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matriochkas
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Signaler une anomalie Dossier : Le DRS, l’armature du régime.

le Mar 28 Mai - 20:03
«Les services» jouissent de larges pouvoirs qui s’exercent souvent dans l’ombre et sans qu’ils soient soumis à un quelconque contrôle des instances démocratiquement élues, du reste inexistantes à cet effet. L’omnipotence de cette police politique rend hypothétique toute possibilité de changement démocratique dans le pays.



La bataille contre la police politique est assurément l’une des victoires les plus remarquables dans l’effort de construction démocratique à laquelle s’attellent actuellement les pays arabes dont les régimes dictatoriaux viennent d’être disqualifiés par les révoltes populaires. Les régimes de Ben Ali et de Moubarak entraînent dans leur chute le «démantèlement» de redoutables appareils sécuritaires sur lesquels ils ont assis leur autoritarisme. Le gouvernement tunisien a carrément opté pour la dissolution de la fameuse police politique.
En Egypte, en prenant d’assaut les locaux des effroyables moukhabarate, les Cairotes découvrent avec stupéfaction les pratiques d’un appareil qui a semé toute sa terreur à tous les niveaux de la société. Des méthodes dignes de celles de la Stasi du temps de l’Allemagne de l’Est.

Le département de renseignement et de sécurité ou le «Pouvoir réel»

Dans ces deux pays, la nouvelle situation politique nécessite la disparition ou la reconversion de «ses services» qui ont constitué jusque-là le cœur du pouvoir. Une condition sine qua non pour les besoins d’un succès démocratique.
Qu’en est-il de l’Algérie et de ses services de renseignements, le Département de renseignement et de sécurité (DRS) ? Héritier de la sinistre sécurité militaire (SM) dissoute après les évènements d’Octobre 1988, le DRS est publiquement cité par les forces politiques d’oppositions comme étant le «noyau dur du pouvoir», «le pouvoir occulte» ou encore «le pouvoir réel».
En privé, de nombreux responsables politiques proches du pouvoir admettent que «sans l’aval du DRS rien ne peut se faire» dans le pays. Son empreinte est partout, dans la nomination à de hautes fonctions de l’Etat, dont des ministres, jusqu’à la plus anodine des décisions dont l’intérêt n’est pas avéré pour le commun des mortels. «Les services de renseignement ont empiété sur le champ politique», estime l’ancien officier du DRS, Mohamed Chafik Mesbah (voir l’entretien). Cette institution, qui devait avoir comme mission, la lutte contre toute forme d’espionnage et la garantie de la sécurité du pays, a vu ses «prérogatives» prendre de l’ampleur et de l’influence au fil des années.
Elle est devenue à l’ombre de la crise qu’a connue le pays durant les années 1990 un redoutable instrument de contrôle de la société aux méthodes très contestées notamment par l’opposition.
Elle jouit de larges pouvoirs qui s’exercent souvent dans l’ombre et sans qu’elle ne soit soumise à un quelconque contrôle des instances démocratiquement élues, du reste inexistantes à cet effet justement.

«Nécessaire dissolution de la police politique»

Le Front des forces socialistes (FFS) dont son chef historique évoque régulièrement «le rôle paralysant des services», estime que les pratiques de la police politique «sont incompatibles» avec l’existence d’un Etat de droit. Le premier secrétaire de ce parti, Karim Tabbou a indiqué que «depuis sa fondation, le FFS travaille à libérer le politique de la police politique. La confusion entretenue entre police politique et missions de sécurité nationale doit être levée. Les pratiques de la police politique sont incompatibles avec l’existence d’un Etat de droit».
Selon Tabbou, «ces pratiques empêchent l’exercice de la citoyenneté. Pratiquant le noyautage des partis, des syndicats et des associations, intervenant de manière abusive dans la vie interne des organisations, détournant à des fins manipulatoires les débats essentiels de la vie politique de la société et de la nation. Par la distribution des rôles, elle remplace la diversité réelle des analyses et des positions politiques. Elle procède aussi en accordant une surface médiatique disproportionnée à ceux qui servent ses impostures».
Le premier secrétaire du FFS note aussi qu’«en tout état de cause, la police politique entrave l’émergence d’une conscience politique citoyenne. La fonction politique de cette police est de faire régner un climat de peur et d’insécurité.
Elle travaille à rendre l’Etat otage du régime et la société otage des archaïsmes».

De son côté, le RCD a estimé que «l’Algérie subit les contrecoups de la police politique depuis 1962». Par la voix de son porte-parole, Mohcen Belabes, le RCD considère que «le DRS issu historiquement du MALG est responsable de tous les problèmes qu’a connus le pays depuis son indépendance. Actuellement, c’est cette institution qui détient le pouvoir et c’est le général Toufik (patron du DRS) qui a ramené Bouteflika à la présidence de la République», a ajouté M. Belabes.
Il a indiqué également que «les ministres de souveraineté sont issus de cette police politique tout comme les walis et les chefs de daïra». Si le RCD a estimé que «certes, le pays a besoin des services de renseignements pour défendre les intérêts du pays contre des ennemis extérieurs, il est par ailleurs, fondamental de dissoudre la police politique et mettre toutes les institutions militaires sous le contrôle des autorités civiles», a précisé le porte-parole du RCD. La police politique «est consubstantiellement liée aux régimes autoritaires», a rappelé l’avocat et défenseur des droits de l’homme, Mokrane Aït Larbi. Est-ce le cas de l’Algérie ? L’avocat répond : «Dans un pays où un magistrat est convoqué par un agent de la police politique pour l’interroger sur sa carrière et lui établir une fiche et c’est valable pour beaucoup d’autres domaines, veut tout dire.» Et d’ajouter, «C’est la justice qui est au service de la police politique et non pas l’inverse». «Il est temps de demander la dissolution de cette police politique», a plaidé l’avocat.

Depuis 20 ans, le général Toufik est patron des services

Les trois lettres (DRS) reviennent régulièrement dans la bouche des Algériens dès qu’il s’agit du politique et du changement.
Ce «Département», qui regroupe en son sein une dizaine de directions qui opèrent dans différents secteurs da la vie nationale, est sous le patronage du général de corps d’armée, Mohamed Mediène dit Toufik, depuis 1990.
L’homme est autant secret que les services qu’il dirige.
Il n’apparaît jamais en public. Sont très rares ceux qui connaissent le visage et la voix de cet homme, cultivant tout un mystère autour de lui.

Théoriquement dépendant de l’armée, cette institution s’est «dotée» de larges pouvoirs au point de devenir l’armature du régime.
Les autres institutions civiles, élues ou désignées, s’effacent devant elle.
L’omnipotence de cette police politique rend hypothétique toute possibilité de changement démocratique dans le pays. Mais est-ce une fatalité ? Pas si sûr. Les autres pays arabes, comme nos voisins la Tunisie ou l’Egypte l’ont déjà bien compris. Aujourd’hui, ils n’en veulent plus et ils le montrent.


Hacen Ouali, El Watan

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Signaler une anomalie Entretien : Mohamed Chafik Mesbah. Ancien officier supérieur des services de renseignements.

le Mar 28 Mai - 20:06
Mohamed Chafik Mesbah. Ancien officier supérieur des services de renseignements, docteur d’Etat en sciences politiques
«La reconversion des services de renseignements est inévitable, avant ou après le départ du président Bouteflika»

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- Des «législatives anticipées», une «constituante», une «révision profonde de la Constitution», l’amorce d’une «période de transition»… Certains titres de la presse nationale ont prêté dernièrement au «régime» des velléités de «réformes radicales». Des observateurs ont relevé la concordance entre les annonces faites par la presse nationale (autour de l’hypothétique projet de réformes politiques) et l’initiative de Abdelhamid Mehri soutenue par le FFS. Pensez-vous qu’on soit réellement dans cette perspective ou est-ce juste un leurre, un amuse-gueule ?

Jusqu’à preuve du contraire, les instances officielles contestent toute dimension politique attachée à l’état d’exaspération populaire. Celle-ci refléterait des revendications économiques et sociales, pas des exigences politiques. A priori, donc, ce scénario, pour s’en tenir à la logique officielle, ne répond pas à une pression populaire. Ce serait alors une initiative souveraine du président de la République lequel, s’appuyant sur les instances et appareils qui l’entourent, aurait décidé de faire évoluer le système politique vers un processus qui pourrait annoncer la transition démocratique tant attendue. Personnellement, je ne crédite pas le régime actuel de la capacité de se réformer de l’intérieur. A imaginer, par exemple, que le président de la République ait recours à une assemblée constituante – revendication emblématique du FFS –, cela équivaudrait pour le système à se faire hara-kiri. Cela paraît improbable comme éventualité.
Mais n’ayant jamais douté du talent tactique de Abdelaziz Bouteflika, je n’exclus pas qu’il souhaite gagner du temps en lançant des signaux plus ou moins convaincants à destination de l’extérieur et en gagnant l’appui de leaders politiques traditionnellement hostiles à l’influence prêtée aux services de renseignements sur la vie politique du pays et favorables à une réhabilitation plus explicite du mouvement islamiste. Je nourris trop de considération pour Abdelhamid Mehri et Mouloud Hamrouche et autant sinon plus de respect pour Hocine Aït Ahmed, pour que je me permette d’insulter leur intelligence ou de douter de leur conviction patriotique en admettant l’idée qu’ils adhéreraient à un arrangement d’appareils basés sur des visées, plutôt, subjectives – principalement, limoger le chef des services de renseignements et démanteler l’institution – en lieu et place de la solution éminemment politique qui, impliquant toute la société et dépassant les contingences de personnes et de sentiments, conduirait, de manière sûre, vers l’instauration durable du système démocratique.

Si, sentimentalement, je souhaite pour mon pays qu’une telle transition pacifique puisse se vérifier, la raison m’interpelle aussitôt pour me rappeler que le système algérien, dans sa contexture actuelle, a perdu les ressorts qui lui auraient permis de réaliser cette mutation qualitative que semblent suggérer vos sources.
Le 7 mars, le ministère tunisien de l’Intérieur a annoncé la dissolution du corps de la police politique et de l’appareil de la sécurité d’Etat, corps honni par la société tunisienne. En Egypte, les bâtiments des moukhabarate ont été également pris d’assaut par des manifestants. Quantité de documents compromettants se sont de ce fait retrouvés sur Internet. Leurs contenus renseignent sur l’ampleur des collusions, l’instrumentalisation systématique des politiques, des hommes d’affaires, des militants des droits de l’homme et sur les méthodes de terreur utilisées par la police politique pour mettre sous coupe réglée la société égyptienne.

- Pensez-vous qu’un jour, en Algérie, on verra un scénario similaire se reproduire ? Vous qui étiez dans les services de renseignements, en quoi le maintien de ce «service» est-il utile pour la société algérienne ?

L’évolution des processus politiques intervenus en Tunisie et en Egypte avec les péripéties dont vous faites état – dissolution des appareils sécuritaires ou, plus exactement, reconversion – est des plus naturelles. En Europe occidentale déjà – Portugal et Espagne –, dans l’ensemble de l’Europe socialiste même si c’est avec une tonalité différente en Roumanie, dans tous les pays d’Amérique latine passés par la dictature militaire, partout les transitions démocratiques se sont accompagnées d’un repositionnement institutionnel des services de renseignements avec adaptation de leurs missions à des impératifs liés, strictement, à la sécurité nationale, dans l’acception universelle du concept. Pour répondre à la question que vous m’assenez, par voie détournée, je ne me dérobe pas. Le rôle des services de renseignements consiste à protéger la société, non à la contrôler. Partant, c’est l’évidence qu’il ne saurait exister d’exception algérienne pour les services de renseignements. Sans coup férir, en effet, la configuration actuelle des services de renseignements devra, tôt ou tard, subir les transformations utiles qui mettront l’institution en totale adéquation tant avec les exigences du fonctionnement du système démocratique – à travers notamment l’exercice du contrôle parlementaire sur leurs activités – qu’avec les impératifs de la vie moderne par l’ouverture résolue de ces services vers l’élite parmi l’élite de la nation. Ne vous attendez pas, pour autant, à ce que je tire à boulets rouges sur d’anciens compagnons qui sont loin d’être tous corrompus selon l’image que vous évoquez à propos de l’Egypte. Certains de mes compagnons sont morts, à la fleur de l’âge, pour défendre leur pays, j’ai vu d’autres compagnons pleurer devant le gâchis que leurs activités leur ont permis de constater et hurler de rage, impuissants, face aux actes de grande corruption qu’ils ont contribué à matérialiser.
Si vous voulez à tout prix me pousser dans mes retranchements, je dirais que la reconversion de l’institution en charge des activités de renseignements est inévitable, avant ou après le départ du président Abdelaziz Bouteflika, il faut souhaiter, seulement, qu’elle se déroule dans la sérénité.

Mohand Aziri

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Signaler une anomalie Re: Dossier : Le DRS, l’armature du régime.

le Ven 31 Mai - 13:03
" Pensez-vous qu’un jour, en Algérie, on verra un scénario similaire se reproduire ? Vous qui étiez dans les services de renseignements, en quoi le maintien de ce «service» est-il utile pour la société algérienne ?"

quelle problématique !!?? en tant qu'Algérien jsuis fier de "notre" DRS, pensez vs que la CIA le service du pays suposant etre démocratique, est controlée par leur "parlement" et qu'il rend compte de ces pratique ! ....w'la vous nous croyer "débiles"!!??

oui je le re confirme, le DRS est l'ossature de l'Algérie, issu du MALG et de l'ALN...vive l'ANP et vive l'Algérie, une chose wellah, jsuis un civile et un simple Algérien.
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matriochkas
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Signaler une anomalie La ligne rouge à ne pas dépasser !! Un commandant du DRS : «Bouteflika était au courant de tout»

le Ven 31 Mai - 16:44
Un scénario inédit, séduisant presque. A rebours de sa réputation de sinistre police politique, le DRS, héritier de l’ancienne Sécurité militaire, du MALG, endosse depuis 2010 les beaux rôles, passant, depuis, pour le défenseur de la veuve et de l’orphelin, le nettoyeur des écuries d’Augias, le sauveur de la République menacée par des légions de pourris. Et au DRS de se mettre en scène. Sans complexe : « Un général des ‘‘services’’ traque Chakib Khelil à Rome», titrait la gazette Ennahar ; « Bachir Tartag, le général du DRS aux commandes de l’opération ‘‘mains propres’’», lit-on sur le site de TSA (Tout sur l’Algérie), qui consacre un article panégyrique, ode à la gloire de cet officier du contre-espionnage sentant la nitroglycérine à cert lieues à la ronde.
«Il y va, certes, du souci de soigner leur image, mais ce n’est pas exclusivement de ça dont il s’agit», estime l’ancien ministre et diplomate Abdelaziz Rahabi. «C’est que, quelque part, on a pris conscience que la corruption et les pouvoirs enflant des puissances de l’argent constituent véritablement une menace à la sécurité nationale», ajoute-t-il.



Cinquante-deux ans au pouvoir. Grands collectionneurs de mandats illimités devant l’Eternel, le président Bouteflika et le général de corps d’armée, Mohamed Mediène dit Toufik, le chef du Département du renseignement et de la sécurité, affichent au compteur du pouvoir plus que l’âge officiel de la République algérienne. «Oui, il faudrait une révolution. Un changement total. Qu’ils partent tous… Bouteflika, Toufik (….), qu’ils cessent enfin de régler son compte à l’Algérie.» Mohamed Mechati, 92 ans, parmi les derniers survivants du Comité des 21 révolutionnaires ayant déclenché la lutte armée, le 1er Novembre 1954, n’a pas que ces mots en rafale, incandescents pour raconter son Algérie laissée exsangue par un demi-siècle de gouvernance par l’incurie et la corruption. Le Vietnam, dit-il, ravagé par une guerre d’indépendance de 20 ans, trois fois plus longue que la guerre de libération, a réussi son décollage économique : «150 milliards de dollars à l’exportation. Alors que nous… »
El Mouradia, mardi 21 mai. 23 jours après l’AIT, l’accident ischémique transitoire ayant terrassé le 27 avril dernier le président Bouteflika. Un «mini-AVC» — aux séquelles politiques décidément majeures — survenu, dit-on, des suites d’une «colère noire» provoquée par la mise en accusation, par le DRS, de son frère et conseiller, Saïd Bouteflika, dans des affaires de grosse corruption. «C’est du cinéma tout ça», glose Mechati. «Bouteflika, c’est dans sa nature : Il ne peut s’empêcher de manœuvrer, de ruser (…) à chaque fois que ses projets sont contrariés.» Ruser y compris avec et/ou par la maladie. Les quartiers présidentiels respirent le vide dans et autour du palais d’El Mouradia. La Présidence fonctionne en mode pilotage automatique. L’armée de conseillers à la Présidence, les «hommes» et la fratrie du Président, ce qui en reste, non encore déboulonnés par le DRS (Rouguab, son secrétaire particulier, le général Touati, conseiller à la sécurité, Abdelatif Rahal, conseiller diplomatique, etc.), s’avèrent incapables de (ré) animer la scène en l’absence de l’hyper-Président hospitalisé au Val-de-Grâce, à Paris.
Les décrets s’entassent à la Présidence piaffant une hypothétique signature. Mais c’est de France, puissance étrangère, sur un lit d’hôpital, que certains de ces décrets sont signés.
ça ne fait pas scandale. Au contraire. «Le président Bouteflika a signé dimanche (19 mai) un décret instituant le 22 octobre Journée nationale de la presse», indiquait le lendemain et avec aplomb un communiqué des services du Premier ministre. Pourtant, le mois de mai est synonyme de quasi-disette pour l’imprimerie d’Etat : aucun Journal officiel n’a été imprimé pendant tout le mois. Le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, pourvu de pouvoirs anecdotiques par la Constitution de 2008, fait le bouche-trous, essaie de gouverner par décrets exécutifs un pays qui ne se gouverne qu’avec des décrets présidentiels. Ben Aknoun, 2 mai. Lendemain groggy de la finale MCA-USMA. Le derby a viré au combat de gladiateurs.

Gouverner à partir du Val-de-Grâce : mode d’emploi

Un duel à distance «Présidence vs Département du renseignement et de la sécurité» qui s’est joué sur tapis vert, par Ghrib et hooligans du système interposés. Pas d’«Ave César» entonné dans les travées du Colisée. Ce jour-là, au temple du 5 Juillet, pas de banderoles déployées sollicitant un 4e mandat au président Bouteflika. Le footeux scénario a tourné au vaudeville.
Lieu prisé, point de chute d’agents du DRS, le club de tennis les Palmiers à Ben Aknoun est situé à quelques bornes du QG du DRS et de son redoutable «Service central de la police judiciaire», le SCPJ, créé officiellement le 9 février 2008 par décret présidentiel !
La décapitation judiciaire — pour corruption — du management de Sonatrach à la mi-janvier 2010 a marqué l’apogée du SCPJ et de son armée d’enquêteurs formés à l’étranger et passant depuis pour les «déboulonneurs» en puissance des hommes du clan présidentiel.
Attablé à la cafétéria du club, l’intellectuel des «services», Mohamed Chafik Mesbah, ancien officier du DRS, conseiller du président Zeroual, ne désespère pas de voir «muter» le général Toufik «en un Iouri Andropov». Autocrate réformateur russe, patron du KGB (1967-1982), architecte des réformes de la glasnost et de la perestroïka en ex-URSS, Andropov restera dans les annales pour avoir systématisé l’internement psychiatrique des opposants et surtout pour avoir livré une guerre implacable à la corruption, n’hésitant pas, une fois devenu SG du Parti communiste, à limoger de hauts dignitaires du régime.

Les cadres du DRS «exaspérés» par les lignes rouges

Mesbah réfute la thèse des luttes de clans au sommet de l’Etat. Une «thèse réductrice d’un phénomène amplement plus complexe», considère-t-il. Mesbah préfère le vocable aseptisé de «crise de gouvernance», même s’il admet que le président Bouteflika a, dès son accession au pouvoir, voulu mettre au pas et le DRS et l’armée devenue complètement «soumise» depuis la démission de l’homme fort de l’ANP, le général Lamari en juillet 2004. La nomination du général-major Abdelghani Hamel à la tête de la DGSN (juillet 2010) obéissait, d’après Mesbah, au même plan de charge. «Bouteflika pensait avoir trouvé en le général Hamel l’homme qui succédera au général Toufik.» Le projet de créer un super-ministère de la sécurité englobant tous les services de sécurité, soutient l’analyste, n’a jamais été une fiction. «Et je me demande même s’il n’a jamais abandonné son projet.» Epaulé par son ministre de l’Intérieur, Nourredine Yazid Zerhouni, ancien numéro 2 de la Sécurité militaire, Bouteflika voulait mettre sur pied un système à la Ben Ali dont il est «adepte», conférant un rôle prépondérant à la police. Le politologue ne croit pas non plus à une stratégie marketing visant à réhabiliter l’image des «services». «Car s’il y avait une telle démarche, elle aurait été plus élaborée.»
L’explication réside, selon lui, aussi bien dans ce «rééquilibrage au profit des missions classiques des services» et surtout dans cet «état d’exaspération» générale ayant affecté les éléments des services de renseignement, dont les enquêtes avaient mis à jour des faits de corruption graves constituant une menace à la sécurité nationale. «Les cadres du DRS ont vu que leurs enquêtes n’aboutissaient pas. De 2008 à 2012, une ligne rouge était tracée, aussi bien par la hiérarchie politique que du commandement. Il ne fallait pas toucher à Ghoul, Saïdani, Chakib Khelil, s’arrêter au niveau des lampistes», précise Chafik Mesbah.
L’ex-officier souligne le rôle déterminant de «filtre» joué par l’ex- ministre de la justice, Tayeb Belaïz, dans le nettoyage des rapports d’enquêtes du DRS. «Belaïz était intervenu directement en janvier 2010 pour éviter la détention à l’ex-PDG de Sonatrach sachant que s’il avait été mis en prison, il aurait donné le nom de l’ex-ministre de l’Energie.»

BelaÏz, le «filtre» de la Présidence

«Les entités du DRS sont comme des organismes vivants ; un temps, elles doivent évacuer. Et c’est ce qui justifie le fait de communiquer à l’opinion publique les conclusions des enquêtes. C’était leur seule soupape de décompression», concut-il. Dimanche 19 mai.
«Nous ne sommes pas tous des pourris.» Youcef Yousfi, le successeur de Chakib Khelil au ministère de l’Energie et des Mines, veut laver à grande eau et par petites formules l’honneur des cadres et des entreprises de son secteur terni par les scandales en série. Les onze années de Khelil à la tête de ce ministère névralgique n’en finissent pas de répliquer. Au point qu’aujourd’hui, ses détracteurs n’hésitent plus à assimiler son action au ministère de l’Energie et à la tête de l’empire Sonatrach à de la «haute trahison».
«Les dégâts occasionnés au secteur de l’énergie et spécialement à Sonatrach mise complètement à genoux sont tels qu’il faudrait plusieurs décennies pour les résorber», assène un commandant du DRS qui a été en fonction au ministère de l’Energie avant de se faire débarqué par sa hiérarchie. «Je reste tout de même le seul officier des renseignements à avoir résisté plus de 5 ans avec Khelil», affirme-t-il, un tantinet fier. Car dès son arrivée au ministère, Chakib Khelil «déclara la guerre» aux officiers du DRS, obtenant la tête de nombreux officiers en les récusant soit auprès du commandement ou carrément en les «retournant» à son avantage.
Rédigeant quantité de rapports, l’officier dit avoir avisé systématiquement sa hiérarchie et, par ricochet, les autorités politiques de tous les actes de gestion et agissements du ministre. «Il arrivait que le président de la République demande des explications au ministre, mais celui-ci savait, dans ses réponses, arrondir les angles et enjoliver les situations.»

Un commandant du DRS : «Bouteflika était au courant de tout»

Ouverture de corridors pour les majors pétroliers ; marchés de grè à grè et corruption ; remise à flots du plan Valhyd (valorisation-hydrocarbures) datant des années 1970 et consistant en une exploitation effrénée et à l’exportation massive des ressources, politique assimilée à un pillage organisé et grandeur nature ; mise en place de la «bourse de l’emploi» par laquelle le ministre à pu chambouler entièrement l’encadrement de Sonatrach ; arrêt de la formation et privatisation de l’Institut algérien du pétrole (IAP), etc. La liste de griefs accablant Chakib Khelil est aussi longue que grave. «Pourtant, quand Khelil avait débarqué au ministère, il était vu presque comme le messie. Son aura et sa longue carrière à la Banque mondiale l’avaient déjà précédé. Mais il a débarqué avec de gros sabots et sa démarche était empreinte de collusions avec des intérêts étrangers.»
Khelil, «homme des Américains» ? L’officier dit ne pas croire à cette légende. «Non. Pas les Américains. Car hormis Abraham Spencer, dit-il, secrétaire à l’Energie dans le 1er gouvernement de George Bush (2001-2005), Khelil ne disposait d’aucune autre entrée à l’Administration américaine. Sauf que lui savait jouer de cette réputation usurpée, faisant notamment miroiter au président Bouteflika qu’il est la seule interface crédible et reconnue par les Américains». Des «Américains», Khelil, «Texan» par adoption, en a pourtant ramené dans ses bagages à l’instar de Bob Pleasant, juriste à la BM et véritable architecte de la loi sur les hydrocarbures d’avril 2005. Gelée un an après, en juillet 2006, «grâce au DRS et non à Chavez», précise-t-on, la loi en question déroulait le tapis rouge au majors anglosaxons et cassait le monopole de Sonatrach. «24 heures après la décision portant gel de la loi, Chakib Khelil s’envole aux USA.» Le gel de cette loi a marqué, selon l’officier, un tournant dans le comportement de Chakib Khelil. «C’est à partir de là qu’il a commencé à déconner, à se livrer au pillage.»

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