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    Signaler une anomalie La science du transhumanisme

    le Dim 17 Sep - 14:05
    Le développement rapide des technologies dites NBIC – la nanotechnologie, la biotechnologie, les technologies de l’information et la science cognitive – donne lieu à des possibilités qui ont longtemps été du domaine de la science-fiction. La maladie, le vieillissement et même la mort sont autant de réalités humaines auxquelles ces technologies cherchent à mettre fin.
    Elles peuvent nous permettre de jouir d’une plus grande « liberté morphologique » – nous pourrions prendre de nouvelles formes par le biais de prothèses ou du génie génétique, ou faire progresser nos capacités cognitives. Nous pourrions utiliser les interfaces cerveau-ordinateur pour nous connecter à une intelligence artificielle (IA) avancée.
    Des nanobots pourraient parcourir notre circulation sanguine pour surveiller notre santé et améliorer nos propensions émotionnelles à la joie, l’amour et autres émotions. Les progrès dans un domaine créent souvent de nouvelles possibilités dans d’autres secteurs, et cette « convergence » peut entraîner des changements radicaux dans notre monde à court terme.
    Le « transhumanisme » est l’idée que les humains devraient transcender leur état naturel et leurs limites actuels grâce à l’utilisation de la technologie, c.-à-d. que nous devrions adopter une évolution humaine autodirigée. Si l’histoire du progrès technologique peut être considérée comme la tentative de l’humanité de dompter la nature pour mieux répondre à ses besoins, le transhumanisme est la suite logique : la révision de la nature de l’humanité pour mieux servir ses fantasmes.
    Comme le dit David Pearce, principal défenseur du transhumanisme (ainsi que de l’« impératif hédoniste », exigence morale selon laquelle les hommes doivent travailler à la réduction — voire à l’abolition — de la souffrance pour tous les organismes dotés de sensibilité (sentient beings)) et cofondateur de Humanity + :
    « Si nous voulons vivre dans un paradis, nous devrons l’élaborer nous-mêmes. Si nous voulons la vie éternelle, nous aurons besoin de réécrire notre code génétique truffé de bogues et devenir semblables à Dieu… Seules les solutions de haute technologie peuvent éradiquer les souffrances du monde. La compassion seule ne suffit pas. »
    Mais il y a un aspect plus sombre à la foi naïve que Pearce et d’autres partisans ont dans le transhumanisme, aspect incontestablement dystopique.
    Il est peu probable que nous devenions des transhumains du jour au lendemain. Les technologies deviendront plutôt davantage intrusives et s’intégreront parfaitement au corps humain. La technologie a longtemps été considérée comme une extension de soi. De nombreux aspects de notre monde social, notamment nos systèmes financiers, sont déjà largement basés sur les machines. Il y a beaucoup à apprendre de ces systèmes hybrides homme/machine en constante évolution.
    Pourtant, le langage et les attentes souvent utopiques qui entourent et façonnent notre compréhension de ces développements n’ont pas fait l’objet d’une grande analyse. Les changements profonds qui nous attendent sont souvent abordés de manière abstraite, car les « progrès » évolutifs sont considérés comme si radicaux qu’ils ignorent la réalité des conditions sociales actuelles.
    Ce faisant, le transhumanisme devient une sorte de « technoanthropocentrisme », dans lequel les transhumanistes sous-estiment souvent la complexité de la relation que nous entretenons avec la technologie. Ils le voient comme un outil contrôlable et malléable qui, avec la bonne logique et la rigueur scientifique, peut être tourné vers n’importe quelle fin. En fait, tout comme les avancées technologiques dépendent et tiennent compte de l’environnement dans lequel elles s’accomplissent, elles se répercutent dans la culture et créent de nouvelles dynamiques, souvent imperceptiblement.
    Ainsi, situer le transhumanisme dans les contextes sociaux, culturels, politiques et économiques plus larges au sein desquels il émerge est essentiel pour comprendre sa portée éthique.

    Environnements concurrentiels

    Max More et Natasha Vita-More, dans leur ouvrage intitulé « The Transhumanist Reader », revendiquent le besoin d’un transhumanisme pour « l’inclusion, la pluralité et la remise en question perpétuelle de notre connaissance ».
    Pourtant, ces trois principes sont incompatibles avec le développement de technologies transformatrices dans le système actuel duquel elles émergent aujourd’hui : le capitalisme avancé.
    L’un des problèmes réside dans le fait qu’un contexte social hautement concurrentiel ne se prête pas à diverses façons d’être. Il exige plutôt des comportements de plus en plus efficaces. Prenez le cas des étudiants, par exemple. Si certains ont accès à des pilules qui leur permettent d’obtenir de meilleurs résultats, les autres étudiants peuvent-ils se permettre de ne pas faire de même ? Il s’agit bien d’un dilemme. Un nombre croissant d’étudiants prennent déjà des pilules améliorant leur performance. Et si les pilules deviennent plus puissantes, ou si les améliorations font appel au génie génétique ou à la nanotechnologie intrusive qui offre des avantages concurrentiels encore plus grands, alors quelle est la suite ? Rejeter une orthodoxie technologique avancée pourrait rendre quelqu’un socialement et économiquement moribond (peut-être même sur le plan de l’évolution), alors que tous ceux qui ont accès aux pilules sont effectivement forcés de la suivre pour garder la cadence.
    Passer outre les limites quotidiennes suggère une sorte de libération. Cependant, il s’agit plutôt d’une impulsion contraignante d’agir d’une manière déterminée. Nous devons littéralement nous transcender afin de nous conformer (et survivre). Plus la transcendance est extrême, plus la décision de se conformer est délibérée et plus il est impératif de le faire.
    Les forces systémiques qui poussent l’individu à s’« améliorer » pour rester compétitif jouent également un rôle géopolitique. Un domaine où la recherche et le développement technologique ont le plus grand potentiel transhumaniste est celui de la défense. DARPA (le département de la défense américaine chargé de développer des technologies militaires), qui tente de créer des « soldats métaboliquement dominants » – Metabolically Dominant Soldier ou MDS – est un exemple concret de la façon dont les intérêts particuliers d’un système social donné pourraient déterminer le développement de technologies transformatrices radicalement puissantes à des fins destructrices plutôt qu’utopiques.
    La précipitation pour développer une IA super intelligente par des États-nations mondiaux concurrentiels et mutuellement méfiants pourrait également devenir une course aux armements. Dans « Radical Evolution », Verner Vinge décrit un scénario dans lequel l’intelligence surhumaine est l’« arme ultime ». Idéalement, l’humanité prendrait le plus grand soin de développer une innovation aussi puissante et transformatrice.
    Il y a à juste titre une grande inquiétude entourant la création d’une superintelligence et l’émergence de la singularité, c.-à-d. l’idée qu’une fois que l’IA atteindra un certain niveau, elle se redéveloppera rapidement, entraînant une explosion d’intelligence qui dépassera rapidement celle des humains (quelque chose qui se passera d’ici 2029 selon le futuriste Ray Kurzweil). Si le monde prenait la forme de ce que l’IA la plus puissante est programmée (ou s’est reprogrammée) à obtenir, son évolution pourrait prendre un tournant pour le tout banal – une IA pourrait-elle détruire l’humanité parce qu’elle désire produire le plus de trombones possible par exemple?
    Il est également difficile de concevoir un aspect de l’humanité dont l’efficacité ne pourrait être « améliorée » pour satisfaire les exigences d’un système concurrentiel. C’est donc le système qui détermine l’évolution de l’humanité, sans avoir de vision sur ce que sont les humains ou sur ce qu’ils devraient être. Une des façons dont le capitalisme avancé se révèle extrêmement dynamique est dans son idéologie de neutralité morale et métaphysique. Comme l’affirme le philosophe Michael Sandel : « les marchés ne font aucune distinction entre le bien et le mal » (Michael J. Sandel, Ce que l’argent ne saurait acheter. Les limites morales du marché, Paris, Seuil, 2014). Dans le capitalisme avancé, maximiser notre pouvoir d’achat maximise notre capacité à nous épanouir – par conséquent, acheter pourrait être considéré comme un impératif moral primaire de l’individu.
    Le Philosophe Bob Doede suggère à juste titre que c’est cette logique banale du marché qui dominera :
    « Si la biotech a fait en sorte que la nature humaine soit entièrement révisable, elle ne peut aucunement diriger ni contraindre la forme que nous lui donnons. Ainsi, quelle forme les artéfacts posthumains prendront-ils ? Je ne doute point que notre grande société de consommation, notre économie capitaliste saturée de médias et nos forces commerciales parviendront à leur fin. Alors, l’impératif commercial deviendrait le vrai architecte de l’humain futur. »
    Que le processus évolutif soit déterminé par une IA super intelligente ou un capitalisme avancé, nous pourrions être obligés de nous conformer à une transcendance perpétuelle qui ne nous rendra plus efficaces que dans les activités nécessaires au système le plus puissant. Le résultat final serait, d’une manière prévisible, une entité technologique entièrement non humaine – bien que très efficace – issue de l’humanité qui ne servirait pas nécessairement un but que l’homme moderne ne valorise en aucune façon. La capacité de servir efficacement le système sera la force motrice. Cela vaut également pour l’évolution naturelle, la technologie n’étant pas un outil simple nous permettant d’élucider cette énigme. Mais le transhumanisme pourrait amplifier la vitesse et les aspects les moins souhaitables du processus.

    L’autoritarisme de l’information

    Pour le bioéthicien Julian Savulescu, la raison principale pour laquelle les humains doivent être améliorés est pour que notre espèce survive. Il affirme que nous sommes confrontés à un Triangle des Bermudes de l’extinction : le pouvoir technologique radical, la démocratie libérale et notre nature morale. En tant que transhumaniste, Savulescu exalte le progrès technologique et le considère comme inévitable et infreinable. C’est la démocratie libérale, en particulier notre nature morale, qui devrait changer.
    L’incapacité de l’humanité à régler les problèmes mondiaux est de plus en plus évidente. Mais Savulescu néglige de situer nos faiblesses morales dans leur contexte culturel, politique et économique général, croyant plutôt que les solutions se trouvent dans notre composition biologique.


    « Nous devrons renoncer à une protection maximale de la vie privée. Nous constatons une augmentation de la surveillance des individus et elle sera nécessaire si nous voulons éviter les menaces que les personnes ayant un trouble de la personnalité antisociale et les fanatiques représentent par leur accès à une technologie radicalement améliorée. »
    Une telle surveillance permet aux entreprises et aux gouvernements d’accéder à des informations extrêmement précieuses et de les utiliser. Dans « Who Owns the Future », le pionnier de l’Internet, Jaron Lanier, explique :
    « Les multiples données sur la vie privée et les habitudes des gens ordinaires, colligées sur les réseaux numériques, sont groupés pour former une nouvelle forme privée de monnaie d’élite… c’est une nouvelle forme de sécurité négociée par les plus nantis, et sa valeur augmente naturellement. C’est devenu un énorme levier inaccessible aux gens ordinaires. »
    Essentiellement, ce levier est aussi invisible pour la plupart des gens. Il ne fait pas que dévier le système économique vers les élites, mais modifie de manière significative la conception même de la liberté, car l’autorité du pouvoir est à la fois radicalement plus efficace et dispersée.
    La notion de Foucault selon laquelle nous vivons dans une société panoptique – où le sentiment d’être perpétuellement surveillé instille la discipline – s’étend maintenant au point où la machinerie incessante d’aujourd’hui a été appelée « superpanopticon ». Les connaissances et l’information que les technologies transhumanistes auront tendance à générer pourraient renforcer les structures du pouvoir existantes qui consolident la logique inhérente du système duquel la connaissance émane.
    On peut notamment le constater dans la tendance des algorithmes à établir des discriminations raciales et sexistes, lesquelles reflètent déjà nos échecs sociaux existants. La technologie de l’information tend à interpréter le monde de façons définies : elle privilégie l’information facilement mesurable, comme le PIB, aux dépens de l’information non quantifiable, comme le bonheur ou le bien-être. À mesure que les technologies invasives fourniront davantage de données granulaires sur notre personne, ces données pourraient vraisemblablement en venir à définir notre monde, et l’information intangible pourrait perdre sa place légitime dans les affaires humaines.

    Déshumanisation systémique

    Les inégalités actuelles seront sûrement amplifiées avec l’introduction de psychopharmaceutiques ultra puissants, de la modification génétique, de la surperintelligence, des interfaces cerveau-ordinateur, de la nanotechnologie, de la prosthétique robotique et du progrès possible dans le domaine du prolongement de la vie. Ils sont tous fondamentalement inégalitaires et reposent sur une notion de non-limitation plutôt que sur le niveau standard de bien-être physique et mental que nous acceptons dans le domaine des soins de santé. Il est difficile de concevoir une façon où tous pourront jouir de ces possibilités.
    La sociologiste Saskia Sassen parle de « nouvelles logiques d’exclusion », qui reflètent « les pathologies du capitalisme mondial d’aujourd’hui ». Les exclus englobent les 60 000 migrants et plus qui ont perdu leur vie dans des trajets mortels au cours des 20 dernières années et les victimes du profilage racial de la population carcérale grandissante.
    En Grande-Bretagne, ces exclus sont les 30 000 personnes dont la mort en 2015 était liée aux coupures dans les soins de santé et l’aide sociale et tous les autres qui ont péri dans l’incendie de la Tour Grenfell. On pourrait dire que leur mort est due à la marginalisation systématique.
    La concentration aiguë et sans précédent de la richesse va de pair avec ces exclusions. Les exploits économiques et techniques avancés favorisent cette richesse et l’exclusion de groupes excédentaires. En même temps, Sassen avance qu’ils créent une sorte de contexte nébuleux sans centre semblable au lieu de pouvoir :
    « Les opprimés se sont souvent élevés contre leurs maîtres. Mais aujourd’hui, ils ont été pour la plupart exilés et survivent à grande distance de leurs oppresseurs… L’« oppresseur » est un système de plus en plus complexe combinant individus, réseaux et machines dont le centre n’est pas défini. »
    La population excédentaire retirée des aspects productifs du monde social pourrait rapidement augmenter dans un proche avenir à mesure que les améliorations apportées à l’IA et à la robotique engendreront possiblement une importante automaticité du chômage. De vastes pans de la société pourraient devenir productivement et économiquement excédentaires. Pour l’historien Yuval Noah Harari, « la question la plus importante dans l’économie du 21e siècle pourrait être la suivante : que fera-t-on de tous ces gens inutiles ? »
    Nous n’aurions d’autre scénario que celui d’une petite élite possédant la presque totalité de la richesse et ayant accès à la plus puissante des technologies transformatrices de l’histoire de l’humanité et d’une masse de gens accessoires, ne pouvant suivre le contexte évolutif dans lequel ils se trouvent et dépendant entièrement de la bienveillance de cette élite. Le traitement déshumanisant accordé aux groupes exclus d’aujourd’hui démontre que les valeurs libérales des pays développés ne s’étendent pas toujours à ceux qui ne partagent pas les mêmes privilèges et la même race, culture ou religion.
    Au sein d’une ère de pouvoir technologique radical, les masses pourraient même représenter une importante menace pour la sécurité de l’élite, ce qui pourrait justifier des mesures agressives et autoritaires (et peut-être d’autres mesures plus radicales grâce à une culture de la surveillance).
    Dans leur traité sur le transhumanisme, « The Proactionary Imperative », Steve Fuller et Veronika Lipinska allèguent que nous sommes obligés de poursuivre sans relâche le progrès technoscientifique jusqu’à ce que nous accomplissions notre destin semblable à celui de Dieu ou que nous atteignons un pouvoir infini – soit celui de servir Dieu en devenant Dieu. Ils nous révèlent imperturbablement le processus de violence et de destruction naissant que ces visées prométhéennes nécessiteraient : « remplacer la nature par de l’artificiel est la clé d’une stratégie proactionnaire… du moins il est sérieusement possible, sinon probable, que cela entraîne une dégradation environnementale de la Terre à long terme. »
    L’ampleur de toute la souffrance qu’ils seraient prêts à mettre en jeu dans leur cruel casino ne peut être entièrement comprise que lorsque nous analysons ce que leur projet signifie pour les êtres humains :
    « Un monde proactionnaire ne ferait pas que tolérer la prise de risque, mais l’encouragerait, puisque les gens se verront fournir des incitatifs juridiques pour spéculer sur leurs actifs bioéconomiques. Vivre dangereusement deviendrait une entreprise en soi… les proactionnaires cherchant d’importants bénéfices à long terme sur les survivants d’un régime révolutionnaire qui encouragerait bien des préjudices pour y parvenir. »
    Survivre demandera de nombreux sacrifices.
    La fragilité économique à laquelle les humains devront bientôt faire face et son chômage automatisé se révéleront probablement extrêmement utiles aux buts proactionnaires. Dans une société où une vaste majorité de la population dépendra d’aumônes pour survivre, les forces du marché feront en sorte que le manque de sécurité sociale poussera les gens à prendre plus de risques pour peu d’avantages, alors les « proactionnaires réinventeraient le système d’assistance sociale en tant que véhicule favorisant la prise de risque en tant qu’instrument du marché » pendant que « l’état proactionnaire serait exploité en tant qu’énorme capital-risque ».
    Au cœur de cet état se trouve le remplacement des droits fondamentaux de « l’Humanité 1.0 », terme de Fuller pour définir les êtres humains non augmentés modernes, par des obligations envers l’Humanité 2.0 augmentée future. Ainsi, nos codes de valeurs peuvent et doivent même être monétisés : « l’autonomie personnelle devrait être perçue comme une franchise accordée par le gouvernement où les individus envisageraient leur corps comme une parcelle de terrain dans ce que l’on peut appeler un « patrimoine génétique commun ».
    La préoccupation néolibérale entourant la privatisation s’étendrait alors aux êtres humains. En effet, l’endettement à vie qui fait partie de la réalité de la plupart des citoyens des nations développées capitalistes prendrait une tout autre signification lorsqu’une personne naîtrait endettée : être en vie équivaudrait à « vous investir dans un capital où des résultats sont attendus ».
    Les masses socialement moribondes pourraient être forcées de servir le super-projet technoscientifique de l’Humanité 2.0, qui utilise l’idéologie du fondamentalisme commercial dans sa quête d’un progrès perpétuel et d’une productivité maximale. La seule différence significative est que le but déclaré des capacités divines de l’Humanité 2.0 est patent, par opposition à la fin indéfinie déterminée par le « progrès » infini d’une logique commerciale encore plus efficiente que celle que nous avons à l’heure actuelle.

    Une nouvelle politique

    Certains transhumanistes commencent à comprendre que les plus sérieuses limites aux objectifs des humains sont sociales et culturelles, et non techniques. Cependant, le plus souvent leur reformulation des politiques tombe dans les mêmes pièges que leur vision globale technocentrique. Ils allègent généralement que les nouveaux pôles politiques ne seront plus de droite ou de gauche mais plutôt technoconservateur ou technoprogressiste (et même technolibertaire ou technoseptique). Aussi, Fuller et Lipinska ergotent qu’ils seront situés de haut en bas plutôt que de gauche à droite : ceux qui veulent dominer le ciel et devenir puissants, et ceux qui veulent préserver la Terre et sa diversité d’espèces. Il s’agit d’une fausse dichotomie. La préservation des derniers est nécessaire à toute réalisation des premiers.
    Le transhumanisme et le capitalisme avancé sont deux processus qui valorisent avant toute chose le « progrès » et l’« efficience ». Le progrès en tant que moyen d’accéder au pouvoir et l’efficience en tant que moyen de faire du profit. Les humains deviennent des véhicules pour servir ces valeurs. Les possibilités du transhumanisme nécessitent urgemment une politique ayant des valeurs humaines davantage délimitées et explicites pour procurer un environnement sécuritaire à ceux qui favorisent ces changements profonds. La position que nous prenons concernant les questions de justice sociale et de durabilité environnementale n’a jamais été aussi cruciale. La technologie ne nous permet pas de nous soustraire à ces questions, elle ne permet pas la neutralité politique. L’inverse est aussi vrai : nos politiques n’ont jamais été aussi importantes. Savulescu dit vrai lorsqu’il affirme que les technologies radicales s’en viennent. Par contre, il a tort de penser qu’elles corrigeront nos valeurs morales… elles les refléteront.
    traduit avec la collaboration de Stéphanie S.
    Daily Mail par Alexander Thomas With The Conversation
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    Signaler une anomalie NSA et compagnie misent sur l'intelligence artificielle

    le Dim 17 Sep - 15:47
    Actualités
    Le 4e sommet annuel sur le renseignement et la sécurité des États-Unis s’est tenu les 6 et 7 septembre dernier et a vu défiler plusieurs intervenants de marque dont les directeurs du FBI, de la NSA et du Département d’État à la Sécurité intérieure (DHS). Au menu des échanges, un état des lieux du renseignement des États-Unis et des perspectives d’avenir, notamment en matière d’innovation.

    C’est connu, les États-Unis ont une certaine avance en matière d’intelligence artificielle comme en témoigne l’abondante offre en IA des GAFA qui, d’ailleurs, fait l’objet de craintes exprimées par de nombreux gouvernements. S’exprimant à tour de rôle lors de ce 4e sommet sur le renseignement et la sécurité du pays de l’oncle Sam, les décideurs de la communauté du renseignement des États-Unis ont laissé filtrer en quoi ils comptent innover en matière d’intelligence artificielle.


    « Si nous devions manuellement exploiter les données d’imagerie satellitaire attendues dans une vingtaine d’années, il nous faudrait 8 millions d’analystes », a déclaré Robert Cardillo, directeur de l’agence de renseignement géospatial des États-Unis. C’est dire que les volumes de données à manipuler sont de plus en plus importants et avec eux, arrivent une flopée d’informations cachées derrière des tendances qu’une intelligence artificielle correctement entraînée saura détecter.

    « Où il y a des tendances, nous pensons que l’intelligence artificielle peut faire un meilleur boulot », a lancé Chris Hurt (CEO de Stabilitas), qui ajouté que « l’intelligence artificielle peut étendre l’ouverture d’une opération de renseignement en facilitant la recherche de fragments d’informations qui s’avèrent capitaux. » La chasse aux bits ou plutôt aux informations cachées dans les flots de bits stockés dans les centres de collecte de ces différentes agences est donc lancée. Il ne serait pas faux de dire qu’elle s’accentue simplement, la nouveauté ici étant l’emphase sur les efforts d’intégration de l’intelligence artificielle à la guerre.

    Vous avez dit guerre ? Oui, si l’on se souvient des mots de Vladimir Poutine qui déclarait le premier septembre dernier, à l’occasion du Knowledge Day que « l'intelligence artificielle représente l'avenir non seulement de la Russie, mais de toute l'humanité. En ce domaine, il y a des opportunités colossales et des menaces qui sont difficiles à prévenir aujourd'hui. Celui qui deviendra le leader dans ce domaine sera le maître du monde. »

    Attention aux réseaux sociaux … À côté de l’emprise déjà importante des GAFA sur ces derniers, il faudra compter avec celui des agences de renseignement américaines qui, si l’on s’en tient aux différentes interventions lors du sommet, est désormais « officiel ». Oui, les agences de renseignement américaines annoncent qu’elles auront les réseaux sociaux pour terrain de jeu.

    Dawn Meyerriecks, directeur adjoint pour le développement de la technologie de la CIA a annoncé que 137 projets en intelligence artificielle sont en cours de gestation dans des laboratoires de la Silicon Valley. Robert Cadillo de l’agence de renseignement spatial a, pour sa part, annoncé l’automatisation de 75 % du travail des analystes par l’IA.

    Sources : INSA, Phys
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    Signaler une anomalie Re: La science du transhumanisme

    le Dim 17 Sep - 16:20
    NSA's 2017 Codebreaker Challenge: Can you crack the code?

    September 15, 2017






    Calling all U.S. undergraduate and graduate students, it's that time again. On September 15, the National Security Agency will launch the fifth Codebreaker Challenge.
    Every day the National Security Agency faces difficult tasks, we solve them with a workforce devoted to the mission of protecting and defending our nation. Do you have what it takes to mastermind solutions for hard-hitting problems? This year's challenge will give students the opportunity to construct viable solutions for similar, yet fictitious, tasks. The Codebreaker Challenge participant's mission is to crack our code. Are you game?
    This year's Codebreaker Challenge scenario has a new component, it focuses on NSA assisting the Department of Homeland Security (DHS) with investigating an intrusion into a critical infrastructure system. To succeed, participants must perform network analysis and forensics to hone in on the intrusion, perform vulnerability analysis to identify how attackers get into the system and reverse engineer the malicious code that was found in the network.
    Codebreaker Challenge participants can download and track University progress real-time on the leaderboard website.
    Andrew, NSA Codebreaker Challenge program manager, says, "The Codebreaker Challenge is a great way for students to improve their applied computer security skills in a competitive environment. The problems that the participants will solve are designed to closely resemble real world challenges that NSA must overcome on a daily basis to carry out its offensive and defensive missions."
    Register and find out if you have what it takes to win the 2017 Codebreaker Challenge.
    Date Posted: September 15, 2017 | Last Modified: September 15, 2017
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    Signaler une anomalie Des chercheurs ont lié un cerveau humain à Internet pour la première fois

    le Lun 18 Sep - 13:47
    Une équipe de chercheurs de l’Université Wits à Johannesburg (Afrique du Sud) a fait une percée majeure dans le domaine de l’ingénierie biomédicale. Selon un communiqué publié sur Medical Express, pour la première fois, les chercheurs ont conçu un moyen de connecter le cerveau humain à Internet en temps réel. Il a été surnommé le projet « Brainternet », et il transforme essentiellement le cerveau « … en un nœud Internet of Things (IoT) sur le World Wide Web ».
    Le projet fonctionne en prenant des signaux EEG (électroencéphalographique) d’ondes cérébrales rassemblés par un dispositif Emotiv EEG connecté à la tête de l’utilisateur. Les signaux sont ensuite transmis à un ordinateur Raspberry Pi à faible coût, qui diffuse les données sur une interface de programmation d’application et affiche les données sur un site Web ouvert où n’importe qui peut afficher l’activité. Adam Pantanowitz, chargé de cours à la Wits School of Electrical and Information Engineering et le superviseur du projet, a déclaré :
    « Brainternet est une nouvelle frontière dans les systèmes d’interface cerveau-ordinateur. Il manque de données facilement compréhensibles sur la façon dont un cerveau humain fonctionne et traite l’information. Brainternet cherche à simplifier la compréhension d’une personne de leur propre cerveau et du cerveau des autres. Il le fait grâce à une surveillance continue de l’activité cérébrale ainsi qu’à une certaine interactivité. »
    Pantanowitz a déclaré que ce n’est que le début des possibilités du projet. Il ajoute que l’équipe vise maintenant à permettre une expérience plus interactive entre l’utilisateur et son cerveau. Une partie de cette fonctionnalité a déjà été intégrée au site, mais elle est très étroite – limitée aux stimulus tels que le mouvement des bras.
    « Brainternet peut être amélioré pour classer les enregistrements grâce à une application de téléphone intelligent qui fournira des données pour un algorithme d’apprentissage machine. À l’avenir, il pourrait y avoir des informations transférées dans les deux sens – entrées et sorties vers le cerveau », a déclaré Pantanowitz.
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    Signaler une anomalie Intelligence artificielle

    le Lun 18 Sep - 14:32
    Intelligence artificielle forte, quatre raisons de douter
                 




    Les perspectives de l’Intelligence Artificielle inquiètent – les ordinateurs pourraient-ils atteindre à une intelligence similaire à celle de l’être humain ? Les robots pourraient-ils devenir indépendants de leurs créateurs, voire hostiles, et aller même jusqu’à les remplacer ?
    Aussi important que puisse être dans l’avenir l’impact de l’IA sur la productivité et sur l’emploi, il y a en réalité au moins quatre raisons de douter qu’une Intelligence Artificielle « forte », c’est-à-dire similaire à l’humaine – « quelqu’un dans la machine » – soit pratiquement ou même théoriquement possible.
    Les rêves ou les cauchemars des théoriciens de la « Singularité » et du remplacement par les machines ne sont même pas pour après-demain, et probablement pour jamais.
    De l’astronome Martin Rees s’inquiétant que les robots ne prennent bientôt le pouvoir, l’astrophysicien Stephen Hawking craignant que limités par une évolution trop lente les êtres humains s’avèrent incapables de rivaliser avec l’intelligence artificielle ou l’entrepreneur Elon Musk décrivant le risque que l’humanité n’ « invoque un démon » et ne mette sa propre existence en danger en construisant une intelligence artificielle supérieure… jusqu’au mouvement trans-humaniste espérant des progrès de l’intelligence artificielle non seulement la multiplication des possibilités humaines mais rien de moins que l’immortalité – ainsi Mark O’Connell dans « To Be a Machine » prophétisant la possibilité de transférer son esprit dans une machine, laquelle ne serait pas soumise à la mort.
    Ces craintes et ces espoirs découlent tous d’une source unique : la perspective de doter prochainement un ordinateur d’un esprit similaire à celui de l’être humain, qui lui serait bientôt supérieur – ce qu’il est convenu d’appeler une « intelligence artificielle forte ».
    Cette perspective est-elle véritablement réaliste ?
    Avant de développer l’argumentation, commençons par sa conclusion – le résumé pour décideurs :
    Construire à base d’ordinateurs une intelligence artificielle forte – c’est-à-dire égalant ou dépassant l’esprit humain, « quelqu’un dans la machine » – est fort probablement impossible pour raison de principe, car au moins trois questions fondamentales pourraient chacune à elle seule en exclure la possibilité, et la réponse définitive à chacune de ces questions est à ce jour inconnue.
    Si toutefois aucune des trois réponses ne s’avéraient faire obstacle et si ce projet était donc théoriquement possible, sa difficulté inhérente – hors de toute proportion avec la difficulté à fabriquer par exemple de simples robots autonomes utiles dans la vie courante ou l’industrie – bref la question pratique, assurerait qu’elle ne pourra de toute façon être qu’un projet à très long terme, comparable par exemple avec ce qu’est pour l’astronautique le vol interstellaire.
    L’IA forte dans dix ou vingt ans des transhumanistes théoriciens de la « Singularité » n’est que balivernes.
    En cette époque où l’humanité fait face aux prodromes d’une crise gigantesque, vague scélérate additionnant fragilités du système financier et entrée dans l’âge des limites notamment en énergie fossile sur fonds de catastrophe écologique en cours incluant un dérèglement climatique aux conséquences de long terme très menaçantes, il est très agréable de découvrir – pour une fois ! – que tel nouveau monstre menaçant sortant du brouillard… n’est finalement qu’un banal épouvantail et un jouet pour faire peur aux enfants.
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    En l’espèce, la menace d’une conscience artificielle née de l’informatique parvenant à supplanter les humains.

    Un peu de contexte…

    Pour commencer, le mythe de la création prochaine d’esprits artificiels est vivace depuis les années 1950. Ce qui, comme on dit, ne nous rajeunit pas. Il est en général annoncé pour le prochain coin de rue, dans quelques petites années. Puis, lorsque les prédictions ne se sont – à l’évidence – pas réalisées, d’autres reprennent le conte en toute bonne foi, et roulez jeunesse ! Jusqu’à la prochaine fois.
    Cependant, les réalisations de la discipline « IA » ne sont pas du tout à la hauteur de ces craintes et espoirs tonitruants. Ce n’est pas qu’elles soient inexistantes, ni négligeables, loin de là ! Simplement, la reproduction informatique – on pourrait dire le mime – d’activités humaines généralement considérées comme intelligentes ne mène pas à l’apparition d’une conscience artificielle. La carte serait-elle par nature différente du territoire ? La simulation, différente de la réalité ?
    Naturellement, la puissance des ordinateurs, jusqu’ici très inférieure à celle d’un cerveau humain, constitue une explication possible de l’échec à ce jour à produire une « IA forte ». Peut-être tout simplement les ordinateurs n’étaient-ils pas encore assez performants ? Voilà qui pourrait amener à penser que l’augmentation exponentielle des capacités de traitement informatique mettra en revanche bientôt à portée le Saint Graal d’une conscience artificielle.
    Réalisant une simulation précise du fonctionnement physique des neurones, l’un des plus grands calculateurs début 2014 a pu simuler le fonctionnement de 1% d’un cerveau humain pendant une seconde… mais le calcul lui a pris 40 minutes. De ce point de vue, les plus puissants ordinateurs actuels sont très loin du compte. En revanche, en se limitant à une simulation logique en réseau de neurones, la puissance nécessaire à un « cerveau humain » en temps réel est déjà largement disponible. Il suffit d’examiner les ordres de grandeur : 10^11 neurones et 1,5. 10^14 synapses, effectuant des « calculs » à un rythme inférieur à 10^2 par seconde, soit au maximum 1,5.10^16 opérations par seconde nécessaires – et probablement beaucoup moins – alors que le plus grand superordinateur était en juin 2017 le Sunway TaihuLight chinois, lequel peut effectuer 9,3. 10^16 opérations par seconde. Soit au moins 6 fois plus que nécessaire pour simuler complètement et en temps réel le fonctionnement logique du réseau neuronal d’un cerveau humain.
    Cependant, même compte tenu du potentiel de cette puissance de calcul, quatre questions doivent être posées, quatre obstacles majeurs barrent le chemin de la construction d’une IA forte ou conscience artificielle. Les trois premières sont fondamentales, il s’agit de la possibilité théorique elle-même que des êtres humains puissent réaliser un tel « objet pensant » à base d’ordinateurs. La quatrième est tout simplement la question pratique, à supposer que les trois questions de possibilité théorique soient décidées dans un sens favorable – et ce n’est pas la moindre.

    Les trois questions fondamentales, pour commencer

    C’est que pour que le projet de construire une conscience artificielle par voie informatique ait ne serait-ce qu’un sens, trois conditions sont nécessaires :
    1 – Il faut que la conscience, telle qu’elle se manifeste par exemple dans la tête de tout un chacun, soit entièrement compréhensible en termes matériels. C’est là une position philosophique matérialiste.
    Incise – Non, cette condition n’a rien d’ « évidente »
    La position opposée, c’est-à-dire l’existence de « quelque chose » de non réductible à la matière et qui serait intrinsèque à l’esprit ou à la personne humaine, apparaîtra suspecte à beaucoup pour une simple raison d’habitude.
    C’est que les explications de type surnaturel – esprits, fées, lutins ou dieux – ont évidemment reculé constamment dans les derniers siècles, la méthode scientifique permettant de comprendre toujours davantage de phénomènes toujours plus en profondeur, alors qu’ils avaient été autrefois considérés comme des mystères inaccessibles à l’esprit humain. Il est alors bien naturel de considérer qu’une tendance historiquement aussi bien établie continuera indéfiniment, et qu’elle permet d’apercevoir ce qui serait en définitive la vérité ultime : que l’ensemble de ce qui existe est matériel, donc soumis aux règles de la matière telles qu’elles sont progressivement dévoilées par l’effort scientifique humain.
    Il est bien évidemment loisible de choisir d’adopter une telle position. A qui la choisit, une position différente risque de n’apparaître motivée que par au choix : l’ignorance, le préjugé par exemple religieux, ou un sentimentalisme refusant d’admettre que moi aussi et non simplement le monde qui m’entoure, je pourrais n’être que matériel, et s’imaginant donc « par nature » différent.
    Mais il est également vrai que les tendances historiques les mieux établies peuvent rencontrer leurs limites, et surtout que la connaissance extraordinaire apportée par la méthode scientifique ne signifie pas nécessairement que celle-ci permet d’accéder à une vérité ultime. Car c’est bien ce que suppose la philosophie matérialiste, et ce passage de « la méthode scientifique a permis de constamment avancer dans la compréhension de la réalité » à « la méthode scientifique révèle la vérité ultime sur la réalité » n’est rien d’autre qu’un passage du fait à la croyance… qu’un « saut de la foi », s’il est permis d’être taquin.
    La position pleinement rationnelle à ce stade est en fait la position « agnostique », c’est-à-dire de ne pas conclure sur le matérialisme en tant que philosophie, parce que pour ce qu’on en sait aujourd’hui rien ne le démontre, et rien non plus ne l’interdit. Il faut donc rester ouvert à la fois à la possibilité qu’il soit pleinement justifié, et à celle qu’il ne le soit pas. Dans ce second cas l’IA forte pourrait être impossible pour raison de principe.
    2 – Si la première condition est remplie, il faut encore que le comportement de la matière impliquée dans l’émergence de la conscience soit entièrement compréhensible en termes calculables. C’est que les ordinateurs fonctionnent en termes calculables et déterministes – ce sont des machines logiques dites « machines de Turing », et le terme calculable veut d’ailleurs exactement dire « qui peut être calculé par une machine de Turing ». Il faut notamment, et pas seulement, que le hasard et l’indétermination décrits par la physique quantique n’aient qu’un rôle « spectateur » dans l’existence entre les oreilles d’un être humain vivant d’une « intelligence forte ». C’est une position déterministe et objectiviste dans la compréhension de la conscience et de l’intelligence humaines. Qui là encore n’a rien n’évident – j’oserai dire, encore moins.
    Incise – Et si cette condition avait déjà été démontrée fausse ?

    image: http://reseauinternational.net/wp-content/uploads/2017/09/Roger_Penrose.jpg

    Roger Penrose – « Etant donné que la pensée inclut un élément non calculable, les ordinateurs ne pourront jamais faire ce que nous autres êtres humains faisons. » (source)
    La question de savoir si le comportement de la matière à la base de la conscience est entièrement compréhensible en termes calculables, fait l’objet d’études et de discussions. Il faut toutefois signaler l’œuvre du physicien et mathématicien Roger Penrose, généralement reconnu comme l’un des plus grands esprits actuellement vivants, dans « les Ombres de l’Esprit« .
    Aussi extraordinaire que cela puisse paraître, Penrose y a proposé une démonstration formelle du fait qu’une opération au moins de l’esprit humain – discerner la vérité mathématique d’une certaine proposition de logique avancée – est impossible si l’esprit humain est compréhensible en termes calculables et déterministes. Comme cette opération a bien lieu – elle est accessible à qui a un niveau licence en mathématiques, et Penrose guide le lecteur jusqu’à ce qu’il la réalise lui-même, ce qui rend sa démonstration particulièrement impressionnante – il s’ensuit que l’esprit n’est pas compréhensible en termes calculables. Donc ne peut être reproduit informatiquement. Il est naturel à partir de ce résultat de supposer que ce fonctionnement non calculable du cerveau humain ne se manifeste pas seulement dans l’opération mentale utilisée pour cette démonstration mathématique : si le cerveau humain possède cette caractéristique, elle est alors probablement générale à une partie importante de ses opérations, si ce n’est à la plupart.
    Dans la deuxième partie de son ouvrage, il propose une hypothèse – plus aventurée – sur une explication physique du caractère non calculable de l’esprit, basée sur des phénomènes quantiques intervenant notamment dans les microtubules des neurones et liés à la réduction du paquet d’ondes, phénomène postulé par la mécanique quantique, qu’elle ne cherche pas à expliquer, ce qui de l’avis de Penrose est insatisfaisant. Il s’agit là de physique spéculative, plus d’une idée de direction dans laquelle chercher la nouvelle physique – au-delà de la mécanique quantique donc – nécessaire à une compréhension scientifique de la conscience, si la démonstration de Penrose est correcte, que d’une quelconque précision sur ce que pourrait être cette physique.
    Dans ce livre, l’auteur répond à toutes les objections présentées à ses travaux précédents sur le même sujet. Le livre existe depuis une quinzaine d’années, et à ce jour personne n’a réussi à contrer son raisonnement ni à invalider la démonstration qu’il propose du caractère « non calculable » du fonctionnement du cerveau humain.
    S’il a raison, alors « les Ombres de l’Esprit » sera probablement considéré un jour comme un livre fondamental dans l’histoire scientifique. Et naturellement, le projet « Conscience artificielle » apparaîtra alors sans objet. Du moins dans sa version informatique : si l’hypothèse spéculative de Penrose s’avère judicieuse et est un jour développée, on ne peut exclure qu’il soit un jour possible de produire une conscience artificielle en se basant sur la physique nouvelle ainsi découverte. Mais alors, l’objet pensant produit ne serait pas un ordinateur… il en serait sans doute aussi différent par nature que l’ordinateur lui-même est par nature différent d’une machine à vapeur ou d’un marteau. Et naturellement les délais pour le réaliser seraient tout à fait indéterminés.
    Pour un résumé plus détaillé de ce livre, voir le commentaire de Jean Staune

    image: http://reseauinternational.net/wp-content/uploads/2017/09/Miroir_infini_m.jpg

    L’esprit peut-il se comprendre lui-même, donc contenir une description de lui-même ?
    3 – Enfin, si les deux premières conditions sont vérifiées, il faut que cette conscience supposément compréhensible en termes matériels uniquement, et en termes calculables et déterministes exclusivement – il s’agit ici de la conscience qui se trouve dans le cerveau de l’inventeur – soit capable de concevoir le fonctionnement d’une autre conscience, celle que l’inventeur cherche à créer. Ce qui signifie que cette conscience présente dans son cerveau doit avoir la capacité de se comprendre elle-même ! En effet, si l’inventeur n’en était pas capable, comment pourrait-il déterminer les plans, méthodes et principes de la construction de l’IA ? Une troisième fois, cette position n’a rien d’évident – il est même permis de considérer qu’elle est la plus suspecte de toutes.
    Les réponses à ces trois questions fondamentales sont à ce stade inconnues – sauf naturellement si la démonstration de Roger Penrose s’avère valide, auquel cas la seconde n’est pas vérifiée. Il existe des positions et des arguments philosophiques, naturellement, chacun avec leur validité. Mais il n’existe de réponse définitive au sens scientifique à aucune de ces questions. Peut-être cela changera-t-il un jour. En attendant, ces questions restent ouvertes.
    Si la réponse à UNE SEULE des trois questions ci-dessus est négative, alors la création par voie informatique d’une conscience artificielle est irrémédiablement une chimère : on pourra reproduire sous forme informatique tel ou tel processus mental, ou en fournir un équivalent fonctionnel, on pourra créer des solutions logicielles pour traiter tel problème intellectuel particulier, parfois même mieux qu’un être humain – c’est d’ailleurs l’objet de la discipline IA, la vraie non la fantasmée, voir encore l’ouvrage sur le sujet du chercheur Jean-Gabriel Ganascia – on n’arrivera jamais à obtenir un objet avec qui on puisse sérieusement tailler une bavette, un objet qui serait quelqu’un. L’idée est alors à ranger dans le même rayon que les histoires de fées et du Père Noël.
    Si et seulement si les TROIS réponses sont positives, alors la construction d’une conscience artificielle est théoriquement possible pour des êtres humains.
    A ce sujet, on demandait la différence entre théorie et pratique. Un plaisantin répondit : « En théorie, c’est la même chose. En pratique, non« 

    Il est temps de parler des « menues » difficultés pratiques pour la création d’une conscience artificielle…

    Ne nous étendons pas sur le fait que personne à ce jour n’a d’idée autre que très partielle et générale – moindrement testée en pratique donc – de comment au juste il faudrait s’y prendre. Si des pistes et réflexions diverses ont été proposées quant à l’aspect psychologique de la chose – voir par exemple pour le domaine francophone Paul Jorion dans Principes des systèmes intelligents (1989) ou Alain Cardon dans Un modèle constructible de Système Psychique (2011) (texte complet en PDF) parmi d’autres dans diverses langues – le fait même que ces pistes dont certaines sont anciennes n’aient pas permis d’aboutir à une réalisation concrète de type « quelqu’un dans la machine » montre que l’essentiel de la difficulté théorique reste devant nous. Ce que font les spécialistes en IA, ce qu’ils construisent dans la réalité, est bien différent, comme déjà dit. Et ce n’est pas faute d’essayer ni de réfléchir au moyen de construire une conscience.
    Cet état de fait n’exclut cependant pas la possibilité que la discipline IA n’attende son Newton, son Galois, son Darwin ou son Einstein. Bref que la définition de la méthode générale ne soit à portée du prochain génie qui se penchera sérieusement sur la question. Le premier génie qui saura comprendre comment sa propre conscience fonctionne – rappelons que nous sommes dans l’hypothèse où la réponse à la question 3 ci-dessus serait positive, et où la chose ne serait pas une contradiction dans les termes.
    Une difficulté plus grave se présente. C’est que une fois publiée la « Théorie générale de l’esprit humain » avec sa petite annexe « travaux pratiques – comment on fait » – par Jeannot Génie ou quel que soit son nom, il faudrait la construire pour de bon cette IA forte. Et là se situe un problème, une difficulté… du format « mise en abîme ».

    image: http://reseauinternational.net/wp-content/uploads/2017/09/F-35_ALIS_Testing_m.jpg

    Le système F-35 : les meilleures équipes, seulement 24 millions de lignes de code
    Ça marchera bientôt, dites ?
    Les passionnés d’affaires militaires comme les contrôleurs des programmes d’armement américains sont régulièrement entretenus des distrayantes nouvelles de l’avion de chasse F-35. Distrayantes pour l’observateur extérieur s’entend, non pour l’aviateur ni pour le contribuable américain. Non seulement le bouzin ne vole-t-il en effet que peu et mal, mais surtout ses difficultés persistantes semblent bien résulter au fond d’un défaut de maîtrise de sa complexité, qu’un optimisme illuminé au moment de la conception initiale de l’engin a laissé croître au-delà de toute raison, comme d’ailleurs de toute nécessité. Si bien que sa complexité risque bien de s’avérer impossible à maîtriser par les équipes d’ingénierie, dont il est pourtant permis de penser qu’elles ne sont pas constituées d’amateurs, mais plutôt de certains des meilleurs des meilleurs, à la mesure des capacités financières de l’Oncle Sam à motiver ce genre de personnes pour travailler sur un projet essentiel à la perpétuation de la supériorité aérienne qui est un – sinon ce n’est le – pilier essentiel de sa suprématie militaire.
    Ce phénomène est particulièrement criant s’agissant du logiciel embarqué et du système de maintenance informatisé du F-35 avec leurs 24 millions de ligne de code.
    Pardon ?
    Vous avez bien dit : 24 millions ? Une quantité aussi réduite d’instructions élémentaires, une complexité si ridiculement faible, tellement hors de proportion avec la complexité du fonctionnement d’un cerveau humain… et déjà les meilleures équipes au monde ne savent pas faire face !
    Alors, quelles sont les chances que qui que ce soit arrive à appliquer les principes et méthodes découverts par Jeannot Génie, une fois qu’il aura eu l’obligeance de se présenter, à supposer qu’il le fasse jamais ?

    Il est temps de conclure

    Le projet « IA forte », c’est-à-dire une conscience artificielle « quelqu’un dans la boîte » basée sur un ordinateur :
    – Soit est par principe impossible – c’est ce qui peut paraître le plus probable, les conditions pour qu’il en soit différemment étant plusieurs, chacune d’entre elle impérative, dont l’une déjà fortement mise en doute par ce qui ressemble fort à une démonstration formelle. Cependant la chose n’est pas définitivement prouvée
    – Soit est théoriquement possible, auquel cas il sera peut-être réalisé une fois que ces deux conditions auront été remplies :
    1. Apparition du génie capable de comprendre le fonctionnement de sa propre conscience
    2. Evolution d’une civilisation capable de coordonner les talents, les intelligences, bref de faire travailler ensemble des êtres humains à un niveau fantastiquement au-delà de ce à quoi l’humanité est parvenue à ce jour. En somme, atteignant une capacité de « maîtrise de la complexité » bien au-delà de celle à laquelle nous sommes déjà parvenus. Au point de pouvoir réaliser des projets informatiques incluant à coup sûr des milliards, peut-être même des milliers de milliards d’instructions
    Dans cette deuxième hypothèse, l’humanité réalisera peut-être en effet un jour une IA véritable, dont l’orientation vis-à-vis de l’humanité posera effectivement question. Ce jour n’arrivera pas du vivant d’aucun être humain d’aujourd’hui. Il est fort possible qu’il soit aussi loin de nous que ne l’était la construction d’un réacteur atomique au moment où Démocrite spéculait sur l’existence de l’atome au Vème siècle avant notre ère…
    Alexis Toulet
    source:http://www.noeud-gordien.fr/index.php?post/2017/09/14/Intelligence-artificielle-forte%2C-quatre-raisons-de-douter
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