Bienvenue sur le forum non officiel de l'Etoile Nord-Africaine;

Afin de profiter pleinement de certains sujets sur le forum, merci de vous identifier si vous êtes déjà membre ou de rejoindre notre espace si vous ne l'êtes pas encore.


http://www.intervalle-dz.com/
Sondage
Derniers sujets
» Wilaya 5 historique en Oranies ( 1954/1962 )
Ven 13 Juil - 22:52 par Sphinx

» dépenses militaires mondiales
Dim 6 Mai - 16:38 par ZIGHOUD15

» nouvelle grille de lecture du monde
Dim 29 Avr - 16:29 par ZIGHOUD15

» algerian barkhane la citadelle
Ven 27 Avr - 16:27 par ZIGHOUD15

» cabale
Mer 25 Avr - 16:06 par ZIGHOUD15

» Département du Renseignement et de la Sécurité (DRS)
Sam 20 Jan - 16:30 par ZIGHOUD15

» L'emir Abdelkader et le monde antique ....
Lun 4 Déc - 20:26 par Sphinx

» Abd-el-Qadir al-Djazaïri : naissance ,vie et mort ...
Mar 28 Nov - 22:07 par Sphinx

» BRICS
Mar 14 Nov - 9:42 par ZIGHOUD15

» LA MATRICE DU TERRORISME
Lun 30 Oct - 15:49 par ZIGHOUD15

» La science du transhumanisme
Jeu 19 Oct - 12:43 par ZIGHOUD15

» la guerre de syrie
Jeu 12 Oct - 10:38 par ZIGHOUD15

» la chine nouveau joueur en afrique
Sam 30 Sep - 21:16 par ZIGHOUD15

» Médias- Mensonges et Manipulation de l'information
Mer 20 Sep - 14:23 par ZIGHOUD15

» Les exercices militaires russo-biélorusse
Lun 18 Sep - 14:22 par ZIGHOUD15

» l'inde nouveau joueur ?
Jeu 14 Sep - 12:50 par ZIGHOUD15

» Birmanie
Mar 12 Sep - 16:46 par ZIGHOUD15

» divulgation ET sommes nous prets ?
Mer 30 Aoû - 15:23 par ZIGHOUD15

» la lachété comme le courage seraient hereditaires
Mar 22 Aoû - 10:08 par ZIGHOUD15

» Le Pentagone fait son deuil du « Nouveau Siècle américain »
Lun 21 Aoû - 19:05 par ZIGHOUD15

» le mouton de l'aid
Dim 20 Aoû - 10:32 par ZIGHOUD15

» Le captagon vient au secours des manifestants vénézuéliens
Lun 14 Aoû - 16:56 par ZIGHOUD15

» Le franc CFA, arme de destruction massive contre le développement africain
Lun 14 Aoû - 16:12 par ZIGHOUD15

Galerie


Septembre 2018
DimLunMarMerJeuVenSam
      1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
30      

Calendrier Calendrier

Connexion

Récupérer mon mot de passe


Dr Youcef Khatib (Colonel Si Hassan )

Aller en bas

Sujet / Message Dr Youcef Khatib (Colonel Si Hassan )

Message par Sphinx le Dim 11 Mar - 23:47

Youcef Khatib (Colonel Si Hassan )



Sa déclaration

"Gouverner des hommes ne m'intéresse pas", dit-il dès 1962. "J'avais un devoir, je l'ai fait en y mettant le meilleur de ce que je possède. Aujourd'hui, nous sommes arrivés au but que nous nous étions fixés. L'Algérie est indépendante. Qu'elle prenne en mains ses responsabilités. Moi, je retourne à ma médecine".

Son Itinéraire

Si Hassan, Youcef Khatib, a dirigé la wilaya IV d'août 1961, à l'indépendance, en 1962. Ce natif de Chlef, né en 1932, sportif accompli, avait rejoint l'ALN en 1956 à la suite de la grève des étudiants décidée par le FLN, abandonnant ses études médecine qu'il a reprises plus tard, à l'indépendance, pour décrocher son diplôme de médecin et se spécialiser en chirurgie.
Si Hassan a accompli toute sa carrière au sein de l'ALN à l'intérieur du pays. Il a passé six années dans les maquis, faisant le coup de feu, échappant à la mort à de très nombreuses occasions. Blessé plusieurs fois, il en a gardé quelques séquelles, dont la plus visible à l'oreille droite.
Youcef Khatib a travaillé d'abord dans le service de santé de la wilaya IV, zone dans la région de Chlef, ex-Orléansville, sa ville natale et principale agglomération de la riche plaine du Chéliff. Des maquis importants entouraient la plaine, dans l'Ouarsenis au sud et le Dhahra au nord.
Dans cette période très dure, il a côtoyé les premiers médecins avec lesquels il a mis sur pied le service de santé de la IV, dont il devait, plus tard, prendre le commandement. Devenu commandant, membre du conseil de wilaya, il se lie d'amitié avec Bounaama, dont il assure la succession.

Son témoignage

"Avant de parler de l'événement lui même il faut d'abord faire quelques rappels historiques. Au mois d'août 1959, alors que les deux wilayas (4 & 5) venaient de subir la grande offensive de l'armée française (C'était le fameux plan Challe), il eut une rencontre historique au sein de l'OUARSENIS (Le 25 Août 1959)

entre la Wilaya 4 représenté par :

Le Commandant Bounaama, membre du conseil de la wilaya 4

Le capitaine Hassan chef de la Zone 3 de la Wilaya 4

Le Sous lieutenant Khaled Secrétaire de la wilaya

et la wilaya 5 représenté par :

Le commandant Mejdoub qui venaient d'être promu membre du conseil (Wilaya 5) installé à Oujda

Le capitaine Tarik : chef de la zone 4 Wilaya 5

Le capitaine Boucif : chef de la zone 7 wilaya 5

Au cours de cette rencontre fraternelle et cordiale, le commandant Mejdoub a demandé l'aide de la wilaya 4. Cette dernière (à travers le commandant Bounaama) a donné son accord et une délégation est désignée pour l'accompagner composée du capitaine Hassan et du Sous Lieutenant Moulay. Cette délégation a quitté l'OUARSENIS le 09 septembre 1959 et entama sa tournée par la zone 4 Wilaya 5, en présence de son chef Tarik. Après un séjour d'une quinzaine de jours dans cette zone la délégation accompagnant le commandant Mejdoub se dirige vers la zone 7 Wilaya 5 (Tiaret) et se scinde en deux groupes:

L'un formé du capitaine Boucif, du lieutenant Yahia Megherbi et du Commandant Mejdoub se dirige vers le P C de la zone 7

L'autre composé du capitaine Hassan, du lieutenant Mazouni, des sous lieutenants Moulay et Kaili ainsi que deux agents de transmission se dirige vers le Sud Ouest Frenda. Le 14 Octobre 1959, au levée du jour, alors que le groupe traversait une région déboisé (Gaada) il est surpris dans une embuscade ennemie. Après un échange de quelques minutes, un repli s'est fait les maquis proches du lieu de l'accrochage.

Le bilan pour l' ALN est le suivant :

09 Chouhada (Martyrs) dont

- Le lieutenant Ahmed Mazouni
- Les deux agents de transmission (Moussa et Hassan)
- Un secrétaire sectoral
- 04 Djounoud (Soldats)
- Un blessé grave et fait prisonnier
- 02 blessés légers rescapés par miracle
- Le Capitaine Hassan
- Le secrétaire Régional: Benali Mustapha (Résident à Frenda)
- Un seul Moudjahid sorti indemne

Après le départ des troupes ennemis les 02 blessés légers se sont repliés vers le douar de OULED DJERAD (Frenda) où ils ont pu se procurer des médicaments et reprendre contact avec l'autre groupe accompagnant le commandant Mejdoub et le capitaine Boucif."

Source:frenda.org


Novembre 2011 : A quoi pense le colonel Si Hassan ?

Si Hassan est le nom de guerre de Youssef al-Khatib, ancien chef de la Wilaya historique IV qui comprend la capitale, Alger. En ce jour de commémoration du déclenchement de l’épopée de la guerre de libération et à six mois du cinquantenaire de l’indépendance, il est bon de marquer un moment de recueillement et de réflexion. Si Hassan c’est, bien sûr, Youssef al-Khatib, cet Algérien né à Chlef et qui aurait pu venir au monde à Bouira, à Tolga, à Nédroma ou ailleurs. C’est également le nom de tous ces Algériens entrés en résistance armée pour participer à l’effort collectif de libération du pays et qui, une fois la libération arrachée par le fer et par le sang, sont retournés à leur vie et projet de départ. Si Hassan, c’est, en vérité, une idée, l’idée de comment un peuple décide d’être libre et qui s’en donne les moyens. C’est aussi l’idée et la preuve qu’en dépit de tout, c’est l’homme qui, en toutes choses, reste le maître du jeu, la valeur suprême.

Le prix de l’insouciance et du savoir

A quoi pense Si Hassan lorsqu’il se réveille le matin et accueille un nouveau jour de ‘’sursis’’ ? A quoi pense-t-il lorsqu’il sort de chez lui et éprouve des difficultés à se mouvoir au milieu de ces grappes d’enfants bruyants, insouciants et courant dans tous les sens en attendant l’ouverture des portes de leur école. Eprouve-t-il toujours ce petit pincement au cœur, lui qui est resté habité par le souvenir d’innombrables compagnons disparus, lorsque, levant les yeux, il lit la plaque : ‘’Ecole Chahid A.’’ ou lorsqu’il s’engage dans la rue Chahid B. ou lorsqu’il retrouve ses anciens compagnons de maquis dans le bureau de la Fondation qu’il a créée ? Savent-ils, ces enfants, que ce Monsieur qui, droit, se fraie un chemin parmi eux a offert sa vie, avec beaucoup d’autres, pour leur donner les moyens de l’insouciance et du savoir ? A un journaliste étranger qui l’interrogeait sur ce qu’il aimait le plus dans l’indépendance, un autre grand Monsieur, Ali Zaamoum, répond très vite : Les enfants, les foules d’enfants devant les écoles. Il est vrai que la scolarisation des Algériens, durant toute la période coloniale, était symbolique. Au mois de Juin 1954, 4 mois seulement avant le déclenchement de la guerre de libération, l’université d’Alger ne comprenait que 500 étudiants. Certains d’entre eux rejoignirent le maquis avant et surtout après la grève de 1956. Si Hassan qui était étudiant en médecine était de ceux-là. Mais déjà avant de monter au maquis, il était militant au FLN auquel il adhère en 1955 par l’intermédiaire du docteur Mohamed- Seghir Nekkache. Au sein de sa cellule d’étudiants, il participe à un stage de formation dans le domaine de la petite chirurgie et du secourisme sous l’égide du même docteur Nekkache.

Héroïsme pur et souffrances infinies

Madame Chaïb-Draa a présenté, à la Chaîne 3, pendant des semaines, une émission superbe de fraîcheur, de vérité de d’humilité, ‘’Boulevard des martyrs’’. Le concept en est très simple et la réalisation facile et pas chère. Il s’agit de tendre le micro à des anciens Moudjahidine de différentes régions du pays. On ne se lasse pas d’écouter ces gens qui, dans une langue simple, apportent leur ultime contribution, le témoignage. Pas trace de grandiloquence dans leur récit ni de forfanterie. Ils racontent avec les mots de tous les jours des séquences d’héroïsme pur, d’imagination et d’inventivité admirables mais aussi d’infinies souffrances. La guerre de libération a été la grande épreuve de leur vie et son souvenir les habite pour toujours. Plus d’un demi siècle plus tard, ils continuent d’en dérouler les différents moments. La mémoire est toujours incandescente.

Dans leur récit, ils citent des noms de compagnons de lutte, de joie et de souffrance, des dates, des lieux, des batailles. Ils en parlent comme si c’était hier. Ils savent où se trouve présentement le compagnon de maquis encore en vie et, s’il est tombé au champ d’honneur, ils se souviennent de la date, du lieu, de l’accrochage… A l’évocation du nom de ce dernier, ils n’oublient jamais de dire : ‘’allah yarhmou.’’ Mais comme pour signifier que ce Chahid est partie d’un tout, ils ajoutent aussitôt : ‘’Allah yarham jami’ ach-chouhada.’’ Et les compagnons morts, il y en avait beaucoup ; c’est par dizaines que les djounoud tombaient sous le coup des armes interdites comme le napalm ou au moment du franchissement des barrages électrifiés. Tous disent qu’ils ne croyaient pas qu’ils allaient voir l’indépendance. Beaucoup se considèrent comme des morts en sursis. Mais tous se montrent d’une fidélité exemplaire ; ils tiennent à ce que ceux qui sont ‘’partis’’ ne soient pas oubliés. Ce sont, dit le Commandant Bouragaa, ‘’les plus grands, les plus dignes. Les meilleurs d’entre nous.’’ (Propos recueilli par Abed Charef, La Nation, 3 Juillet 2011) Il aime à penser que ‘’leurs âmes continuent de planer au-dessus des montagnes.’’ C’est pour cette raison, sans doute, que Si Hassan livre son dernier combat, le combat contre l’oubli. Il crée, le 11 septembre 2001, la ‘’Fondation – Mémoire Wilaya IV historique.’’

Cette fidélité, c’est toute la société qui l’a fait sienne et l’engagement et la promesse des anciens de la lutte de libération envers leurs compagnons disparus sont devenus les siens. Dès l’indépendance, la société, malgré son dénuement et ses innombrables besoins, a considéré comme prioritaire la prise en charge sociale et matérielle des familles de chouhada et des Moudjahidine démobilisés leur assurant ainsi une vie digne et à l’abri du besoin. Pour tous les Algériens, c’est un immense motif de fierté et pour tous les Si Hassan, c’est une satisfaction indicible. La dignité, Si Hassan connaît. Lors d’une cérémonie officielle qui regroupe des centaines de personnalités, le Président le retient, un peu plus longuement que les autres, s’enquiert de sa santé, de sa situation matérielle, lui dit de ne pas hésiter à s’adresser à lui si besoin. Très digne, Si Hassan remercie. Le Président insiste et Si Hassan remercie encore : Grâce à Dieu, il ne me manque rien.

Dans l’émission de Mme Chaïb Draa, un moudjahid de la Wilaya IV raconte : ‘’Un jour, notre groupe s’est trouvé encerclé par une troupe ennemie nombreuse. Il n’était pas question d’engager le combat parce que nous étions peu nombreux et parce que l’Etat-major de la Wilaya au complet, le Colonel Si Hassan compris, était avec nous. L’Etat-major a pris la décision de sortir de l’encerclement par tout petits groupes et c’est lui qui a pris en main les modalités du repli’’. On aurait pensé que l’Etat-major déciderait de commencer par se retirer en premier pour éviter que cette Wilaya stratégique de la capitale ne soit décapitée offrant ainsi à l’ennemi une victoire facile et un motif inespéré de propagande. Le Colonel Si Mohamed (Bounaama Djilali), le prédécesseur de Si Hassan à la tête de la wilaya, était tombé, les armes à la main, dans un encerclement le 20 juillet 1961. Et pourtant ce n’est pas cette décision que prend l’Etat-major. ‘’Si Hassan et l’Etat-major, ajoute le témoin, se sont employés à nous faire passer tous en premier et ce n’est qu’après qu’ils sont passés eux-mêmes.’’

A tous les Algériens depuis 1830…

Il y a une chose que disent tous les Si Hassan : nous, nous ne pensions pas voir l’indépendance, En fait nous sommes des morts en sursis. Toutes ces années, c’est du rab…Mais quand le rab s’étire sur un demi-siècle ! La question centrale devient : que pensent ces ‘’miraculés’’ de l’Algérie d’aujourd’hui ? Lorsque Youssef al-Khatib a quitté les bancs de la faculté de médecine, les Algériens n’étaient que 9 millions. La faculté de médecine n’avait que 66 étudiants musulmans et l’université algérienne entière ne comprenait que 513 étudiants en tout et pour tout en juin 1954. Aujourd’hui, les Algériens sont 35 millions et leur université compte 1 300 000 étudiants. Cela aussi, c’est un effet de la guerre de libération. Ce qui avait fait le plus mal aux Algériens du fait de la colonisation est premièrement la spoliation des terres et secondement l’exclusion de l’école et du savoir. A l’indépendance, ce fut comme une revanche historique. Le premier acte autonome fut l’occupation des terres c’est-à-dire la récupération d’un bien. L’autre grand projet a été d’aller vers la scolarisation de masse.

A quoi pensait et que faisait Si Hassan en ce jour si attendu du 5 Juillet 1962 ? Cela, on le sait. Il est parti avec ses officiers dont le Commandant Lakhdar Bouragaa qui rapporte le fait (La Nation, 3 Juillet 2011 ) en même temps que le Colonel Mohand Ou al Hadj, chef de la Wilaya III, le Colonel Saout al-Arab (Salah Boubnider) Chef de la wilaya II, et Kadhi Boubekeur pour la wilya V, à Sidi, Fredj, là où le corps expéditionnaire français avait débarqué un 5 juillet 1830. Lors de cette cérémonie modeste mais hautement symbolique, c’est le doyen, le Colonel Mohand Ou al Hadj qui prononce le discours de circonstance. Qu’avait-il dit, cet homme et que se sont-ils dit, ces hommes valeureux que les nécessités de la lutte ont transformé en guerriers et en stratèges et qui s’étaient joués de la machine de guerre ennemie, de son appareil de renseignement et de ses services psychologiques ?

Le recueillement à Sidi Fredj était un geste très fort. Voulaient-ils, tous ces hommes descendus des montagnes, dire à tous les Algériens depuis 1830 et en particulier à tous ceux qui ont été assassinés, enfumés, blessés physiquement ou dans leur dignité, exilés très, très loin, à Cayenne et en Nouvelle Calédonie, spoliés de leurs biens, à tous ceux qui avaient résisté les armes à la main ou par la désobéissance civile : voilà, ‘’ich-hadou’’, Témoignez ! Témoignez que nous avons rempli notre mission.

Si Hassan pensait avec la conviction du devoir bien accompli à retourner sur les bancs de la Fac de médecine qu’il avait abandonnée six années plus tôt. C’était son projet ; c’était sa conviction ; il le dit : ‘’J’avais un devoir, je l’ai fait en y mettant le meilleur de ce que je possède Aujourd’hui, nous sommes arrivés au but que nous nous étions fixés. L’Algérie est indépendante. Qu’elle prenne en main ses responsabilités. Moi, je retourne à ma médecine.’’ Savait-il qu’au moment même où il déclarait sa mission terminée, d’autres n’en étaient qu’au commencement ? Savait-il que, de l’autre côté des frontières, des troupes nombreuses et lourdement armées s’étaient ébranlées ? Direction Alger ; objectif le Pouvoir. Il le sut très vite puisque ces troupes nombreuses et lourdement armées étaient déjà arrivées aux portes de ‘’sa’’ Wilaya, aux portes de la capitale, aux portes du pouvoir…

Le sanglot de l’Algérien

A quoi pense Si Hassan en ouvrant, le matin, son journal toujours plein de ces nouvelles de détournement, de corruption, de hogra et de harga ? A quoi pense-t-il lorsqu’il voit tous les jours ces affaires de détournement de sommes qu’on a de la peine à imaginer ? Comment est-ce possible qu’un individu arrive à subtiliser à tous ses compatriotes 3 200 milliards et puis partir mener la belle vie dans un pays voisin ? A cette nouvelle ce n’est pas l’indignation, ce n’est pas la colère qui l’emporte en premier, non, c’est l’ahurissement, l’hébétude. On ne peut ni s’indigner ni se mettre en colère contre quelque chose que l’on ne comprend pas, que l’on n’intègre pas dans les choses familières. Il faut donc commencer par le commencement, essayer de comprendre, d’imaginer, de se représenter 3 200 milliards. Il faut passer de l’abstrait au concret. Comment représenter 3 200 milliards ? Billet sur billet ça fait combien, en hauteur ? Billet après billet, ça fait combien, en longueur ? L’auteur de ‘’L’Afrique noire est mal partie’’, l’inoubliable René Dumont, montrait l’Algérie en guerre en exemple aux autres pays africains. Il leur signalait, par exemple, la solde symbolique qui était allouée aux combattants de l’ALN, la même qu’ils soient soldats ou officiers. Les Algériens ont toujours été pauvres et les quelques familles qui sortaient du lot étaient connues d’un bout à l’autre du pays. Alors, s’il vous plait, Monsieur le Ministre des Finances, dessinez-nous 3 200 Milliards.

C’est un Algérien, ancien cadre d’entreprise de la grande période de l’industrialisation. Aujourd’hui, il réside et travaille à l’étranger. Il vient au pays rendre visite à sa famille mais il décide, avant de repartir, de faire le détour par l’usine où il travaillait. Ce fut le choc. Il avait du mal à reconnaître ‘’son’’ usine. La verdure du gazon jadis bien entretenu avait laissé place aux herbes folles qui avaient tout envahi, aux détritus de toutes sortes ; Les murs avaient perdu leurs couleurs attrayantes d’antan ; les locaux s‘étaient ‘’bidonvillisés’’ et leurs occupants n’étaient plus que les ombres d’eux-mêmes. ‘’Son’’ unité était méconnaissable comme si la vie s’en était retirée. Elle semblait à l’abandon. Rentré, il dîne tranquillement en famille et lorsqu’il se retrouve avec sa femme, celle-ci, impatiente, lui dit : ‘’Alors tu racontes ?’’. Notre cadre de la période héroïque a effectivement envie de raconter ’’son’’ usine, mais les mots de viennent pas ; il fait un effort, rien ne sort et c’est alors qu’il éclate en sanglot.

L’industrialisation des années 1970 a été la grandiose aventure de l’Algérie indépendante et sa grande promesse et les Algériens y ont cru et ils lui ont consacré des sommes colossales. Des usines toutes neuves ‘’poussaient’’ sur tous les points du territoire et de nouvelles catégories de producteurs et de managers d’Etat compétents et volontaires prenaient les choses en main. Comment ne pas éclater en sanglot lorsque le ministre en charge du secteur déclare que ‘’les zones industrielles sont devenues des cimetières de ferraille et des repaires pour délinquants.’’ ( al-Khabar, 27-09-2006)

Hogra et Harga

Toutes ces dernières années, deux mots sont venus résumer le quotidien de la majorité des Algériens : Hogra et Harga. Les deux réalités sont intimement liées. C’est parce que la Hogra est devenue insupportable que la Harga est venue se présenter comme l’une des solutions pour en sortir. Il y a, aujourd’hui, en Europe, plein de chercheurs de différentes disciplines qui réfléchissent sur la notion de mépris et sur ses effets sur l’homme et sur la société. Le plus connu d’entre eux est le philosophe et sociologue l’allemand, Axel Honneth, directeur du fameux Institut de recherche sociale de Francfort. Après son maître ouvrage, ‘’La lutte pour la reconnaissance’’ (1992, 2000 pour la traduction française), il publie un autre qu’il intitule ‘’La société du mépris’’ (2006 pour la version française). La société allemande, société du mépris ? Allons donc ! Venez donc, chez nous, Monsieur Honneth et vous approfondirez votre théorie. Vous ferez notamment connaissance avec le mépris made in Algeria, le mépris comme forme de gouvernement des hommes.

Dans les conversations quotidiennes et dans les articles de presse, il est toujours question de détournement, de corruption et il s’agit de sommes colossales difficilement imaginables. Mais en fin de compte, ce n’est pas la fin du monde parce que les Algériens, une fois libérés et revenus à eux-mêmes, seront capables de produire, avec leurs mains cette fois-ci, les richesses.

Ce qui est important ce sont les drames d’hommes. Qu’est ce qu’il pensé, Si Hassan, lui qui a vu, à plusieurs reprises, ‘’la mort avec ses yeux’’, la mort en face, lui qui, maintes fois, a entendu les balles siffler à ses oreilles, lui qui a été, à plusieurs reprises, blessé et qui en garde des séquelles dont une visible à l’oreille droite, qu’est ce qu’il a pensé lorsque les vagues ont rejeté sur la terre ferme le corps sans vie du premier harrag ? Lui qui dans des moments où la mort rodait sans cesse, a toujours veillé à préserver la vie de ses hommes qui avaient l’âge du premier harrag. Lui qui, dans un geste magnifique, exemplaire a préféré sauver ses hommes de l’encerclement avant de penser à sauver l’Etat-major de la Wilaya et à se sauver lui-même.

En vérité la harga est, plus que tout autre chose, le signe le plus éclatant, le plus désespérant de l’échec de notre société et de son système de gouvernance. Un jeune Algérien qui fuit l’Algérie ! Qui préfère regarder la mort droit dans les yeux, dans la solitude, le silence et l’anonymat des immensités maritimes ? Lorsque les mères des harraga pleurent leurs enfants c’est comme si toute l’Algérie pleurait avec elles et sur elle-même et sur ce qu’elle est devenue. ‘’Pleure Ô pays bien aimé’’ est le titre du roman admirable de l’écrivain sud-africain, Alan Stewart Paton. Paton, mort en 1988, ne vit malheureusement pas la fin de l’apartheid. Il aurait probablement écrit, aujourd’hui, un autre roman, plus souriant et plus optimiste, maintenant que sa patrie, l’Afrique du Sud, est devenue une puissance. Cette puissance qui nous avait été promise, en 1970, au moment du lancement du premier plan de développement…

Les observateurs étrangers ne comprennent rien. Voilà un pays qui dispose de tout pour réussir et qui, parce qu’il fait du sur-place, régresse se contentant de regarder les autres passer. Ils ne comprennent pas, ces étrangers, mais ils disent leur impression et leur impression est que l’Algérie est un pays malheureux et pathétique.

La quatrième dimension

Par sa massivité, sa systématicité, sa durée et sa profondeur, la guerre de libération a contribué à transfigurer notre société et l’introduire et l’imposer dans l’histoire du monde. Dans les luttes et les souffrances, elle a accentué considérablement l’intégration de la société qui s’est mise à marcher, au même rythme et dans une même direction comme elle a aiguisé le sentiment national. La guerre de libération est, sans conteste, l’évènement central de l’histoire contemporaine de la société algérienne. C’est un évènement qui a touché physiquement et psychiquement les Algériens et il les a, en quelque sorte, faits, façonnés en tant qu’Algériens.

Lorsqu’on parle de centaines et de centaines de milliers de morts, cela signifie que chaque famille algérienne ou presque a laissé un ou deux ou plusieurs de ses membres. En un mot, les Algériens ont accepté de payer le prix le plus lourd qui soit pour redevenir eux-mêmes, des Algériens et seulement des Algériens.

Le rappel de ce que tout le monde sait est destiné à rendre à la guerre de libération sa vraie place non seulement dans notre histoire mais aussi et surtout en tant que composante de notre identité nationale, à côté de l’islamité, l’arabité et l’amazighité. L’écrivain Tahar Wettar a écrit une pièce qui a eu beaucoup de succès : ‘’les martyrs reviennent cette semaine.’’ En vérité, les martyrs ne sont pas partis pour avoir à revenir ; ils ne nous ont jamais quittés. Ils vivent constamment avec nous et leur présence est tellement forte qu’elle devient familière et donc invisible. Ils participent même à notre socialisation. La socialisation explicite puisque l’école et les autres institutions enseignent leur oeuvre ; la socialisation implicite puisque tous les lieux évoquent leur nom : les écoles, les lycées, les universités, les rues, les places, les quartiers, les stades, les aéroports… Sont fêtés les grands moments et les grands faits d’arme aux niveaux national, régional et local. Au niveau familial aussi. Dans le salon de chaque demeure est accroché le portrait du cher enfant disparu. En réalité, la guerre de libération et ses martyrs ne sont pas entrés dans l’Histoire, ils nous sont toujours contemporains. C’est une situation inédite et privilégiée : les Algériens vivent côte à côte avec les Si Hassan, c’est-à-dire avec leur Histoire.

http://www.lanation.info/Novembre-2011-A-quoi-pense-le-colonel-Si-Hassan_a432.html


__
"Quelle est la différence fondamentale entre une femme et un terroriste ? Avec le terroriste on peut négocier"
3

.、スフィンクス、


Spoiler:


avatar
Sphinx
Adminstrateur
Adminstrateur

Masculin
Nombre de messages : 8036
Age : 32
Emploi/loisirs : Mat
Humeur : Peu importe.
Date d'inscription : 19/12/2008
Localisation : S.B.A

Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum