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Rahim Damon
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Sujet / Message L’historien français tire sa langue

le Ven 1 Juin - 12:53
Réputation du message : 100% (1 vote)
L’historien français Romain Bertrand, spécialiste des dominations coloniales européennes, a livré son point de vue par rapport à trois questions posées par l’APS en marge de sa conférence sur "La France et son passé colonial : loi, mémoire, histoire", animée jeudi à Oran au Centre national de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC).

Question 1 : Dans l’un de vos derniers ouvrages, "L’histoire à parts égales", vous préconisez une nouvelle approche pour l’écriture de l’histoire et dénoncez en quelque sorte l’européo-centrisme. Votre suggestion s’adresse-t-elle précisément aux historiens européens ?

Romain Bertrand : Le projet du livre que résume le titre, "L’histoire à parts égales", c’est avant tout d’utiliser tout simplement autant les sources européennes que les sources extra-européennes, en particulier pour l’histoire des premiers contacts entre les Européens et l’Asie entre le 16eme et le 18eme siècles.

Les Européens ont bâti un récit de leur arrivée qui leur donne le beau rôle. De ce point de vue là, le conseil s’adresse à tout historien quel que soit son pays d’origine. On est très facilement pris au piège de l’européo-centrisme à partir du moment où on accepte cette idée toute simple, qui est au principe du savoir impérial et colonial européen, que dès lors qu’ils sont arrivés, les Européens ont été importants pour les sociétés locales. Or lorsqu’on regarde les sources asiatiques, l’Europe ne comptait pas à l’époque en comparaison avec l’empire Chinois, Mogol ou Ottoman.

Question 2 : Deux pays qui ont en partage un passé marqué par des rapports de domination et de répression, peuvent-ils selon vous tourner cette page sombre de l’histoire commune sans qu’il y ait reconnaissance des faits commis par la force dominante ?

Romain Bertrand : Il faut faire une différence entre, d’un côté, le domaine de la mémoire et de la politique, et d’un autre côté le domaine de l’histoire.

Pour l’historien, il s’agit uniquement et simplement d’essayer de comprendre à partir des faits, c’est-à-dire à partir des archives. Je crois que ça ne doit pas être son problème à lui de savoir ce qui se fait en termes diplomatiques.

J’ai entendu récemment un historien français qui nous explique qu’il faut faire une histoire pacifiée de la guerre d’Algérie. J’avoue ne pas comprendre comment on peut faire une histoire pacifique d’une guerre.

Une guerre c’est une guerre, et une guerre c’est moche. Quand vous allez aux archives militaires, vous ne trouvez pas des choses très agréables. Le rôle de l’historien c’est uniquement de faire cela, d’aller aux archives et de chercher. Je crois que quand l’historien se mêle un peu trop du débat public, ça n’est pas forcément bon pour l’histoire.

Question 3 : La victoire du parti socialiste à l’élection présidentielle en France augure-t-elle, selon vous, d’un changement favorable à la demande du Peuple algérien qui réclame des excuses pour les crimes commis à son encontre ?

Romain Bertrand : Je ne suis pas un spécialiste de François Hollande, mais le fait est qu’il a affirmé pendant sa campagne qu’il souhaitait, sous la forme très probablement d’un très grand discours, reconnaître de façon beaucoup plus claire la responsabilité de l’Etat républicain français dans les exactions coloniales. Il y aura donc probablement, de ce point de vue-là, une avancée significative.

D’un autre côté, je pense qu’il y a eu ces dix dernières années en France énormément d’actes de reconnaissance des crimes coloniaux. Il y a eu le discours de Constantine (...) et la reconnaissance du caractère militaire du conflit pour qu’on cesse de parler des "événements de l’Afrique du Nord" et qu’on parle véritablement d’une "guerre en Algérie".

Ce que je veux dire c’est qu’en fait, il y a déjà des petits jalons posés et si on les met bout à bout on se rend compte que l’Etat français a déjà reconnu sa responsabilité coloniale. Peut-être que ce qui manque, c’est un discours du chef de l’Etat qui soit véritablement axé sur cette question. François Hollande s’y était visiblement engagé durant sa campagne. Son arrivée, de façon générale, changera le climat, c’est sûr.

Par ailleurs, les anciens membres de l’Organisation de l’armée secrète (OAS) sont les bénéficiaires majoritaires de la loi française du 23 février 2005 glorifiant les "bienfaits" du colonialisme français, a affirmé jeudi à Oran l’historien français Romain Bertrand.

La loi en question bénéficie aux partisans de l’Algérie française, dont une grande majorité se compose d’anciens membres de l’OAS, a-t-il indiqué lors d’une conférence animée au Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (CRASC).

Sa communication, intitulée "La France et son passé colonial : loi, mémoire, histoire", a été principalement axée sur le processus de fabrication de cette loi qui, avant son abrogation partielle en 2006, avait été adoptée par l’Assemblée française puis entérinée par le Sénat dont un seul membre s’y était opposé.

L’historien a rappelé dans ce cadre que si l’article 4 de cette loi faisant état du "rôle positif de la colonisation" a été abrogé en janvier 2006, en revanche l’article 13, lui, est toujours en vigueur, ouvrant droit à indemnisation aux partisans de l’Algérie française, dont les membres de l’OAS.

M. Bertrand a fait savoir que ses investigations lui ont permis d’apprendre qu’environ 500 demandes d’indemnisation ont été déposées auprès des instances compétentes chargées de la mise en œuvre de l’article 13 de la loi du 23 février 2005.

Il a également révélé qu’au terme du délai d’un an fixé pour le dépôt des demandes, 120 dossiers ont fait l’objet d’un accord de principe d’acceptation de traitement, déposés majoritairement par des anciens membres de l’OAS qui avaient fait l’objet d’une condamnation pour s’être opposés avec violence à l’indépendance algérienne.

L’historien a rappelé que l’article 13 concerne précisément "les personnes de nationalité française ayant fait l’objet, pendant la période du 31 octobre 1954 au 3 juillet 1962, de condamnations ou de sanctions amnistiées, de mesures administratives d’expulsion, d’internement ou d’assignation à résidence, ayant de ce fait dû cesser leur activité professionnelle".

La mise en place d’un tel dispositif qui permet aux anciens membres de l’OAS de faire valoir leurs droits à l’indemnisation s’apparente à une "réhabilitation de la mémoire des militants terroristes", a déploré M. Bertrand en insistant sur la gravité des exactions de cette organisation terroriste tant en Algérie qu’en France où "74 morts furent enregistrés suite à des attentats perpétrés en l’espace de 18 mois".

Il a observé à cet égard que "l’adoption de la loi glorifiant le colonialisme, qui aurait été impensable trente ans auparavant" a été révélatrice, selon lui de "profonds changements politiques motivés plus par le marchandage électoral que par les organisations (anciens rapatriés) qui la réclamaient, sachant que celles-ci constituent des acteurs extrêmement minoritaires de la scène politique".

"La demande d’indemnisation a vu sa nature de requête transformée en article de loi par un groupe de députés élus pour la première fois à l’Assemblée nationale française (en 2002) et qui avaient de ce fait, une faible expérience du débat parlementaire", a indiqué M. Bertrand en relevant que "l’âge moyen de ces députés ne dépassait pas 12 ans le jour de l’indépendance algérienne, le 5 juillet 1962".

A l’occasion de sa conférence, l’historien n’a pas manqué de rendre hommage aux voix qui se sont élevées pour dénoncer la loi en question, même si leurs efforts, dit-il, ont abouti à l’abrogation d’un seul article (4) après avoir gagné l’adhésion de certains députés.

Directeur de recherches à "Sciences Po", structure rattachée au Centre d’études et de recherches internationales (CERI) de Paris, Romain Bertrand a écrit plusieurs ouvrages autour des dominations coloniales européennes, dont "Mémoires d’empire : la controverse autour du fait colonial", édité en 2006 et dans lequel il revient sur la loi du 23 février 2005.

APS
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