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Sujet / Message Afghanistan :Oppositions tribales et ethniques

le Ven 17 Fév - 23:44
Afghanistan: Les raisons d'un conflit interminable

Le conflit Afghan se poursuit malgré le retrait soviétique. Certains y voient les séquelles de la guerre froide, l'alimentation en armes de Kaboul par les soviétiques... mais fondamentalement , si le conflit se prolonge, c'est qu'il s'est créé une " société de guerre " dont les chefs locaux n'ont aucun intérêt à ce qu'elle s'arrête car cela remettrait en cause leur pouvoir et leur possibilité d'enrichissement. La guerre devient un facteur d'équilibre entre les groupes rivaux, elle se " re-traditionnalise " et même le pouvoir en place rentre dans ces jeux de guerre.

La prolongation de la guerre d'Afghanistan après le retrait des troupes soviétiques montre qu'il ne s'agissait ni d'une simple lutte Est-Ouest par acteurs régionaux interposés ni même d'une confrontation idéologique entre islam et communisme (ou laïcité), mais d'un conflit local, fondé à la fois sur le jeu des puissances régionales (avec le Pakistan au premier plan, mais aussi l'Iran l'Inde et l'Arabie Saoudite) et sur des oppositions tribales et ethniques, dont le jeu complexe a sous-tendu la politique intérieure de l'Afghanistan depuis la fondation du pays en 1747. Si la stratégie des puissances régionales a bien été perçue par les observateurs, les facteurs internes (ethnicité, tribalisme) ont été eux-mêmes occultés par les différents acteurs (qu il s agisse des Moudjahidin afghans, du régime de Kaboul - jusqu'en 1986 du moins -, et de tous les mouvements et lobbies occidentaux de soutien à la résistance afghane qui ont contribué, entre autre, à la définition de la politique américaine), qui tenaient à se réclamer d'une perspective idéologique, soit Est-Ouest, soit islam contre communisme. Il ne s'agit pas ici de nier la dimension géostratégique de la guerre afghane, qui a joué un grand rôle dans les relations Est-Ouest, d'une part parce que l'invasion soviétique de décembre 1989 a entraîné, par réaction, la politique américaine de roll-back (refoulement par opposition au containment ; ou endiguement) dont le président Reagan s'est fait le champion, d'autre part parce que c'est l'annonce du retrait soviétique en février 1988 qui a convaincu le monde occidental que la perestroïka n'était pas du bluff sur le plan de la politique étrangère. De même, il ne faut pas oublier que le mouvement des Moudjahidin afghans s'inscrivait dans la grande vague " fondamentaliste " des années quatre-vingts, vague elle-même divisée entre un islamisme révolutionnaire, dont l'Iran se fera le champion, et un " néo-fondamentalisme " sunnite et conservateur, qui trouvera son parrain dans l'Arabie Saoudite1. Ce ne sont donc pas les séquelles de la confrontation Est-Ouest qui expliquent la prolongation du conflit afghan. Certes, les puissances régionales jouent un rôle dans cette prolongation. Le Pakistan tient à contrôler tout ou partie du futur Afghanistan H islamique H pour s'assurer une profondeur stratégique face à l'Inde. L'Arabie Saoudite tient à parrainer un mouvement sunnite conservateur apte à remplir le vide qui s'annonce en Asie centrale, pour contrer l'Iran, et, aujourd'hui aussi, l'Irak. L'Iran, affaibli par la guerre du Golfe, cherche, pour s'affirmer comme puissance régionale, à garder le contrôle des minorités chi'ites dans la région, voire à conserver une influence chez les persanophones (Tadjiks afghans et soviétiques) ; l'Inde soutient l'actuel régime de Kaboul pour contrer le Pakistan. Enfin, sur le plan idéologique, il y a une opposition certaine entre les campagnes afghanes, tenues par les mouvements fondamentalistes, et la ville de Kaboul où vit une population urbaine largement " occidentalisée " par l'influence russe.

Ces éléments ne sont pas indifférents pour expliquer la prolongation du conflit. Pourtant, il y a une clé plus profonde, qui est celle des facteurs sociaux et culturels, présents dès le début de la guerre. Une sorte de société de guerre s'est installée en Afghanistan à la faveur de la translation des structures traditionnelles de solidarité (ethnie, clan, tribu), d'exercice de l'autorité, de distribution des biens, de violences, le tout dans le cadre nouveau d'une guerre de guérilla qui est moderne par son armement, son insertion dans la géostratégie des années 1950-1990, ses références idéologiques (communisme, islamisme) et son organisation politique (partis). Seulement, il serait faux de poser une " société traditionnelle ", rurale et musulmane, confrontée à une modernisation brutale apportée par la ville, l'étranger et la guerre. En effet, il n'y a pas d'extériorité entre monde moderne et monde traditionnel ; d'une part, les tendances modernistes des années soixante et soixante-dix se retrouvaient aussi bien chez les communistes que chez les islamistes, dont les cadres étaient, pour les deux mouvements, majoritairement composés de ruraux récemment urbanisés. La création, en 1965, d'un parti communiste (Parti démocratique du peuple afghan) ainsi que le coup d'État d'avril 1978 sont des phénomènes indigènes (même encouragés par les Soviétiques), et il en va de même de la création, dans les années soixante, d'un mouvement islamiste en rupture avec le conservatisme du clergé et du monde rural2. D'autre part, les formes traditionnelles de solidarité, de lutte pour le pouvoir et d'exercice du pouvoir, de création et de gestion de réseaux de clientélisme se retrouvent à l'intérieur même des mouvements se réclamant d'une modernité idéologique ou politique (PDPA ou partis islamistes, sans parler bien sûr des partis ouvertement conservateurs et traditionalistes).

La guerre, civile de 1978 à 1979, antirusse de 1980 à 1988, de nouveau civile à partir de 1988, si elle a apporté des éléments nouveaux de modernisation (insertion géostratégique et technologie), s'est en fait moulée dans un cadre traditionnel (définition du territoire d'action, du groupe de combat, de la temporalité même du combat, de l'objectif à prendre). Ainsi, tout ce qui fait la stratégie est conditionnée, donc limitée par une tradition antérieure de ce qu'est l'action guerrière. Cette continuité exprime à la fois la permanence et la mutation d'une société traditionnelle qui s'adapte à la modernisation extérieure du conflit (technologie, idéologie, références politiques) tout en gardant un invariant structurel, celui de la coalition des hommes entre eux, de la structuration des groupes de combat autour d'un chef, d'un espace, d'une forme de solidarité (la assabiyya de Ibn Khaldun, que nous redéfinirons plus loin sous la forme du qawm). C'est cette projection d'un espace de guerre traditionnelle (espace défini par l'extension de l'habitat ou de l'inf1uence d'un réseau de solidarité, réfractaire donc à toute homogénéisation) sur un espace de guerre moderne (conflit régional à connotation idéologique opposant par acteurs interposés l'Est et l'Ouest, ou, même, carte des groupes ethniques définis de manière moderne par la langue, ce qui donc suppose une possibilité d'homogénéisation) qui explique à la fois la complexité et l'infinitude de la guerre, car, alors que la guerre moderne se définit de manière clausewitzienne (destruction des forces vives de l'adversaire, définition politique des buts de guerre), la guerre traditionnelle est un mode d'existence de la société qui suppose par essence le maintien des équilibres, donc sa propre permanence, sa " perpétuité ". Ainsi, alors que le déclenchement de la guerre d'Afghanistan, et surtout l'intensité qu'elle a pu atteindre, relève de facteurs idéologiques et géostratégiques, sa " perpétuation " relève de facteurs culturels.

Par:Olivier Roy

Lire la suite sur le site:
http://conflits.revues.org/index70.html



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