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Sujet / Message Trinité vue par les juifs et les musulmans

le Ven 7 Oct - 22:33
"Les Juifs ont accepté de vivre au grand vent de l'histoire"

Qu'est-ce qu'être juif ? Pourquoi ce peuple obsède-t-il l'histoire du monde ? Dépassant le champ géopolitique, Alexandre Adler nous livre dans son dernier ouvrage une réflexion philosophique très intime dans laquelle, non sans lyrisme ni émotion, il décrypte son rapport personnel au judaïsme et nous invite à repenser les grandes révo lutions anthropologiques qui ont marqué l'Occident, de Spinoza à Einstein en passant par Marx et Freud.

Après la captivité à Babylone, la destruction du second Temple de Jérusalem, l'Espagne de 1492, les pogroms en Europe et en Russie, l'affaire Dreyfus, la Shoah, l'actuel conflit israélo-palestinien, diriez-vous qu'être juif peut constituer un problème?

Alexandre Adler - A certains égards et, paradoxalement, j'aurais envie de dire que ce n'est pas un problème, parce qu'au fond le judaïsme se vit au quotidien bien plus qu'il ne se pense. Il n'y a pas d'orthodoxie mais une orthopraxie, des conduites socialement engagées par l'éducation, la transmission, et qui sont parfois inconscientes si bien qu'il y a quelque chose de non biodégradable dans le judaïsme. L'écrivain cubain Eduardo Manet est typique de ces marranes qui ont abandonné le judaïsme en Amérique latine depuis des siècles, tout en le conservant dans leur for intérieur. Il a raconté comment la révélation de son origine lui a été faite par les femmes. Cette judéité chuchotée est finalement d'une extraordinaire résistance. Elle m'a toujours fasciné. Plutôt que de céder à l'effusion lacrymale sur la difficulté d'être juif, je dirais que c'est beaucoup plus facile qu'on ne le pense : il n'y a pas d'examen de passage du judaïsme, même s'il existe aussi dans cette éducation pointilleuse beaucoup de vérifications. Il y a le bonheur d'une connivence avec une certaine culture, l'humour bien connu, mais aussi l'équilibre entre l'individualité, qui n'est jamais totalement opprimée, et le sens de la communauté, qui n'est jamais tout à fait absent. Je ne prétends pas que les Juifs aient inventé des solutions durables pour l'humanité, c'est même le contraire, la permanente fuite en avant du judaïsme inventant des solutions précisément parce qu'il n'en possède pas au départ. C'est tout le paradoxe. Reste que les Juifs ont finalement accepté de vivre au grand vent de l'histoire. Et cela très tôt. Quand un peuple de l'Antiquité perdait ses temples, ses idoles, qu'il n'avait plus de terre sous ses pieds, il disparaissait - pas nécessairement dans la tragédie, d'ailleurs. Ainsi des Phéni ciens qui se sont fondus dans d'autres peuples. Tel n'a pas été le cas des Juifs, parce qu'au moment de la capti vité de Babylone ils ont considéré que leur patrie ne serait plus leur terre, mais cet élément portable qu'est la Torah, devenue la Bible, le Livre par excellence, patrimoine spirituel rassemblé autour d'une révélation unique. Dès lors, le judaïsme fut une prise de risques. Si l'on se déclare - comme le dit Raymond Aron - un peuple différent et que l'on vit l'histoire dans ses tourmentes, on se trouve en éveil face à l'extraordinaire développement du temps. Les Juifs n'habitent pas l'espace, ils habitent le temps. Le génocide hitlérien a montré que le risque pouvait être maximal. Paradoxalement, il a aussi ouvert à une redécouverte de la terre d'Israël. Le judaïsme est donc finalement une réalité plutôt heureuse doublée d'un danger très grand.

Vous expliquez que le christianisme trinitaire est un obstacle à la réconciliation. Est-ce sans espoir?

La réconciliation avec le christianisme est nécessaire, elle a été pensée par des sages kabbalistes dès le XVIe siècle, à la dure période des expulsions d'Espagne et des bûchers de l'Inquisition. Ils ont parlé de la réintégration d'Edom, du peuple d'Esaü, frère ennemi de Jacob, c'est-à-dire d'Israël. Je n'oserais pas employer des termes aussi iréniques et œcuméniques que cette réintégration dans un ensemble judéo-chrétien si cette dernière n'avait pas été envisagée par de très grands kabbalistes. Or c'est là qu'avec le christianisme trinitaire intervient la vertigineuse ruse de l'histoire : si avait prévalu l'hérésie arienne qui fait de Jésus un prophète, un homme porteur de la parole de Dieu sans pour autant procéder directement du verbe de Dieu, tout porte à croire qu'une grande partie du judaïsme aurait été absorbée. Mais les choses ne se sont pas accomplies ainsi, le symbole trinitaire ayant été énoncé aux conciles de Nicée et de Chalcédoine aux IVe et Ve siècles. La pensée chrétienne s'est alors dogmatiquement durcie par rapport au monothéisme juif. L'idée que la divinité puisse éclater en trois formes d'égale puissance constituant ensemble le symbole de la foi nouvelle nous a divisés. Martin Buber disait : «La foi en Jésus nous oppose et la foi de Jésus nous réunit.» Est-il le fils de Dieu ? Quel est le statut de sa parole ? Problème, pour les juifs. Plus grave encore est la question du Saint-Esprit, introduite dès le début de l'Evangile de Jean avec cette idée d'un logos séparé de Dieu, à l'œuvre dans la Création, et qui serait une autre forme de la divinité. La Trinité n'est pas acceptable pour un juif. Que certains soient élus pour porter la parole de Dieu n'est nullement choquant, à condition que soit définie leur condition d'hommes. Mais faire du Saint-Esprit un élément distinct de la personne de Dieu créateur est également irrecevable dans la théologie juive. Cela dit, la confiance des Juifs en l'histoire permet de trouver un aménagement : Spinoza l'a recherché dans son dialogue avec les chrétiens sans Eglise, les unitariens ou sociniens, et avec tous les courants du protestantisme libéral. Finalement, un moderne réexamen de Nicée réaffirmant l'unicité fondamentale de Dieu serait recevable pour une grande partie des chrétiens comme des juifs ; comme le serait une dévotion particulière à la parole de Jésus. Je dirais même que la lecture qui est faite des Evangiles aujourd'hui par certains théologiens chrétiens est infiniment plus acceptable pour des juifs qu'elle ne l'a jamais été. Tous les espoirs des kabbalistes du XVIe siècle sont donc permis.

Vous montrez aussi que la vocation unitaire juive est brisée par le dualisme historique entre Eretz Israël et la diaspora. N'est-ce pas cela, le grand danger d'Israël?

Assurément. Alors que nous sommes la religion de l'Un, toute notre action, toute notre pensée est sous le signe du Deux. C'est ainsi que la Genèse ne commence pas par l'Aleph, mais par la deuxième lettre de l'alphabet, le Beth («Bereshit bara Elohim et hashamayim ve'et ha'arets»). « Au commencement Dieu créa les Cieux et la Terre ». Pourquoi le Deux ? Parce que les hommes sont dans ce règne, alors que Dieu est dans le règne de l'Un. Cette dualité n'est nullement un déni de l'unité de Dieu, mais le rappel insistant de la finitude humaine, qui est à l'origine de notre action réparatrice dans le monde. La dualité Israël-diaspora est fondamentale, mais il y en a d'autres : les Sépharades et les Ashkénazes, les deux récits yahviste et élohiste de la Torah qui les combinent ensuite, et les deux Talmuds. On pourrait multiplier les signes. Pour autant, nous devons tendre à l'unité. Faire en sorte que la diaspora se rassemble autour d'Israël et qu'en retour, Israël la comprenne, ce qui n'est pas toujours le cas. Cette volonté de réduire le Deux dans son côté aléatoire est le destin humain, le symbole du Deux étant ce boitillement dont Jacob fut affligé après avoir affronté l'ange toute une nuit. Jacob fut appelé Israël : « Celui qui a lutté avec Dieu ». Après la fusion avec l'Eternel que fut l'échelle - cette vision de l'avenir de son peuple -, voici Israël revenu à cette dualité, cette irréductibilité, cette obstination des hommes à poursuivre leur chemin, parfois sans bon sens. C'est le cœur de la condition juive, être sous le signe du Deux, alors que le judaïsme est une religion de l'Un.

George Steiner a dit que tôt ou tard les Juifs seraient rejetés à la mer. Peut-on malgré tout rêver d'une issue plus heureuse pour Israël?

George Steiner a écrit à partir d'une position dépressive évidente, comme dirait Freud. C'est un enfant de la Shoah. Il ne l'a pas connue dans sa chair, mais il y a tellement pensé que c'est tout comme. La grandeur tragique de son œuvre est l'expression d'un pessimisme foncier que je ne partage pas. Malgré les épreuves, il n'existe aucune nécessité du mal. Des sociétés entières ont accepté les Juifs sur une longue durée, il n'est donc pas impossible que le monde musulman, dont on voit les actuelles transformations, finisse par agréer la réalité d'un Etat juif, à condition que les Juifs conçoivent que leur retour sur cette terre (au milieu d'un monde islamique quasiment centré sur Jérusalem, aussi paradoxal que cela puisse sembler, et non pas sur La Mecque), exige davantage que ce à quoi ils avaient initialement songé. Peut-être est-ce la grandeur du dessein de Dieu que de nous avoir replacés au milieu des musulmans. Personnellement, je ne pense pas qu'il y ait dans le judaïsme une inéluctable promesse de tragédie et d'irréparable. Rien dans l'état d'esprit juif n'induit à un pessimisme outrancier, quand bien même de grandes figures de la littérature biblique aient pu en être affublées. Par exemple Jérémie : certainement un proche de George Steiner à travers les siècles.

Le titre de votre livre «Le Peuple-Monde», poétique et conceptuel, n'est-il pas aussi d'une totale arrogance?

Oui. Mais une arrogance que je n'ai pas voulue, l'idée se rattachant au concept inventé par Fernand Braudel avec les villes-mondes qui changèrent à travers le temps : Venise au cœur de la Méditerranée, Lisbonne qui ouvrit les routes du Nouveau Monde, Amsterdam qui lui succéda, puis Londres et enfin New York. Il existe une sorte d'incarnation ascendante de l'histoire où, comme dirait Hegel, l'esprit du monde se concentre en un endroit, ce privilège n'étant bien entendu pas éternel. Je m'empresse de dire que, si les Juifs ont été le peuple-monde, ils ne jouent pas le rôle de pivot du destin de l'humanité. D'abord parce que la mondialisation nous a réappris à penser que l'Asie n'était pas une périphérie de la planète, mais un de ses centres fondamentaux. Sans doute les Juifs ont-ils joué un grand rôle dans l'ancien monde ainsi qu'en Amérique avec une pensée religieuse innovante et même révolutionnaire, mais l'essentiel de ce qu'ils ont transmis, ils l'ont appris d'autres peuples. A commencer par le calendrier babylonien, leurs rituels égyptiens. Quant aux domaines où ils ont fini par exceller, par exemple les mathématiques, la physique, voire le jeu d'échecs, toutes ces innovations sont sans rapport avec nos lointains ancêtres, paysans et bergers, qui finirent par donner une forme à la terre d'Israël. Tout cela a été appris dans la diaspora, pour être désappris. Si les Juifs n'ont guère inventé - Wagner en a fait des gorges chaudes dans Le Judaïsme dans la musique -, ils ont en revanche une disposition d'esprit consistant à s'unir au monde. Ils croient sans aucun préjugé à l'innovation dans l'histoire, sans toutefois qu'aucune des grandes révolutions où ils ont marqué les esprits n'ait eu pour origine le judaïsme lui-même. Les Juifs se sont mobilisés ou ont rejoint ces mouvements de manière récurrente, notamment l'émancipation qui souleva l'Europe à partir de 1789. Ce sont les Lumières, Voltaire, Diderot, Rousseau, puis Schiller ou Goethe en Allemagne qui ont donné le branle à cette révolution. Les Lumières allemandes ne sont pas juives, même si l'œuvre d'Emmanuel Kant a été portée par des juifs, si enthousiasmés par cette philosophie rationaliste qu'ils en ont fait une sorte de seconde Torah. Ils ont toujours adoré la créativité des peuples qui les accueillaient, mais ce serait une erreur de perspective doublée d'une dommageable forfanterie de notre narcissisme que de nous attribuer la modernité en tant que telle.

Il n'empêche qu'à un moment donné le bond s'opère et qu'émergent les deux grandes figures tutélaires du XXe siècle : Freud et Einstein. Là, effectivement, on ne peut pas dire que ce ne soient pas des esprits juifs conscients de l'être qui sont à l'origine de l'explosion intellectuelle du XXe siècle.

En quoi la révolution cosmologique est-elle inhérente au peuple juif?

Elle commence avec Galilée et Newton, qui n'ont pas de rapport direct avec le peuple juif. Avec cette précision que, si Newton était judaïsant, puisque bibliciste fanatique, il n'était pas un représentant de l'esprit juif. Cela dit, je repère trois éléments congruents dans la rencontre de la cosmologie moderne et de l'esprit juif. Le premier est la liberté de penser due à une méditation constante du temps. «Les Juifs sont les bâtisseurs du temps», disait le théologien Abraham Heschel, ce n'est donc pas tout à fait un hasard s'ils ont accueilli avec plus de faveur que d'autres l'idée que le temps était une dimension essentielle de l'espace, et qu'il y avait un caractère caché des replis de la matière nécessitant une exploration dépassant l'expérience. Là, je retourne la table par rapport à un physicien nazi prix Nobel comme Philipp Lenard, qui haïssait Einstein, et considérait tout cela comme de l'élucubration par rapport à la solide physique expérimentale - avec les objets que l'on peut déterminer et la technologie qui en découle.

Deuxième élément, aux racines mêmes de la pensée juive : la kabbale considère que l'univers entier est fait de chiffres. L'idée est également pythagoricienne puis platonicienne, mais dans le judaïsme les mathématiques sont beaucoup plus qu'un langage : elles sont un moyen d'exploration du réel qui fournit ses propres réalités.

Troisième point, et non des moindres : la dualité acceptée. Au fond, malgré les efforts d'Einstein de trouver l'équation de champ qui réunifie, la physique moderne est demeurée dans un éclatement du savoir entre une physique des particules de l'infiniment petit, quantique (avec un degré et un principe d'incertitude), et une cosmologie de l'infiniment grand, relativiste, celle qu'Einstein a établie dans sa théorie de la relativité générale dès 1917.

Cette claudication de la physique théorique moderne était un défi pour la pensée qui heurtait moins un esprit juif qu'un esprit non juif. Bien évidemment, des contre-exemples existent dans les deux sens. Beaucoup de Juifs ont été choqués par cette nouvelle physique, Bergson a été obligé de retirer le livre malheureux qu'il avait consacré à Einstein, dont les erreurs d'interprétation aboutissaient à un dialogue de sourds. A l'inverse, de très grands physiciens et innovateurs de la cosmologie du XXe siècle n'ont rien eu à voir avec le judaïsme. Cela dit, on ne peut s'empêcher de regarder comment de ce grand déroulement du monde, de cette grande révolution, émergent finalement trois personnages essentiels : Einstein d'un côté, le Danois Niels Bohr, le découvreur des quanta, son opposé, de père luthérien et de mère juive, et puis, entre les deux, un personnage extraordinaire, car c'est toute la tentation faustienne qui s'exprime en lui : Robert Oppenheimer. Ce dernier aurait pu, lui aussi, être un très grand théoricien, mais il a préféré se jeter dans l'action, dans la pratique, Parti communiste d'une part, et réalisation de la plus grande révolution de la physique contemporaine : la bombe atomique !

Source:lefigaro.fr

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Sujet / Message Re: Trinité vue par les juifs et les musulmans

le Sam 8 Oct - 22:58
La trinité vue par L'Islam

Le Christ s'exprimait avec une concision qui rendait difficile de le comprendre, même pour ses contemporains et ses Disciples. Il était obligé d'expliquer lui-même le sens de ses paroles. Celles qu'il n'a pas expliquées, n'ont été comprises que longtemps après lui, et d'autres sont restées absolument inintelligibles. J'en donnerai ici quelques exemples : Dans le 2ème chap. de Jean, on lit la conversation suivante entre Jésus et quelques Juifs, qui lui demandaient un miracle.

"Jésus répondit : Abattez ce temple, et je le rétablirai dans trois jours. Et les Juifs lui dirent : On a été quarante-six ans à bâtir ce temple, et tu le relèveras en trois jours ? Mais il parlait du temple de son corps. Après donc qu'il fut ressuscité, ses disciples se souvinrent qu'il leur avait dit cela ; et ils crurent à l'Ecriture, et à cette parole que Jésus leur avait dite".

On le voit les Disciples eux-mêmes n'avaient pas compris ce que Jésus voulait dire. Jean rapporte (chap. III.) la conversation de Jésus avec Nicodème, un des principaux docteurs juifs .

"Jésus lui répondit : En vérité, en vérité, Je te dis, que si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu. Et Nicodème lui dit : Comment un homme peut-il renaître quand il est vieux ? Peut-il rentrer dans le sein de sa mère et naître une seconde fois ?"

Jésus essaie d'expliquer, mais le docteur ne comprend pas encore, et lui demande :

"Comment ces choses peuvent-elles se faire ?" Et Jésus répondit : "Tu es un docteur en Israël, et tu ne sais pas comprendre ces choses ?" Une autre fois, s'adressant aux Juifs, Jésus leur dit : "Je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel ; si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement, et le pain que je donnerai c'est ma chair, que je donnerai pour la vie du monde. Les Juifs donc disputaient entre eux, disant : Comment cet homme peut-il nous donner sa chair à manger ? Jésus leur dit : En vérité, en vérité, je vous le dis : Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez son sang, vous n'aurez. point la vie en vous-mêmes. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle.... Car ma chair est véritablement une nourriture. et mon sang est véritablement un breuvage. Celui qui mange ma chair, et boit mon sang, demeure en moi, et moi en lui. Comme le Père, ainsi celui qui me mangera vivra par moi... Et plusieurs de ses disciples, l'ayant ouï, dirent . Cette parole est dure ; qui peut l’ouïr... Dès cette heure-là plusieurs de ses disciples se retirèrent et ils ne marchaient plus avec lui" (Jean VI.).

Dans ce cas, comme dans l'exemple précédent, les Disciples eux-mêmes sont rebutés par la difficulté de pénétrer le véritable sens des paroles de Jésus. Dans le chap. VIII. (21, 22, 51, 52) de Jean on lit :

"Jésus leur dit encore : je m'en vais, et vous me chercherez, et vous mourrez dans votre péché : vous ne pouvez venir où je vais. Les Juifs donc disaient : Se tuera-t-il lui-même, puisqu'il dit : Vous ne pouvez venir où je vais ? ...En vérité, en vérité, je vous dis, que si quelqu'un garde ma parole, il ne mourra jamais. les Juifs lui dirent : Nous voyons bien maintenant que tu es possédé du démon : Abraham est mort, et les prophètes aussi ; et tu dis : Si quelqu'un garde ma parole, il ne pourra jamais ?"

Ici aussi les Juifs n'ont pas compris le vrai sens des paroles de Jésus, et ils l'ont même accusé d'être possédé du démon. Dans un autre endroit nous voyons les Disciples se méprendre sur le sens des discours de leur maître

(Jean XI. 11 - 14) : "Il parla ainsi ; après cela il leur dit : Lazare notre ami dort, mais je vais l'éveiller. Les disciples lui dirent : Seigneur, s'il dort il sera guéri. Or, Jésus avait dit cela de la mort de Lazare ; mais ils crurent qu'il parlait d'un véritable sommeil. Jésus donc leur dit alors ouvertement : Lazare est mort".

Matthieu (XVI. 6-12) dit aussi : "Et Jésus leur dit : Gardez-vous avec soin du levain des Sadducéens et des Pharisiens. Sur quoi ils pensaient en eux-mêmes et dIsaïent : C'est parce que nous n'avons point pris de pain. Et Jésus connaissant cela leur dit : Gens de peu de foi, pourquoi dites-vous nous n'avons point pris de pain ? ...Comment ne comprenez-vous pas que je ne vous parlais pas du pain, lorsque je vous ai dit de vous garder du levain des Sadducéens et des Pharisiens ?Alors ils comprirent que ce n'était pas du levain de pain, mais que c'était du levain de la doctrine des Pharisiens et des Sadducéens, qu'il leur avait dit de se garder".

Luc (VIII. 52, 53) nous raconte le miracle de la résurrection de la jeune fille en ces termes : "Et tous pleuraient et se lamentaient à cause d'elle ; mais il dit : Ne pleurez point ; elle n'est pas morte, mais elle dort. Et ils se moquaient de lui, sachant qu'elle était morte".

Ici aussi on ne comprit point Jésus. Dans Luc (IX. 44, 45) Jésus parlant à ses disciples, leur dit : "Pour vous, écoutez bien ces paroles : Le Fils de l'homme doit être livré entre les mains des hommes. Mais ils n'entendaient point cette parole ; elle était si obscure pour eux, qu'ils n'y comprenaient rien, et ils craignaient de l'interroger sur ce sujet".

Le même Evangéliste dit (XVIII. 31-34) : "Jésus prit ensuite à part les douze Apôtres et leur dit : Voici, nous montons à Jérusalem, et toutes les choses, qui ont été écrites par les prophètes touchant le Fils de l'homme, vont être accomplies. Car il sera livré aux nations, on se moquera de lui, il sera outragé, et on lui crachera au visage. Et après qu'ils l'auront fouetté, ils le feront mourir, et le troisième jour il ressuscitera. Mais il n'entendirent rien à tout cela ; ce discours leur était caché ; et ils ne comprenaient rien à ce qu'il leur disait".

Ici les Apôtres ne comprennent pas non plus, bien qu'il n'y eût en apparence, aucune obscurité dans les paroles de Jésus ; mais ils avaient entendu dire aux Juifs que le Messie serait un roi puissant ; en s'attachant à Jésus, ils avaient cru suivre le Messie, c'est-à-dire, ce souverain redoutable, si longtemps attendu. Jésus leur avait promis qu'ils seraient assis sur douze trônes pour juger les tribus d'Israël ; ils crurent que Jésus leur promettait une domination temporelle, et nous verrons plus loin que c'était là, en effet, leur croyance. Voilà pourquoi ils trouvèrent obscures les prédictions qu'il leur dit en dernier lieu.

Des autres choses que Jésus avait dites à ses Apôtres, deux restèrent obscures pour eux jusqu'à la fin de leur vie. Ce sont :

1) La prédiction relative à l'immortalité de Jean ; et,

2) La doctrine que le jour du jugement aurait eu lieu de leur vivant ; nous avons déjà vu cela au chap. 1er.

Il est certain, d'ailleurs, que les véritables paroles de Jésus ne se trouvent dans aucun des Evangiles ; elles sont rapportées, dans le texte grec, d'après ce que l'Écrivain avait compris. Nous avons vu (Liv. II) que l'Évangile de Matthieu n'existe plus, et que celui que nous avons sous ce nom n'est que la version d'un auteur inconnu. Rien ne prouve que les autres Evangiles soient réellement des Apôtres auxquels on les attribue ; il est certain que le texte en a été altéré, et que la pratique de falsifier les textes sacrés était chose reçue, et même approuvée, parmi les Chrétiens d'une certaine époque.

Nous avons vu aussi, que la doctrine même de la Trinité n'a pu être établie qu'au moyen d'une interpolation, en ajoutant au chap. v. de la 1 ère Épître de Jean les mots suivants : "Car il y en a trois qui rendent témoignage dans le ciel, le père, le Verbe, et le Saint-Esprit, et ces trois là sont un".

On a interpolé également quelques mots dans le 1er chap. de Luc. On en a supprimé d'autres du 1er chap. de Matthieu ; on a ôté tout un verset du chap. XXII. de Luc. Lors même que l'on trouverait quelques passages dans les Évangiles qui sembleraient être en faveur de la doctrine de la Trinité, on ne doit y faire aucun fonds, d'autant plus qu'ils sont loin d'être explicites, ainsi que nous le verrons ci-après

Notre intelligence peut ne pas comprendre ce que certaines choses sont en elles-mêmes et dans leur essence, tout en affirmant leur possibilité ; ces choses seront possibles. Nous jugeons également, à première vue, ou en vertu d'un argument décisif de l'impossibilité de certaines choses, ce qui voudrait dire que leur existence impliquerait une condition impossible à réaliser. Il y a évidemment entre ces deux catégories une différence considérable ; à la seconde catégorie appartient par exemple, la coexistence des contraires : il est impossible qu'une même chose soit en même temps et sous le même rapport, une et plusieurs ; que plusieurs unités deviennent une seule, sans se confondre essentiellement ; que deux contraires soient réunis dans le même sujet, comme la lumière et les ténèbres, le chaud et le froid, le noir et le blanc, la siccité et l'humidité, la vue et la cécité, le repos et le mouvement. Tout esprit raisonnable admettra sans examen, l'évidence de cette proposition.



Deux propositions contraires s'entre-détruisent, s'il est impossible de les expliquer. Dans le cas où l'explication soit possible, il faut y avoir recours à la condition qu'elle n'implique pas une proposition absurde ou fausse. Par exemple, il y a des passages qui établissent la nature corporelle de Dieu, d'autres où on le déclare supérieur à toute limitation de forme ou de temps ; entre les deux il faudra expliquer comme nous l'avons fait ci-dessus. Nous ne devons pas conclure toutefois, de la coexistence de ces passages, que Dieu est à la fois spirituel et matériel d'une manière supérieure à notre intelligence ; nous ne ferions que doubler la difficulté sans ôter la contradiction.

Le nombre étant une fraction de la quantité, il ne peut exister par lui-même, mais par ses parties constituantes ; tout ce qui existe est susceptible d'individualité ou de pluralité, mais l'être qui possède l'individualité parfaite et la distinction réelle ne peut être, en même temps aussi, une pluralité réelle ; autrement l'individu serait un et plusieurs à la fois, ce qui est contradictoire. Ce n'est que d'une manière abstraite que plusieurs individualités réelles peuvent être considérées comme une unité idéale.


La discussion, entre nous et les partisans de la Trinité, ne peut exister, qu'autant qu'ils affirment que l'Unité et la Trinité sont à la fois réellement, dans l'essence divine ; s'ils disent que la Trinité seule est réelle et que l'unité est idéale ou relative, il n'y a plus lieu à discussion entre nous ; mais ils affirment que l'essence divine est à la fois un et trois, comme on peut le voir dans tous les livres de théologie, tant Protestants que Catholiques, et comme le répète, à satiété, l'auteur du Mizan El-haqq.

Le savant Maqrizi dit, dans son livre déjà mentionné, en parlant des différentes sectes de Chrétiens qui existaient de son temps : "Il y a une foule de sectes chrétiennes : les Melchites, les Nestoriens, les Jacobistes, les Bodhaniens, et les Marcolites autrement appelés Rahamites, qui vivaient dans les régions de Harran, et autres". Il ajoute : "Les Melchites, les Jacobistes, et les Nestoriens croient, tous que leur Dieu est en trois personnes, et que ces trois personnes ne forment qu'un être seul, ayant une seule et même essence éternelle ; et que son expression est : Le Père. le Fils, et le Saint-Esprit. Un seul Dieu". Le même auteur dit ensuite : "Ils croient que le Fils a pris une chair humaine, de telle manière que lui et le corps où il s'est incarné ne forment qu'un seul Messie ; le Messie selon eux, est le dieu du genre humain ; mais ils ne sont pas d'accord sur la manière dont s'est faite cette union des deux essences ; les uns disent que l'essence divine s'est unie à l'essence humaine, sans que l'une se soit confondue dans l'autre, que le Messie, selon eux, est Dieu en même temps qu'il est le fils de Marie qui l'a conçu et enfanté, et qu'il a été crucifié.

D'autres disent qu'il y a, dans le Messie, depuis l'incarnation, deux natures . une divine et l'autre humaine, et que c'est la nature humaine seule qui a souffert la crucifixion et que Marie a conçu et enfanté le Messie sous le rapport de sa nature humaine. C' est l'opinion des Nestoriens ; ils disent, enfin, que le Messie en entier (sc. avec ses deux natures) est Dieu et fils de Dieu (combien dieu est au dessus de ces allégations !) ; d'autres prétendent que l'essence divine est simple, non composée, et que l'incarnation s'est faire par l'union de cette essence au corps humain ; d'autres, que l'incarnation consiste dans l'union et la fusion, pour ainsi dire. du Fils avec le corps humain qu'il avait choisi ; d'autres encore, qu'elle s'est opérée en guise de manifestation comme l'empreinte que laisse un cachet sur la cire ou comme la réflexion du corps humain dans un miroir; et d'autres assertions semblables, tellement nombreuses et disparates, qu'on n'en trouve de semblables dans aucune autre religion.

Les Melchites disent que Dieu est l'expression de trois significations (hypostases) ; il est trois-un et un-trois. Les Jacobites disent qu'il est éternel, unique ; qu'il était immatériel, et qu'ensuite il s'est incarné et a assumé la nature humaine ; les Marcolites disent que Dieu est unique ; que sa sagesse est distincte en lui et co-éternelle avec lui, et que le Messie est son fils, sous le rapport de la grâce, comme on dit qu'Abraham est l'ami de Dieu". On voit par ces paroles de Maqrizy que le rapport de la personne du Fils avec le corps visible du Messie est loin d'être nettement déterminé : cela justifie la variété d'explications que l'on trouve, à ce sujet, dans les anciens livres Musulmans : il n'y a de discussion, entre nous (Musulmans) et les Marcolites, que dans la détermination du rapport de la grâce. Les Protestants voyant les périls qu'aurait présenté cette discussion, ont préféré garder le silence sur les rapports des trois personnes de la Trinité.

La doctrine de la Trinité n'a été connue d'aucun peuple, depuis Adam jusqu'à Moïse : nous ne nous occuperons pas des prétendues allusions à ce dogme que ses partisans ont voulu trouver dans quelques passages de la Genèse, parce que, pour nous, ces passages sont en réalité altérés, et l'allusion, que les Trinitaires s'imaginent y trouver, ne repose que sur une interprétation purement imaginative et forcée des textes. Il n'est pas nécessaire de prouver que cette doctrine n'est pas dans la loi Mosaïque ; tous ceux qui ont lu la bible qui se trouve actuellement entre les mains des Juifs et des Chrétiens le savent très bien. Jean Baptiste lui-même, jusqu'à sa mort, douta de la nature et de la mission de Jésus ; on voit par le 11 e chap. de Matthieu, qu'il envoya deux de ses disciples à Jésus, pour lui demander s'il était Celui qu'on attendait. Si Jésus était vraiment Dieu, il faudrait accuser Jean Baptiste d'impiété, car c'est une impiété que de douter de Dieu : on ne conçoit pas qu'il ait pu ne pas reconnaître son Dieu, du moment qu'il était son prophète, et même le plus grand des prophètes, ainsi que l'a déclaré Jésus lui-même (Matthieu loc.cit.), si le plus grand des prophètes et contemporain de Jésus n'a pas eu connaissance de sa divinité, on doit excuser les prophètes précédents de l'avoir ignorée.
A plus forte raison doit-on excuser les docteurs juifs, depuis Moïse jusqu'à nos jours, de ne pas l'avoir connue. Dieu, dans son infinité et dans la plénitude de ses attributs, de sa perfection, existe de toute éternité ; si le dogme de la Trinité était vrai, Moïse et les autres prophètes hébreux auraient dû l'expliquer de la manière la plus claire ; il est vraiment étrange que ce dogme, si essentiel au salut, selon les Trinitaires, soit resté lettre close pour tous les prophètes, depuis Moïse jusqu'au Christ.
Moïse a exposé, de la manière la plus détaillée, et avec une insistance qui semble parfois excessive, les prescriptions les moins importantes en leur donnant la sanction des peines les plus sévères : et cependant il n'a pas fait la moindre allusion à cette doctrine, pourtant si essentielle selon ses adeptes ; mais ce qui est encore plus étrange c'est que Jésus lui-même ne se soit jamais expliqué sur cette doctrine : qu'il n'ai jamais dit par exemple : Dieu est un composé de trois personnes, le père, le Fils, et le St.Esprit, et la personne du Fils est, avec ma personne dans tel ou tel rapport ou d'une manière que votre intelligence ne peut pas arriver à comprendre : qu'il vous suffise de savoir le fait, et de le croire aveuglément ou quelque autre chose de semblable ; mais les partisans de la Trinité ne peuvent produire de Jésus que quelques paroles, énigmatiques et peu claires. L'auteur du "Mizan Elhaqq". dit dans son livre intitulé « Miftah-ul-asrar ». (Clef des Secrets) : "Si on nous demandait pourquoi le Christ n'a pas dit clairement, 'Je suis Dieu', nous répondrions :

1) (Cette première réponse inadmissible en elle-même, n'ayant rien à faire avec le point en discussion nous la passons outre)

2) Qu'aucun n'aurait pu comprendre ce rapport et le concilier avec l'idée de l'unité de Dieu, avant la résurrection de Jésus et son ascension au ciel ; s'il avait dit qu'il était Dieu, ses disciples et les Juifs auraient pris cela dans le sens d'une divinité corporelle et visible, ce qui est une erreur. C'est encore là une des choses auxquelles Jésus faisait allusion quand il disait à ses disciples ; Il y a bien des choses que je ne vous dis pas, parce que vous ne pourriez les comprendre, mais quand viendra cet Esprit de vérité'. (Jean XVI. 12, 13)".

Le même auteur ajoute dans un autre endroit . "Les docteurs juifs voulurent manière énigmatique et obscure" Les deux raisons données par l'auteur du Mizan sont d'une extrême faiblesse. Dire que les auditeurs du Christ ne l'auraient pas compris s'il avait pu leur faire part de sa divinité, tout en leur disant que le rapport de l'union du Fils avec le corps humain qu'il avait revêtu était au dessus de leur intelligence, et qu'il fallait se contenter de savoir qu'il était Dieu sous un autre rapport que celui du corps.L'impuissance de comprendre cette relation des deux natures subsiste après comme avant l'ascension du Christ, car jusqu'à présent aucun théologien n'a réussi à la déterminer ; et tout ce qu'ils en ont dit n'a servi qu'à augmenter la confusion dans les idées, aussi, voyons-nous les théologiens protestants s'abstenir de toute explication ; et l'auteur du Mizan avoue lui-même, en plusieurs endroits, que la chose est au dessus de notre compréhension.

Quant à la seconde raison donnée par cet auteur, elle est tout aussi faible. Le Christ n'est venu, selon les Chrétiens, que pour servir de victime expiatoire des péchés du monde ; il savait qu'il serait crucifié par les Juifs, et prévoyait même le temps où sa crucifixion aurait eu lieu ; il n'avait donc rien à craindre de la part des Juifs, en exposant le dogme de la Trinité ; il est vraiment étrange que le Créateur du ciel et de la terre, l'Etre tout-puissant, ait eu peur de ses créatures, et qu'il ait craint de faire connaître un dogme aussi essentiel au salut éternel, quand ses serviteurs Isaïe, Jérémie, Jean-Baptiste. n'ont jamais hésité à dire toute la vérité, et ont même exposé leur vie, pour accomplir leur mission.

N'est il pas encore plus étrange que le Christ ait craint d'exposer cette doctrine, quand on le voit attaquer hardiment les mœurs de son siècle, dire aux Pharisiens les plus rudes vérités, et les appeler conducteurs aveugles, hypocrites. insensés, sépulcres blanchis, vipères. (Matthieu XXIII., Luc XI.) ?

On ne peut pas croire que celui qui était si courageux à dénoncer le mal, ait pu hésiter à faire part d'un dogme dont dépend le salut éternel. Il résulte, donc, des paroles du Miftah, que le Christ n'a jamais parlé aux Juifs de sa divinité d'une manière explicite, et que cette doctrine leur était même si antipathique qu'ils voulaient lapider Jésus pour y avoir fait allusion d'une manière énigmatique !

Le Cheikh Rahmatullah Al-Hindi, extrait de "MANIFESTATION DE LA VÉRITÉ"

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Sujet / Message Re: Trinité vue par les juifs et les musulmans

le Dim 6 Nov - 13:40
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Sujet / Message Re: Trinité vue par les juifs et les musulmans

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