-behind mise en place par
les services secrets aux Pays-Bas et dans d’autres pays européens. Le
major prétendit pour sa défense que, dans le passé, les agents stay-behind
arrêtés par la police étaient protégés par un accord conclu entre les
instances judiciaires et la Défense selon lequel ceux-ci étaient
protégés de toute poursuite judiciaire. Il affirma que de nombreuses
missions du Gladio avaient échoué par le passé sans qu’aucune charge ne
soit finalement retenue contre les individus impliqués, signifiant ainsi
que les Gladiateurs néerlandais avaient pu agir hors de tout contrôle
et cadre légal. L’officier ne précisa toutefois pas de quel type de
missions il s’agissait. [53]

(À suivre… )


Le Gladio est mort, Vive le Gladio !


Dans ce mémo de la Direction des Opérations de l’Armée néerlandaise,
datée d’avril 1998, il est indiqué que vu la probabilité d’un « conflit à
grande échelle », des dispositions ont été prises pour faire
fonctionner le stay-behind, I&O.

Au moment où ce document a été rédigé, l’URSS n’existait plus depuis 7
ans et le Gladio était officiellement dissous depuis 6 ans.

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Sujet / Message Re: La guerre secrète aux Pays-Bas

le Mer 13 Juil - 15:28
e demande pardon a CCC/847 c'est lui qui a postuler cet article ici,et
lorsque je voulais ajouter une petite suite,j'ai supprimer son article
par erreur (j'ai songé supprimer la suite que j'ai mis)............Désolé mon frère!!
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Sujet / Message Re: La guerre secrète aux Pays-Bas

le Mer 13 Juil - 20:45
Le principal c'est que vous en aviez le même objectif Smile

__
« Vouloir prouver des choses qui sont claires d'elles-mêmes, c'est éclairer le jour avec une lampe. »  


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Sujet / Message Re: La guerre secrète aux Pays-Bas

le Jeu 14 Juil - 12:49
fennec dz a écrit:« Le gouvernement n’en savait rien », prétendit un ancien Gladiateur insistant de la confidentialité des réseaux stay-behind néerlandais. Il ajouta que « seuls
quelques rares secrétaires généraux au sein de l’exécutif étaient dans
le secret étant donné que leurs supérieurs aux ministères étaient
appelés à changer régulièrement
». [15]
Les indices disponibles suggèrent que parmi les responsables informés
de l’existence de l’armée secrète ont figuré les Premiers ministres, les
ministres de la Défense et les secrétaires généraux jugés dignes de
confiance par les commandants stay-behind ainsi que les chefs d’état-major et les directeurs des services de renseignement intérieur et extérieur. « Les politiciens font parfois des choix étranges dans leurs nominations », observa un autre agent stay-behind anonyme. « Mais
il est parfaitement logique qu’un haut responsable prenant ses
fonctions soit informé de tout. Toutefois, quand il s’agit de questions
sensibles, les fonctionnaires font une exception et attendent de voir à
qui ils ont affaire
. » [16] Le Parlement et ses commissions spéciales étaient maintenus dans l’ignorance. Ni la « Commission permanente pour les services secrets et de sécurité », pourtant tenue au secret, ni la « Commission ministérielle chargée des services secrets et de sécurité » du Parlement néerlandais ne furent informées de l’existence des réseaux stay-behind avant les révélations de 1990. [17]

Après le départ de Somer, c’est le baron J. J. L. van Lynden, un
instructeur de cavalerie néerlandaise de 35 ans, qui fut désigné comme
nouveau commandant stay-behind. Trouver un successeur à Somer
n’avait pas été une mince affaire. La plupart des anciens membres du BI
avaient refusé car ils connaissaient trop les complications et les
situations embarrassantes entraînées par le fait de devoir mener une
double vie. Quand le baron van Lynden remplaça officiellement Somer en
tant que chef du réseau G7 le 1er juin 1948, l’événement créa la
surprise dans le monde du renseignement. En effet, contrairement à son
prédécesseur, van Lynden n’avait aucune expérience en la matière. Son
nom avait été proposé par le directeur de l’IDB Fock, lequel commenta 40
ans plus tard : « Je ne suis pas peu fier de cette découverte », en louant le caractère du commandant stay-behind. [18]
Le prestige de van Lynden reposait sur son passé de résistant. En 1940,
il avait fait partie de la cinquantaine d’officiers supérieurs
néerlandais qui avaient refusé de s’engager auprès des Allemands à ne
rien entreprendre contre l’occupant, ce qui lui avait valu d’être
déporté vers un camp de prisonniers de guerre. À la prison de Stanislau
en Pologne, il avait rencontré le héros de guerre britannique Airey
Neave avec lequel il était resté en contact même après la fin du
conflit. En effet, après 1945, Neave dirigea les SAS qui s’entraînèrent à
de nombreuses occasions avec les armées secrètes d’Europe jusqu’à ce
qu’il trouve la mort dans un attentat à la voiture piégée perpétré par
l’IRA sur le parking du Parlement britannique en mars 1979. Au moment de
sa nomination à la tête du réseau stay-behind, le baron van
Lynden travaillait pour le Prince Bernhard, l’époux de la Reine
Wilhelmine. Les relations qu’il continua d’entretenir avec la Reine et
la cavalerie lui offrirent une couverture utile pour sa fonction
clandestine de commandant de l’armée secrète des Pays-Bas. En 1951, il
fut nommé aide de camp de la Reine à qui il rendait visite plusieurs
fois par semaine au Palais de La Haye. Le baron était un cavalier
émérite, une passion qu’il partageait avec le Prince Bernhard. À La Haye
en 1951, il gagna même un titre de champion d’équitation des Pays-Bas
et, quatre ans plus tard, il faisait partie de l’équipe néerlandaise qui
remporta le concours international de saut d’obstacles à Rotterdam, un
titre dont il fut particulièrement fier.

Bien que l’arrivée de ce nouveau venu ait suscité un certain
scepticisme, van Lynden s’intégra rapidement dans le milieu du
renseignement. « Il avait un talent naturel pour les questions de sécurité »,
rappela l’un de ses admirateurs. Ceux qui le connurent dans le cadre de
son travail ou en dehors dressent le portrait d’une personnalité forte
mais amicale alliant « tempérament, connaissances et expertise ». Au cours de ses années de détention, van Lynden avait « étudié »
avec une femme qui devint plus tard professeur de philosophie et avait
ainsi développé des conceptions stoïciennes et flegmatiques assez peu
répandues dans l’armée et le monde des services secrets. [19]
Quand on commença à s’interroger sur les activités menées par le
mystérieux groupe G7 à la villa Maarheeze, près des bureaux de l’IDB de
Fock, le baron décida le 1er juillet 1949 de changer le nom de son
service pour SAZ (Sectie Algemene Zaken), en français Section des
affaires générales, une appellation qui lui semblait moins susceptible
d’éveiller les soupçons. Van Lynden pensait également qu’au lendemain
d’une invasion, il aurait été plus facile aux Soviétiques d’identifier
les membres d’anciens réseaux de résistance et services secrets, il mit
donc un point d’honneur à recruter de nouveaux visages aux noms
jusqu’alors inconnus, remplaçant la plupart des anciens collaborateurs
de Somer par de parfaits inconnus.

Durant les années où il occupa ses fonctions, van Lynden insista pour
obtenir plus d’argent afin d’acquérir des équipements techniques pour
son réseau stay-behind. Les systèmes de communication coûtaient
particulièrement cher. Le chef d’état-major Kruls avait déjà réclamé de
tels financements en 1946. L’argent fut finalement versé en 1948, après
que van Lynden eut remplacé Somer à la tête du SAZ, et de nouvelles
technologies purent être développées en collaboration avec le
département de recherche de la firme Phillips. En échange de cette
coopération, van Lynden veillait à ce que les techniciens de
l’entreprise néerlandaise impliqués dans le projet ne soient pas envoyés
sur les champs de bataille d’Indonésie. [20] Étonnamment, le baron qui dirigeait le réseau stay-behind
SAZ ignorait tout de la deuxième et plus secrète organisation que
dirigeait son compatriote Einthoven, le directeur du BVD. Ce sont
d’ailleurs les Britanniques qui informèrent van Lynden, au cours d’un
voyage que celui-ci effectua à Londres, qu’il existait aux Pays-Bas un
second réseau stay-behind parallèle placé sous les ordres d’Einthoven. [21]
Très surpris, le baron appela immédiatement à une coordination des deux
armées secrètes afin d’éviter d’éventuelles complications. Cette
recommandation fut suivie : le SAZ de van Lynden et le réseau stay-behind d’Einthoven fusionnèrent pour former l’armée secrète I&O (Intelligence & Operations
, en français Renseignement et Opérations), nom sous lequel fut révélée
son existence en 1990. Les deux branches continuèrent toutefois de
fonctionner séparément. Le réseau SAZ fut rapidement rebaptisé unité I
tandis que celui d’Einthoven devenait l’unité O. D’après certaines
sources internes, Einthoven qui suivait son propre plan secret
supportait mal de devoir travailler avec le SAZ de van Lynden et aussi
longtemps qu’il resta à la tête de l’unité O, il n’y eut qu’une
collaboration marginale entre la section Intelligence et la section
Operations. [22]

Comme convenu secrètement avec les Britanniques, I&O devait principalement jouer le rôle de stay-behind en cas d’occupation des Pays-Bas. « Le sentiment général, c’était que nous traversions tous [Britanniques et Néerlandais] des temps difficiles et que les Britanniques règleraient le problème grâce à leur expérience en la matière », se souvient un ancien agent néerlandais. [23] Au sein du réseau stay-behind
des Pays-Bas, les tâches étaient partagées. L’unité I de van Lynden
devait se charger de la collecte et de la transmission de renseignements
en provenance des zones occupées, de la préparation et de la gestion
des bases d’exil et des opérations d’évacuation de la famille royale, du
gouvernement et des agents de l’appareil sécuritaire, y compris le
personnel d’I&O. L’unité O d’Einthoven devait quant à elle effectuer
des missions de sabotage et de guérilla, renforcer les réseaux de
partisans locaux et créer un nouveau mouvement de résistance. Mais elle
avait aussi pour mission d’alerter la population en temps de paix sur la
menace représentée par les communistes. L’unité O s’entraînait donc à
mener des opérations spéciales, utilisant pour ce faire des armes et des
explosifs et disposait à ce titre de ses propres caches d’armes. [24] La plupart des coûts engendrés par le réseau stay-behind
néerlandais étaient couverts par un budget secret du ministère de la
Défense et les dépenses contrôlées personnellement par le président de
l’Algemene Rekenkamer (l’équivalent néerlandais de la Cour des comptes) .

Durant le temps qu’il passa en fonction, van Lynden rechercha
activement un lieu d’exil où, en cas d’invasion, son SAZ conduirait le
gouvernement néerlandais ainsi que d’autres personnalités sélectionnées.
L’Angleterre, qui avait été un lieu sûr pendant la seconde guerre
mondiale, ne promettait pas d’offrir les mêmes garanties de sécurité
dans une guerre future. Lynden poursuivit longtemps ses recherches. Il
décida finalement qu’en Europe, seuls le Royaume-Uni et la Péninsule
Ibérique présentaient des conditions acceptables. En Amérique, il retint
la colonie de Curaçao dans les Antilles Néerlandaises ainsi que les
États-Unis et le Canada. Au début des années 1950, il se rendit aux USA à
plusieurs reprises. L’endroit ne pouvait se trouver à proximité d’un
site stratégique, comme une zone industrielle ou une installation
militaire, qui auraient été visées en priorité par les Soviétiques. Si
l’on ignore où précisément, on sait toutefois que van Lynden trouva
finalement le lieu où installer sa base et que des documents importants
de l’exécutif néerlandais furent copiés et pour y être entreposés. Le
quartier général du réseau stay-behind des Pays-Bas aux
États-Unis avait été établi avec l’accord de la CIA. Un ancien
responsable néerlandais rappelle les réticences de l’Agence à ce
propos : « On en parlera le moment venu », cite-t-il en se souvenant des premiers contacts. « Mais
on a insisté pour en discuter tout de suite. Au bout de quelques mois,
la CIA a finalement accepté de nous donner ce que nous demandions
», sur quoi fut établi aux USA un centre de commandement du Gladio néerlandais. [25]

Van Lynden établit également un refuge en Espagne où régnait alors le dictateur Franco. « S’il avait accepté, nous aurions construit notre base dans la propre maison de Franco », témoigne un ancien combattant de l’ombre. [26] Le commandant stay-behind
van Lynden convainquit son homologue Einthoven de mener cette mission,
lequel se rendit en Espagne en 1959, déguisé en touriste, et établit une
base avec l’aide des contacts de l’ancien ambassadeur des Pays-Bas à
Madrid W. Cnoop Koopmans. Les éléments disponibles à ce sujet sont très
fragmentaires, mais il semble que des contacts similaires aient
également été établis avec le Canada et la Grande-Bretagne. Les
préparatifs en vue d’une évacuation dans le cas d’une invasion du pays
étaient pris très au sérieux, des navires et des avions étaient
spécialement mobilisés pour cette tâche. « Je me souviens que vers 1950, j’ai dû inspecter pas mal de yachts pour vérifier s’ils étaient en état de naviguer », témoigna un ancien de la Marine néerlandaise et ex-officier stay-behind après les révélations de 1990. [27]

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Symbole des relations étroites entretenues avec les Britanniques,
parmi les insignes du SAZ figurait la Rose des Tudor à côté de la devise
de Somer « Nous n’abandonnerons jamais ». « Nous n’avions aucune intention de livrer la prochaine guerre sous les ordres des Britanniques », souligna cependant un ancien Gladiateur hollandais, fier de son indépendance. « Van
Lynden était très fort. Ils n’auraient pas pu l’évincer. Pas plus que
ne purent le faire plus tard les Américains quand ils commencèrent à
jouer un rôle prépondérant vers la fin des années 1950. Toutefois, van
Lynden comprenait qu’un certain consensus était nécessaire entre les
parties, et pour lui, c’était le rôle des chefs de décider jusqu’à quel
point ils étaient prêts à coopérer tout en défendant leur souveraineté
. » [28] Au cours des réunions top secret de l’ACC et du CPC, les organes de coordination et de commandement stay-behind
de l’OTAN, le Gladio néerlandais I&O tenta toujours d’apparaître
comme une entité faite de deux branches parfaitement coordonnées. Les
Néerlandais avaient l’habitude de travailler sous la domination du MI6
et de la CIA. En effet, au lendemain de la guerre, le Royaume-Uni et les
USA avaient formalisé leur collaboration avec les Pays-Bas en créant un
forum tripartite baptisé TCH, dans lequel chaque pays disposait d’un
siège. Parallèlement à la création de ce comité de coordination secret,
le CCUO avait été fondé le 17 mars 1948 avec pour fonction de préparer
en temps de paix le Royaume-Uni, la Belgique, les Pays-Bas, le
Luxembourg et la France à une éventuelle invasion soviétique. En avril
1951, les fonctions du CCUO furent transférées au CPC qui était
profondément intégré à l’OTAN, et au sein duquel les services secrets
néerlandais disposaient également d’un siège. [29]

Durant le temps qu’il passa à la tête du Gladio néerlandais, van
Lynden promut activement les contacts entre les services secrets
européens et leurs armées secrètes et insista sur la nécessité d’une
coopération dans le cadre de l’établissement de routes internationales
d’exfiltration et d’évacuation. Dans cette optique, une fois nommé à la
tête de l’armée secrète des Pays-Bas, le baron voyagea inlassablement à
travers toute l’Europe pendant de nombreuses années. Sachant ses efforts
appréciés des différents services de sécurité, il fut volontaire pour
assumer le rôle de premier secrétaire du CPC. Cependant, les
Britanniques qui se méfiaient de cet homme aux idées jugées trop
libérales firent obstacle à sa nomination. [30]
En 1957, la Grande-Bretagne, les USA, la France, la Belgique, le
Luxembourg et les Pays-Bas représentés par van Lynden fondèrent le Six Powers Lines Committee,
qui exerçait les mêmes fonctions de coordination que le CPC mais pour
les voies de communication et d’évasion internationales. Le Six Powers
Lines Committee devint ensuite l’ACC, fondé à Paris en 1958. Ce nouveau
comité prit en charge la coordination des exercices Gladio
internationaux menés dans la plus grande clandestinité avec les
différents réseaux nationaux. Dans l’éventualité d’une invasion, l’ACC
disposait d’une base aux États-Unis et d’une autre en Grande-Bretagne à
partir desquelles les unités présentes dans les territoires occupés
pouvaient être activées et commandées. Des manuels imprimés par l’ACC
indiquaient aux soldats stay-behind les procédures communes pour
les opérations spéciales, le cryptage, les techniques de saut de
fréquences ainsi que les procédures de largage et de parachutage. La
présidence de l’ACC était renouvelée tous les deux ans. Par
l’intermédiaire du TCH, du CPC et de l’ACC, le réseau Gladio néerlandais
I&O était donc en contact permanent avec la CIA et le MI6. [31]

Au cours des années 1950, la CIA et le MI6 menèrent de nombreuses
opérations clandestines conjointes dont celle qui provoqua en 1953 la
chute du gouvernement iranien de Mossadegh qui avait entrepris de
redistribuer à la population une partie des revenus du pétrole. Dans le
même temps, les deux services redoutaient que les communistes européens
et les services secrets soviétiques n’aient recours aux mêmes procédés
en Europe de l’Ouest et accordaient donc une grande importance aux
armées secrètes levées sur le Vieux Continent. En 1953, la CIA ordonna à
van Lynden d’effectuer certains changements afin de rendre ses unités
plus professionnelles. « C’est une série de recommandations imprimées
sur d’épais volumes bleus » qui furent remis au baron, se souvient un
ex-agent. « Van Lynden a étudié les documents avec soin. Ils
contenaient des informations sur les stratégies de prise du pouvoir
mises en œuvre par les Soviétiques en Europe de l’Est. Les exemples
montraient quel genre de personnes intéressait particulièrement les
Soviétiques. Ces individus ne pouvaient évidemment pas être recrutés
comme agents secrets. Sur cette base, van Lynden se sépara donc d’un
certain nombre d’agents qui avaient été recrutés par Somer
» [32]

Mais van Lynden n’eut pas seulement à faire face aux pressions de la
CIA, d’autres émanèrent également des services de sécurité néerlandais.
En février 1951, le général Kruls, qui en tant que supérieur de Somer et
de van Lynden avait grandement contribué à la mise en place du Gladio
des Pays-Bas, fut remercié suite à une série de différends l’ayant
opposé au ministre de la Défense H. L. Jakob et portant sur l’action
future et l’organisation de l’armée néerlandaise. À la surprise et au
mécontentement de bon nombre de militaires, c’est le général BRPF
Hasselman qui lui succéda au poste de chef de l’état-major de l’armée
néerlandaise. Van Lynden en voulait personnellement à Hasselman. Avant
même la seconde guerre mondiale, celui-ci était connu pour ses opinions
pro-allemandes. Après 1945, des rumeurs s’étaient répandues selon
lesquelles il aurait trahi son propre état-major avant l’invasion de
1940. Suite à la capitulation des Pays-Bas, Hasselman avait collaboré
avec les nazis et enjoint d’autres officiers, dont van Lynden, d’en
faire autant. Mais le baron avait toujours refusé. Dans le cadre d’une
rude opération de consolidation de l’occupation allemande, un grand
nombre d’officiers de l’armée néerlandaise furent déportés vers des
camps de prisonniers. C’est au camp de Stanislau que van Lynden
rencontra Hasselman. Celui-ci accepta une nouvelle fois de coopérer avec
les Allemands, ce qui lui valut d’occuper une position dominante parmi
les prisonniers. Au lendemain de la guerre, Hasselman fut dégradé et
exclu de l’armée pour collaboration avec l’ennemi. Cependant il fit
appel de cette décision et parvint même, à la surprise générale, à
progresser au sein de la hiérarchie militaire, ce qui eut pour effet de
jeter un certain discrédit sur le ministère de la Défense néerlandais.

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]Benjamin
Richard Pieter Frans Hasselman (1898-1984). Il fut chef d’état-major
des armées et président du Comité militaire de l’OTAN.

En apprenant la nomination de Hasselman en 1951, la cavalerie
néerlandaise, à laquelle appartenait van Lynden, décida qu’aucun de ses
éléments n’accepterait de serrer la main du général compromis, bien que
celui-ci fût de fait leur supérieur. En sa qualité de chef de section,
van Lynden avait affaire à son nouveau commandant dans le cadre de
réunions protocolaires. Il en était tellement embarrassé qu’il songea
même à démissionner. Il résolut finalement de se rendre à ces réunions,
mais Hasselman eut l’intelligence de ne pas lui tendre la main. [33]
Au cours des années qui suivirent, celui-ci fit à plusieurs reprises
obstacle à la promotion de van Lynden. Des conflits internes s’en
suivirent et Fock dut intervenir en tant que secrétaire général au
ministère des Affaires générales. « J’ai alors parlé à Hasselman sur un ton assez direct et abrupt », raconta-t-il des années plus tard, suite à cela les deux hommes prirent leurs distances. [34] En dépit des luttes intestines qui se livraient au ministère de la Défense, van Lynden demeurait concentré sur sa mission. « J’ai toujours en mémoire l’invasion de la Hongrie en 1956 »,
témoigna un ex-agent de l’armée secrète des Pays-Bas à propos l’une des
plus célèbres opérations menées par les forces soviétiques. « Ce
jour-là, van Lynden est entré dans le bureau où régnait une atmosphère
confuse et fébrile. Il a dit d’un ton calme : “Cela fait maintenant des
années que nous nous efforçons de bâtir ça. Pourquoi donc êtes-vous tous
si nerveux ?” En fait, je pense que nous aurions pu être opérationnels
dès 1956.
» [35]

Mais van Lynden ne fit pas toujours preuve d’une telle maîtrise.
Lorsque l’on apprit en 1961 que l’agent britannique George Blake
travaillait en réalité pour le compte des Soviétiques depuis le début
des années 1950, la nouvelle ne sema pas uniquement l’effroi à Londres,
elle provoqua également la panique dans les rangs de l’armée secrète
néerlandaise. « Van Lynden fut terrifié de l’apprendre », se souvient un ancien soldat stay-behind.
En effet, peu après la fin de la seconde guerre mondiale, Blake avait
passé plusieurs mois à La Haye à participer à des opérations spéciales,
dans le cadre de la coopération renforcée établie entre services
britanniques et néerlandais. Durant cette période, Blake avait eu ses
entrées à la villa Maarheeze de Wassenaar, le quartier général des
services secrets intérieurs et de la branche « I » du réseau stay-behind néerlandais. Van Borssum Buisman, qui fut plus tard nommé à la tête du Gladio des Pays-Bas, s’était entretenu avec l’espion. « Blake connaissait l’emplacement des installations et l’identité des membres »
de l’armée secrète néerlandaise, témoigna un ex-agent sous couvert de
l’anonymat. Depuis son exil moscovite, Blake démentit personnellement
ces allégations au cours d’une conversation qu’il eut en 1992 avec
d’anciens membres du SAZ : « Je n’ai jamais été informé de ces activités [stay-behind]. Et les Soviétiques ne m’ont jamais posé de questions à ce sujet. Aussi n’ont-ils [les Gladiateurs néerlandais] aucune raison de s’inquiéter. Le nom de van Borssum Buisman ne me dit absolument rien. » [36]

Après avoir commandé le SAZ ou branche « I » de l’organisation
I&O pendant 14 ans, van Lynden donna sa démission en mars 1962. À la
demande de la Reine, il fut à nouveau affecté au Palais Royal. Le baron
mourut en 1989 à l’âge de 76 ans. Au plus fort de la crise des missiles
à Cuba en 1962, le commandement du réseau stay-behind
néerlandais I&O fut restructuré et chacune des branches reçut un
nouveau directeur. Après 14 ans à la tête de la branche « O », Louis
Einthoven, alors âgé de 66 ans, quitta le BVD et prit sa retraite. Il
mourut 12 ans plus tard. Le général de division De Boer lui succéda en
avril 1962. Ce dernier reçut spécifiquement du chef d’état-major van den
Wall Bake la mission d’harmoniser les relations entre I et O qui
s’étaient quelque peu détériorées sous la direction d’Einthoven. Deux
ans plus tard, une commission nommée par le ministère de la Défense et
présidée par le docteur Marius Ruppert fut chargée de découvrir si De
Boer avait réussi sa mission. Aux côtés de Ruppert siégeaient Fock et
l’amiral Propper.

Le parlementaire et conseiller de la couronne Ruppert présenta son
rapport sur l’état de la collaboration entre les deux armées secrètes en
1965. Ses découvertes étaient édifiantes. Compte tenu de la piètre
coopération existant entre les deux branches du réseau stay-behind
néerlandais, Ruppert suggérait que soit créé un poste de « Coordinateur
d’I&O » et proposait de tenir ce rôle Il recommandait par ailleurs
de remplacer De Boer à la tête de la section O et proposait une nouvelle
fois d’assumer cette fonction. Sur ordre du Premier ministre J.
Zijlstra, Ruppert fut donc nommé à la tête de la branche « O » du réseau
stay-behind néerlandais, poste qu’il occupa jusqu’en 1975. [37]
Lorsqu’il s’expliqua suite aux révélations de 1990, Fock reconnut avoir
fait partie de cette commission secrète mais prétendit ne pas se
souvenir des sujets abordés à l’époque. Il se rappelait uniquement de
rencontres régulières à la villa de Ruppert dans le village de Zeist.

Les manoeuvres de Ruppert provoquèrent un véritable séisme au sein du SAZ, la branche I du réseau stay-behind.
Profitant de sa double fonction de commandant de la branche O et de
coordinateur d’I&O, Ruppert favorisa ses propres services au
détriment de la section I, ce qui fit naître un profond ressentiment
entre les deux pôles de l’organisation. Ruppert veilla à ce que la
branche « O » ait un rôle dominant au sein de l’ACC et du CPC, les deux
comités de commandement stay-behind de l’OTAN. La collaboration
entre les deux sections du Gladio néerlandais laissa donc à désirer
pendant plusieurs années. Les tensions ne s’apaisèrent que lorsqu’un
nouveau coordinateur fut nommé à la place de Ruppert. Dès lors cette
position fut généralement occupée par d’anciens officiers de marine
auxquels une retraite à 55 ans laissait du temps pour une deuxième
carrière plus officieuse. En 1975, phénomène assez rare dans l’histoire
des réseaux stay-behind, c’est le socialiste Th. J. A. M. van
Lier qui succéda à Ruppert à la tête de la section O. Au lendemain de la
guerre, van Lier siégea comme député travailliste avant de commander le
service secret illégal Albrecht, fonction qui lui valut d’être arrêté
par la suite. On estime que sous la direction de van Lier, le budget
annuel d’I&O s’élevait à environ 3 millions de florins. Mais les
services se développèrent rapidement tandis que s’intensifiait la
coopération entre les deux sections. On ignore qui assuma le
commandement du Gladio néerlandais entre les années 1980 et 1990 ; en
effet, le secret n’a toujours pas été levé sur l’identité des
commandants étant donné que ces hommes sont probablement toujours en vie
et exercent encore des responsabilités.

À l’instar de la section O, la section I subit elle aussi de
profondes modifications en 1962. Succédant à Somer et van Lynden, van
Borssum Buisman prit ses fonctions à la tête du service en mars 1962.
Avec sa moustache et ses cheveux blonds, le grand officier de cavalerie
incarnait pour beaucoup le Hollandais typique. Pendant la seconde guerre
mondiale, il avait été officier de liaison entre les services secrets
néerlandais BI (Bureau Inlichtigen) et l’organisation de résistance OD
(Ordedienst) dirigée par P. J. Six. Au cours d’une mission en février
1944, il fut capturé par l’ennemi et incarcéré successivement dans
plusieurs prisons allemandes. Il endura plusieurs fois la torture sans
jamais révéler l’identité des membres de la résistance néerlandaise.
Condamné à mort par les nazis, il parvint à sauter du train en marche
qui le conduisait en Allemagne. Blessé, il regagna son pays et rétablit
le contact avec Six, ce qui lui valut d’être considéré par certains
Allemands comme le meilleur agent secret des Pays-Bas.

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]Garrelt van Borssum Buisman (1915-1991). Il commanda le Gladio néerlandais de 1962 à 1970.
Après l’armistice, van Borssum Buisman ne renonça pas pour autant aux
activités clandestines. Il fut affecté à Ceylan pendant quelques temps,
où il attendit en vain avec son unité d’élite d’être déployé en
Indonésie. De retour aux Pays-Bas, le premier commandant de la section
I, Somer, le recruta au sein du réseau stay-behind. Sous la
direction de van Lynden, Buisman occupa le poste de commandant en second
du SAZ. Parmi ses principales fonctions figurait l’élaboration de
routes d’évasion entre les Pays-Bas et l’Espagne franquiste via la
Belgique et la France. Le long de ces itinéraires, il recrutait et
formait des agents, souvent des Néerlandais vivant en France ou des
Français ayant séjourné aux Pays-Bas. Il assuma le commandement de la
section I jusqu’à ce qu’il prenne sa retraite en mai 1970. Il mourut en
février 1990 à l’âge de 77 ans. Suite à la découverte l’existence des
armées secrètes en 1990, il fut révélé que le successeur de Buisman
avait été un certain J. W. A. Bruins qui dirigea le service de mai 1970 à
décembre 1981. Les noms des derniers commandants d’I&O, qui sont
vraisemblablement toujours en vie, ne furent pas divulgués. [38]

Durant les exercices, les agents devaient s’appeler par leur nom de code. « L’entraînement devait se dérouler uniquement sur notre temps libre », expliqua un ex-membre de l’armée secrète. « Avec
notre instructeur, nous élaborions un programme spécifique. Il fallait
se rendre sur différents sites de formation, ce n’était pas le genre de
séances qu’on improvise comme ça dans le grenier. L’entraînement ne
pouvait avoir lieu à intervalles réguliers, ça aurait risqué d’éveiller
les soupçons
. » [39] La motivation des troupes posait parfois quelques difficultés : « Le problème c’est qu’il fallait se préparer en vue de quelque chose qui arriverait au plus tôt dans une dizaine d’années », se souvint un ancien Gladiateur. « La
motivation devait donc être préservée comme une sorte de foi. Surtout
dans les périodes de détente et de coexistence pacifique, là c’était
particulièrement difficile. L’autre camp
[les communistes] menait
lui aussi une guerre psychologique. Il fallait donc entretenir la
vigilance des instructeurs par une information factuelle
[sur les dangers du communisme], qu’ils transmettaient ensuite à leurs agents sur le terrain. » [40]

Des deux branches composant le réseau stay-behind I&O, la
mystérieuse section O était la plus confidentielle et, aujourd’hui
encore, on ne dispose que de peu d’informations sur elle. « La différence entre I et O c’est que O ne devait avoir aucune “existence”, c’était une toute autre affaire », expliqua un ancien responsable suite aux révélations de 1990 sur le Gladio. [41]
Au cours des entraînements de l’armée secrète néerlandaise, les agents
de la section O manifestaient un certain sentiment de supériorité
vis-à-vis de leurs collègues de la section I avec qui ils se refusaient à
fraterniser lors des soirées qui suivaient les séances de travail. « Ils se considéraient souvent comme la crème de la crème, ceux à qui l’on confierait le boulot sérieux en cas d’occupation. » [42]
Afin de dissimuler autant que possible l’existence de la section O,
tous les contacts avec des représentants de l’État néerlandais étaient
pris par l’intermédiaire d’agents de la section I, ce qui ne réjouissait
pas particulièrement ces derniers. La branche O était en partie
financée par des fonds privés, notamment par des firmes multinationales
et par la CIA. Cependant elle recevait aussi des fonds publics qui
figuraient au budget de la cellule I. Les très rares officiels du
ministère de la Défense qui avaient connaissance de la section I et de
son budget estimaient à tort, et au grand dam de van Lynden, que cette
armée secrète était plutôt onéreuse. « Ça [O] ressemblait un peu à un monastère du Moyen-Âge », commente un ancien agent de la section I. « Ils n’étaient pas autorisés à se fréquenter et tout le monde restait sagement assis dans sa cellule. » [43]

Si O avait besoin d’une presse, d’explosifs ou de tout autre
équipement, c’était par l’intermédiaire de I qu’elle se les procurait.
Dans ces cas-là, celle-ci était informée de l’endroit où avait été livré
le matériel qui arrivait généralement en provenance d’Angleterre. Un
camion militaire transportait alors le matériel jusqu’à un endroit
convenu où les agents de la section O en prenaient possession. En cas de
problème, les services secrets officiels néerlandais devaient porter le
chapeau étant donné que ni l’existence de I et ni celle de O ne
pouvaient être publiquement reconnues. Au cours des années 1980,
plusieurs des caches d’armes du réseau stay-behind furent
découvertes accidentellement à travers les Pays-Bas. En 1983, le
ministre de la Défense J. de Rujiter dut s’expliquer devant des caméras
de télévision suite à la mise au jour d’un mystérieux dépôt à Rozendaal.
Il demanda aux journalistes du temps afin de pouvoir mener une enquête
interne et fut informé en détail par ses services. C’est le service de
renseignement intérieur BVD qui assuma publiquement la responsabilité.
Par conséquent, tout le monde au BVD chercha à savoir quels collègues
disposaient de telles caches d’armes, la version réservée aux employés
du service fut donc que les vrais responsables étaient une unité secrète
baptisée I. Il s’agissait bien sûr d’un mensonge de plus car en réalité
tout cet armement appartenait à l’unité d’action clandestine et de
sabotage O.

« Alors que I était un service indépendant politiquement, O était connue pour être plus orientée idéologiquement »,
témoigna un ancien agent néerlandais, laissant entendre que la section O
était un groupe anticommuniste armé à l’image du SDRA 8 de la Belgique
voisine. Cela ne signifie pas pour autant que O était un groupe menant
des actions anticommunistes illégales, tint à préciser l’un de ses
anciens membres : « Nous fondions notre combat sur la défense des valeurs inscrites dans la Constitution ». [44] Le spécialiste néerlandais des opérations stay-behind
Paul Koedijk découvrit que les unités O s’étaient spécialisées en temps
de paix dans ce qu’ils appelaient des opérations d’“immunisation” de
citoyens néerlandais. « Contre quoi les citoyens devaient être immunisés était tout à fait clair : le communisme sous toutes ses formes. »
Dans le cadre de son combat idéologique la section O se livrait à de la
propagande calomnieuse et inventait de toutes pièces des histoires
destinées à discréditer les communistes, elle possédait donc son propre
réseau d’imprimeries. « L’opinion partagée par les membres de la
section O était qu’une occupation soviétique serait pire à bien des
égards que celle imposée par les nazis
», rappelle un ex-agent. « Et
ce, pour la bonne raison que même les quelques rares valeurs que
respectaient encore les Allemands, comme par exemple la famille et la
religion, auraient été menacées sous une occupation soviétique. Nous
nous attendions à des changements radicaux
. » [45]

Quand à la fin de l’année 1990, le Premier ministre italien Giulio
Andreotti révéla l’existence à travers toute l’Europe de l’Ouest
d’armées secrètes anticommunistes, le scandale n’épargna pas les
Pays-Bas. Un ancien membre du Gladio néerlandais plaisanta : « Nous aussi sommes surpris d’avoir pu travailler aussi longtemps sans être dérangés ». [46]
Dans une lettre adressée au Parlement le 13 novembre 1990, le Premier
ministre démocrate-chrétien Ruud Lubbers en poste depuis 1982 confirmait
que les Pays-Bas disposaient effectivement d’une armée secrète, un « groupe composé de civils et de militaires », et que cette armée était toujours active. Lubbers prétendait que « cette organisation n’avait jamais été placée sous le contrôle de l’OTAN » et en évoquant la fonction classique des réseaux stay-behind, il précisait que « les
contacts avec d’autres pays membres de l’OTAN, dont certains avaient
mis en place des structures semblables, se limitaient, en ce qui
concerne les Néerlandais, à étudier comment les objectifs fixés
pourraient être atteints
». [47]
Des parlementaires de la majorité et de l’opposition convinrent que
cette lettre ne constituait pas une explication valable. Certains
d’entre eux se souvenaient de la découverte dans les années 1980 de
mystérieuses caches d’armes contenant des grenades, des fusils
semi-automatiques, des armes automatiques, des munitions et des
explosifs et demandèrent un complément d’information sur d’éventuels
liens avec l’armée secrète. D’autres parlementaires reprochèrent au
gouvernement de n’avoir pas informé la Commission parlementaire sur le
Renseignement et la Sécurité pourtant tenue au secret, de l’existence
d’une telle organisation.

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]Relus ter Beek (1944-2008). Ministre travailliste de la Défense, il organisa la dissolution officielle du Gladio.
Peu de temps après, Lubbers et son ministre de la Défense Relus Ter
Beek briefèrent donc pour la première fois la Commission sur le réseau stay-behind
I&O et, quelques heures plus tard, le Premier ministre se présenta
devant le Parlement. Il confirma que les arsenaux clandestins découverts
dans les années 1980 appartenaient bien à l’armée secrète. Il souligna
que l’organisation stay-behind néerlandaise était responsable
devant le Premier ministre, par conséquent lui-même, et devant le
ministre de la Défense, Ter Beek. « Les Premiers ministres et
ministres de la Défense successifs ont toujours préféré ne pas mettre
les autres ministres ou le Parlement dans la confidence
. » [48]
Le Premier ministre s’enorgueillit du fait que près d’une trentaine de
ministres avaient su protéger le secret, tandis que certains membres du
Parlement y voyaient surtout une violation de la Constitution des
Pays-Bas. De nombreux députés ne rejetaient pas le principe de
préparatifs stay-behind en cas d’urgence, mais ils ne pouvaient
accepter d’avoir été ainsi abusés. Le travailliste Maaseik van Draa
déclara au nom de son groupe : « Il nous faut plus d’éclaircissements
sur le type de structures dont il s’agit et dans quelle mesure elles
ont collaboré ou collaborent toujours avec l’OTAN
». Ton Frinking de
la majorité démocrate-chrétienne demanda lui aussi plus d’informations
sur les liens entretenus par le réseau Gladio avec l’OTAN. Il précisa
avoir entendu récemment les Belges reconnaître publiquement qu’ils
avaient présidé la dernière conférence secrète stay-behind. « La question est : que signifie concrètement cette présidence belge ? », interrogea Frinking.

Lubbers dut admettre que l’armée secrète des Pays-Bas était toujours
membre de ce comité clandestin de l’OTAN chargé de la coordination des
réseaux stay-behind d’Europe occidentale. Hans Dijkstal de l’opposition libérale déclara : « Ce
qui m’inquiète ce n’est pas tant qu’une telle chose ait existé ou
existe encore aujourd’hui. Le vrai problème c’est que le Parlement n’en
ait rien su avant hier soir.
» [49]
Quand certains parlementaires voulurent connaître la liste des membres
de l’armée secrète, Lubbers leur répondit qu’il l’ignorait
personnellement. Certains virent dans cette réponse une contradiction à
ses précédentes déclarations dans lesquelles il venait de confirmer sa
responsabilité et celle du ministre de la Défense dans la supervision
des armées secrètes. Mais Lubbers souligna que la nécessité du secret
était telle qu’il serait « extrêmement dangereux si le Premier ministre (...) devait enquêter sur chacun d’entre eux personnellement ». [50]
Face aux questions insistantes des parlementaires, Lubbers fut forcé de
reconnaître que des membres de l’armée secrète néerlandaise avaient
récemment pris part à un entraînement en Sardaigne, au quartier général
du Gladio italien. [51]

[Vous devez être inscrit et connecté pour voir cette image]I&O,
le stay behind néerlandais a officiellement été dissout en 1992.
Pourtant, ce document du Ministère des Affaires générale atteste le
financement de la branche O durant la période 1992-2002 via la Fondation
Quia Opportet (en latin « Au cas où »).

Il n’y eut ni enquête parlementaire ni rapport public et ce n’est
qu’en avril 1992 que l’armée secrète néerlandaise I&O fut finalement
démantelée. Le ministre de la Défense Relus Ter Beek adressa un
courrier aux soldats de l’ombre dans lequel il les remerciait des
services rendus à leur pays. [52]
Mais les fantômes du passé resurgirent en 1993 quand un tribunal de La
Haye condamna un homme de 38 ans à 3 ans de prison. À ses côtés
comparaissait un major de l’armée néerlandaise âgé de 44 ans qui fut lui
aussi reconnu coupable d’avoir fait chanter Nutricia, un fabricant
d’aliments pour bébés au printemps 1993 pour un montant de 5 millions de
florins. Les avocats de la défense soulignèrent que les prévenus
étaient membres de l’organisation stay-behind mise en place par
les services secrets aux Pays-Bas et dans d’autres pays européens. Le
major prétendit pour sa défense que, dans le passé, les agents stay-behind
arrêtés par la police étaient protégés par un accord conclu entre les
instances judiciaires et la Défense selon lequel ceux-ci étaient
protégés de toute poursuite judiciaire. Il affirma que de nombreuses
missions du Gladio avaient échoué par le passé sans qu’aucune charge ne
soit finalement retenue contre les individus impliqués, signifiant ainsi
que les Gladiateurs néerlandais avaient pu agir hors de tout contrôle
et cadre légal. L’officier ne précisa toutefois pas de quel type de
missions il s’agissait. [53]

(À suivre… )


Le Gladio est mort, Vive le Gladio !


Dans ce mémo de la Direction des Opérations de l’Armée néerlandaise,
datée d’avril 1998, il est indiqué que vu la probabilité d’un « conflit à
grande échelle », des dispositions ont été prises pour faire
fonctionner le stay-behind, I&O.

Au moment où ce document a été rédigé, l’URSS n’existait plus depuis 7
ans et le Gladio était officiellement dissous depuis 6 ans.

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" Il ya deux manières d'ignorer les choses:
La première, c'est de les ignorer;
La seconde, c'est de les ignorer et croire qu'on les sait.
La seconde est pire que la première."



Peuple sans mémoire, peuple sans histoire


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Sujet / Message Re: La guerre secrète aux Pays-Bas

le Jeu 14 Juil - 14:05
Merci^^
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Sujet / Message Re: La guerre secrète aux Pays-Bas

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