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Sujet / Message Géopolitique de la nouvelle Asie centrale

le Dim 27 Fév - 0:00
La Chine et le séparatisme ouighour

Le 4 février 1999 le quotidien chinois " Xinjiang métropole " annonçait l’exécution d’un membre de l’ethnie ouighoure condamné pour séparatisme et dont la peine (prononcée par la Cour intermédiaire d’Urumqi) avait été confirmée par la Haute Cour du Xinjiang ainsi que par la cour suprême de Chine. Le 25 janvier, c’est le tribunal de Korgas qui avait condamné à mort deux enseignants ouighours pour fabrication d’explosif.
Ce type de jugement s’est accru depuis quelques années en réponse aux attentats qui appuient les revendications identitaires de la population ouighoure. Ainsi, le 8 janvier 1999 le tribunal de Yining (Xinjiang) a condamné 29 indépendantistes accusés d’avoir participé aux émeutes anti-chinoises de février 1997 responsables d’une centaine de mort.

D’après le Front uni-national révolutionnaire du Turkestan oriental (autre nom du Xinjiang) dans la seule année 1997, 57.000 Ouighours auraient été arrêtés.
Représentants de l’une des 55 nationalités minoritaires (minzu) que la République Populaire de Chine (RPC) reconnaît, les Ouighours ont construit leur identité principalement sur l’appartenance aux mondes musulman et turcophone. Aussi, la population a tendance à regarder vers l’ouest plus que vers l’est, en direction des républiques musulmanes de l’ex-URSS.
Un peuple musulman et turcophone

Peuple turc, les Ouighours (appelés Yuechis) après avoir fait partie de l’empire des Turcs orientaux, instaurent leur hégémonie sur la Mongolie et la Haute Asie en 744. Leur centre se trouve dans la vallée du Haut Orkhon près de Karakorum. Alliés de la dynastie chinoise des Tang, ils sauvent celle-ci d’une révolte en 762 en reprenant la capitale Lo-Yang aux rebelles. C’est lors de ces excursions en Chine que les Ouighours entrent en contact avec le manichéisme que le khagan ( roi ) Alp Koutlough adopte comme religion d’État. Mais l’empire ouighour s’effondre en 840 avec l’irruption des kirghizes (peuple turco-mongol) venus de Sibérie. Réfugiés en Chine, ils fondent deux royaumes, l’un dans le Gansu, l’autre dans le Turkestan oriental (Xinjiang) où les influences bouddhiques et nestoriennes se font sentir. C’est à cette époque que l’islamisation a lieu, très vite pour le royaume du Gansu, plus lentement au Turkestan oriental où le bouddhisme ne s’éteint définitivement qu’au XVe siècle.

Au XIIIe siècle, le royaume est absorbé par les Mongols puis au XVe siècle par les Kalmouks et ce n’est qu’en 1759 que la dynastie mandchoue intègre le Turkestan oriental dans son espace territorial.
Cependant, jusqu’en 1949 et l’arrivée au pouvoir des communistes, les Chinois n’exercent qu’une souveraineté très lâche sur la région, si bien que les Ouighours jouissent d’une quasi-autonomie. Cette situation, toutefois, n’empêche pas la population de se révolter contre les représentants du pouvoir impérial. La plus importante insurrection contre les Chinois est certainement celle menée par Muhammad Yakoub beg entre 1864 et 1877. Cette agitation est soutenue par les Anglais et les Russes qui y voient un moyen d’affaiblir l’influence chinoise dans la région.

Les Russes présents depuis 1830 par l’intermédiaire d’agents implantés dans la population profitent de la révolte en prenant possession d’une partie de la vallée de l’Illi (région de Kouldja). Le traité de Saint Petersbourg ratifié en 1881, officialise l’avancée russe au Turkestan oriental. Confrontée à cette menace, la Chine transforme, en 1884, le Turkestan oriental en province du Xinjiang (ce qui signifie “nouvelle frontière“) et amplifie sa présence dans la région.

La chute de la dynastie Qing et l’instauration de la République en 1911 par Sun Zhong Shan (Sun Yat-sen) entraîne l’indépendance de facto du Xinjiang qui culmine avec le mouvement de la Vallée de l’Illi et l’éphémère République du Turkestan oriental, entre 1945 et 1949, date à laquelle le nouveau pouvoir communiste restaure l’autorité de la Chine au Xinjiang.

La politique chinoise au Xinjiang depuis 1949

La politique de la RPC dès 1949 va être tournée vers " la reconstitution du domaine impérial " (1), cela implique donc la consolidation des frontières. Au Xinjiang, il s’agit de contenir les velléités d’expansion soviétiques, ce qui est facilité (du moins jusqu’en 1956) par la nouvelle couleur du régime chinois. Ainsi, les accords sino-soviétiques de 1950 créant deux sociétés mixtes pour l’exploitation du pétrole et du gaz de la région impliquent la reconnaissance de facto par l’URSS de la souveraineté chinoise sur la totalité du Xinjiang. Par contre, les différents accords ne fixent pas, juridiquement, la frontière avec les républiques musulmanes (Tadjikistan, Kazakhstan et Kirghizistan).

Mais les rapports sino-soviétiques vont se tendre dès 1956 pour se rompre en 1962. En septembre, la Chine exige la fermeture des consulats soviétiques de Kouldja et Urumqi. Dès lors, les rivalités ancestrales opposants Russes et Chinois en Asie centrale resurgissent et plusieurs accrochages ont lieu sur les frontières communes des deux pays. Pour la Chine l’occasion est parfaite pour remettre sur la table la question des " traités inégaux " et des frontières avec les républiques musulmanes d’Union Soviétique. En fait la bonne entente sino-soviétique n’aura été qu’une parenthèse dans les relations des deux voisins. Celles-ci resteront tendues jusqu’à l’éclatement de l’URSS en 1990. Depuis, les Russes ne représentent plus un danger, par contre le problème frontalier persiste.

La deuxième difficulté au Xinjiang, pour les Chinois, réside dans le séparatisme latent des Ouighours.
Ayant restauré leur autorité sur la région, les communistes décident d’affermir leur pouvoir pour éradiquer les volontés d’indépendance. Mais comme dans bien d’autres domaines la politique chinoise sera très fluctuante, évoluant au gré des luttes de pouvoir au sein du Parti Communiste Chinois (PCC).

Dans un premier temps, les élites musulmanes à l’instar de Seïf al Din qui occupa les fonctions de Président du gouvernement populaire local et de Secrétaire du Comité du Parti sont associées au régime. Cependant, les efforts du gouvernement ne suffisent pas à enrayer le nationalisme ouighour. Plusieurs mouvements de revendication voient donc le jour, notamment pendant la campagne des Cents Fleurs.

Les communistes décident donc de changer de politique et de nombreux dirigeants musulmans sont écartés. Ensuite, pour éviter les échanges transfrontaliers (jugés subversifs ) entre les Ouighours du Xinjiang et ceux vivant dans les républiques musulmanes d’URSS, les Chinois remplacent l’alphabet en caractère arabe, utilisé par les Ouighours, par un alphabet en caractère latin. Les relations entre les populations ouighoures des deux côtés de la frontière s’en trouvent réduites sans jamais s’éteindre tout de même.

La période la plus dure est certainement celle de la Révolution culturelle, qui a pour but au Xinjiang de détruire l’islam. Les mœurs et croyances des musulmans ne sont plus respectées, les mosquées détruites et les Chinois entreprennent une politique de sinisation forcée. De nombreux Chinois Han (ethnie majoritaire, 90% de la population) sont incités à s’installer au Xinjiang. Cette politique est d’ailleurs efficace puisque les Han qui n’étaient que 10% en 1950, sont aujourd’hui plus de 40%. Le gouvernement espère donc noyer les Ouighours dans la masse pour ôter tout poids à leurs revendications.

Toutefois, le régime s’est assoupli à partir de 1978 avec l’arrivée de Deng Xiaoping au pouvoir. L’islam comme les autres religions a retrouvé droit de cité. Mais cette nouvelle politique n’a pas affaibli le mouvement indépendantiste ouighour. L’agitation ouighoure s’est accentuée, portée par les résultats des mouvements nationalistes en URSS. En effet, en 1991 les républiques musulmanes obtiennent leur indépendance. Cette évolution à l’ouest, encourage les Ouighours dans leur quête de liberté. Aussi aujourd’hui, si les Soviétiques ne représentent plus un danger, le problème ouighour persiste et a totalement changé de physionomie.

La nouvelle donne géopolitique en Asie centrale

En décembre 1991, les trois républiques musulmanes d’URSS possédant une frontière commune avec la Chine accèdent à l’indépendance. Désormais le problème ouighour va prendre une nouvelle tournure. En 1991 les revendications ouighoures prennent une dimension internationale avec notamment l’accroissement du rôle de la diaspora. Les Soviétiques utilisaient déjà le mouvement ouighour dans son conflit avec la Chine. En effet, les associations ouighoures, très nombreuses au Kazakhstan étaient infiltrées par le KGB. Celui-ci était chargé de faciliter l’introduction des journaux ouighours au Xinjiang dans le but d’agiter la population.

Lors de la chute de l’empire soviétique de nombreux groupes en faveur de l’autonomie du Xinjiang ont essaimé dans les trois républiques mais surtout au Kazakhstan où la représentation ouighoure est la plus forte. Ainsi, de nombreux Ouighours des deux cotés de la frontière ont espéré que les agitations en URSS atteindraient le Xinjiang et qu’ils pourraient enfin se réunir dans une “République du Ouighouristan“. Mais les évènements ne se sont pas déroulés comme ils le souhaitaient. En effet, non seulement la Chine n’a pas été ébranlée par la chute de l’URSS mais la situation des Ouighours au Kazakhstan s’est dégradée.

Pendant les premières années d’indépendance du Kazakhstan, les Ouighours jouissaient d’une situation très favorable, leur permettant d’exprimer leur identité : plusieurs journaux, émissions de radio et de télévision, théâtre, maisons d’édition…
Mais dans le milieu des années 90 le gouvernement kazakh a changé d’attitude vis à vis des minorités, notamment les Ouighours. Aussi, le théâtre a été fermé, les émissions télévisées en langue ouighoure ont été supprimées et il ne subsiste plus qu’un seul journal hebdomadaire ! Cette politique concerne aussi les centres de recherche puisque l’Institut Ouighour a été fondu dans le Centre d’études orientales.

Cette nouvelle politique kazakhe trouve son origine dans deux facteurs. Tout d’abord, la situation particulière du Kazakhstan parmi les républiques musulmanes de l’ex-URSS. Le problème réside dans la faiblesse numérique de l’ethnie kazakhe (42% contre 37% de russes, première minorité), l’étendue du pays et l’importance des Russes qui font craindre une guerre civile ou une sécession d’une partie du pays. Cette spécificité explique la politique de “kazakhisation“ entreprise par le président Nazarbaïev.

L’exemple type est la loi de novembre 1996 imposant l’utilisation du kazakh dans les établissements publics dès 2001. Ensuite, si la politique de kazakhisation est particulièrement virulente à l’égard des Ouighours, c’est que la Chine fait pression sur le gouvernement kazakh. Car en 1995 un accord de coopération a été signé entre la Chine et le Kazakhstan. Celui-ci comportait une clause dans laquelle les Kazakhs s’engageaient à lutter contre les séparatismes (il ne fait aucun doute qu’il s’agit du séparatisme ouighour ! ) . C’est à la suite de cet accord que la répression du " séparatisme " s’est accéléré.
La Chine a donc mis en place une politique très efficace de lutte contre les velléités d’indépendance ouighoures. Celle-ci peut s’observer aussi dans les relations de la Chine avec le régime taliban en Afghanistan.

Les relations de la Chine avec le régime taliban

Depuis quelques années, les étudiants en théologie afghans ont développé l’exportation de deux produits vers la Chine et surtout le Xinjiang : le fondamentalisme religieux et l’héroïne.
En effet, de nombreux Ouighours sont venus étudier dans les madrasas (écoles coraniques) afghanes et en sont partis avec la ferme intention d’accentuer la lutte contre le pouvoir chinois, cela explique en partie l’accroissement des attentats au Xinjiang. Quant à l’héroïne, l’Afghanistan en est le premier producteur mondial et la Chine est un marché potentiel immense ( les talibans aussi apprécient la mondialisation !).
Pour lutter contre ces deux fléaux, la Chine a décidé par l’intermédiaire de son allié pakistanais (qui soutient le régime taliban) de négocier avec les " étudiants ". L’accord conclu prévoit une possible reconnaissance (2) du régime taliban par la Chine et du coté afghan une réduction de l’exportation des " produits made in taliban " vers le Xinjiang.

Paul Charon
(DEA Science politique, Université Panthéon-Assas Paris II)




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Sujet / Message Re: Géopolitique de la nouvelle Asie centrale

le Dim 13 Mar - 14:13
Une nouvelle édition, revue et augmentée, est disponible: DJALILI, M.-R., KELLNER, T., Géopolitique de la nouvelle Asie centrale, De la fin de l'URSS à l'après-11 septembre, Paris, PUF, 2003, 585p. Publications de l'Institut universitaire des hautes études internationales (Suisse), éd. Presses Universitaires de France, avril 2001, 313 pages dont 41 tableaux, 6 cartes, bibliographie et .

"Cet ouvrage de référence n'a pour le moment pas d'équivalent, tant en anglais qu'en français", a écrit le spécialiste Olivier Roy. Il s'agit d'une présentation remarquablement complète du Kazakhstan, de l'Ouzbékistan, du Kirghizstan, du Turkménistan et du Tadjikistan. Cinq Républiques de l'Union soviétique devenues indépendantes à la suite de l'auto-implosion de ce régime, le 8 décembre 1991. En dépit de retouches cosmétiques, les auteurs y voient depuis le maintien de systèmes politiques généralement autoritaires et la métamorphose du soviétisme en un nationalisme officiel qui présente peu de points communs avec la transition vers la démocratie qui devrait théoriquement accompagner le passage de l'économie planifiée à l'économie de marché.

Que faut-il entendre par "Asie centrale" ?

En 1993, les Républiques du Kazakhstan, de l'Ouzbékistan, du Kirghizstan, du Turkménistan et du Tadjikistan déclarent officiellement se reconnaître sous le terme d'Asie centrale. Cette zone enclavée mais centrale au regard de l'Eurasie a pour caractéristiques majeures l'immensité - huit fois la France - un climat continental résultant de son complet isolement des influences océaniques, un découpage territorial conçu à l'époque soviétique pour mettre Moscou en position d'arbitre en cas de conflit entre les entités artificielles crées. La population est peu nombreuse - environ 55 millions d'habitants - généralement musulmane mais d'une grande complexité ethnique.

Dans la seconde partie, consacrée à la transition, les auteurs présentent successivement les volets politique, économique et géopolitique. On se trouve ici en présence d'une transition politique qui n'est pas nécessairement le passage du totalitarisme soviétique à la démocratie de type occidentale. Il s'agit plutôt le passage du totalitarisme à un autoritarisme pour cause de construction nationale. Ce qui permet aux dirigeants de faire l'impasse sur la démocratisation. En fait, plus qu'ailleurs, la transition politique doit être analysée en terme de continuité et de changement, et non de rupture brusque. Notamment parce que les élites sont restées les mêmes. En l'absence d'élites nationalistes ayant mené une lutte pour la "décolonisation", "ce sont les cadres administratifs soviétiques qui se sont arrogés le pouvoir. Ces élites qui ont montré leur capacité de changer très rapidement leur discours, ont par contre beaucoup de mal à modifier leurs comportements et leurs attitudes mentales issues de leurs expériences passées." (p. 50)

Le changement s'exprime par le recours au nationalisme comme discours de légitimation, ce qui ne garanti nullement une transition économique adaptée aux défis économiques imposés par l'héritage des structures soviétiques, conçues par rapport à la politique impériale de Moscou. Après dix ans d'indépendance, les acteurs continuent souvent à se conformer aux modèles normatifs hérités de l'URSS.

Privatisations ou pillage du bien public ?

Dans ce contexte les réformes économiques tentées - entre thérapie de choc et gradualisme - se soldent principalement par une chute substantielle du niveau de vie de la population et l'aggravation des inégalités. Ici comme ailleurs dans la CEI, les privatisations "ont largement bénéficié aux initiés, membres de l'ancienne nomenklatura, sans amélioration véritable de l'efficacité des entreprises" (p. 56) Les performances commerciales de ces Républiques restent décevantes, en deçà de leur niveau d'avant l'indépendance. De manière générale, l'expérience montre que la rente générée par les hydrocarbures n'a pas que des effets bénéfiques pour l'essentiel de la population.

Sur le plan de la transition géopolitique, il faut prendre conscience que l'émergence de l'Asie centrale remet en cause l'équilibre géopolitique du sous-système régional du continent eurasiatique. Les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, notamment à travers leurs suites en Afghanistan et leurs implications indirectes en Asie centrale, viennent renforcer cette analyse.

Manipulations dangereuses ?

La troisième partie analyse les péripéties du réalignement stratégique de l'Asie centrale. Les auteurs notent que "L'action des Etats-Unis et de l'OTAN par l'intermédiaire du "Partenariat pour la Paix" dans cette région semble particulièrement indisposer la Russie." (p. 68) Afin de justifier son retour, Moscou n'hésite pas à manipuler les craintes des dirigeants d'Asie centrale au regard de l'islamisme radical. Leur inquiétude "est en effet instrumentalisée pour fournir une couverture aux ambitions néo-impériales de Moscou dans la région." (p. 68) Le Kremlin s'intéresse particulièrement au Kazakhstan, notamment pour les ressources de son sous-sol.

Les auteurs mettent ainsi en perspective la stratégie de V. Poutine : "De manière générale, la nouvelle doctrine engage la Russie dans une sorte de retrait géopolitique. Elle devrait ouvrir une période de "recueillement", pour reprendre l'expression appliquée à la politique française à la suite de la défaite de 1870, où la priorité devrait être donnée à la protection des intérêts de la Russie, non de ses intérêts fantasmés, mais de ses intérêts concrets. Cette orientation générale ne semble pas exclure dans l'esprit de ses initiateurs le fait que Moscou entende néanmoins conserver une zone d'influence où elle disposerait d'alliés sûrs. Un des objectifs essentiels définis dans la nouvelle doctrine est ainsi l'établissement d'une ceinture d'Etats amis, une sorte de glacis de protection autour de la Russie. Cette "aire d'importance vitale" pour Moscou couvre en fait le territoire de l'ex-Union soviétique." (pp. 79-80)

Le jeu américain

De leur côté, les Etats-Unis désirent promouvoir le développement d'une Asie centrale détachée de l'influence exclusive de la Russie et aussi de celle potentielle de l'Iran. "Afin de renforcer sa sécurité énergétique, Washington désire également accroître ses sources d'approvisionnement potentielles en hydrocarbures grâce au désenclavement des productions de la Caspienne. La dépendance énergétique des Etats-Unis à l'égard d'un Moyen-Orient considéré comme volatile est en effet perçue comme potentiellement dangereuse.

C'est pour ces raisons que le gouvernement privilégie officiellement des routes multiples pour les pipelines à partir de l'Azerbaïdjan, du Kazakhstan et du Turkménistan et favorise surtout les projets de désenclavement suivant un axe est-ouest, c'est à dire évitant à la fois le territoire russe et celui de l'Iran - pour les hydrocarbures de la Caspienne. Au-delà de la rhétorique économique et idéologique, la politique américaine dans la zone caspienne est d'abord stratégique. Elle vise à assurer l'influence prépondérante des Etats-Unis dans la zone et à prévenir l'émergence d'un nouvel empire russe en Eurasie, empire qui menacerait l'équilibre des forces en Europe, au Moyen-Orient, et en Extrême-Orient." (pp. 87-88)

Qui l'emportera ?

L'Ouzbékistan a semblé un temps pouvoir jouer le rôle de point d'ancrage américain en Asie centrale, mais les relations restent complexes. Pour l'heure, les populations de la région tendent à assimiler l'idée de "démocratie" aux chocs de la pseudo transition vers l'économie de marché, ce qui met en difficulté l'idée même de démocratie dans la zone.

En l'an 2000, la coopération militaire entre l'Asie centrale et la Russie semble avoir trouvé un nouveau souffle. Affaire à suivre.

Les auteurs étudient également le jeu de la Chine, voisin attentif et intéressé, devenue en moins de dix ans un acteur important de la scène centrasiatique. Pékin compte sur l'essor des relations économiques et des investissements en Asie centrale pour renforcer la stabilité de cette zone mais aussi son influence … tout en diversifiant ses sources d'approvisionnement pétrolier.

La Caspienne

Nous ne saurions trop conseiller la lecture de la quatrième partie de l'ouvrage : "La Caspienne : cœur de la nouvelle géopolitique". De manière à la fois claire et précise, les auteurs expliquent les enjeux sous-jacents de bien des crises rarement mises en perspective et détaillent les arrières pensées des nombreux projets d'oléoducs. Si on analyse la position russe, il apparaît qu'aussi bien au niveau économique que géopolitique, Moscou devrait plutôt être enclin à empêcher - de multiples manières - le désenclavement des productions d'hydrocarbures de la Caspienne. Encore une affaire à suivre.

Menaces

Enfin, la cinquième et dernière partie de l'ouvrage présente les "Maux, menaces et périls" qui pèsent sur l'Asie centrale. Séquelles de la guerre du Tadjikistan, risque d'influence des conflits du Caucase, lutte des fractions afghanes, menace de la montée de l'islamisme, risque de dislocation de certains Etats, crise économique, désastre écologique, développement démesuré du trafic de la drogue - notamment par les talibans afghans - ainsi que la criminalité et la corruption liées à cette activité … Les menaces ne manquent pas pour une région qui ne semble pas à l'abri de nouveaux bouleversements fondamentaux.

par M.-R. Djalili et T. Kellner

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