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Sujet / Message l'inde nouveau joueur ?

le Lun 28 Aoû - 14:11
L’Inde de Narendra Modi a-t-elle changé de camp ?
par F. William Engdahl
Au cours des derniers mois, l’Inde a brusquement changé d’attitude dans plusieurs dossiers. Tout se passe comme si le Premier ministre Narendra Modi tentait de saboter son rapprochement avec la Chine et le Pakistan et de créer des conflits artificiels. Pour William Engdhal, ce revirement serait inspiré par Washington et Tel-Aviv.
Réseau Voltaire | Francfort (Allemagne) | 28 août 2017
English 




Il est très dérangeant pour l’esprit de voir une nation comme l’Inde, potentiellement l’un des plus grands pays émergents du monde, s’autodétruire systématiquement. Provoquer une nouvelle guerre avec la Chine pour quelques parcelles de terre éloignées dans les hauteurs de l’Himalaya, là où les frontières de la région autonome chinoise du Tibet convergent avec l’Inde et le royaume du Bhoutan, n’en est que le plus récent exemple. La question posée est de savoir qui ou quel grand dessein se trouvent derrière ces politiques intérieures et étrangères de l’Inde de Narendra Modi. Modi vient-il de changer de camp ? Et dans l’affirmative, pour se ranger sous quelle bannière ?

L’harmonie eurasienne ?

Une année plus tôt seulement, tout semblait sinon serein, du moins les développements pacifiques du voisinage asiatique semblaient sur la bonne voie, y compris vis-à-vis de la Chine et même non sans prudence, avec le Pakistan.
L’année dernière en effet, l’Inde fut acceptée aux côtés du Pakistan en tant que membre à part entière de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) à l’importance grandissante, dans laquelle la Chine est un membre fondateur aux côtés de la Russie. Ceci fit croître les espoirs en un format commun par lequel l’OCS permettrait une résolution pacifique des tensions frontalières toujours frémissantes, créées par la partition britannique de l’Inde en 1947 : entre un Pakistan à dominante musulmane et une Inde à majorité hindoue, laissant de nombreuses zones de frictions non résolues incluant le Cachemire, et sournoisement laissée par le vicomte Mountbatten en tant que futurs points d’explosion possible.
L’Inde et la Chine sont membres du BRICS, qui vient de créer une nouvelle Banque de développement à Shanghai, dont le président est un Indien. L’Inde est aussi membre de la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures, basée en Chine. Et jusqu’à ce que le Premier ministre Narendra Modi ait annoncé le refus de son pays de participer à la conférence de Beijing sur la route de la soie (China One Belt, One Road), du 14 mai, l’Inde avait également participé au vaste projet d’infrastructure eurasienne.

Le boycott de la route de la soie par l’Inde, et le « Corridor de la liberté du Japon »

Combien rapidement les choses ont pu changer ! Modi a annoncé son refus de participer à la conférence sur la route de la soie, citant comme motif les investissements chinois dans le Corridor économique Chine–Pakistan (China-Pakistan Economic Corridor — CPEC) : un développement d’infrastructures portuaires, ferroviaires et autoroutières chiffré à 62 milliards de dollars, entre la Chine et le Pakistan en tant que partie intégrante de la route de la soie, passant à travers la partie pakistanaise du Cachemire.
Par la suite, avec une précipitation surprenante, l’Inde a dévoilé un document prospectif pour un nouveau « Corridor de croissance Asie-Afrique » (Asia-Africa Growth Corridor — AAGC), lors de la réunion de la Banque africaine de Développement (BAD) dans l’État indien du Gujarat, dans le cadre d’un projet conjoint présenté avec le Premier ministre du Japon, Shinzo Abe. Cet AAGC indo-japonais, est une partie explicite de ce qui est appelé le « Corridor de la liberté indo-pacifique » (Indo-Pacific Freedom Corridor — IPFC), qui est en train d’être mis en place par l’Inde et le Japon afin de contrer la route de la soie, utilisant pour ce faire de l’argent japonais et la présence indienne déjà établie en Afrique [1].
Sous le Premier ministre Abe, le Japon s’est engagé dans un agenda anti-chinois de plus en plus agressif, incluant la dispute autour des îles Diaoyu —appelées « îles Senkaku » par le Japon—, dans l’est de la mer de Chine. Dans le même sens, le Japon a opté pour l’installation de systèmes de défense missiliers états-uniens, et est considéré sous Abe comme le plus fort allié militaire des États-Unis en Asie. Lorsque Abe a rencontré Trump en février dernier (2017), le président US a réaffirmé les termes du traité de défense mutuelle entre les États-Unis et le Japon, et a rendu clair que ce traité s’étendait bien à ces îles disputées, pourtant pareillement stériles, qu’elles soient considérées depuis la Chine ou le Japon.

Modi à Washington, Tel-Aviv

Des semaines plus tard, le 27 juin, le Premier ministre Indien a rencontré le président états-unien à Washington. Le jour précédent, commodément, le département d’État a placé Mohammad Yusuf Shah et de son groupe terroriste islamiste séparatiste du Cachemire basé au Pakistan Hizb-ul-Moujahidines, sur la liste officielle des « terroristes mondiaux spécialement désignés » (Specially Designated Global Terrorist — SDGT). Cette démarche étant notamment susceptible de permettre les sanctions des États-Unis à l’encontre du Pakistan [2].
À la suite des discussions entre Modi et Trump, les États-Unis ont donné leur accord pour la vente de 22 drones Guardian considérés comme donnant un « avantage déterminant » (game-changer) à l’Inde, ceci pour un montant d’environ 3 milliards de dollars. D’autres éléments incluent une coopération militaire étendue, et l’accord indien en vue de l’achat de gaz de schiste liquéfié US. Modi a semblé si satisfait par ces pourparlers à Washington, qu’il a invité la fille du président, Ivanka Trump, à présider le Sommet global de l’entreprenariat (Global Entrepreneurship Summit — GES), devant se tenir plus tard cette année en Inde [3].
Tout auréolé de son succès politique clair à Washington, le Premier ministre indien s’est ensuite envolé pour Israël, le 7 juillet, pour une réunion sans précédent entre un chef de gouvernement indien et son homologue israélien. Les discussions entre Narendra Modi et Benjamin Netanyahu ont été saluées dans les médias indiens, comme une évolution majeure dans la politique étrangère indienne
C’est là que les choses deviennent sérieusement intéressantes. Il y a eu une collaboration secrète comprenant les bons offices du service de Renseignement israélien, le Mossad, en faveur de l’agence de Renseignement indienne, le Research and Analysis Wing (R&AW). En 2008, l’ambassadeur d’Israël en Inde, Mark Sofer, révéla par exemple que le Renseignement israélien avait fourni à l’Armée indienne de l’imagerie satellite vitale durant la guerre de Kargil de 1999 contre le Pakistan ; des renseignements qui avaient permis à l’Inde de bombarder précisément les positions des troupes pakistanaises occupant des postes dans l’État indien de Jammu-et-Cachemire [4].

Le rôle douteux d’Ajit Doval

La visite de Modi à Tel-Aviv en juillet 2017, était en préparation depuis des mois. Déjà vers la fin février, Modi avait envoyé son conseiller à la Sécurité nationale Ajit Doval à Tel Aviv, afin de discuter des détails de ce voyage. Là-bas, Doval rencontra Yosef Cohen, l’actuel patron du Mossad, afin de discuter entre autres choses, du soutien allégué par la Chine et le Pakistan ainsi que par d’autres États, en faveur des talibans en Afghanistan près de la frontière afghano-pakistanaise
Doval n’est pas un sentimental. C’est l’auteur de la doctrine homonyme, correspondante à un récent mouvement dans la politique de sécurité indienne en relation avec le Pakistan, la faisant passer d’une logique « défensive » à une nouvelle à la fois « défensive et offensive ». Doval serait derrière les frappes dites chirurgicales de l’Inde au Pakistan en septembre 2016, ainsi que derrière la montée de militants pro-Indiens au Cachemire pakistanais.
Comme un blog indien l’a récemment décrite, la « Doctrine Doval » formulée dans ses discours de 2014 et 2015, après avoir été nommé conseiller à la Sécurité nationale de Modi, vise essentiellement la Chine et le Pakistan, et se constitue de trois éléments :
 la non-pertinence de la moralité,
 la non-pertinence de l’extrémisme libre de tout calcul ou calibrage,
 et la confiance dans l’appareil militaire.
Clairement, Doval semble ainsi faire bien peu de cas des solutions diplomatiques [5].
Quoi qu’il ait pu être accordé en privé entre Modi et Washington en juin, de même qu’avec Tel-Aviv début juillet, c’est dans ce laps de temps que la dispute dite du Doklam a fait éruption par la décision indienne d’envoyer des troupes pour intervenir par la force contre les équipes de constructions chinoises, dans la zone frontalière sensible entre la Chine, le Bhoutan et l’Inde sur le plateau tibétain.
De son côté, la Chine cite une lettre de l’ancien Premier ministre indien Jawaharlal Nehru adressé à son homologue chinois Chou En-Lai en 1959 : « Cette convention de 1890 définit également la frontière entre le Sikkim et le Tibet, et la frontière fut démarquée plus tard en 1895. Il n’y a dès lors aucune dispute au regard de la démarcation faite entre le Sikkim et le Tibet », conclut la lettre. La Chine cite également en référence une lettre du 10 mai 2006, aux côtés de la convention de 1890 et de l’échange de courriers des années 1959 et 60, selon lesquelles « Les deux parties s’accordent quant à l’alignement de la frontière dans le Sikkim ». La Chine proclame enfin publiquement qu’elle a notifié la construction de la route en cours, notification attestant de sa bonne volonté [6].
À ce point, le vrai problème n’est pas tant la validité ou la non validité des arguments chinois sous l’angle du Droit international. Mais tout ce qui entoure ce récent incident du Doklam entre la Chine et l’Inde, suggère la main sombre de Washington et de Tel-Aviv, comme étant de mèche avec le gouvernement Modi afin d’utiliser cette confrontation pour saboter les progrès de l’énorme projet chinois développant la « route de la soie », en tentant de déclencher une nouvelle guerre par procuration à l’instigation des États-Unis
Cette escalade dans la dispute au sujet du Doklam, n’aurait jamais eu besoin d’une escalade sur le front militaire. Ceci fut une décision délibérée du gouvernement Modi, et porte clairement les empreintes d’Ajit Doval, le conseiller à la Sécurité nationale de Modi et ancien patron du Renseignement indien.
Est-ce que Narendra Modi aurait en effet changé de camp ? Étant passé d’un véritable soutien d’une résolution pacifique des litiges frontaliers entre l’Inde et le Pakistan d’une part, l’Inde et la Chine d’autre part, dans un esprit de bonne volonté et de collaboration au sein de l’Organisation de Coopération de Shanghai, Narendra Modi ne vient-il pas plutôt tel un Janus, au terme de ces allégeances depuis le début de son mandat en tant que Premier ministre (2014), de se révéler comme une sorte de cheval de Troie anglo-étatsuno-israélien, envoyé pour saboter la promotion par la Chine d’une nouvelle route de la soie économique eurasiatique ?
La réponse n’est pas encore connue précisément par l’auteur. Cependant une source indienne bien placée disposant de liens étroits avec les forces militaires indiennes, m’a fait savoir au gré d’une correspondance privée récente, que peu de temps après l’élection de Trump en novembre de l’année dernière, un conseiller senior du Renseignement états-unien au sein du premier cercle de Trump, a déclaré sans ambages qu’en lieu et place d’une guerre entre les États-Unis et la Chine, il y aurait plutôt une guerre entre l’Inde et la Chine par-dessus l’Himalaya. C’était en novembre dernier. À cette époque, le Doklam était complètement calme.

F. William Engdahl

Traduction
Jean-Louis Scarsi
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Sujet / Message Re: l'inde nouveau joueur ?

le Jeu 14 Sep - 12:43
Comprendre la crise coréenne grâce à l’histoire

14 septembre 2017

De nombreux Américains considèrent la Corée du Nord et ses dirigeants comme des « dingues », mais l’histoire qui sous-tend la crise contemporaine révèle une réalité plus complexe qui pourrait modifier ces impressions simplistes, comme l’explique l’historien William R. Polk.
————————————
Les États-Unis et la Corée du Nord sont à deux pas d’une guerre qui, si elle commençait, se terminerait presque certainement en un échange nucléaire. C’est un jugement exprimé par les observateurs les plus compétents. Ils diffèrent sur les causes de cette confrontation et sur sa taille, la portée et l’impact des armes qui seraient tirées, mais personne ne peut douter que même un échange nucléaire « limité » ait des effets horribles sur une grande partie du monde, dont l’Amérique du Nord.
Alors, comment en est-on arrivé là, que faisons-nous ou que pourrions nous faire pour éviter ce que seraient presque certainement les conséquences désastreuses d’une guerre nucléaire, même « limitée » ?

image: http://reseauinternational.net/wp-content/uploads/2017/09/girl-with-baby-l-300x245.jpg

Une fille coréenne porte son frère sur le dos, passant devantr un char M-26 bloqué, à Haengju, en Corée., Le 9 juin 1951. (photo militaire américaine)
Les médias sont remplis de comptes-rendus des dernières déclarations et événements, mais, de par mon expérience personnelle du plus récent cas de catastrophe nucléaire, la crise des missiles cubains, et l’étude de nombreux autres « moments de tension », j’ai appris que ne pas bien comprendre le fond et la séquence des événements rend incapable de comprendre le présent et est donc susceptible d’entrainer des actions contre productives. Avec cet avertissement à l’esprit, je raconterai dans la partie 1 comment nous et les Coréens en sommes arrivés là. Ensuite, dans la partie 2, j’aborderai la façon dont nous pourrions partir en guerre, ce que cela signifie et ce que nous pouvons faire pour rester en vie.
Tout au long de la majeure partie de son histoire, la Corée a considéré la Chine comme son professeur. Elle a emprunté au confucianisme chinois ses concepts de droit, ses canons d’art et sa méthode d’écriture. Pour cela, les Coréens rendaient généralement hommage à l’empereur chinois.
Avec le Japon, les relations étaient différentes. Armé d’une arme de destruction massive, le mousquet, le Japon a envahi la Corée en 1592 et l’a occupée avec plus d’un quart de million de soldats. Les Coréens, armés uniquement d’arcs et de flèches, ont été battus et soumis. Mais, en raison d’événements au Japon, et en particulier de la décision d’abandonner l’arme à feu, les Japonais se sont retirés moins d’une décennie plus tard et ont totalement quitté la Corée.
Nominalement unifiée en un seul royaume, la société coréenne était déjà partagée entre les Puk-in ou « peuple du nord » et les Nam-in ou « peuple du sud ». L’importance pratique de cette division politique n’est pas bien connue, mais elle a apparemment joué un rôle contre les tentatives de réforme et dans le maintien du pays isolé des influences extérieures. Cela a affaibli le pays et facilité la seconde intrusion des Japonais. À la recherche de minerai de fer pour leur industrie naissante, ils ont « ouvert » le pays en 1876. Sur les traces japonaises sont venus les Américains pour établir des relations diplomatiques avec la cour coréenne en 1882.
Les missionnaires américains, dont la plupart étaient aussi marchands, ont suivi le mouvement. Le christianisme arrivait souvent sous couvert de commerce. Les marchands missionnaires vivaient à l’écart des Coréens, dans des villes séparées, à l’américaine, tout comme les Britanniques le faisait en Inde au début du siècle. Ils rencontraient rarement les indigènes sauf pour le commerce. Contrairement à leurs homologues du Moyen-Orient, les Américains n’étaient pas connus pour leurs « bonnes œuvres ». Ils consacraient plus de temps à vendre des biens qu’à enseigner l’anglais, à réparer des corps ou à faire du prosélytisme ; et comme les Coréens admiraient leurs marchandises, peu se sont adaptés aux manières confucéennes.
La protection chinoise
C’est vers la Chine, plutôt que vers l’Amérique, que les Coréens se sont tournés pour demander protection contre le « soleil levant » japonais. Au fur et à mesure qu’ils devenaient plus puissants et commencèrent leur poussée extérieure, les Japonais ont décidé de mettre fin à la relation entre la Corée et la Chine. En 1894, les Japonais ont envahi la Corée, ont capturé son roi et ont installé un gouvernement « amical ». Puis, comme une sorte de sous-produit de leur guerre de 1904-1905 contre la Russie, les Japonais en ont pris le contrôle et, conformément aux politiques de tous les gouvernements occidentaux, ils ont porté le « fardeau du Blanc » [Apporter la « civilisation » au reste du monde, NdT]. Les politiciens et les hommes d’État américains, dirigés par Theodore Roosevelt, trouvaient à la fois inévitable et bénéfique que le Japon ait transformé la Corée en une colonie. Pendant les 35 années suivantes, les Japonais ont dirigé la Corée tout comme les Britanniques ont dirigé l’Inde et les Français l’Algérie.

image: http://reseauinternational.net/wp-content/uploads/2017/09/Korean_War-200x300.jpg

Une carte de la péninsule coréenne montrant le 38ème parallèle où la DMZ, créée en 1953. (Wikipedia)
Si les Japonais étaient brutaux, comme ils l’étaient certainement, et qu’ils exploitaient aussi certainement, ils étaient comme les autres puissances coloniales. Et, comme d’autres peuples coloniaux, alors qu’ils devenaient peu à peu politiquement éveillés, les Coréens commencèrent à réagir. Au fil du temps, ils ont vu les intrus japonais non pas comme les porteurs du « fardeau de l’homme blanc » mais comme étant eux-mêmes le fardeau. Certains Coréens ont réagi en fuyant.
Le plus connu parmi eux était Syngman Rhee. Converti au christianisme par les missionnaires américains, il est parti en Occident. Après une tortueuse carrière en exil, les autorités militaires américaines l’ont autorisé, à la fin de la Seconde Guerre Mondiale, à devenir le premier président de la Corée (du Sud).
Mais la plupart de ceux qui ont fui les Japonais avaient trouvé asile en Mandchourie, sous influence russe. Le plus connu de ces exilés « orientaux », Kim Il-sung, est devenu un résistant anti japonais et a rejoint le Parti communiste. En même temps que Syngman Rhee est arrivé dans le sud contrôlé par les États-Unis, Kim Il-sung est devenu le chef du Nord, soutenu par les Soviétiques. Là, il a fondé la « dynastie » dominante dont son petit-fils, Kim Jong-un, est le dirigeant actuel.
Au cours des 35 années d’occupation japonaise, personne en Occident n’a accordé beaucoup d’attention à Syngman Rhee ou à ses espoirs pour l’avenir de la Corée, alors que le gouvernement soviétique était plus attentif à Kim Il-sung. Car si la Grande-Bretagne, la France et les États-Unis n’avaient aucun rôle actif, l’Union Soviétique proche et sa longue frontière avec un territoire coréen détenu par le Japon a elle dû s’en préoccuper.
Ce ne fut pas tellement par stratégie ou par la perception d’un danger qu’a évolué la politique occidentale (avec le consentement soviétique). Conduite en partie par sentimentalisme, l’Amérique a forcé un changement dans le style de relations avec les colonies à travers le monde pendant la Seconde Guerre Mondiale et, entraînées par la nécessité d’apaiser l’Amérique, la Grande-Bretagne et la France l’ont accepté. C’est la guerre, plutôt que tout plan préconçu, qui a entrainé la Corée dans le groupe très dispersé et mal défini des « nations émergentes ».
En tant qu’héritier des rêves de Woodrow Wilson, Franklin Roosevelt a proclamé que les peuples coloniaux méritaient d’être libres. La Corée devait donc bénéficier de la grande libération de la Seconde Guerre Mondiale. Ainsi, le 1er décembre 1943, les États-Unis, la Grande-Bretagne et la Chine (alors nationaliste) ont convenu lors de la Conférence du Caire d’appliquer les mots révolutionnaires de la Charte de l’Atlantique de 1941 : « Conscients de l’asservissement du peuple coréen », Roosevelt et un Churchill réticent ont proclamé « leur détermination à ce que, en temps voulu, la Corée devienne libre et indépendante ».
Lors de la conférence de San Francisco, en avril-juin 1945, quand les Nations Unies ont été fondées, la Corée a peu attiré l’attention, mais un vague arrangement était envisagé dans lequel la Corée serait soumise à une tutelle de quatre pouvoirs (américain, britannique, chinois et soviétique). Cette politique a ensuite été confirmée lors de la conférence de Potsdam, le 26 juillet 1945, et a été acceptée par l’Union Soviétique, le 8 août, quand elle a déclaré la guerre au Japon. Deux jours plus tard, les troupes russes se sont dispersées dans la région nord de la Corée. Ce n’est que près d’un mois plus tard, le 8 septembre, que les premiers contingents de l’armée américaine sont arrivés.
Les conséquences de la guerre
Jusque là, la plupart des Coréens ne pouvaient pas faire grand chose pour obtenir leur propre libération : ceux qui se trouvaient en Corée étaient ou en prison, ou vivaient dans la terreur d’être bientôt arrêtés ou collaboraient avec les Japonais. Les rares qui avaient bénéficié de l’asile en Occident, comme Syngman Rhee, ont constaté que même s’ils pouvaient parler, personne en capacité de pouvoir les aider ne les écoutait. Ils allaient être libérés mais n’allaient pas être aidés à se libérer eux-même. Ce ne sont que des petits groupes d’exilés coréens dans les zones contrôlées par les Soviétiques qui ont réellement combattu leurs bourreaux japonais. C’est ainsi que le mouvement de guérilla coréenne dirigé par les communistes a commencé à jouer un rôle similaire aux insurrections anti coloniales en Indochine, aux Philippines et en Indonésie.
Alors qu’ils se préparaient à envahir la Corée, ni les Américains ni les Russes ne faisaient la moindre différence entre les Puk-in, les « peuple du nord », et les Nam-in ou « peuple du sud ». Ils étaient surtout préoccupés, au moins dans leurs accords les uns avec les autres, comme ils l’avaient été en Allemagne, par la nécessité d’empêcher la collision de leurs forces armées en progression. Les Japonais, par contre, ont traité différemment les deux zones créées par cette décision militaire ad hoc.
À mesure que l’armée soviétique avançait, les Japonais se rendaient compte qu’ils ne pouvaient pas résister, mais ils ont détruit autant d’infrastructure dans le nord qu’ils le pouvaient avant de fuir vers le sud. En arrivant au sud, les soldats et les fonctionnaires ont coopéré, au moins au début, avec les forces américaines arrivantes. Ces différentes réactions satisfaisaient à la fois les Russes et les Américains – les Russes avaient l’intention de chasser les Japonais alors que les Américains commençaient déjà à leur pardonner. Ce qui s’est passé dans cette période confuse a formé en grande partie la Corée contemporaine.
Les Russes semblent avoir eu une politique à long terme envers la Corée et se sont appuyés sur les forces insurgées dirigées par les communistes pour la mettre en œuvre, mais ce n’est que lentement et à contrecœur que les Américains ont élaboré un plan cohérent pour « leur » Corée et ont commencé à trouver des indigènes pour le mettre en œuvre. Ce qui s’est passé était en partie idéologique et en partie circonstanciel. Il est utile et peut-être important d’en souligner les points principaux.
Le premier point est que les étapes initiales de ce qui est devenu la guerre froide avaient déjà été commencées et se sont rapidement renforcées. Bien que la Conférence de Yalta comprenne l’accord forçant le Japon à se rendre face à tous les alliés, et non pas seulement face aux États-Unis et à la Chine, le Président Truman a mis en place une politique américaine différente sans consulter Staline.
Excité par le succès du test de la bombe atomique du 16 juillet 1945, il a décidé que l’Amérique déciderait unilatéralement des conditions de la fin la guerre du Pacifique. Staline a réagi en accélérant l’attaque de son armée contre la Corée et la Mandchourie détenues par les Japonais. Il avait l’intention de créer des « faits accomplis ». C’est ainsi que les événements de juillet et d’août 1945 ont ancré les politiques – et les interprétations de la guerre – de chaque grande puissance. Ils ont façonné la Corée d’aujourd’hui.
Depuis, les arguments se sont centrés sur les justifications des politiques de chacune des grandes puissances. Pendant de nombreuses années, les Américains ont soutenu que c’était les bombes atomiques lâchées sur Hiroshima et Nagasaki les 6 et 9 août, et non la menace ou le fait de l’invasion soviétique, qui ont obligé les Japonais à se rendre.
Butin de guerre
Selon le credo officiel étasunien, c’est l’Amérique qui a gagné la guerre dans le Pacifique. Île par l’île, à partir de Guadalcanal, des soldats américains ont avancé, navigué et volé vers la dernière île, le Japon. Décollant des îles voisines et de porte-avions, des avions américains ont bombardé et brûlé ses villes et ses usines. Hiroshima et Nagasaki ont été le coup final d’un long, douloureux et coûteux processus.

image: http://reseauinternational.net/wp-content/uploads/2017/09/Hiroshima-bomb.jpg

Le nuage en forme de champignon de la bombe atomique lancée sur Hiroshima, au Japon, le 6 août 1945.
Truman a estimé que les Russes n’étaient apparus qu’après la défaite des Japonais. Ainsi, il s’est senti justifié – et habilité – à agir seul à propos du Japon. Donc, lorsque le général Douglas MacArthur a organisé la déclaration de la victoire, le 2 septembre, il a écarté les Russes. La procédure a eu lieu sur un cuirassé étasunien, sous un drapeau étasunien. Une décennie devait passer avant que l’URSS ne mette officiellement fin à sa guerre contre le Japon.
Le deuxième point crucial est ce qui se passait dans la péninsule coréenne. Une puissante armée russe était présente dans le Nord et une armée américaine contrôlait le Sud. Les décisions du Caire, de San Francisco et de Potsdam étaient aussi éloignées de la Corée que les sentiments des hommes d’État l’étaient des réalités du terrain, ses dangers et ses opportunités. Ce que l’Amérique et l’Union Soviétique ont fait sur le terrain est important pour comprendre la Corée d’aujourd’hui.
Comme les Hollandais le faisaient en Indonésie, les Français en Indochine et les Américains aux Philippines, les autorités militaires américaines installées en Corée ont écarté les dirigeants nationalistes (que les Japonais venaient de libérer de prison) et ont insisté pour garder tout le pouvoir. Ils ne connaissaient presque rien (mais ils en étaient très suspicieux) des Coréens anti-japonais qui ont établi leur « République populaire ». Au nom des États-Unis, le général John Hodge a rejeté le gouvernement national autoproclamé et a déclaré que le gouvernement militaire était la seule autorité dans la zone contrôlée par les États-Unis.
Hodge a également annoncé que « l’administration japonaise existante continuerait à exercer temporairement son mandat pour faciliter l’occupation », tout comme les Hollandais continuaient à utiliser les troupes japonaises pour contrôler le peuple indonésien. Mais les Américains ont rapidement compris combien cet arrangement était impopulaire et, en janvier 1946, ils ont démantelé le régime japonais.
Dans le chaos qui s’en est suivi, des dizaines de groupes avec des différences réelles mais souvent vagues se sont regroupés en partis et ont commencé à exiger un rôle dans les affaires coréennes. Ce développement a alarmé le gouverneur militaire américain. L’objectif de Hodge, de façon compréhensible, était l’ordre et la sécurité. Les politiciens locaux semblaient incapables d’offrir les deux et pendant les années suivantes, le gouvernement militaire américain a emprisonné des dizaines de milliers de militants politiques.
Une guerre froide in vitro
Bien que cela ne soit pas vraiment évident dans les déclarations publiques, les Américains étaient déjà motivés par la peur des Russes, de leurs sympathisants et des communistes locaux, réels ou potentiels. Encore une fois, la Corée rappelle l’Indochine, les Philippines et l’Indonésie. Les alliés en temps de guerre sont devenus des ennemis en temps de paix. Au moins in vitro, la guerre froide avait déjà commencé.
Juste au bon moment, comme un deus ex machina, Syngman Rhee est apparu sur la scène. Un anti-communiste fervent et qui l’affichait, pro-américain, ethniquement coréen même s’il était peu au courant des affaires coréennes, il correspondait tout à fait à ce que les autorités américaines recherchaient. Il a donc rassemblé les groupes de droite dans un gouvernement virtuel qui devait devenir le gouvernement réel, bien que sous l’égide des États-Unis.
Pendant ce temps, les autorités soviétiques ne se heurtaient à aucun problème politique ou administratif similaire. Ils avaient déjà le prototype d’un gouvernement coréen disponible. Ce gouvernement avait déjà une histoire : des milliers de Coréens s’étaient enfuis vers la Mandchourie pour échapper à la domination japonaise et, lorsque le Japon leur a mené la guerre en formant l’État marionnette qu’ils ont appelé Manchoukouo, en 1932, certains des réfugiés se sont regroupés pour lancer une guerre de guérilla. Le Parti communiste a inspiré et assumé la direction de cette insurrection. Puis, comme tous les insurgés – de Tito à Ho Chi-minh et à Sukarno – ils se sont proclamés gouvernement en exil.
Le groupe coréen était prêt, lorsque l’invasion soviétique l’a rendu possible, à devenir le noyau de la République populaire démocratique de Corée (RPDC). L’URSS l’a reconnu comme seul gouvernement de (toute) la Corée, en septembre 1948. Malgré ses méthodes rudes et souvent brutales, il avait acquis une patine de légitimité par ses années de lutte armée contre les Japonais.
À la fois L’URSS et les États-Unis considéraient la Corée comme leur avant-poste. Ils ont d’abord essayé de conclure un accord pour se répartir l’autorité entre eux. Mais ils ont admis l’échec de cette tentative le 2 décembre 1945. Les Russes semblaient s’attendre à cet échec et n’ont guère réagi, mais les Américains ont cherché l’aide des Nations Unies pour formaliser leur position en Corée. À leur demande, l’ONU a formé une « Commission temporaire sur la Corée ». Elle était censée opérer en Corée, mais les Russes l’ont considérée comme une opération américaine et l’ont exclue du Nord. Après une campagne laborieuse, elle a réussi à superviser des élections mais seulement au sud, en mai 1948.
Les élections ont abouti à la formation, le 15 août, d’un gouvernement dirigé par Syngman Rhee. En réponse, un mois plus tard, le 9 septembre, l’ancien chef de la guérilla, le communiste et allié des soviétiques Kim Il-sung, a proclamé l’État de Corée du Nord. Ainsi, l’arrangement ad hoc pour empêcher la collision de deux armées s’est transformé en deux États.
L’URSS a eu une longue histoire avec Kim Il-sung et la direction du Nord. Elle avait discrètement soutenu le mouvement de guérilla au Mandchoukouo (ex-Mandchourie), aurait vraisemblablement sélectionné les dirigeants communistes grâce aux purges des années 1930 et les observait de près pendant la guerre. Les survivants étaient, selon les critères soviétiques, des hommes fiables. Il est donc possible que les Russes ne se soient pas trop impliqués dans les affaires nord-coréennes. Contrairement aux Américains, ils se sont sentis aptes à retirer leur armée dès 1946. Pendant ce temps, bien sûr, leur attention était centrée sur la marée beaucoup plus massive de la révolution chinoise. La Corée devait leur sembler un problème secondaire.
La position des États-Unis était différente à tous les niveaux. Premièrement, il n’y avait pas de cadre de confiance, pro-américain et idéologiquement démocratique dans le Sud.
L’ascension de Rhee
La figure principale, comme je l’ai mentionné, était Syngman Rhee. Alors que Kim Il-sung était un communiste dévoué, Rhee n’était certainement pas un fervent démocrate. Mais l’idéologie mise à part, Rhee a été profondément influencé par ses contacts avec les Américains. Les missionnaires ont sauvé sa vue (après la variole), lui ont donné une éducation de base de style occidental, l’ont employé et l’ont converti au christianisme. Probablement également influencé par eux, en tant que jeune homme il s’était investi dans les manifestations contre la mentalité coréenne arriérée, la corruption et l’incapacité à résister au colonialisme japonais. Ces activités l’ont envoyé en prison à l’âge de 22 ans. Après quatre ans de ce qui semble avoir été un régime sévère, il a été libéré et en 1904 prenait le chemin de l’exil vers les États-Unis.

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Le leader sud-coréen Syngman Rhee
Étonnamment pour un jeune homme sans distinction particulière – bien qu’il fût fier d’une relation éloignée avec la famille royale coréenne – il a été au moins reçu, sinon écouté par le président Theodore Roosevelt. Des rencontres cérémonielles avec d’autres dirigeants américains ont suivi au fil des ans. Ceux qu’il a rencontrés ne considéraient pas la Corée comme étant d’une grande importance et, même s’ils l’avaient considéré, Rhee n’avait rien à offrir. J’en déduis donc que ses 40 ans de balade d’une université à l’autre (BA à l’Université George Washington, MA à Harvard et PhD à Princeton) et de travail dans les auberges de jeunesses et autres organisations furent une litanie de frustrations.
C’est l’entrée en guerre des États-Unis, en 1941, qui a donné à Rhee l’occasion qu’il recherchait depuis longtemps : il a convaincu le président Franklin Roosevelt d’épouser, au moins en mots, la cause de l’indépendance coréenne. Les paroles aimables de Roosevelt avaient probablement peu d’effet – comme l’avait apparemment compris Rhee. Pour leur donner de la profondeur, il a travaillé en étroite collaboration avec l’OSS (l’ancêtre de la CIA) et a développé des contacts avec les chefs militaires étasuniens. Deux mois après la capitulation japonaise, en 1945, il a été ramené en Corée sur décision du général Douglas MacArthur.
S’établissant à Séoul, il a poussé les groupes coréens de droite à s’opposer à toute tentative de coopération avec l’Union Soviétique et surtout à s’opposer à la création d’un État en Corée du Nord. Pour ceux qui connaissent bien l’histoire européenne, il pourrait être considéré comme ayant aspiré au rôle joué en Allemagne par Konrad Adenauer. Pour jouer un rôle similaire, Rhee s’est fait « l’homme des États-Unis ». Mais il n’a pas été en mesure de faire ce qu’Adenauer a pu faire en Allemagne et n’a donc pas pu offrir aux États-Unis une société idéologiquement contrôlée et les éléments d’un État unifié, comme Kim Il-Sung a pu le faire pour l’Union Soviétique. Mais, soutenu par le gouvernement militaire américain et utilisant ouvertement des formes démocratiques, Rhee a été élu, par une douteuse élection, à 92,3 % des voix, président de la nouvellement proclamée république de Corée.
La faiblesse de Rhee par rapport à Kim a eu deux conséquences : la première fut que, si les forces soviétiques ont pu se retirer du Nord en 1946, les États-Unis n’ont pas pu retirer leurs forces du Sud. Elles y sont toujours. Et la deuxième fut que si Rhee essayait d’imposer à sa société un régime autoritaire, semblable à celui imposé au Nord, il a été incapable de le faire efficacement et à un coût acceptable.
L’administration dont il a héritée dépendait en grande partie des hommes qui avaient servi les Japonais en tant que soldats et policiers. Il fut donc assimilé à eux. Il a délaissé l’appel positif qu’est le nationalisme pour l’approche négative de l’anticommunisme. Manquant de légitimité, il a utilisé la répression. Celle-ci fut brutale, semblable à celle qu’a connue la Corée du Nord, mais, contrairement à la tyrannie nord-coréenne, celle-ci fut largement médiatisée. Le ressentiment en Corée du Sud contre Rhee et son régime a bientôt atteint le niveau d’une insurrection virtuelle. Rhee était peut-être le chéri des États-Unis, mais il n’était pas aimé en Corée. Telle était la situation au début de la guerre de Corée.
Redémarrage de la guerre
La guerre de Corée a pratiquement débuté le 25 juin 1950 mais, bien sûr, le processus avait commencé avant le début des premiers coups de feu. Syngman Rhee et Kim Il-sung avaient décidé de réunir la Corée, chacun selon ses propres termes. Rhee parlait publiquement du « besoin » d’envahir le Nord pour réunifier la péninsule ; le gouvernement communiste n’avait pas besoin de faire des déclarations publiques, mais les événements sur le terrain ont dû convaincre Kim Il-sung que la guerre avait déjà commencé. Le long de la ligne de démarcation, selon un spécialiste étasunien sur la Corée, le professeur John Merrill, un grand nombre de Coréens avaient déjà été blessés ou tués avant même le début officiel de la « guerre ».

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Sur cette photographie d’archives de l’armée américaine des États-Unis de juillet 1950 classée « top secret », les soldats sud-coréens se promènent parmi quelques-uns des milliers de prisonniers politiques sud-coréens tués à Taejon, en Corée du Sud, au début de la guerre de Corée. (AP Photo / Archives nationales, Major Abbott / US Army, dossier)
L’événement qui semble avoir précipité la guerre à grande échelle fut la déclaration de l’indépendance du Sud par le gouvernement de Syngman Rhee. Dans un tel cas, comme Kim Il-sung l’a clairement compris, toute unification devenait impossible. Il l’a donc considérée comme un acte de guerre. Il y était prêt. Il avait utilisé ses années au pouvoir pour construire une des plus grandes armées du monde alors que l’armée du Sud avait été saignée par les dirigeants du Sud.
Kim Il-sung devait connaitre en détail la corruption, la désorganisation et la faiblesse de l’administration de Rhee. Comme l’a signalé le journaliste et commentateur anglais sur la Corée Max Hastings, l’entourage de Rhee était engagé dans un vol massif des ressources publiques et des revenus. L’argent donné par les donateurs étrangers, qui était destiné à construire un État moderne, a été siphonné  vers des comptes bancaires à l’étranger ; des « soldats fantômes », l’équivalent militaire des âmes mortes de Gogol, qui n’existaient que sur les listes de l’armée, recevaient des salaires que les officiers supérieurs empochaient alors que les soldats réels étaient relativement peu payés et même sans vêtements, sans armes et sans nourriture. En deux mots, Rhee offrait à Kim une occasion qu’il ne pouvait pas refuser.
Nous savons maintenant, mais ce n’était pas le cas à l’époque, que Staline n’était pas favorable à l’attaque par la Corée du Nord et ne l’acceptait que si la Chine, à l’époque un État communiste collègue, en prenait la responsabilité. Ce que « responsabilité » signifiait n’était pas vraiment clair, mais cela a suffi  pour que Kim Il-sung passe à l’action. Il a ordonné à son armée d’envahir le Sud. Traversant rapidement la ligne de démarcation, ses soldats foncèrent vers le sud. Bien mieux disciplinés et motivés, ils ont pris Séoul en trois jours, le 28 juin.
Syngman Rhee a proclamé un combat à mort mais en fait son cercle proche et lui avaient déjà fui. Ils ont été rapidement suivis par des milliers de soldats de l’armée du Sud. Beaucoup de ceux qui n’avaient pas fui ont déserté pour le Nord.
Organisé par les États-Unis, le Conseil de sécurité des Nations Unies – profitant de l’absence de la délégation soviétique – a voté le 27 juin, juste avant la chute de Séoul, la création d’une force de protection du Sud. Vingt-et-un pays, dirigés par les États-Unis, ont fourni environ trois millions de soldats pour défendre le Sud. C’était des pays comme la Thaïlande, le Vietnam du Sud et la Turquie, qui avaient leurs propres problèmes d’insurrection, mais la plupart des combats ont été menés par les forces américaines. Elles ont été repoussées vers le sud et quasiment hors de la péninsule coréenne par l’armée de Kim Il-Sung. Les troupes américaines étaient mal équipées et presque toujours inférieures en nombre. Les combats furent violents et le nombre de victimes élevé. Fin août, elles ne tenaient qu’un dixième de ce qu’avait été la République de Corée, uniquement la province du sud autour de la ville de Pusan.
Les Chinois se préparent
En analysant le déséquilibre réel des forces américaines soutenues par les États-Unis et les forces apparemment victorieuses commandées par Kim Il-sung, l’homme d’État chinois Zhou Enlai a ordonné à son état-major militaire de deviner ce que les Américains pourraient faire : négocier, se retirer ou essayer de sortir de leur position à Pusan. L’analyse a conclu que les Américains mobiliseraient certainement leur puissance militaire supérieure pour une contre-attaque.

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Des soldats nord-coréens gravement blessés se trouvent là où ils sont tombés et attendent des soins médicaux par des corps de corps d’hôpitaux de la marine qui accompagnent les marines dans leur avance. 15 septembre 1950. (Photo du sergent Frank Kerr, USMC)
Pour se prémunir contre une intrusion en Chine, Zhou a convaincu ses collègues de transférer des forces militaires à la frontière sino-coréenne et a convaincu le gouvernement soviétique de donner son soutien aérien aux Nord-Coréens. Ce qui était remarquable, c’est que le personnel de Zhou a exactement prévu ce que les Américains feraient et où ils le feraient. Dirigés par le général Douglas MacArthur, les Américains ont lancé une contre-attaque habile et audacieuse. Atterrissant à Inchon le 15 septembre, ils ont coupé la majeure partie de l’armée du Nord de ses bases. L’opération a été un brillant succès militaire.
Mais, comme beaucoup d’actions militaires brillantes, elle a développé sa propre dynamique. MacArthur, soutenu par le secrétaire d’État américain Dean Acheson et le général George Marshall – et commandé par le président Truman – a décidé de se déplacer vers le nord pour mettre en œuvre le programme de Syngman Rhee d’unifier la Corée. À partir du 25 septembre, les forces américaines ont repris Séoul, ont pratiquement détruit l’armée nord-coréenne encerclée et, le 1er octobre, ont franchi le 38e parallèle. N’ayant plus grand chose pour les arrêter, ils ont ensuite poussé vers la rivière Yalu sur la frontière chinoise. Ce mouvement a effrayé à la fois les gouvernements soviétique et chinois qui craignaient que cette série de victoires n’amène les États-Unis sur leur territoire. Staline a refusé d’engager des forces soviétiques, mais il a rappelé aux Chinois leur « responsabilité » envers la Corée.
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ZIGHOUD15
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Sujet / Message Comprendre la crise coréenne grâce à l’histoire-2-

le Jeu 14 Sep - 12:50
En réponse, les Chinois ont adopté une nouvelle tactique. Ils ont envoyé une énorme force armée, quelque 300 000 hommes pour arrêter les Américains, mais pour éviter au moins formellement et directement un conflit avec l’Amérique, ils l’ont présentée comme un groupe de bénévoles irrégulier – « l’Armée des volontaires du peuple chinois ». À partir du 25 octobre, des Chinois légèrement armés ont presque annihilé ce qui restait de l’armée sud-coréenne et expulsé les Américains de la Corée du Nord.
Étonné par l’effondrement de ce qui avait semblé une victoire définitive, le président Truman a déclaré une urgence nationale, et le général MacArthur a exhorté l’utilisation de 50 bombes nucléaires pour arrêter les Chinois. Ce qui serait arrivé alors reste une question de spéculation, mais ce qui s’est passé, c’est que MacArthur a été remplacé par le général Matthew Ridgeway qui a rétabli l’équilibre des forces conventionnelles. La guerre s’est donc poursuivie.
Au cours de cette période et pendant les deux années suivantes, l’armée de l’air américaine a mené des bombardements massifs. Une partie des bombardements étaient censée détruire la capacité chinoise et nord-coréenne pour les empêcher de continuer à se battre, mais la Corée est un petit territoire et ce qui a commencé comme des « frappes chirurgicales » s’est vite transformé en bombardements massifs. (Un tel bombardement serait aujourd’hui considéré comme un crime de guerre selon le Protocole I de la Convention de Genève de 1977).
Les bombardements furent énormes. Environ 635 000 tonnes d’explosifs et d’armes chimiques ont été larguées – ce qui représentait bien plus que ce qui avait été utilisé contre les Japonais pendant la Seconde Guerre Mondiale. Comme l’a souligné l’historien Bruce Cumings, l’armée de l’air des États-Unis a constaté que « trois ans de pluie et de ruine » avaient infligé des dégâts plus importants aux villes coréennes « que les villes allemandes et japonaises qui ont été bombardées pendant la Seconde Guerre Mondiale ». La capitale nord-coréenne Pyongyang  a été rasée et le général Curtis LeMay pense que les bombardements américains ont causé la mort d’environ 20 pour cent – un sur cinq – des Nord-Coréens.
Le bombardement massif du Nord
Les chiffres de LeMay, aussi horribles qu’ils soient, doivent être repensés aujourd’hui. Commencez par la probabilité qu’ils soient sous-estimés. L’économiste canadien Michel Chossudovsky a écrit que l’estimation de 20 % de LeMay devrait être révisée à près de 33 % ou environ un Coréen sur trois tué. Il poursuit en soulignant une comparaison remarquable : pendant la Seconde Guerre Mondiale, les Britanniques ont perdu moins de 1% de leur population, la France a perdu 1,35%, la Chine a perdu 1,89% et les États-Unis seulement 0,30 %. Dit autrement, la Corée a subi proportionnellement environ 30 fois plus de personnes tuées en 37 mois de bombardement américain que ces autres pays ont perdu pendant toute la Seconde Guerre Mondiale.

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US Army General. Curtis LeMay
Au total, 8 millions à 9 millions de Coréens ont été tués. Des familles entières ont été anéanties et pratiquement aucune famille vivant en Corée n’est aujourd’hui sans parents proches ayant péri. Pratiquement tous les bâtiments du Nord ont été détruits. Ce que le général LeMay a dit dans un autre contexte – « les bombarder jusqu’à les renvoyer à l’âge de pierre » – s’est révélé exact pour la Corée. Les seuls survivants étaient ceux qui ont pu se protéger dans des grottes et des tunnels.
Les souvenirs de ces horribles jours, semaines et mois de peur, de douleur et de mort ont marqué au fer rouge les souvenirs des survivants et, selon la plupart des observateurs, ils constituent l’état d’esprit sous-jacent de haine et de peur si évidentes aujourd’hui chez les Nord-Coréens. Ils conditionneront toutes les négociations que l’Amérique pourra tenter avec le Nord.
Enfin, après des combats prolongés au sol et des assauts quotidiens venant du ciel, les Nord-Coréens ont accepté de négocier un cessez-le-feu. En réalité, il a fallu deux ans pour y parvenir.
Les points les plus significatifs de l’accord étaient que (d’abord) il y aurait deux Corées divisées par une zone démilitarisée essentiellement sur ce qui avait été tracé le long du 38e parallèle pour empêcher les armées soviétiques et américaines de se heurter et (deuxièmement) l’article 13 (d) de l’accord stipulait qu’aucune nouvelle arme autre que le remplacement de celles obsolètes ne serait introduite dans la péninsule. Cela signifie que toutes les parties ont convenu de ne pas introduire d’armes nucléaires et d’autres armes « avancées ».
Ce qui doit être rappelé afin de comprendre les événements futurs, c’est que, en fait, le cessez-le-feu a créé non pas deux, mais trois Corées : le Nord, le Sud et les bases militaires américaines.
Le Nord a commencé par se remettre de cette dévastation. Il a fallu creuser sous les décombres et ils ont choisi de continuer à être un État garnison. C’était certainement une dictature, comme l’Union Soviétique, la Chine, le Vietnam du Nord et l’Indonésie, mais les observateurs proches ont vu que le régime était soutenu par les gens. La plupart des observateurs ont constaté que le souvenir de la guerre, et en particulier du bombardement constant, a créé un sentiment qui unifiait le pays contre les Américains et le régime du Sud. Kim Il-sung a réussi à étouffer toute dissidence. Il l’a fait brutalement. Personne ne peut juger avec certitude, mais il y a lieu de croire que le sentiment de patriotisme sur la défense demeure vivant aujourd’hui.
Les dictatures militaires du Sud
Le Sud a été beaucoup moins touché par la guerre que le Nord et, avec les grandes injections d’aide et d’argent en provenance du Japon et de l’Amérique, il a commencé son chemin sur la voie d’une prospérité remarquable. Peut-être en partie à cause de ces deux facteurs – relativement peu de dégâts dus à la guerre et une prospérité croissante – son système politique était instable.
Pour le contenir et rester au pouvoir, le gouvernement de Syngman Rhee a imposé la loi martiale, a modifié la Constitution, a fraudé aux élections, a tiré sur les manifestants et même exécuté des dirigeants des partis d’opposition. Nous déplorons à juste titre l’oppression du Nord, mais les enquêtes sur les droits humanitaires ont montré peu de différence entre le Nord communiste/confucéen et le Sud capitaliste/chrétien. Les méthodes de Syngman Rhee n’étaient pas moins brutales que celles de Kim Il-sung.
En les utilisant, Rhee a gagné les élections de 1952, puis celles de 1960. Il a remporté les élections de 1960 avec un vote favorable officiellement enregistré de 90 %. Évidemment il a été accusé de fraude. Les organisations étudiantes considéraient cette manipulation comme la « dernière goutte d’eau » et, n’ayant aucun autre recours, sont descendues dans la rue. Alors que la foule convergeait vers son palais – comme pour le dernier jour du gouvernement sud-vietnamien quelques années plus tard – il a été extradé de Séoul par la CIA et placé en exil à Honolulu.
La troisième Corée, la « Corée » américaine, n’aurait pu être que théorique, sauf qu’elle occupait une partie du Sud (le périmètre sud de la zone démilitarisée et diverses bases ailleurs), avait le contrôle ultime des forces militaires du Sud (elle était autorisée à en prendre le commandement en cas de guerre) et, comme les Britanniques l’avaient fait en Égypte, en Irak et en Inde, « guidait » le gouvernement indigène qu’elle avait favorisé. Ses forces militaires ont garanti l’indépendance du Sud et, au moins au début, les États-Unis ont payé environ la moitié des coûts de fonctionnement du gouvernement et ont maintenu son économie.
En même temps, les États-Unis cherchaient à affaiblir le Nord en imposant des embargos. Ils ont gardé le Nord sur la défensive en faisant ce que le Nord considérait comme des manœuvres menaçantes sur sa frontière et, de temps à autre, comme l’a fait le président Bill Clinton en 1994 (comme le président Donald Trump le fait maintenant), les menaçaient d’une frappe préventive dévastatrice. Le Département de la Défense et le Joint Chiefs of Staff ont également développé l’OPLN 5015, l’un d’une série de plans secrets dont l’intention, selon les mots du commentateur Michael Peck, était de « détruire la Corée du Nord ».
À la lumière de l’inquiétude de l’Amérique concernant les armes nucléaires en Corée, nous devons reconnaitre le fait que c’est l’Amérique qui les a introduites. En juin 1957, les États-Unis ont informé les Nord-Coréens qu’ils ne respecteraient plus le paragraphe 13 (d) de l’accord d’armistice qui interdisait l’introduction de nouvelles armes. Quelques mois plus tard, en janvier 1958, ils ont mis en place des missiles nucléaires capables d’atteindre Moscou et Pékin. Les États-Unis les ont conservés jusqu’en 1991. Ils voulaient les réintroduire en 2013, mais le Premier ministre sud-coréen Chung Hong-won a refusé.
Comme je le mentionnerai plus loin, la Corée du Sud a rejoint le Traité sur la non-prolifération nucléaire en 1975 et la Corée du Nord l’a rejoint en 1985. Mais la Corée du Sud l’a ouvertement violé de 1982 à 2000 et la Corée du Nord l’a violé en 1993 puis s’en est retirée en 2003. La Corée du Nord a effectué son premier essai nucléaire souterrain en 2006.
Aucune des « trois Corées » ne peut s’estimer moralement supérieure à l’autre.

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Leader sud-coréen Park Chung Hee
De nouvelles élections se sont déroulées dans le Sud et ce que l’on a appelé la Deuxième République a été créée en 1960 sous la direction du parti d’opposition. Il a laissé exploser la colère refoulée contre la tyrannie et la corruption du gouvernement de Syngman Rhee et a pris des initiatives pour purger l’armée et les forces de sécurité. Quelques 4 000 hommes ont perdu leur emploi et beaucoup ont été inculpés. Craignant pour leur travail et leur vie, ils ont trouvé un sauveur en la personne du général Park Chung-hee qui a mené l’armée à fomenter un coup d’État, le 16 mai 1961.
Le général Park était surtout connu pour avoir combattu la guérilla dirigée par Kim Il-sung comme officier dans la « force de pacification » japonaise au Manschoukouo. Pendant cette période de sa vie, il a même remplacé son nom coréen par un nom japonais. En tant que président, il a courtisé le Japon. Restaurant les relations diplomatiques, il a également promu des investissements japonais massifs qui ont lancé le développement économique coréen. Il était encore plus proche des États-Unis. En contrepartie de l’aide, et peut-être en raison de sa participation étroite à l’armée américaine – il a étudié à l’école du commandement de Fort Sill – il a envoyé un quart de million de troupes sud-coréennes pour se battre sous commandement américain au Vietnam.
Pas moins oppressif que le gouvernement de Rhee, le gouvernement de Park fut aussi une dictature. Pour protéger son régime, il a remplacé les fonctionnaires civils par des officiers militaires. En outre, il a formé un gouvernement secret au sein du gouvernement formel ; connue sous le nom de Korean Central Intelligence Agency, elle fonctionnait comme la Gestapo. Il a régulièrement arrêté, emprisonné et torturé des Coréens soupçonnés d’opposition. Et, en octobre 1972, Park a réécrit la Constitution pour s’arroger le pouvoir à vie. Il est resté au pouvoir pendant 16 ans. En réponse à l’oppression et malgré l’atmosphère de peur, des manifestations à grande échelle ont éclaté contre son régime. Ce ne fut cependant pas un soulèvement public qui a mis fin à son règne mais le chef de son service de renseignement qui l’a assassiné, en 1979.
Une tentative de retour à un régime civil a été bloquée en une semaine par un nouveau coup d’État militaire. Les protestations qui ont suivi ont été rapidement réprimées et des milliers d’autres personnes ont été arrêtées. Une confuse bataille pour le pouvoir s’en est suivie et, en 1987, une Sixième République a été annoncée, et l’un des membres de la junte militaire est devenu président.
Le nouveau président, Roh Tae-woo, a mis en place une politique de conciliation avec le Nord et, avec le réchauffement des relations entre le Nord et le Sud, a rejoint l’ONU en septembre 1991. Ils ont également accepté la dénucléarisation de la péninsule. Mais, comme cela arrive souvent, l’assouplissement du régime oppressif a provoqué la chute du « réformateur ». Roh et un autre ancien président ont été arrêtés, jugés et condamnés à la prison pour une variété de crimes – mais pas pour leur rôle dans la politique antidémocratique. Les Coréens restaient peu motivés par plus que des formes apparentes de démocratie.
Les relations entre le Nord et le Sud au cours des années suivantes sont passées du « doigt sur la gâchette » à la « main tendue ». La tentative finale d’apporter l’ordre au Sud est venue lorsque Park Geun-hye a été élue en 2013. Elle était la fille du général Park Chung-hee qui, comme nous l’avons vu, avait pris le pouvoir dans un coup d’état en 1963 et était resté président de Corée du Sud pendant 16 ans. Park Geun-hye, a été la première femme à devenir chef d’État en Asie de l’Est. En vraie fille de son père, elle a dirigé d’une main de fer, mais, comme d’autres membres du groupe dirigeant, elle a surestimé sa puissance et a été reconnue coupable de malversations et destituée de la présidence en mars 2017.
La dynastie des Kim
Pendant ce temps, dans le Nord, en tant que chef du parti communiste, Premier ministre de 1948 à 1972 et président de 1972 à sa mort en 1994, Kim Il-sung a gouverné la Corée du Nord pendant près d’un demi-siècle. Sa politique pour la nation fut une sorte de retour vers l’ancien idéal coréen d’isolement. Connu sous le nom de Juche, elle mettait l’accent sur l’autosuffisance. Le Nord était essentiellement une société agraire et, contrairement au Sud qui, à partir des années 1980, a accueilli aide et investissement de l’étranger, elle est restée fermée. Au début, cette politique a bien fonctionné. Jusqu’à la fin des années 1970, la Corée du Nord était relativement plus riche que le Sud mais le Sud l’a dépassé grâce à sa révolution industrielle.

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Le leader nord-coréen Kim Il-sung
Étonnamment, Kim Il-sung a partagé avec Syngman Rhee une jeunesse chrétienne protestante. En effet, Kim a déclaré que son grand-père était un prêtre presbytérien. Mais l’influence la plus importante sur sa vie fut la brutale occupation japonaise. Les informations que nous avons viennent de ses déclarations officielles. Mais probablement, comme beaucoup de nationalistes asiatiques, en tant que jeune homme, il a participé à des manifestations contre la puissance occupante. Selon le récit officiel, à l’âge de 17 ans, il a passé du temps dans une prison japonaise.
À 19 ans, en 1931, il a rejoint le Parti communiste chinois et quelques années plus tard est devenu membre de ses groupes de combat mandchouriens. Chassé par les Japonais et leurs collaborateurs coréens comme Park Chung-hee, Kim a traversé le territoire russe et a été placé dans l’armée soviétique dans laquelle il a servi jusqu’à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Puis, comme les Américains l’ont fait avec Syngman Rhee, les Russes l’ont installé en tant que chef du gouvernement provisoire.
Dès les premiers jours de son arrivée au pouvoir, Kim Il-Sung s’est concentré sur l’acquisition du pouvoir militaire. D’après sa propre expérience, il a insisté pour le former aux tactiques informelles, mais lorsque l’Union Soviétique a commencé à fournir du matériel lourd, il a poussé ses officiers dans une formation militaire conventionnelle dispensée par des experts russes. Au moment où il a décidé d’envahir la Corée du Sud, l’armée était massive, armée selon les normes européennes et bien organisée. Presque tous les adultes coréens y étaient ou y avaient servi.
L’armée était pratiquement devenue l’État. Cette répartition des ressources, comme l’a montré la guerre de Corée, a entraîné une puissante force de frappe, mais une économie affaiblie. Cela a également amené les partisans chinois à décider de le mettre de coté. Comment il a survécu à cela n’est pas connu, mais au lendemain du cessez-le-feu il contrôlait de nouveau le Parti communiste et l’État nord-coréen.
L’État nord-coréen, comme nous l’avons vu, a pratiquement cessé d’exister sous les bombardements massifs. Kim ne pouvait espérer beaucoup d’aide à la reconstruction venant de l’étranger et l’a encore moins cherchée. Sa politique d’autosuffisance et de militarisation a été imposée au pays. Sur le modèle soviétique des années 1930, il a lancé un plan quinquennal draconien dans lequel pratiquement toutes les ressources économiques ont été nationalisées. Pendant la brouille sino-soviétique très médiatisée, il s’est d’abord attaché aux Chinois mais, dérangé par la Révolution culturelle chinoise, il a repris ses relations avec l’Union Soviétique.
En effet, les deux puissances voisines devaient être ses pôles. Sa politique d’indépendance a été importante mais n’a pas pu être décisive. Pour consolider son régime et vraisemblablement pour encourager le sentiment d’indépendance de son peuple, il a développé un culte de la personnalité élaboré. Ce culte lui a survécu. Quand il est mort en 1994, à l’âge de 82 ans, son corps a été conservé dans une vitrine où il est devenu l’objet d’un pèlerinage.
Insolite pour un régime communiste, Kim Il-sung a été succédé par son fils Kim Jong-il. Kim Jong-il a poursuivi la plupart des politiques de son père qui, vers la fin de sa vie, s’était tourné vers un accommodement partiel avec la Corée du Sud et les États-Unis. Puis le pays a été confronté à une sécheresse dévastatrice, en 2001, et à une famine qui aurait touché environ 3 millions de personnes. Cherchant peut-être à dissimuler l’impact de cette famine, il a abrogé l’armistice et envoyé des troupes dans la zone démilitarisée. Cependant, des initiatives intermittentes ont été prises pour améliorer les relations avec le Sud, y compris la création d’une enclave industrielle partiellement extra-territorialisée pour le commerce extérieur.
Puis, en janvier 2002, le président George Bush a fait son discours sur « l’Axe du mal » dans lequel il a diabolisé la Corée du Nord. Par la suite, la Corée du Nord s’est retirée de l’accord d’interdiction des armes nucléaires de 1992 et a annoncé qu’elle avait suffisamment de plutonium de qualité militaire pour fabriquer environ 5 ou 6 armes nucléaires. Bien que Kim Jong-il ait probablement été handicapé par un accident vasculaire cérébral en août 2008, son état est resté caché le plus longtemps possible pendant que les préparatifs étaient faits pour sa succession. Il est décédé en décembre 2011 et son fils Kim Jong-un lui a succédé.
Après cet aperçu des événements jusqu’à l’arrivée au pouvoir de Kim Jong-un et Donald Trump, je vais continuer la partie 2 de cet essai sur la situation dangereuse dans laquelle nos gouvernements – et nous tous individuellement – nous retrouvons aujourd’hui.
William R. Polk
Source ConsortiumNews
Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone
via: http://lesakerfrancophone.fr/comprendre-la-crise-coreenne-grace-a-lhistoire
En savoir plus sur http://reseauinternational.net/comprendre-la-crise-coreenne-grace-a-lhistoire/#pkZVe5ozQQ4ukQt2.99
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